‹ Saint Nicolas IerChapitre 99 sur 108 · I. Ep. 75, col. 901 fin, et 90a com · texte numérisé non relu

I. Ep. 75, col. 901 fin, et 90a com

reuse que je tîens à reproduire ici une partie de ses conclusions relatives à Nicolas P^ S'il est plus affîrmatif que moi quant à la connaissance qu'a eue ce Pape des Fausses Décrétales, il n'établit pas moins très clairement que les Fausses Décrétales n'ont eu aucune influence sur sa doctrine. « Jamais, dit le savant historien, Nicolas P"" ne s'est avisé de recommander la collection pseudo-isidorienne ou de lui emprunter la moindre citation. Bien plus, écrivant à Hincmar en 863, il mentionne les Papes dont les constitutions doivent servir de règles dans les jugements des évêques. Or le plus ancien dans cette liste est saint Sirice, dont les lettres sont parfaitement authentiques. Il y avait pourtant environ cinq ans que l'abbé de Ferrières lui avait appris Texistence de la décrétalc attribuée à saint Melchiade et si favorable a l'autorité du Saint-Siège.

« Voici qui peut sembler plus remarquable encore. Dans bon nombre de lettres écrites postérieurement a la restitution de Rothade, et par conséquent lorsqu'il devait avoir certainement entre les mains le recueil complet du faux Isidore, Nicolas P** cite des phrases qui se lisent à peu près textuellement dans ce recueil, mais toujours en les attribuant a leurs véritables auteurs et non aux Papes, beaucoup plus anciens, sous le nom desquels les avait publiées le faussaire. C'est ce qu'on peut remarquer dans les lettres écrites à Charles le Chauve et aux évêques francs en 865,

dans la réponse aux questions des Bulgares envoyée en 866, dans les lettres adressées la même année à l'empereur Michel III et au clergé de Constantinople. Divers textes apportés en témoignage se retrouvent dans les Décrétales pseudo-Isidoriennes ; mais, dans les lettres de Nicolas, ces textes sont attribués à saint Zosime, à saint Boniface, à saint Léon le Grand, à saint Innocent P**, à saint Célestin P** et à saint Gré* goire le Grand, tandis que Tauteurdes Fausses Décrétales les avait mis sous la plume de saint Damase, de saint Jules P**, de saint Anaclet, de saint Melchiade, de saint Marcel, de saint Fabien et de saint Evariste. « Parmi les lettres que nous venons d'indiquer, il y en a deux dirigées contre Photius. Les difficultés de la lutte que saint Nicolas P'' eut à soutenir contre cet audacieux intrigant suffiraient pour expliquer au besoin rempressement qu'il aurait mis a user de la nouvelle collection. Qu'il eût vu, comme on Ta dit, dans ces monuments prétendus de la plus vénérable antiquité un secours providentiel pour soutenir son autorité menacée par les attaques du schisme, rien assurément de plus naturel et de plus excusable, et il aurait dû les considérer ainsi s'il avait été convaincu de leur authenticité. Eh bien ! les lettres assez nombreuses et fort étendues envoyées de Rome à Constantinople après 854 ^u sujet de la grosse affaire de Photius, et où se trouvent accumulés tant de textes de saints Pères et en particulier de Pontifes romains, ne ren-

ferment pas une seule citation des Fausses Décrétales, ni le moindre appel à leur autorité. Nicolas pouvait- il marquer plus clairement la défiance qu'il conservait dans l'esprit a l'endroit des inventions du faux Isidore?

a Pourquoi, dira-t-on peut-être, se contenter de ce silence, fort significatif sans doute, mais complètement inefficace pour empêcher le succès de l'imposture? Pourquoi ne pas faire un pas de plus, en protestant solennellement contre l'abus fait des noms vénérables des premiers Papes et en livrant le faussaire au mépris du monde chrétien? — Ce n'est pas un crudit sérieux qui fera cette question. La réponse d'ailleurs est bien simple. Nicolas P^ vivait dans la seconde moitié du ix® siècle, et il ne pouvait venir à l'idée d'un homme de ce temps d'entreprendre, à propos d'une publication telle que celle des Fausses Dccrétales, le travail auquel on ne manquerait pas de se livrer aussitôt a l'époque actuelle et qui eût eu pour résultat la constatation irrécusable de la fraude. On aurait mauvaise grâce à reprocher à saint Nicolas et a ses successeurs de n'avoir pas fait ce à quoi n'ont pas même songé Hincraar et Gerbert, qui avaient sans contredit tout autrement de ressources et de loisir pour cette œuvre de critique. »

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