Saint-Michel de Duck-Lake: épreuves et progrès d'une école indienne durant un demi-siècle, 1894-1944
Une période de cinquante années est un terme mémorable dans l'existence d’une école. Combien des mieux dotées ont sombré sans l'avoir atteint? St-Boniface, Dunbow, Red Deer, Battleford pour ne citer que quelques noms. Combien d’autres, pendant ce temps, n'ont fait que dépérir et végéter après une ère bien courte d'apparente prospérité? Combien d’autres enfin, bien que longuement projetées, solennellement promises et patiemment attendues, n’ont jamais vu le jour? L'école Saint Michel au contraire sortit robuste et décidée de son modeste berceau pour s’engager courageusement dans la voie du progrès et de l'honneur dont elle semble ne vouloir jamais dévier. Cinquante années de succès sont un sûr garant pour l'avenir.
Aussi, à l’occasion de ces fêtes jubilaires, après avoir rendu grâces à Dieu l’auteur de tout bien, “cui honor, laus et gloria’”, et félicité l’archange saint Michel pour sa puissante et salutaire tutelle, après avoir remercié le bureau des Affaires JIndiennes de ses généreux subsides qui ne manquèrent en aucun temps, il est de notre devoir d'exprimer notre admiration pour tous ceux qui, humbles ou puissants, ont contribué pendant un demi-siècle avec courage et adresse à maintenir la barque à flot malgré la violence des tempêtes et à la guider à bon port au milieu des récifs.
Au frontispice du livre d’or de l’école Saint Michel, à côté du nom vénéré du Serviteur de Dieu, Mgr Vital-Justin Grandin, OM.I, qui en fut le promoteur, du nom de Mgr Albert Pascal, ©.M.I, réalisateur de ses espérances, et des noms de Mgr Josepn Prud’homme et de Mgr Réginald Duprat, continuateurs d’une insigne et paternelle protection, on doit inscrire celui du R.P. Mélasippe-Joseph-Pierre Paquette, ouvrier de la première heure qui sut établir l'oeuvre sur de solides fondements malgré l’apathie d’une population encore toute païenne. Ensuite on mettrait en bonne place les noms des trois principaux qui lui succédèrent: le saint P. Ovide Charlebois, O.M.I, qui sut instiller la piété dans les coeurs et l’ordre dans les affaires; le bon P. Delmas, OMI, qui transfoima cette école en un foyer familial où tous se trouvent heureux et que les absents regrettent; l'actif et zélé Père Georges-Marie Latour, O.M.I., qui, en si peu de temps, a eu le don de rajeunir l’école en l’adaptant aux vues et aux besoins des temps modernes.
Mais ce serait pousser l'ingratitude à l'extrême que d’outlier les saintes et précieuse: auxiliaires sans qui l'oeuvre eut
été à tout jamais impossible. Ce furent tout d’abord les Fidèles Compagnes de Jésus qui pendant neuf ans ont prêté leur concours désintéressé à la tâche si pénible et si ingrate du début et qui ont entretenu une atmosphère de charité dans cette serre chaude où l'enfant encore païen et rustre, devait se dépouiller, comme la chrysalide, de l'enveloppe rugueuse de sa nature sauvage pour revêtir les brillantes parures du Christ. Ce sont aussi les soeurs de la Présentation de Marie qui, à leur suite, depuis quarante et un ans, sans trève ni repos, travaillent à instruire, éduquer et soigner les enfants avec une telle ardeur que leur devise semble être: “Toujours mieux”.
A nous qui, en ces jours jubilaires, récoltons dans la joie, ce que nos prédécesseurs ont semé dans les pleurs, incombe l’impérieux devoir de faire revivre les plus belles pages d’un passé trop facilement oublié.