‹ Saint-Mathieu de Central FallsChapitre 21 sur 33 · SERMON DU R. P. LAMARCHE · texte numérisé non relu

SERMON DU R. P. LAMARCHE

Le R. p. Lamarche avait choisi comme sujet de son discours " L'esprit paroissial ". Parlant de l'importance de la paroisse au point de vue national, il dut toucher en pas-

sant certaine question bien actuelle, celle de la langue et des nationalités.

" L'organisation paroissiale ", dit-il, " satisfait à un besoin naturel de l'homme. L'homme porte en soi le désir permanent de vivre en société, mais il accuse, en même temps, une autre tendance qui consiste à se dérober partiellement à la grande société, pour faire partie d'un groupe.

" Le sang de la race, les origines, l'éducation, l'intérêt, l'amitié, autant de facteurs qui morcellent la grande patrie et la divisent par groupes accidentels.

" Si l'un quelconque de ces groupements, ethnique ou autre, se forme aux dépens de la vraie société, cherche à vivre d'une vie propre, au lieu de suivre le large courant de vie nationale, il s'appelle une faction, et devient répressible et dangereux. Mais si les groupements ethniques n'ont d'autre objet que la douceur d'une vie commune, le souci de garder l'empreinte originelle et les modalités de la race, la langue et la foi des aïeux, il n'y a pas un pouvoir au monde assez aveugle pour méconnaître le bon aloi de cette tendance, ni assez fort pour la comprimer !

" Or, mes frères, voulez-vous me dire ce qui peut contribuer davantage à noils grouper ensemble, si ce n'est l'organisation paroissiale ? La paroisse est le vrai centre de ralliement, et, qu'il s'agisse de notre race ou des autres, elle est la muraille invisible qui s'oppose aux infiltrations étrangères, du moins à celles qu'un patriotisme fervent doit craindie et suspecter. . . "

Le prédicateur ne s'est pas exprimé moins fortement au sujet de la langue et de la mentalité françaises :

*' Je prends l'un d'entre vous, père de famille et contribuable de cette paroisse, et je lui demande de me livrer ses impressions de l'heure présente. Debout sur les fondations de cette œuvre oîi ses propres deniers sont engagés, n'a-t-il pas le droit de se dire avec fierté : Oui, j'ai travaillé pour cette école dont les plans révèlent déjà un si noble souci d'élégance architecturale, d'hygiène et de confort, de modernité intelligente et progressive .'' C'est un peu mon labeur personnel que représentent le ciment, la pierre et la brique assemblés. Il m'a fallu sacrifier maint plaisir pour édifier tout cela. Mais aujourd'hui je reçois une première récompense et l'avenir va me combler. Plus tard, à l'ombre de ces murs, mes enfants, mieux favo-

risés que je ne le fus moi-même, recevront le bienfait d'une éducation solide et complète. Ils seront éclairés, fortifiés dans la vie religieuse, en même temps qu'initiés à la vie civique. On leur enseignera les vertus par excellence de cette terre d'adoption, l'amour du travail sous ses plus humbles formes, l'esprit d'avancement et de conquête, le respect des libertés saintes. Mais encore et surtout, on leur infusera cette mentalité de ma race, où les idées s'enchaînent avec discipline et clarté, et s'expriment dans une langue de précision, de souplesse et d'énergie, nuancée comme les bois d'automne, infinie en ressources à qui sait la manier. Je pourrai donc mourir en paix. L'égliseécole conservera cet héritage et l'oreille des petits francoaméricains sera sans cesse réjouie par des chants religieux et des mots de sonorité française."

Dans la dernière partie de sou discouis, l'orateur a défini les qualités de l'esprit paroissial : la piété, le zèle et l'ambition.

" L'esprit paroissial est ambitieux ; il veut que sa paroisse tienne un noble rang, qu'elle fasse honneur à ses obligations, que les œuvres paroissiales soient fécondes et prospères. Mais il est ambitieux avec mesure et sans envie. Il proportionne l'idéal aux moyens d'agir. Si la densité et les ressources d'une population favorisent les projets grandioses, il ira de l'avant. Sinon, il se souviendra que, même de nos jours, aux temps fastueux, déshonorés par les dettes, le Christ Jésus préfère une étable avec des cœurs de bergers pour l'adorer.

" Et le vrai esprit paroissial est ambitieux sans envie. Il tolère au besoin que d'autres réussissent davantage et plus vite. II ne sait pas jalouser les paroisses-sœurs. Autrement il perd toute noblesse ; U perd jusqu'à son nom, et devient tout vulgairement " l'esprit de clocher ".

Après le sermon, Mgr Harkins donna sa bénédiction et la cérémonie se terminait par la visite des dignitaaires et des invités qui venaient frapper la pierre en déposant de généreux dons.

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