VI INTRODUCTION
me contrôler cl de me discuter, et de fournir le moyen de s'instruire à ceux qui voudraient aller plus loin. Je n'ai même pas craint de joindre h mon récit deux appendices destinés h consacrer le but que j'ai poursuivi et qui est le suivant : Nicolas P' est un des cinq ou six papes du moyen âge qui, ayant le profond sentiment de recueillir dans l'héritage de Pierre le devoir de guider l'Église universelle, ont exercé avec le plus do vio^ueur leurs droits de primauté et ont fait entendre la voix la plus retentissante chaque fois que leur sollicitude pastorale était mise en éveil ; mais ce pape qui est pour quelques-uns un objet d'admiration est pour beaucoup, même dans le monde catholique, un objet de scandale. Il demeure accablé du reproche affligeant d'avoir fondé son gouvernement sur une œuvre de mensonge, sur des documents fabriqués, appelés Fausses- Décrétales, c'est-à-dire sur des décisions papales qui ne viennent pas des papes auxquels l'auteur de ce recueil les attribue, ou qui ne sont pas reproduites dans leur forme authentique, ou qui sont entièrement fabriquées. C'est de ce reproche que j'ai entendu justifier Nicolas P', en montrant qu'il a fait constamment dériver sa doctrine d'une origine antique et certaine, même dans les cas où il est d'accord avec le recueil des Fausses-Décrétales. Si j'ai réussi à établir ce point, on verra qu'on a attribué à cette collection une autorité qu'elle n'a jamais eue, particulièrement en ce qui concerne la liberté et l'indépendance de l'Eglise ainsi que l'influence prépondérante de son chef. Les Fausses- Décrétales n'ont rien changé en ces matières à ce qui était l'essence même de la discipline ecclésiastique : elles n'étaient que l'expression d'opinions qui se
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manifestent clans une tradition ininterrompue et qui, sans elles comme avec elles, devaient faire leur clicm i n .
On ne peut comprendre Futilité et la grandeur de Tœuvre de Nicolas P' quà la condition de connaître la situation de TEglise chrétienne à cette époque. Ce tableau sera le sujet de cette introduction. Je n'en rechercherai guère les éléments au delà du pontificat de saint Grégoire le Grand (5go-6o4), parce que la vie de ce pape doit paraître prochainement dans la présente collection et que l'auteur ne manquera pas de nous dire où en étaient les choses à ravènement de ce pontife.
Né dans l'empire romain, le christianisme s'était étendu par une lente pénétration jusqu'à ses limites les plus reculées de l'Occident et de l'Orient ; au iv^ siècle, il était florissant en Perse, en Arménie, en Abyssinie, d'où il allait bientôt rayonner chez les Nubiens ; à la même époque, de nombreuses églises jetaient le plus vif éclat en Italie, en Espagne, dans les Gaules, qui allaient alors jusqu'au Rhin, et même dans la Grande-Bretagne, où des lieux inaccessibles aux Romains étaient soumis au Christ. Les évêchés se multipliaient, et dès cette époque avait prévalu le principe d'ériger un siège dans chaque cité romaine, de grouper les sièges de chaque province civile sous la juridiction de l'évêque qui résidait dans la ville capitale de la province et qui portait le titre de métropohlain, de considérer la primauté de l'évêque de Rome comme condition de l'unité et de la force de l'Eglise, et de proclamer sa suprématie comme représentant visible de l'unité de cette Eglise, gardien et défenseur