CHAPITRE II
cause accidentelle ou imprévue {causariay. La vieillesse, la maladie, les blessures, la faiblesse donnaient particulièrement des droits à l'obtenir. Il est pi'obable que cette porte de sortie, entr'ouverte à dessein pour des cas exceptionnels, laissait passer les sujets que Tarmée rendait à l'Église.
Je crois avoir rétabli tous les faits qui se rattachent à la libération de saint Martin, et je m'imagine que le récit de son biographe, ainsi présenté, ne peut plus offrir de difficultés. Dans tous les cas, c'est une circonstance bien frappante que cette rencontre du futur apôtre et des futurs dominateurs de la Gaule sur un champ de bataille des bords du Rhin. Les Francs arrivent, ils paraissent pour la première fois sur noire sol; et, au même instant, Martin, comme s'il cùl t'ié dans les secrets du ciel, comme s'il se fût récusé devant de pareils adversaires, abandonne les camps pour s'en aller préparer les populations gallo-romaines à subir impunément le contact de la barbarie qui s'approche. Voici l'envahisseur; mais voici en même teuq^s le frein qui doit le dompter et le civiliser. Voici le fléau ; mais voici le remède. Coïncidence providentielle! dans cette tribu des Salions, qui fut admise comme alliée sur le territoire de l'empire à la suite de l'expédition de Constant, figuraient certainement les aïeux des rois qui devaient couvrir d'honneurs et de richesses le tombeau du saint confesseur, les pères de Clovis, de Clotaire, de Dagobert et de tant d'autres. Qui ei^it pu prévoir alors que la postérité de ces redoutables chefs de bandes s'humilierait un jour devant la poussière de l'obscur soldat romain? Dieu seul le savait; aussi ne permit-il pas que les rapports de la race franque avec son puissant protecteur débutassent par une lutte à main armée. Martin parlit donc avant d'avoir à combattre ce peuple. « Bientôt, dit un écrivain moderne, personne ne
1 Code théod., ibid., 263.
pensa plus à lui ^ » Dans le monde militaire, peut-être; mais le monde chrétien allait, au contraire, commencer à retentir de son nom.
' De Broglic, l'Église el l'empire romain, IV, 19.