CHAPITRE IV
s'habiller comme les réguliers, à tel point que la cour de Rome devra leur résister; et dans certaines contrées, en Italie par exemple, on verra jusqu'à nos jours les évèquesmoines refuser comme un acte d'apostasie de quitter les insignes de leur profession première'. Voilà déjà une leçon d'humilité qui a porté ses fruits.
Martin ne se borna pas là. Sachant sans doute , longtemps avant la naissance du proverbe, que l'habit ne fait pas le moine , il prit le parti de se créer une demeure de cénobite à portée de sa cathédrale. Une cellule attenante à cette église lui servit d'abord d'asile. On croit en reconnaître l'emplacement entre la façade méridionale de la cathédrale actuelle et le mur d'enceinte de la cité romaine. Ce qu'il y a de certain , c'est que la cellule de saint Martin mentionnée dans les anciens textes n'avoisinait pas du tout la basilique qui porta son nom , comme l'ont cru des érudits ordinairement plus exacts ^ Elle existait bien avant cette dernière et fort loin d'elle. C'était cette habitation primitive du saint, contiguë à l'église, marque Sulpice^ c'est-à-dire à l'église épiscopale, la seule que la cité possédât de son temps. Cette cellule fut convertie en chapelle par Grégoire de Tours , qui y déposa des reliques des saints Côme et Damien ^ Une inscription commémorative en décora l'entrée. Jointe , dans plusieurs manuscrits, à celles qui ornèrent la basilique de Saint-Martin (d'oîi peut-être la confusion dont je viens de parler), elle a été reproduite avec elles et avec les pièces de vers composées pour les autres cellules du saint évèque dans le grand recueil de M. Edmond Le Blant. Mais notre éminent épigraphiste, en donnant une édition critique et aussi exacte que possible de ces différents morceaux, ne
1 Ad. Tardif, Cours de droit canon; Martène, op. cit., 1 , 2. = ^ La méprise de Mabille a déjà été relevée par M. Longnon [Géographie de la Gaule , p. 253). Les modernes éditeurs de Grégoire de Tours, Guadet et Taranne (IV, 133), Bordier (II, 305), etc., ont fait la même confusion. = 3 Vita S. Mari , 10. =
Ilist. Franc, X, 3L
SAINT MARTIN ÉVÊOUI-
me paraît pas avoir reconnu leur destination respective : il parle simplement, à leur sujet, de « la cellule » de saint Martin, et, s'il ne la met pas positivement auprès de la basilique, il n'en désigne pas non plus l'emplacement véritable. Or le contenu des inscriptions et leur titre seul nous apprennent qu'elles étaient apposées en des lieux distincts , illustrés de différentes manières par le vénérable pontife. Je parlerai des autres à mesure que l'occasion s'en présentera. Pour le moment, voici celle de la « première cellule » de saint Martin, à savoir, de celle qu'il habita avant de se retirer à Marmoutier, comme le dit Sulpice Sévère.
Incipiunt versus in forihus primse cellse sancti Martini , episcopi ac confessoris.
Venimus en isthuc, hic nemo personat eiieu!
Venimus en isthuc, et crucis arma S! lent ! Vere bellator Domini dormit, sonat eheu!
Bellator Domini , desiderandus homo.
InTREMUS TAMEN et FLETU PRECIBUSQUE PRECEMUR
Sanctorum Dominum Martinique Deum , Sternamurque loco quem sanctus flendo rigabat :