I. LETTRES DE NICOLAS l
Elles se trouvent dans plusieurs manuscrits latins de la Bibliothèque nationale de Paris.
M. S. i458. L'un des plus précieux et des plus maltraités par le temps. Il renferme une lettre au fol. iSg et quarantequatre dans sa partie la plus ancienne, c'est-à-dire du fol. 162 au fol. 200. Dans le même M. S. se trouve un recueil récent, intitulé : Epistolae. £x Bibliotheca Rothomagensi. C'est une copie des lettres du M. S. 3854 « qui d'ailleurs se trouvent dans le M. S. i458. Celui-ci a quatre genres d'écriture : ix^, x®, xi®, xiv® siècles.
M. S. 3854. Il paraît être du xii« siècle et il contient seize lettres de Nicolas, du fol. 194 au fol. 218.
M. S. 1557. Œuvre du x® siècle. Il a quarante-cinq lettres de Nicolas P^ ; les quarante-trois premières vont du
I. Une liste des lettres contenues dans chacun des M. S. que je cite, avec l'indication des premiers mots, a été publiée dans les Analecta Juris Pontificii. Palmé, Paris, 1868. 84' livraison, p. 53.
fol. 37 au fol. 78; suivent des lettres d'Adrien lî, et le M. S. se termine par deux autres lettres de Nicolas.
M. S. 3859 A, qui est du xvi« siècle, renferme quarante-deux lettres, du fol. 64 au fol. 190.
M. S. 2864, du X® siècle. Ce sont les œuvres d'^EneaS Sylvius, précédées de deux lettres de Nicolas.
M. S. 5537, du xi« et du xii« siècle. N'a qu'une lettre de Nicolas.
M. S. de Josapliat, i3656. Précieux recueil de canons de conciles, de décrétales de Papes; il renferme quarante et un décrets ou fragments de Nicolas I®"", parmi lesquels un fragment qui ne se retrouve dans aucune grande collection et que j'ai reproduit au chapitre II.
Toutes les lettres de Nicolas pi'sont aujourd'hui publiées. On les trouve dispersées dans Baronius, Muratori, dom Bouquet, Pertz; réunies presque en totalité dans Sirmond, Labbe, Hardouin, Mansi; analysées, du moins les plus importantes, dans l'Histoire des Conciles d'Héfélé, t. V. Mais le recueil le plus complet est celui de Migne, t. 119 de la Patrologie latine^ auquel il faut ajouter trois privilèges omis dans ce volume et reproduits au t. 129 de la même collection, col. 101 1. Jaffé, dans les Regesta Romanorum Pontificum, a donné le sommaire de toutes ces lettres, auxquelles il a joint le sommaire de celles qui sont perdues et qui sont indiquées ou résumées par les chroniques. On trouvera ces dernières sous les n**^ : 2018, 2019, 2025, 2028, 2o33, 2o55, 2042, 2068, 2080, 2088, 2094, 21 16, 2177, 2180, 2181, 2186.
J'ai cité les lettres de Nicolas d'après l'édition Migne. Je ne me suis cependant pas contenté de cette édition, qui
reproduit Matisi sans le corriger et surtout sans expliquer les principales difficultés du texte. J'ai eu recoîfrs aux travaux qu'avaient préparés sur ces lettres dom Constant et ses continuateurs et qui se trouvent à la Bibliothèque nationale au t. V de ses œuvre», M. S. L. 16987. Ce volume renferme une courte Vie de Nicolas, une savante dissertation qui fixe la chronologie de ses lettres, une notice sur celles qui sont perdues, le classement de toutes les lettres par indiction, une étude sommaire sur les M. S. qu'il a collationnés et parmi lesquels figurent outre ceux que j'ai cités, un M. S. de Reims et un de Laon. Dom Constant est non seulement parvenu à rectifier le texte et 'à en préparer une édition qui serait d'une incontestable supériorité sur les précédentes, mais il l'a souvent expliqué et commenté. Ses critiques sont très judicieuses et très exactes au point de vue historique, quelquefois un peu erronées au point de vue du droit canonique: il exagère l'influence des Fausses Décrétales. Dom Constant n'étudie pas seulement les lettres du Pape, mais il reproduit encore, commente et compare celles qui lui ont été adressées par des rois, des evêques ou d'autres membres de la société civile et religieuse, fait un excellent usage des annales et autres sources contemporaines et place, en tête de chaque question importante, des monita qui sont des morceaux de beaucoup d'érudition. Nous pouvons avoir une idée de son travail par les fragments qu'en ont donnés les Analecta Juris Pontificii au fascicule que j'ai cité. C'est à dom Constant qu'il faut revenir quand on veut bien étudier la correspondance des Papes des dix premiers siècles.
Quel est le mérite des lettres de Nicolas P*"? Anastase nous dit que « quiconque voudra connaître son saint zèle en trouvera les monuments dans ses lettres qu'il répandit dans toutes les parties du monde ». C'est vrai, mais c'est trop peu dire. Elles nous révèlent une grande nature, une âme énergique, un caractère élevé, un cœur pur et honnête. Nicolas s'y montre bien tel qu'il est, plein d'ambition, non de cette ambition vulgaire qui ne cherche à dominer que pour s'imposer, mais de celle qui veut dominer pour travailler en faveur des hommes, pour les humaniser. Parfois même on sent un souffle libéral sous cette plume autoritaire, — quand, par exemple, il dit aux Bulgares qu'il ne faut amener personne à la foi par la violence, que la torture est contraire au droit divin et qu'ils ont tort d'abuser de la peine de mort. Sa phrase suit toujours le mouvement de sa pensée ; son style est généralement clair et facile, excepté dans quelques préambules ; son raisonnement serré et incisif.
Si elles nous font connaître leur auteur, ces lettres nous révèlent aussi son siècle ; elles nous montrent la violence, la brutalité, la corruption dans les représentants de toutes les classes de la société; il n'y a plus, h cette époque, de respect pour la propriété, et l'on rencontre bien peu de dignité personnelle; avec une rare absence de sentinieut moral, on voit la lâcheté dans le cœur des souverains, l'incapacité dans leur intelligence, la timidité et l'impuissance dans leur politique. On ne fut jamais, sur le trône, moins maître de soi ni plus esclave des autres I
Les lettres de Nicolas P^ sont également très intéressantes au point de vue du droit canonique. En nous rêvé-
TAfiK DES RÉFÉRENCES. l(^9
ant ses efforts pour le fixer, elles montrent que ce drmt reposait encore moins sor des constitutions que sur des précédents, encore moins sor des codes qae sor des principes ; elles seront très utiles pour jnger si, décidément, il faut faire une part sérieuse anx Fausses Décrétales dans les progrès de l'autorité des Papes au ix* siè^e.
Enfin elles présentent quelque intérêt diplomatique. Ainsi Nicolas I^ ne parle à ses correspondants à la seconde personne du pluriel que dans les lettres adressées aux empereurs, aux impératrices et aux patriarches, excepté dans lacté de déposition qu'il adresse à Photius. Avec les rois, les reines, U use des mêmes principes, excepté à regard de ceux auxquels il a de vives observations à adresser. Avec Bardas, il prend tantôt le singulier, tantôt le pluriel; avec les évêques, tantôt l'un, tantôt l'autre. Cependant, le plus ordinairement, il parle au pluriel, quand il est en bons rapports avec l'cvêque, et au singulier dans le cas contraire.
Son nom est toujours placé le premier dans les suscriptions, et cette habitude s'est conservée depuis.
C'est aussi depuis Nicolas que les Papes, dans leurs décrets, prononcent en vertu de rautorité des apôtres SS. Pierre et Paul*.
On a réuni les décrets que Gratien a tirés de Nicolas I*^"", et Mignc, dans les Œuvres de Nicolas, les donne à la page 1184. Je ferai observer qu'on ne peut pas les accepter comme venant tous de Nicolas P"". Il y en a plusieurs qui sont de Nicolas II; d'autres sont l'expression, le résumé