JafiTé, n
j. Nicolai epistolce, Mi^ue, Patrol, lat., t. CXIX, ép. 86, col. 926 sq.
18 SATNT NICOLAS P''.
jourcriuii comme ce qui a jamais été écrit de plus beau et de plus élevé au sujet des privilèges de TÉs^lise. Le Pape justifiait sa conduite antérieure dans les relations qu'il avait eues avec Constantinople et exigeait qu'Ignace et Photius vinssent à Rome où leur procès serait revisé. Après ses actes, rien ne saurait mieux faire connaître le caractère d'un grand pontife que son propre langage. Aussi n'hésitons-nous pas h donner ici la traduction de quelques-unes des considérations qu'il a fait valoir en faveur de sa cause tantôt avec un esprit caustique et railleur, tantôt avec l'énergique clairvoyance du plus sûr des historiens, souvent avec une tendre émotion, toujours avec le sentiment élevé de sa mission.
« Nous avions déjà rédigé pour vous une lettre, telle qu'un fils très illustre en reçoit d'un père affectueux et d'un prêtre de Dieu, telle que les évêques du siège apostolique ont l'habitude d'en envoyer aux empereurs, lorsque votre légat, le glorieux protospathar Michel nous a remis la lettre de Votre Magnificence. Comme cette lettre est pleine de blasphèmes et d'injures, notre joie s'est transformée en tristesse, des larmes ont étouffé notre voix. Nous avions attendu des raisins d'une bonne vigne, nous n'avons reçu que des fruits sauvages. Notre style s'est ressenti de ce changement et nous avons cru devoir appliquer les remèdes convenables sur la plaie découverte. »
Le Pape adresse alors des prières h Celui par qui
rèi^nent les rois, pour qu'il lui inspire ce qu'il doit dire dans cette occasion et qu'il donne à l'empereur la docilité nécessaire pour en profiter. Il continue en ces termes : a Vous avez débuté dans votre lettre par des injures, nous commençons la nôtre par des prières. Vous avez tout d'abord accablé d'invectives non seulement notre personne, mais même la première et la maîtresse de toutes les Eglises; nous, nous ouvrons la bouche pour entonner vos louanges et demander au nom du Seigneur l'accroissement de votre puissance. Nous voyons en efiFet le géant philistin, plein de fureur contre l'enfant sacré, le jeune joueur de cithare David, vomir des blasphèmes et remplir tout d'abord de terreur le peuple de Dieu. Mais attendez un peu, vous allez bientôt le voir frappé au nom du Seigneur, percé de son propre glaive par la main du jeune musicien, qui, humblement, adressait des louanges et des prières à la majesté divine. Nous donc, nous supportons volontiers les injures qui nous sont personnellement adressées, surtout quand elles ont pour cause notre ardeur pour la justice et que leurs auteurs sont les ennemis de celte même justice. Ne sommes-nouspas en effet ledisciplede Celui dont le prince des Apôtres a dit : « Lorsqu'on le maudissait, il ne maudissait pas; lorsqu'on le faisait souffrir, il ne menaçait pas )> (I Petr. II)?
« Quand on a, en même temps que le témoignage de sa conscience, Dieu dans sa cause, alors il faut espérer toute espèce de béatitude : là où le mensonge règne, il
ne faut pas craindre les injures. Aussi supportons-nous avec patience les invectives lancées contre nous-même par ceux qui ne disent pas la vérité. Mais, de votre côté, il convient que vous témoigniez du respect aux prêtres quels qu'il soient, à cause de Celui dont ils sont les serviteurs. »
Le Pape cite ensuite l'exemple de Constantin qui, ayant reçu des accusations contre des évêques, les fit venir devant lui et brûla en leur présence le libelle accusateur en disant : « Vous êtes des dieux, établis par le vrai Dieu ; allez, réglezvos propres causes entre vous, parce qu'il n'est pasjuste que nous jugions des dieux. » Les païens eux-mêmes respectaient leurs prêtres quoique livrés à l'idolâtrie. Il faut examiner non ce que valent les ministres de Dieu, mais seulement ce qu'ils disent au nom de Dieu : « Nous aussi, ajoute Nicolas P"", nous sommes un pécheur et un indigne ; mais nous espérons plus en la divine miséricorde qu'en votre piété. Dans bien des cas, les hommes ignorent le jugement de Dieu : ce que vous louez, peut-être il le blâmera; ce que vous blâmez, il le louera. Vous ne devez pas examiner qui sont les prêtres du Seigneur, mais ce qu'ils disent au nom du Seigneur. Vous n'avez pas à rechercher quels sont les vicaires qui sont assis sur le trône de Pierre, mais seulement ce qu'ils s'efforcent de faire pour la réforme des églises et pour votre propre salut. Vous ne direz pas en effet qu'ils soient inférieurs aux Scribes et aux Pharisiens assis sur la chaire de Moïse :
or voici ce que le Seigneur a dit de ceux-ci : « Faites et observez tout ce qu'ils vous diront, mais ne faites pas ce qu'ils font ». Considérez donc ceci, ô empereur : s'il fallait obéir l\ ceux qui étaient assis sur le siège de IMoïse, ne doit-on pas à plus forte raison obéir h ceux qui sont assis sur le siège de Pierre?
« Nous savons que nous serons calomnié ; mais, suivant l'exemple du Sauveur qui, lorsque les Juifs l'accusaient d'être possédé du démon, répondait : «Je ne suis paspossédé du démon »,nous nous contenterons de repousser les calomnies par une simple et véridique négation.
« Mais, pour ce qui est des injures que vous avez dirigées contre l'Eglise romaine, qui tendent à la diminution de ses privilèges et à l'abaissement de l'autorité des évèques du siège apostolique, celles-là, nous devons les réfuter avec énergie, sans nous laisser ébranler par aucune crainte ni aucunes menaces de votre part.
« Vous dites : « Depuis le sixième synode, jamais Pape n'a reçu de l'Empereur un tel lionneur. » Vous faites allusion à votre lettre.
« ...Si vos prédécesseurs ne se sont jamais adressés au siège de Rome, ce n'est pas là un déshonneur pour nous, mais bien pour eux; car ils n'ont jamais cherché à porter remède aux hérésies quand elles se sont produites : ils ont au contraire refusé ces remèdes quand on les leur a présentés et ils ont altenlé de deux manières à la vie des serviteurs qui les leur apportaient,
soit en faisant périr spirituellement ces serviteurs en leur inculquant leurs erreurs, comme cela a eu lieu à Tépoque de Conon, soit en les mettant réellement à mort, s'ils refusaient d'être corrompus, comme sous Grégoire IH.
« Il est vrai que, depuis ce temps-là, il y a eu très peu d'empereurs catholiques; mais ceux qui l'ont été, comme Constantin et Timpératrice Irène, se sont en réalité adressés à Rome. »
Le Pape se plaint encore de ce que l'Empereur lui a intimé des ordres, tandis que ses prédécesseurs se contentaient d'adresser aux souverains pontifes des prières et des exhortations. Les Valentinien, les Marcien, les Justiuien, les Constantin et les Irène disaient tous : Nous vous demandons, nous vous prions, nous vous invitons : « Vous, au contraire, comme si vous étiez seulement l'héritier de leur empire et nullement de leur bienveillance et de leur respect, vous donnez des ordres, vous commandez comme à quelqu'un de vos sujets ! »
Il fait encore observer à l'empereur qu'il ne s'est pas servi de ce style dans ses premières lettres; puis il ajoute : « Vous en êtes venu à un tel degré de fureur que vous déversez votre colère même sur la langue latine : vous l'appelez barbare etscythique, en injuriant celui qui l'a créée; car le blâme sur l'œuvre retombe sur l'artisan. O fureur, qui n'épargne pas même une langue qui a cependant été distinguée
parmi loiiles les autres, avec Thébraïqne et la grecque, dans rinscription de la croix du Christ...! Si vous l'appelez barbare, parce que vous ne la comprenez pas, voyez comme il est ridicule de vous appeler empereur des Romains et d'ignorer cependant la langue romaine.
« Au début de votre lettre, en effet, vous vous intitulez empereur des Romains et vous ne craignez cependant pas d'appeler barbare la langue latine. Cessez donc de vous intituler empereur des Romains : car, si Ton vous en croit, ceux-là sont des barbares dont vous vous dites Fempereur, puisqu'ils se servent de cette langue que vous appelez barbare etscytlnque. Bannissez cette langue abhorrée de voire palais et, si vous la détestez tant, efforcez-vous de la chasser de vos églises. Car on dit qu'à Constantinople, dans les stations, on lit l'épître et l'évangile en latin avant de les lire en grec...
« Vous dites que, quand vous avez envoyé vers nous, ee n'étaitpaspour faire juger Ignace une seconde fois : mais ce qui s'est passé prouve que telle était cependant votre intention. Quant à nous, nous voulions simplement que l'affaire fût examinée avec soin et qu'on nous fît ensuite un rapport détaillé pour asseoir sur ces données notre jugement. »
Le Pape fait connaitre dans quelles intentions il avait envoyé ses légats : ils devaient s'informer de l'affaire, lui en rendre compte, mais n'avaient à porter
aucun jugement, car ce jugement était réservé au Saint- Siège.
« Si Ignace, comme vous le dites, avait déjà été jugé, pourquoi Tavez-vous fait juger une seconde fois, contrairement à ce qui est écrit dans l'Ecriture : Non judicabit bis in idipsum ? Mais non : vous Tavez fait juger de nouveau parce que vous avez regardé le premier jugement comme nul. Vous avez demandé des légats, pour donner plus d'autorité à la condamnation. »
Le Pape prouve alors la nullité de ce dernier jugement. Les juges étaient ou les ennemis déclarés de l'accusé, ou des excommuniés, ou des évêques déposés et tous ses inférieurs. Or, ceux qui appartiennent h ces diverses catégories ne peuvent même pas porter une accusation contre un évêque. Nicolas I" entre dans de grands détails à ce sujet, reproduit les décrétais des Papes, les canons des conciles et même les lois civiles de Justinien et démontre que toutes les règles ont été violées dans le jugement porté contre Ignace.
Le Pape s'élève ensuite contre la présence de l'Empereur dans ce concile et contre la solennité qu'on lui a donnée. « Dites-moi où vous avez lu que les empereurs vos prédécesseurs aient assisté aux conciles, si ce n'est quand on traitait de la foi qui est universelle et commune à tous les chrétiens, clercs ou laïques. Vous ne vous êtes pas contenté d'assister à ce concile
assemblé pour juger un évêque, vous y avez amené (les milliers de personnes séculières pour être spectatrices de son opprobre. En cela vous avez été bien différent de l'empereur Constantin qui se disait disposé h couvrir de son manteau le prêtre qu'il verrait se rendre coupable de quelque faute. Mais on laisse dans Toubli ce qu'a fait cet empereur et on livre le
prêtre de Dieu à la risée des bouffons et des histrions
Contrairement au rite ecclésiastique, en opposition avec toutes les lois, on a tiré les accusateurs de votre palais et on leur a ordonné de porter de faux témoignag-es. On a donné des juges suspects et mercenaires, des loups qui avaient l'apparence de bergers. On a soumis le supérieur au jugement de ses inférieurs, bien que les saints canons, les exemples des Pères nous prouvent que Ton doit toujours s'adresser k la plus haute autorité et, dans toutes les disputes, remettre le jugement au possesseur du siège le plus élevé. C'est là une règle qui a toujours été observée, non seulement par les catholiques, mais même aussi par les hérétiques. D'ailleurs le concile où il a été question de cette affaire était sans autorité, d'autant que, dans la cause des moindres clercs contre les évêques, le jugement de l'évêque ne suffit pas. Il faut un concile,
suivant le canon de Ghalcédoine
« Nous avons eu envie de rire lorsque, comme pour donner plus d'autorité au concile réuni contre Ignace, vous dites qu'il était égal en nombre au concile de
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Nicée. Nommez-le donc le septième ou le huitième
concile général.
(c ... Que vous sert d'avoir emprunté h ce sainl synode le nombre seul des personnes présentes, alors que par vos doctrines vous vous êtes furieusement élevé contre lui. Le petit nombre ne signifie rien là où il y a beaucoup de piété : le grand nombre ne sert de rien, là où règne Timpiété. Bien plus, plus nom.breuse est la réunion de méchants, plus elle est forte pour faire triompher le mal. »
Le Pape parle à nouveau des légats qu'on lui a demandé d'envoyer sous le prétexte du rétablissement des images, mais en réalité pour les faire participer à un acte injuste et cruel et pour le faire sanctionner par l'autorité du Saint-Siège.
« Voilà ce que nous avons répondu aux commencements de votre lettre, non pas encore autant que nous le pouvions, mais autant que nous avons pensé qu'il suffisait pour convaincre la sottise de ceux qui ont écrit ce qui dans votre lettre est contresigné de votre seing. Car nous nous sommes refusé à croire que des pensées aussi profanes et aussi perverses soient sorties de votre cœur qui est pieux.
« Quant au reste de votre lettre, nous n'avons pu y répondre, d'abord parce que Dieu nous a affligé d'une maladie qui ne nous a pas permis de le faire..., ensuite parce que votre envoyé a été si impatient qu'avant même que nous^yons pu nous remettre
un peu de notre maladie il a quitté Rome sans retard. « ... Il n'a pas donné d'autre raison que l'approche de l'hiver qu'il redoutait pour lui et pour les soldats qui l'accompagnaient. C'est à peine si nous avons pu obtenir de lui qu'il attendît à Ostie (car il n'a voulu en aucune façon revenir à Rome) que cette lettre fût achevée. Enfin, et surtout, nous n'avons pas répondu au reste de votre lettre, parce qu'elle est pleine de malices et de blasphèmes et infectée de venin contre l'ordonnance divine qui a donné à TEglise romaine ses privilèges sur toutes les Eglises. Cela nous a fait croire que ce n'était pas là votre œuvre et que vous
étiez incapable d'écrire des choses aussi fausses
Cependant, si vous êtes l'auteur des paroles méprisantes à l'adresse du bienheureux Pierre, le prince des Apôtres, et par suite de Dieu, à l'ordre duquel vous résistez, paroles qui cherchent encore à diminuer les privilèges de la très sainte Eglise romaine, alors nous devons déclarer que vous n'avez lu ni les saintes règles, ni les canons des vénérables synodes, ni les lois des pieux empereurs, ni les œuvres véridiques des hommes sages, que vous vous efforcez inutilement, sans compétence et sans convenance, de nous rappeler comme tendant à l'abaissement d'une si grande Eglise. Mais nous prions le Dieu tout-puissant, qui vous a déjà dévoilé le mystère de sa connaissance, de vous accorder aussi de connaître dans leur plénitude ses desseins, de vous découvrir la nature, le nombre et la grandeur
des privilèges de TEglise romaine en même temps que leur premier auteur et celui qui leur a donné leur si grande autorité.
« Si vous voulez connaître ces privilèges par nous, comme ministre du Christ et dispensateur de ses mystères, nous vous les prouverons avec certitude : mais, si vous vous souciez peu de les connaître, si vous ne portez vos efforts que contre les privilèges de FEglise romaine, prenez garde qu'ils ne se retournent contre vous. Il est dangereux de lutter contre le courant d'un fleuve et de regimber contre l'aiguillon. Car, si vous ne nous écoutez pas, nous vous regarderons comme Notre- Seigneur a ordonné de regarder ceux qui n'écoutent pas l'Eglise
K Les privilèges de ce siège ou de l'Eglise sont perpétuels : ils ont été plantés et enracinés par Dieu luimême. On peut les heurter, mais non les changer; on peut les attaquer, mais non les détruire. Ils furent avant votre avènement à l'empire, ils restent, grâce à Dieu, intacts; ils resteront après vous et, tant que le nom du Christ sera prêché, ils ne cesseront de subsister immuables.
« Ces privilèges ont été établis de la propre bouche de Jésus-Christ. Ce ne sont pas les conciles qui les ont accordés, ; ils les ont seulement honorés et conservés Saint Pierre et saint Paul n'ont pas été apportés
chez nous après leur mort par l'autorité des princes, pour augmenter l'autorité des privilèges de l'Eglise
romaine, comme on Ta fait chez vous déraisonnablement et par violence puisqu'on a enlevé aux autres Églises leurs protecteurs pour enrichir Constantinople de leurs dépouilles et de leurs richesses : mais ces apôtres sont venus vivants à Rome, y ont prêché la parole dévie, ont détruit Terreur, ont éclairé lésâmes de la lumière de la vérité et, consommant le martyre pour leur foi, ils ont le même jour et ensemble consacré la sainte Eglise romaine par leur sang- Us ont
acquis l'Église d'Alexandrie par saint Marc, le fils et le disciple de l'un d'eux. Car l'héritage du fils appartient au père et la g-loire du disciple doit toujours être rapportée à son maître. Déjà le bienheureux Pierre
avait par sa présence acquis celle d'Antioche C'est
par ces trois principales Eglises que la sollicitude des princes des Apôtres attend le gouvernement de toutes les autres Églises.... Il faut en outre remarquer que ni le concile de Nicée ni aucun autre synode n'ont octroyé un seul privilège h l'Église de Rome. C'est qu'ils savaient qu'avec Pierre ce siège avait obtenu la plénitude de la toute-puissance et avait reçu la direction de toutes les brebis du Christ. C'est ce qu'atteste le bienheureux évêque Boniface, lorsqu'il écrit à tous les évêques établis en Thessalie : « L'institution univerw selle de l'Église naissante a puisé sa source dans « l'honneur accordé au bienheureux Pierre à qui ont
« été donnés la direction et le souverain pouvoir »
Le svnode de Nicée s'était contenté d'accorder à l'église
d'Alexandrie un piivil裻e analogue à celui dont jouissait l'Église romaine.
« Telles sont les raisons et d'autres encore du même ordre qui nous font nous préoccuper du sort de toutes les Églises : elles nous poussent vivement à prendre un soin infatigable de l'Eglise de Constantinople : ce sont elles qui nous obligent à aider comme un frère le patriarche Ignace, dépossédé de son siège contre toute
loi et toute règle canonique Ce sont également ces
privilèges de notre Eglise qui nous ont commandé, sous l'inspiration divine, d'écarter, du vivant d'Ignace, Pbotius, qui s'est introduit indûment dans la bergerie du Seigneur, qui en a chassé le pasteur et dispersé les brebis, du siège honorifique qu'il a injustement usurpé
et de l'exclure delà communion des cbrétiens
« Nous n'avions pas chargé nos légats de faire une enquête, ni de porter un jugement sur la promotion ou l'élévation d'Ignace au siège patriarcal; mais nous leur avions seulement mandé d'examiner les circonstances de son expulsion et de nous rapporter la vérité sur tous les faits. C'est ce que prouve notre lettre, dont nous avons fait faire trois exemplaires pour vous en envoyer un, pour en garder un autre... et pour confier le troisième h nos légats....
« Vous nous avez encore écrit de vous envoyer Théognost que notre frère et coévêque Ignace a fait exarque des monastères de plusieurs provinces : vous demandez aussi d'autres moines sous prétexte qu'ils ont
offensé Votre Majesté. Comme ils ne Tont pas fait, nons savons bien que vous ne les demandez que pour leur faire subir les peines et les tourments que vous avez inflii^és à ceux du parti d'Ignace qui tombent en votre pouvoir.
« ...Quelques-uns d'entre eux ont servi à Rome dès leur jeunesse et nous ne croyons pas juste de les renvoyer pour être livrés aux tourments. Quant h Tliéognost, nous affirmons qu'il ne nous a jamais dit du mal, mais plutôt du bien de vous. Nous ne savons pourquoi vous le réclamez, sinon parce qu'il a trouvé ici quelque repos, comme une infinité d'autres chrétiens
« Croyez-vous donc que nous puissions en toute justice livrer quelques-uns de ceux dont nous venons de parler aux princes dont ils ont méprisé les g-races, les honneurs elles dignités, et dont ils ont encouru l'indignation ou \n persécution? Loin de nous de tels sentiments. Car, avec l'aide de Dieu, nous ne voulons pas être trouvé semblable au traître Judas, ni surpasser la perfidie des païens. Les païens ne le feraient pas et vous nousexhortezà le faire Grâce h Dieu, depuis les bienheureux apôtres Pierre et Paul, nous avons le pouvoir et le droit d'appeler à nous, non seulement des moines, mais des clercs de tous les diocèses pour l'utilité de l'Eglise. ...
« Si par hasard vous croyez que Théognost dessert auprès de nous la cause de Photius et nous recommande en même temps celle d'Ignace, sachez en vérité qu'il
ne nous dit rien de ces deux personnages que ce qui est public, ce que tout le monde sait, ce que TEglise entière proclame, ce que toutes les innombrables personnes venues à Rome d'Alexandrie, de Jérusalem, de Constantinople et de ses environs, du Mont Olympe et des autres parties du monde répètent. Il ne nous dit rien de plus enfin que ce que vos envoyés et vos propres lettres nous ont fait comprendre. En quoi pècbe-t-il alors qu'il ne fait que dire ce que vous-même avez dit?...
« Enfin, si nous ne cbang-eons pas d'avis, c'est-à-dire si nous n'agissons pas suivant votre dessein et ne devenons pas semblables à vous, . . . vous semblez vouloir nous épouvanter en nous menaçant de ruiner notre pays et notre ville. Mais nous nous confions en la garde et en la protection du Christ de qui il est dit : Si le Seigneur ne défend pas la cité, c'est en vain que ses défenseurs veillent. Aussi, de même que nous n'avons eu aucune crainte jusqu'ici, nous ne craignons rien aujourd'hui, confiants que nos murs sont gardés par ses anges. Bien plus, nous savons que le Sauveura été établi lui-même notre mur et notre rempart ...
« Croyez-vous que nous ayons oublié les menaces de Sennachérib, roi d'Assyrie, et de ses serviteurs contre la ville et le peuple de Jérusalem, menaces qui ne le cédaient en rien aux vôtres? Et alors nous nous rappelons la miséricorde du Seigneur ; nous nous remettons en mémoire comment i()5oooAs-
syriens périrent et comment la ville fut sauvée. Aussi rendons-nous grâces à Dieu, fortifions-nous notre espérance, et c'est plein de confiance que nous nous efforçons d'écarter du temple du Sauveur, si lui-même nous en donne la puissance, le culte de Baal. Car Dieu est Celui qui est maintenant et dans les siècles des siècles. Sa miséricorde est sans limites et sa toute-puissance n'a pas de bornes. Contre les menaces de la poussière et du ver de terre, il est écrit : Que peuvent la terre et la cendre ? C'est en vain que la goutte se gonfle au milieu des eaux; car, au bout d'un peu de temps, elle disparaît. Pourquoi se glorifie-t-il du mal celui qui est puissant dans l'iniquité ? Que peut-il faire ? Tuer un homme? C'est tout ce qu'il peut, comme un champignon vénéneux. O empereur, la malice de l'homme puissant dans l'iniquité en est-elle réduite à ce point qu'elle soit comparée h un mauvais champignon? Quelle inutile puissance, quelle vaine gloriole !
« Mais votre sagesse se glorifiera plutôt dans le Seigneur, se louera dans sa bonté, s'exaltera dans sa justice, ne voudra point nous menacer et nous effrayer
Il y a entre vous et nous un long espace occupé par vos ennemis dont il convient mieux de vous venger que de nous. Nous n'avons causé à Votre Majesté aucun dommage, nous ne lui avons fait aucune injure. Cependant, tant que nous vivrons, nous honorerons notre ministère; nous ferons notre devoirensuivantles traces de nos prédécesseurs ; nous étendrons notre sollicitude
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sur toutes les Eglises avec l'aide de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Pourquoi les hommes s'élèvenl-ils contre nous ? Quel mal avons-nous fait ? Assurément nous n'avons pas envahi la Crète; nous n'avons pas ravagé la Sicile ni conquis une infinité de provinces soumises aux Grecs; nous n'avons pas mis le feu aux églises des saints en faisant périr de nombreuses victimes; nous n'avons pas incendié les faubourgs de Constantinople presque contigus h la ville. Et l'on ne tire aucune vengi^ance de ceux qui ont commis ces crimes, qui sont des païens, ont d'autres croyances que nous, sont les ennemis du Christ et les adversaires des ministres de la vérité. C'est h nous au contraire, qui, par la grâce de Dieu, sommes chrétiens, nés de parents chrétiens et catholiques, qui croyons aux dogmes d'une seule et même foi, qui sommes appelés les serviteurs du Christ et voulons être autant que possible les ministres delà vérité, c'est à nous qu'on adresse des menaces, c'est nous que l'on veut effrayer, c'est contre nous que l'on réclame même des châtiments ! Peut-on louer un tel ordre de choses, une telle interversion des rôles? Ceux qui commettent des crimes sans nombre restent impunis, ceux qui n'ont fait aucun mal sont poursuivis h leur place; on laisse aller ceux qui blasphèment le Christ et on accable de menaces ceux qui l'honorent. Mais nous avons un modèle à suivre, nous savons en qui nous pouvons puiser des consolations. Les Juifs en effet ont agi de même en ren-
voyant le larron et en retenant le Sauveur, en sauvant l'assassin et en condamnant l'auteur de la vie, en délivrant Barabbas et en mettant le Christ à mort. »
Le Pape, par esprit de douceur et par condescendance, veut bien se livrer h un nouvel examen. Il demande qu'Ignace et Photius viennent h Rome : là, Tatfaire pourra être jug^ée en dehors de toute intrigue : « Mais cela, c'est uniquement par indulgence que nous raccordons, et nullement pour plaire à qui que ce soit. »
Si Ignace et Photius ne peuvent venir en personne, qu'ils en fassent connaître au Pape la raison par lettre et envoient des députés. Le Pape désigne les évêques et moines qui doivent être envoyés pour représenter Ignace, et ajoute : u Si vous ne les envoyez pas, vous vous rendrez suspects, parce que ce sont ceux qui peuvent
nous faire connaître la vérité Que Photius, de son
côté, envoie ceux qu'il lui plaira, capables, si cela est possible, de prouver que son élection a été irréprochable et canonique. Que Votre Majesté envoie également, si elle le veut, quelques-uns de ses conseillers qui, témoins des faits, reconnaîtront les décisions que la droiture et la justice auront dictées aux deux partis et vous en feront part. Faites en sorte, toutefois, que ceux que vous enverrez aient la crainte de Dieu, qu'ils connaissent les traditions de l'Eglise et soient capables d'acquiescer facilement et avec obéissance à la vérité. » .
Le Pape demande à l'Empereur de fouri;iir à cçux qui
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manquent des moyens nécessaires pour l'aire le voyage les ressources suffisantes. Il réclame les originaux des lettres qu'il a envoyées par Radoald et Zacharie pour qu'il puisse voir si on les a altérées. Il demande également qu'on lui adresse le texte authentique des actes de la première déposition d'Ignace et de ceux qui lui ont été apportés par le secrétaire Léon. Puis viennent des exhortations à l'Empereur de ne pas se séparer de l'Eglise. « Si vous suivez nos avis, si vous vous appliquez à exécuter ce que nous vous demandons, alors, par l'autorité des saints princes des apôtres, nous accorderons à Votre Très Chrétienne et Très Bienveillante Majesté la liberté d'être admise à la communion de la sainte Eglise catholique et apostolique, spécialement à la nôtre, à celle de notre collègue au sacerdoce, Ignace, et de ceux de son parti, la communion de Grép-oire et de ses sectateurs vous étant seule interdite. Toutefois, si ce que nous vous avons offert relativement à l'envoi de députés ne vous plaît pas, sachez que nous n'avons rien trouvé de mieux ni de plus avantageux. Cela même nous ne vous l'accordons que par affection pour votre personne et pour que vous ne pensiez pas que nous ne voulons vous accorder aucune satisfaction. Ne croyez pas davantage que nous recherchions la paix de l'Eglise aujourd'hui moins que parle passé — Le Dieu tout-puissant nous est témoin qu il n'y a pas dans notre esprit d'autre pensée ni d'autre désir que de rechercher et de trouver ce que l'équité commande à
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regard de chaque parti, ce qui convient à Tintcrèt de l'Eglise dans le présent et dans Favenir. Eloignez de vous ridée que nous voulons favoriser Ignace contre toute justice ou attaquer Photius, s'il a pour lui les canons de l'Eglise
« Nous avons la foi dans le Seigneur qui a dit que la lumière jaillirait des ténèbres et qui a donné la science à l'homme ; si les deux partis viennent au seuil de celui qui a fait périr par le glaive de l'Esprit-Saint Ananie et Saphire, coupables de mensonge, nous avons confiance, disons-nous, que, s'il y a quelques faits incertains et cachés, ils seront révélés et deviendront manifestes. Notre vœu est toujours le même, et c'est avec ardeur que nous le poursuivons : il consiste, en conservant l'impartialité vis-à-vis de chaque parti, à ne décider avec l'aide de Dieu que ce que les saints canons prescrivent et ce que l'équité commande, sans vouloir aucun mal et par suite sans redouter aucun péril — Ce n'est pas l'inimitié ni la haine qui nous ont poussé contre les hommes du parti de Grégoire de Syracuse, mais le zèle de la maison du Seigneur, le zèle des traditions de nos ancêtres, l'ordre ecclésiastique, les antiques coutumes et la sollicitude que nous portons à toutes les Eglises de Dieu. Enfin, nous l'avons déjà dit, ce sont encore les privilèges de notre siège apostolique, privilèges qui ont été donnés divinement à Pierre et transmis à l'Eglise romaine, que l'Eglise universelle célèbre et vénère, qui nous enflamment et ne nous
permettent pas de garder le silence et de rester indifférents.
« Telle est la vérité et, si nous en avions le temps, nous pourrions vous démontrer l'exactitude de ce que nous avons avancé par mille témoignages, vous le faire voir par les écrits et les décisions des hommes les plus compétents. Ne vous indignez donc point, ne cliercliez pas à discuter en vain contre nous, gardez-vous d'écouter les discours des hommes pervers, entendez plutôt notre voix. Ne vous étendez pas en menaces contre nous ; car, avec Taide de Dieu, nous ne les craignons pas et elles ne serviront nullement à nous faire exécuter vos ordres, s'ils ne sont accompagnés des prescriptions divines. Nous sommes prêts à verser notre sang pour la défense de la vérité et nous ne livrerons, ni à vous, ni à aucun des vôtres, le peuple qui nous a été confié par Dieu.
« C'est à vous maintenant de considérer ce que vous avez à faire. Pensez aux temps passés, songez h l'éternité et examinez ce que sont devenus les empereurs qui ont persécuté l'Eglise de Dieu et surtout l'Eglise romaine. Voyez Néron, Dioclélien, Constantin, Anastase et ceux qui les ont imités ; demandez-vous où ils en sont aujourd'hui et combien leur nom est exécrable dans l'Eglise de Dieu. Au contraire, songez à la gloire des empereurs qui ont servi Dieu, qui ont exalté son Eglise et principalement l'Eglise romaine, c'est-à-dire Constantin. Constant, Théodose le Grand et Valenti-
nien, et tous les autres dont TEglise chante les louanges : partout on fait leur panégyrique ; leur nom est rappelé dans nos saints mystères. Contentez-vous donc, à leur exemple, d'écouter notre voix. Car nous sommes votre père par la grâce du Christ et nous vous aimons comme un très cher fils. Nous ne pouvons vous montrer que la voie de la vérité : notre seul désir est d'accroître par la faveur divine votre puissance terrestre. Quelle faute commettons-nous en demandant pour vous la gloire éternelle ?
« Considérez quels furent l'amour et le respect de ces pieux empereurs, vos prédécesseurs, à l'égard du siège apostolique. Voyez comme ils lui ont accordé des privilèges de toute espèce, comme ils l'ont enrichi par des dons et comblé par des bienfaits, comme ils l'ont honoré par leurs lettres, par leurs discours, par leurs décrets pour suivre la foi. Examinez les lois qu'ils ont promulguées pour unir les Eglises au siège apostolique, pour réunir les conciles, sans cependant donner d'ordres sur les décisions à prendre. Ils se sont contentés de prier et d'exhorter, ils ont reconnu ce que les conciles ont décrété, ils ont condamné ce qu'ils ont condamné. Ainsi donc, ô très cher fils, que Votre Sublimité ne se range pas au nombre des ingrats et des désobéissants; mais qu'elle imite les empereurs qui ont honoré Dieu et qu'elle reçoive avec obéissance ce que nous avons décidé relativement à l'Eglise de Constantinople. Nous vous demandons cette obéissance, en avant sous
les yeux ces paroles du Seig^neur : « Qui vous écoule ({ m'écoute et qui vous méprise me méprise » Toutefois, si vous nous jugez digne de mépris, nous ne pouvons, quant à nous, mépriser et négliger ce qui est de Dieu, d'autant moins que nous veillons à votre salut... et que nous avons reçu la mission de répandre la semence céleste. JMallieur à nous si nous ne le faisons pas ! Malheur à nous si nous "gardons le silence!...
« Nous vous en supplions, ne portez aucun préjudice h l'Eglise de Dieu : elle n'en cause aucun h votre cmpire, puisqu'elle prie pour sa stabilité, pour votre sauvegarde et votre salut éternel. N'usurpez point ce qui appartient à Dieu; ne cliercliez pas à soustraire ce qui lui a été confié. Vous savez que quiconque administre les affaires de ce monde doit être écarté du gouvernement des choses sacrées, de même que tout clerc, tout soldat de Dieu ne doit prendre aucune part aux affaires séculières. Nous ignorons absolument comment ceux à qui il est seulement permis de s'occuper des affaires humaines ont la présomption de porter un jugement sur ceux qui gèrent les affaires de Dieu.
« Avant Jésus-Christ, il y avait des rois qui étaient aussi prêtres, comme xMelchisédech. Le diable l'a imité en la personne des empereurs païens qui étaient souverains pontifes. Mais après la venue de Celui qui est véritablement roi et pontife, l'empereur ne s'est point attribué les droits du pontife, ni le pontife n'a usurpé le nom de l'empereur. Jésus-Christ a séparé les deux
puissances, afin que les empereurs chrétiens eussent besoin des pontifes pour la vie éternelle et que les pontiles se servissent des lois des empereurs pour les affaires temporelles. »
Le Pape insiste sur Tindépendance des deux pouvoirs, sur la nécessité pour chacun de se renfermer dans la limite de ses droits : « Il est trop évident, ditil, que le Pape ne peut être lié ou délié par une puissance séculière. » Il cite les paroles de Tempereur Théodose le Jeune, qui écrivait aux Pères du concile d'Éphèse : « Nous vous avons envoyé notre comte du palais, Candidien, pour assister à votre très saint concile, mais nullement pour s'immiscer dans les questions de foi et de dogmes. Car il n'est point permis à celui qui n'est pas de l'ordre épiscopal de se mêler d'affaires ecclésiastiques. »
Après quelques mots où il montre à nouveau l'iniquité et l'illégalité de la sentence rendue contre Ignace, le Pape termine ainsi : « Nous vous demandons enfin de nous écouter dans cette vie, plutôt que de nous voir devenir votre accusateur au jugement dernier. Ne vous irritez pas, si nous avons pour vous une telle affection que nous voulons rendre éternel le trône que vous ne possédez que pour un temps, afin que vous qui commandez au siècle puissiez régner avec le Christ. Car avec quelle confiance pouvez-vous demander là-haut les grâces de Dieu, alors qu'ici-bas vous n'empêchez nullement le mal fait à son Église! Faites que les
cliarg-es que l'on apportera au sujet de l'éternité de votre salut ne soient pas trop lourdes. Vous savez qu'il est écrit : « Les blessures d'un ami sont salutaires, les « baisers d'un ennemi sont envenimés, w Que Dieu toutpuissant, 6 très cher fils, ouvre avec clémence votre cœur pour qu'il comprenne ce que nous vous disons, qu'il vous donne la g^râce d'obéir à ce que nous écrivons et à ses propres inspirations. »
Nicolas ne fut point entendu; et en 866, comme il envoyait des messagers en Bulgarie, il leur remit huit* lettres qu'ils devaient porter à Constantinople. Il rappelait à l'Empereur ses précédentes déductions juridiques, censurait vivement la conduite de Photius, cherchait à g-agner Bardas ^ par des paroles plus douces, se rapprochait de l'impératrice mère Théodora, de l'impératrice Eudoxie , ainsi que de quelques sénateurs pour obtenir par leur influence l'éloignement de Photius. Il consolait Ignace, écrivait au clergé de Constantinople, envovait une encyclique à tous les clercs et fidèles de l'Asie et de la Libye. Cet effort fut inutile comme les précédents. Photius avait pris ses précautions. Les envoyés du Pape ne dépassèrent pas la frontière, et ils durent, chargés de leurs lettres, re-