‹ Saint Nicholas IerChapitre 103 sur 104 · I. Ep. 75, col. 901 fin, et 902 com · texte numérisé non relu

I. Ep. 75, col. 901 fin, et 902 com

reuse que je tiens à reproduire ici une partie de ses conclusions relatives à Nicolas V. S'il est plus affirmatif que moi quant à la connaissance qu'a eue ce Pape des Fausses Décrétales, il n'établit pas moins très clairement que les Fausses Décrétales n'ont eu aucune influence sur sa doctrine. « Jamais, dit le savant historien, Nicolas P' ne s'est avisé de recommander la collection pseudo-isidorienne ou de lui emprunter la moindre citation. Bien plus, écrivant à Hincmar en 863, il mentionne les Papes dont les constitutions doivent servir de règles dans les jugements des évèques. Or le plus ancien dans cette liste est saint Sirice, dont les lettres sont parfaitement authentiques. Il y avait pourtant environ cinq ans que l'abbé de Ferrières lui avait appris l'existence de la décrétale attribuée à saint Melchiade et si favorable à l'autorité du Saint-Siège.

« Voici qui peut sembler plus remarquable encore. Dans bon nombre de lettres écrites postérieurement à la restitution de llothade, et par conséquent lorsqu'il devait avoir certainement entre les mains le recueil complet du faux Isidore, Nicolas P"^ cite des phrases qui se lisent à peu près textuellement dans ce recueil, mais toujours en les attribuant à leurs véritables auteurs et non aux Papes, beaucoup plus anciens, sous le nom desquels les avait publiées le faussaire. C'est ce qu'on peut remarquer dans les lettres écrites à Charles le Chauve et aux évèques francs en 865,

dans la réponse aux questions des Bulgares envoyée en 866, dans les lettres adressées la même année à Tempereur Michel III et au clergé de Constantinople. Divers textes apportés en témoignage se retrouvent dans les Décrétales pseudo-Isidoriennes; mais, dans les lettres de Nicolas, ces textes sont attribués à saint Zosime, à saint Boniface, à saint Léon le Grand, à saint Innocent P^, à saint Célestin P' et à saint Gréivoire le Grand, tandis que l'auteur des Fausses Décrétales les avait mis sous la plume de saint Damase, de saint Jules P'', de saint Anaclet, de saint Melcliiade, de saint Marcel, de saint Fabien et de saint Evariste. « Parmi les lettres que nous venons d'indiquer, il y en a deux dirigées contre Photius. Les difficultés de la lutte que saint Nicolas P^ eut à soutenir contre cet audacieux intrigant suffiraient pour expliquer au besoin l'empressement qu'il aurait mis h user de la nouvelle collection. Qu'il eût vu, comme on l'a dit, dans ces monuments prétendus de la plus vénérable antiquité un secours providentiel pour soutenir son autorité menacée par les attaques du schisme, rien assurément de plus naturel et de plus excusable, et il aurait dû les considérer ainsi s'il avait été convaincu de leur authenticité. Eh bien! les lettres assez nombreuses et fort étendues envoyées de Rome à Constantinople après 854 au sujet de la grosse afFaire de Photius, et où se trouvent accumulés tant de texles de saints Pères et en particulier de Pontifes romains, ne ren-

ferment pas une seule citation des Fausses Décrétales, ni le moindre appel à leur autorité. Nicolas pouvait-il marquer plus clairement la défiance qu'il conservait dans l'esprit à Tendroit des inventions du faux Isidore?

« Pourquoi, dira-t-on peut-être, se contenter de ce silence, fort significatif sans doute, mais complètement inefficace pour empêcher le succès de l'imposture? Pourquoi ne pas faire un pas de plus, en protestant solennellement contre l'abus fait des noms vénérables des premiers Papes et en livrant le faussaire au mépris du monde chrétien? — Ce n'est pas un érudit sérieux qui fera cette question. La réponse d'ailleurs est bien simple. Nicolas P^ vivait dans la seconde moitié du ix*^ siècle, et il ne pouvait venir h l'idée d'un homme de ce temps d'entreprendre, à propos d'une publication telle que celle des Fausses Décrétales, le travail auquel on ne manquerait pas de se livrer aussitôt h l'époque actuelle et qui eût eu pour résultat la constatation irrécusable de la fraude. On aurait mauvaise grâce à reprocher à saint Nicolas et à ses successeurs de n'avoir pas fait ce à quoi n'ont pas même songé Hincmar et Gerbert, qui avaient sans contredit tout autrement de ressources et de loisir pour cette œuvre de critique. »

î. — - LETTRES DE NICOLAS l^"" *

Elles se trouvent dans plusieurs manuscrits latins de l;i Bibliothèque nationale de Paris.

M. S. i\5S. L'un des plus précieux et des plus maltraités par le temps. Il renferme une lettre au fol. 1 59 et quarantequatre dans sa partie la plus ancienne, c'est-à-dire du fol. 162 au fol. 200. Dans le même M. S. se trouve un recueil récent, intitulé : Epistolae. Ex Bibliotheca Rothomagensi. C'est une copie des lettres du M. S. 3854, qui d'ailleurs se trouvent dans le M. S. i458. Celui-ci a quatre genres d'écriture : ix^, x*^, xi^, xiv° siècles.

M. S. 3854. Il paraît être du xii^ siècle et il contient seize lettres de Nicolas, du fol. 194 au fol. 21 3.

M. S. 1557. Œuvre du x'^ siècle. Il a quarante-cinq lettres de Nicolas P""; les quarante-trois premières vont du

I. Une liste des lettres contenues dans chacun des M. S. que je cite, avec Tindicalion des premiers mots, a été publiée dans les Analecta Juris Pontificii. Palmé, Paris, 1868. 84' livraison, p. 53.

fol. 37 au fol. 78; suivent des lettres d'Adrien II, et le M. S. se termine par deux autres lettres de Nicolas.

M. S. 3839 A, qui est du xvi^ siècle, renferme quarante-deux lettres, du fol. 6\ au fol. 190.

M. S. 2864, du x^ siècle. Ce sont les œuvres d'JEneas Sylvius, précédées de deux lettres de Nicolas.

M. S. 5537, du xi^ et du xii"^ siècle. N'a qu'une lettre de Nicolas.

M. S. de Josaphat, i3656. Précieux recueil de canons de conciles, de décrétales de Papes; il renferme quarante et un décrets ou fragments de Nicolas P'", parmi lesquels un fragment qui ne se retrouve dans aucune grande collection et que j'ai reproduit au chapitre II.

Toutes les lettres de Nicolas P"" sont aujourd'hui publiées. On les trouve dispersées dans Baronius, Muratori, dom Bouquet, Pertz; réunies presque en totalité dans Sirmond^ Labbe, Hardouin, Mansi; analysées, du moins les plus importantes, dans l'Histoire des Conciles d'Héfélé, t. V. Mais le recueil le plus complet est celui de Migne, t. 119 de la Patrologic latine, auquel il faut ajouter trois privilèges omis dans ce volume et reproduits au t. 129 de la même collection, col. 101 1. Jaffé, dans les Regesta Romanorum Pontilicum, a donné le sommaire de toutes ces lettres, auxquelles il a joint le sommaire de celles qui sont perdues et qui sont indiquées ou résumées par les chroniques. On trouvera ces dernières sous les n**^ : 2018, 2019, 202^, 2028, 2o33, 20'j5, io\1j 2068, 2080, 2088, 2094, 21 16, 2177, 2180, 2181, 2186.

J'ai cité les lettres de Nicolas d'après l'édition Migne. Je ne me suis cependant pas contenté de cette édition, qui

reproduit Mansi sans le corriger et surtout sans expliquer les priucipalcs difficultés du texte. J'ai eu recours aux travaux qu'avaient préparés sur ces lettres dora Constant et ses continuateurs et qui se trouvent à la Bibliothèque nationale au t. V de ses œuvres, M. S. L. 16987. Ce volume renferme une courte Vie de Nicolas, une savante dissertation qui fixe la chronologie de ses lettres, une notice sur celles qui sont perdues, le classement de toutes les lettres par indiction, une étude sommaire sur les jM. s. qu'il a collationnés et parmi lesquels figurent outre ceux que j'ai cités, un M. S. de Reims et un de Laon. Doni Constant est non seulement parvenu à rectifier le texte et à en préparer une édition qui serait d'une incontestable supériorité sur les précédentes, mais il l'a souvent expliqué et commenté. Ses critiques sont très judicieuses et très exactes au point de vue historique, quelquefois un peu erronées au point de vue du droit canonique: il exagère l'influence des FaussesDécrétales. Dom Constant n'étudie pas seulement les lettres du Pape, mais il reproduit encore, commente et compare celles qui lui ont été adressées par des rois, des evêques ou d'autres membres de la société civile et religieuse, fait un excellent usage des annales et autres sources contemporaines et place, en tête de chaque question importante, des moiiita qui sont des morceaux de beaucoup d'érudition. Nous pouvons avoir une idée de son travail par les fragments qu'en ont donnés les Analecta Juris Pontificii au fascicule que j'ai cité. C'est à dom Coustant qu'il faut revenir quand on veut bien étudier la correspondance des Papes des dix premiers siècles.

Quel est le mérite des lettres de Nicolas F"" ? Anastase nous dit que « quiconque voudra connaître son saint zèle en trouvera les monuments dans ses lettres qu'il répandit dans toutes les parties du monde ». C'est vrai, mais c'est trop peu dire. Elles nous révèlent une grande nature, une âme énergique, un caractère élevé, un cœur pur et honnête. Nicolas s'y montre bien tel qu'il est, plein d'ambition, non de cette ambition vulgaire qui ne cherche à dominer que pour s'imposer, mais de celle qui veut dominer pour travailler en faveur des hommes, pour les humaniser. Parfois même on sent un souffle libéral sous cette plume autoritaire, — quand, par exemple, il dit aux Bulgares qu'il ne faut amener personne à la foi par la violence, que la torture est contraire au droit divin et qu'ils ont tort d'abuser de la peine de mort. Sa phrase suit toujours le mouvement de sa pensée ; son style est généralement clair et facile, excepté dans quelques préambules ; son raisonnement serré et incisif.

Si elles nous font connaître leur auteur, ces lettres nous révèlent aussi son siècle; elles nous montrent la violence, la brutalité, la corruption dans les représentants de toutes les classes de la société; il n'y a plus, à cette époque, de respect pour la propriété, et l'on rencontre bien peu de dignité personnelle ; avec une rare absence de sentiment moral, on voit la lâcheté dans le cœur des souverains, l'incapacité dans leur intelligence, la timidité et l'impuissance dans leur politique. On ne fut jamais, sur le trône, moins maître de soi ni plus esclave des autres !

Les lettres de Nicolas P^ sont également très intéressantes au point de vue du droit canonique. En nous rêvé-

ant ses efforts pour le fixer, elles montrent que ce droit reposait encore moins sur des constitutions que sur des précédents, encore moins sur des codes que sur des principes ; elles seront très utiles pour juger si, décidément, il faut faire une part sérieuse aux Fausses Décrétales dans les progrès de l'autorité des Papes au ix^ siècle.

Enfin elles présentent quelque intérêt diplomatique. Ainsi Nicolas P"" ne parle à ses correspondants à la seconde personne du pluriel que dans les lettres adressées aux empereurs, aux impératrices et aux patriarches, excepté dans l'acte de déposition qu'il adresse à Photius. Avec les rois, les reines, il use des mêmes principes, excepté à l'égard de ceux auxquels il a de vives observations à adresser. Avec Bardas, il prend tantôt le singulier, tantôt le pluriel; avec les évêques, tantôt l'un, tantôt l'autre. Cependant, le plus ordinairement, il parle au pluriel, quand il est en bons rapports avec l'évêque, et au singulier dans le cas contraire.

Son nom est toujours placé le premier dans les siiscriptions, et cette habitude s'est conservée depuis.

C'est aussi depuis Nicolas que les Papes, dans leurs décrets, prononcent en vertu de l'autorité des apôtres SS. Pierre et PauP.

On a réuni les décrets que Gratien a tirés de Nicolas I^"", et Migne, dans les Œuvres de Nicolas, les donne à la page 1184. Je ferai observer qu'on ne peut pas les accepter comme venant tous de Nicolas P^. Il y en a plusieurs qui sont de Nicolas II; d'autres sont l'expression, le résumé

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