CHAPITRE IV
les mystères sacrés, et qui ont conservé le nom de grottes de saint Catien'. Rien de saisissant comme l'aspect de ces chapelles primitives, réductions des catacombes, creusées dans le sol ou taillées dans le roc, et des étroits couloirs, en pente raide, qui en procuraient l'accès. Pendant cinquante ans, l'apôtre vécut ainsi, échappant à grand'peine aux poursuites des autorités locales, subissant les injures et les mauvais traitements, dirigeant dans l'ombre la chrétienté naissante, mais sans avoir la consolation de la voir se développer d'une manière sensible. Après un interrègne épiscopal, qui dans tous les cas ne dura pas moins de trente-sept années, d'autres pasteurs, pris sans doute dans la cité, lui succédèrent : Grégoire de Tours n'en nomme qu'un seul entre Gatien et Martin; mais Sulpice Sévère, bien plus voisin que lui de ces temps reculés, semble indiquer, par un mot dit en passant, qu'il y en eut plusieurs ^ Le dernier d'entre eux, Litorius ou Lidoire, érigea, sous l'empereur Constant, la première basilique de Tours. La religion nouvelle avait fait alors beaucoup de progrès dans la haute société du pays; car ce fut la maison d'un sénateur qui servit à installer cette cathédrale primitive, église deux fois vénérable, où fut sacré l'apôtre des Gaules, où saint Lidoire fut enseveli et où son nom survécut ^ Mais parmi le peuple, et surtout hors du chef-lieu de la civitos, les païens abondaient toujours ; ils formaient la grande majorité dans les campagnes, et, tandis que des superstitions abrutissantes tenaient enchaînés les malheureux placés au bas de l'échelle sociale, l'arianisme infectait, de son côté, la classe des clercs et des lettrés. Telle était, en deux mots, la situation
1 Pcr cryptas cl latibula, cum paucis chrislianis per eumdem conversis , mysterium solemnitatis diei dominici clanculo celebrabat. (Grégoire de Tours, Hist., X, 31.) = 2 Nam et altare ibi a superioribus episcopis constilutum habcbalur. (Sulpice, VilaS. Mari., 11.) = ^ Hic sedificavil ecclesiam primam infra urbem Turonicam , cum jam mulli chrîslianî esseni, primaque ab co ex domo cujusdam senatoris basilica facla esl. (Grégoire de Tours, ibid.)
SAINT MARTIN ÉVÊOUE 183
de la chrétienté que le cénobite de Ligugé se trouvait appelé à régir. Il avait à la consolider et à l'étendre : vaste tâche qui, nous allons le voir, n'était point au-dessus de son courage.