JafFé, n° 2o35 sqq
datées du 23 novembre 862, et ordonna qu'une enquête équitable et impartiale eût lieu h Metz dans un synode. Les deux légats qu'il envoya pour le présider, se laissèrent corrompre, et la sentence d'Aix-la-Chapelle fut confirmée. Les deux archevêques Gûnther etThietg-aud furent charo^és de porter à Rome les décrets pour les soumettre h l'approbation du Pape*. On vécut encore quelques semaines dans la fausse conviction que le Pape n'avait rien à reprendre. Tout à coup les coupables sortirent de leur quiétude : le Pape les réveilla en qualifiant le synode de Metz de brigandage. Il réunit un concile à Rome pour casser les décisions de celui de Metz, déposa les archevêques Giinther et Thietgaud, les deux principaux auteurs du divorce, se laissa bloquer dans Rome par l'empereur Louis II, qui, sur les sollicitations (les évêques déposés, avait pris à main armée la défense de Lothaire, dédaigna les supplications que Lothaire lui adressait par l'entremise de Thietgaud, confirma dans un nouveau concile de Rome la déposition des deux prélats et continua d'exiger le rétablissement de Theutberge et l'éloignement^ de Waldrade.
T. Les Jnnales Xantenses 864 les font aller à Rome par l'ordre de Nicolas.
2. Cf. pour tous les détails de cette longue affaire : Lettres de Nicolas P% spécialement les n"' de Jalfé, 2o35, 2042, 2092, 2093, 2io3, aio4, *'.io8, 2119, 2172 sq., 2i83. — Hincmar, de divortio Lotharii, Migue, t. GXXV, p. 623. — Héfélé, 1. c. V, p. 433-436, 462-465, 472-481. ~ Aauales Bertin, ad annum 858. Pertz, scr. I, 452. — Regino, chronicon ; ad annum 864,
Un instant même, il fit rétablir dans ses droits l'épouse légitime par son légat Arsène, qui réussit à emmener Waldrade avec lui. Mais elle lui échappa, s'enfuit à Pavie, revint bientôt auprès de Lothaire, et Theutberge devint si malheureuse qu'elle supplia le Pape de reconnaître son divorce. Nicolas n'y consentit jamais, et lutta pour elle jusqu'à sa dernière heure, écrivant à tous les princes de la famille carolingienne, à tous les évêques des rova unies francs, poursuivant^ Lothaire avec une implacable fermeté, et laissant à son successeur l'avantage de recueillir les fruits de ses efforts. Ce n'est que sous Hadrien II que Lothaire vint au mont Cassin faire amende honorable.
Charles le Chauve et Louis le Germanique impatients
Pcrlz I, 672, 574, 58(). — Hincin.'iri annales, ad annos 863, 864, SS'o. — Pertz I, p. 4<3o, 463, 466, 467-468, 474-477^ 481-482. — UuodoUî Fuldensis Annales : Pertz, scr. T, 876, 377-380. — Annales Xantences : ad annos : 834, 865, 866, 867-869, scr. Perlz II, p. 23i-232. — Erclieniperli liistoria Langobardornm, Pcrlz. scr III, p. 253. — Baxmanii, 1. c. II, p. 19-25.
I. Il fut sur Je point d'excommunier Lothaire; le bruit s'en répandit, et Adventius, évéque de Metz, écrivit à A.tto, évêque de Verdun, « ailn qu'en sa qualité de conseiller intime du Roi il l'engageât à faire au Pape l'aveu de ses torts j)our détourner le coup. Alors Lothaire se prêta à une feinte réconciliation, mangea avec Theutberge, alla à l'église avec elle, écrivit à Rome n!ie lettre humble et repentante, mais continua à vivre avec Waldrade. Le Pape se plaignit, jusque dans les dernières semaines de sa vie, à Louis le Germanique, du mépris qu'on faisait de ses ordres. » Quant à Waldrade, elle fut excommuniée trois fois — Baxmajiii, 1. c. j). 9.\-i^).
de partager entre eux les états de leur neveu Lothaire, espéraient qu'Hadrien II excommunierait définitivement ce prince. Mais Hadrien ne jugeait point à propos de leur fournir ce moyen d'agrandir leurs domaines; il permit à Lothaire de venir à Rome, Fadmit à la sainte table, ne craignit point d'absoudre Waldrade elle-même, et se contenta, pour tant de condescendance, des serments et des promesses du roi de Lorraine. Le monarque jura qu'il n'avait eu aucun commerce avec Waldrade pendant qu'elle avait été excommuniée et prit l'engagement de ne plus la revoir. Lothaire mourut à Plaisance, peu de jours après ce serment; et sa mort, qui passa pour une punition de son parjure, amena, pourses deux oncles, les résultats qu'ils attendaient de son excommunication. Ils firent entre eux le partage de son royaume, sans égard aux droits que les traités précédents donnaient à l'empereur Louis. Le pape Hadrien, de son propre mouvement, se déclara le garant et l'arbitre des droits respectifs de ces trois princes, adjugea les États de Lothaire à l'Empereur qui ne les réclamait point encore, enjoignit à Charles et à Louis le Germanique, sous la peine ordinaire des anathèmes ecclésiastiques, de renoncer au partage qu'ils avaient osé faire, et menaça du même châtiment tout évéque, tout seigneur qui soutiendrait leur usurpation: mais ni en France, ni en Germanie, on ne se trouva disposé à l'obéissance que prescrivait Hadrien; on méprisa ses commandements. L'arche-
vêque de Reims lui répondit, au nom de la nation entière, qu'un évêque de Rome n'était point le dispensateur des couronnes de l'Europe; que jamais la France ne recevrait ses maîtres de la main d'un pape; que des anatlièmes déraisonnables, lancés par des motifs purement politiques, n'alarmaient point un roi de France ; qu'avant Nicolas, les papes n'avaient écrit aux princes français que des lettres respectueuses; qu'en un mot, tout en révérant le ministère spirituel du pontife romain, on saurait résister efficacement à ses entreprises, toutes les fois qu'il voudrait être pape et roi tout ensemble*.
Un autre mariage, dans la famille carolingienne, nécessita aussi l'intervention du Pape et la convocation de plusieurs conciles.
Engeltrude, fille du comte franc Matfrid, avait épousé Boson, comte de Bourgogne. Entraînée par la violence de ses passions, elle quitta son mari, et erra plusieurs années dans diverses parties de la France. Vainement Boson essaya-t-il de la ramener au devoir, en lui proposant le pardon le plus généreux et le plus complet. Il ne put rien obtenir. Découragé, il en appela au pape Benoît III; et celui-ci étant mort au moment de cet appel, Nicolas P"" se chargea d'y répondre. Il adressa plusieurs lettres d'exhortation à Engeltrude et la cita
I. Cette lettre d'Hincraar est citée avec éloge par Bossuet, Defensio cler. gall.
au concile de Milan (860). Elle ne parut point, fut anathématisée, et le Pape la poursuivit jusque dans les diocèses de Trêves et de Cologne où elle s'était réfugiée. Il envoya à Giïntlier et à Thietgaud la condamnation prononcée à Milan, avec ordre de la publier. Puis Gùnther, dans un concile* tenu dans les Gaules, demanda si, dans le cas où F^iigeltrude se convertirait, il pourrait la garder dans son diocèse en lui imposant une pénitence, ou s'il devait la renvover à son mari, llincmar lui répondit qu'il ne pouvait imposer de pénitence à une femme qui n'était point de son diocèse, et qu'il devait se borner à intervenir auprès de Boson pour l'empêcher de tuer Engeltrude. Quant àLothaire, il devait la renvoyer de ses Etals.
Vers cette même époque, un grave conflit entre Hincmar, archevêquede Reims, et llothade, évêquede Soissons, troublait toute la Gaule.
Hincmar, en 861, dans le concile provincial de Soissons, avait suspendu cet évêque, qui était accusé d'avoir injustement déposé un prêtre, et infidèlement^ administré les biens de l'Eglise. Le synode de Pistes, con-
1. On ue sait ui en quelle anne'e, ni dans quelle ville il fut tenu. — Pour cette affaire d'Engeltrude, cf. . Mansi XV, 326 et 366. — Hincmari opéra, Migne, t. CXXVI, p. i54, ep. 24, et dans Mansi, XV, 690. — Nicolas I", ep. i55. — Héfélé, V, 436-437.
2. Hincmari, ep. 2 ad Nicolaum, Migne, t. CXXVI, p. 29- 3a; — Annales de S. Berlin contin. par Hincmar, Pertz, scr. I, p. 455-457.
voqué par Charles le Chauve le i*^""juin 862* paraissant disposé à ratifier la sentence portée contre Rothade, celui-ci en appela à Rome, et Hincmar consentit à son départ. Rothade écrivit au Roi et à Hincmar pour leur recommander son église en son absence; au prêtre, qu'il avait déposé, pour Tinviter à venir exposer sa défense à Rome; à un évêque de ses amis, pour l'exhorter, ainsi que ses collègues qui à Pistes n'avaient pas voulu accepter sa déposition, à le défendre et à le soutenir. Hincmar conclut de cette dernière lettre que Rothade avait retiré son appel (assertion que Rothade a fortement repoussée dans le « Libellus^' proclamatiojiis » qu'il envoya au Pape), et il obtint que Charles le Chauve l'empêchât de partir. Appelé à comparaître devant un nouveau concile de Soissons, et refusant de s'y rendre, Rothade fut déposé, excommunié, enfermé dans un couvent, et son diocèse^ transféré h un autre évêque. C'est alors que le Pape entama cette longue discussion, dontles principaux détails se trouvent dans ses lettres et dans celles d'Hincmar, et où il proclama qu'il aurait fallu attendre le jugement de Rome avant de destituer Rothade, puisqu'il en avait appelé au Pape:
1. Annales de S. Berlin contin. par Hincmar, ad aunum 86i, Pertz I, 457.