‹ Saint MartinChapitre 75 sur 317 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

en lumière l'œuvre du pontife, d'en présenter les différents aspects dans autant de tableaux séparés et méthodiquement distribués. Je conduirai donc en premier lieu les lecteurs bénévoles au nouveau monastère dont il fit son séjour. Après l'avoir installé, nous le suivrons dans l'exercice de ses fonctions épiscopales, dans l'administration de son diocèse, dans ses fondations d'églises, dans ses tournées pastorales. Ensuite nous l'accompagnerons chez les grands, et nous observerons ses rapports avec la puissance civile. Enfin, élargissant comme lui notre domaine, nous étudierons, dans un chapitre à part, ses travaux apostoliques en dehors du diocèse de Tours , et nous voyagerons en sa compagnie dans les Gaules.

En rélevant sur le siège épiscopal , on lui avait fait une véritable violence. Il ne voulut point la subir entièrement : il accepta la charge , mais ne se résigna ni aux honneurs ni à l'appareil de la puissance. Moine il était, moine il entendait rester. « Il savait, dit un ancien historien, que, si l'épiscopat a quelque chose de plus relevé par l'excellence de son caractère, la profession religieuse renferme une perfection non moins sublime dans la pratique des conseils évangéliques , ou que, si l'épiscopat' demande une perfection égale, il n'est rien de plus rare que de l'y trouver, rien de plus difficile que de l'y conquérir, et qu'il est presque impossible de l'y conserver et d'y persévérer sans les exercices de la vie religieuse » En effet, l'Église ne connaissait que trop, à cette époque , les prélats imparfaits ou indignes. La haute situation temporelle faite aux évêques contribuait elle-même à les entraîner dans la négligence ou dans le faste; aussi en rencontrait- on souvent parmi les courtisans de l'empereur et parmi les suppôts de l'hérésie. A côté des vénérables figures des Athanase, des Ambroise, des Ililaire, surgissaient les Ithace, les Valons de Mursa, les Saturnin

1 Hist. de Marinoutier, par D. Martëne, I, 1.

d'Arles. Sévère nous trace quelque part un portrait peu honorable, s'il n'est pas chargé, du luxe et de la mollesse d'une partie du clergé contemporain'. C'était là une des causes de l'opposition faite par une petite minorité à l'élection de Martin : elle le trouvait trop mal mis, trop ennemi du confortable. On n'avait pas l'habitude, en Occident, de voir une robe grossière s'étaler sur le velours du trône pontifical. Cette habitude allait bientôt venir; le saint évêque de Tours devait enseigner au monde toute la vertu d'un pareil contraste. Il résolut d'abord de ne changer rien à son habillement : la même humilité au cœur, la même tunique sur les épaules, voilà le spectacle qu'il ofl'rit à son peuple depuis le jour de son élévation jusqu'à sa mort^ Ce vêtement était en birre noir, grosse étoffe de laine velue, portée ordinairement par les esclaves. Lorsque Martin envoya, un jour, acheter un habit pour certain pauvre, son diacre lui rapporta du fond d'une taverne une bigerrica payée cinq pièces d'argent, et l'évêque s'en recouvrit lui-même ^ Le nom de cet habit, qui figure dans le glossaire d'Isidore, provenait, dit -on, des Bigerrones ou des montagnards du Bigorre, mentionnés par Pline et César; ces paysans ont, en effet, conservé la coutume de se préserver du froid au moyen de petits manteaux courts en laine rugueuse ''. Plus tard, quand la querelle s'allumera, chez les moines, entre les habits blancs et les habits noirs , Pierre le Vénérable invoquera le précédent de saint Martin, et rappellera comme un titre d'honneur ce costume pauvre et sombre adopté par lui A son exemple, désormais, les religieux appelés aux dignités de l'Église garderont la robe monastique; les clercs séculiers laisseront même percer une tendance manifeste à

1 Dialog. 1, 21. = ^ Eadem in corde ejus humilitas, eadem in veslitu cjus vilitas. {Vita S. Mari., A.) = 3 Sulp., Dialog. 11, 1. = < Quicherat, Hisl. du costume, p. 68. Cf. du Gange et Forluiiat (éd. Migno, vol. LXXXVIII , col. 394). = s Ille magnus Martinus , monachus elepiscopus, nigrarum colorem veslium suis vestibus dcdicavit. (Migiie, vol. CLXXXll, col. 411.)

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