XVI INTRODUCTION
lité la plus grossière. Pour venir h bout de ces caractères si rudes, elle mit tout en œuvre : la prédication, le monacbisme, les œuvres de pénitence, l'éclat du culte, la pompe de fêtes nouvelles.
Quoique les Germains fussent prédisposés au christianisme par leurs idées religieuses, ils n'étaient capables encore que de recevoir les enseignements les plus généraux de l'Evangile sur Dieu, le prochain, l'immortalité de l'âme, le bonheur éternel, les peines de l'enfer. Quant à l'essence même du christianisme, quant aux dogmes de la justification en Jésus-Christ, de la grâce, toutes ces vérités étaient trop hautes pour la masse. En général, au lieu d'abolir les coutumes nationales, on les laissait subsister moyennant un tour chrétien chez les peuples qui y tenaient; ainsi les poèmes nationaux chantés en l'honneur des héros de la mythologie germanique furent conservés, mais avec une transformation chrétienne qui substituait le Christ, la Vierge, saint Martin aux noms des anciennes divinités. On cherchait à mêler peu à peu des idées chrétiennes aux préjugés païens, aux usages idolâtriques, par exemple en ajoutant aux épreuves judiciaires du feu et de l'eau l'épreuve de la croix et celle de la communion; on montrait la vanité des idoles en renversant impunément leurs statues; on condamnait dans des synodes multipliés sur tous les points du territoire la divination, la bonne aventure, les amulettes, les philtres, les conjurations, la magie, la sorcellerie, la croyance aux loups-garous, aux sorcières qui dévorent les hommes tout vivants. Ces condamnations étaient répétées au prône, qui faisait déjà partie de l'office religieux, et souvent elles passaient dans
INTRODUCTION. XVI i
les ordonnances des princes, qui, eu leur donnant force de loi, secondaient ainsi la prédication ecclésiastique*.
Pour activer la réforme des mœurs, il fallait surtout un clergé sévère pour lui-même, habile, instruit. Or, on jugera de Tinsuffisance d'un grand nombre de prêtres par ce fait qu'au viii* siècle on était réduit a ne leur demander, comme preuve de capacité, que la récitation du symbole des apôtres, de Toraison dominicale, des formules usitées dans l'administration des sacrements, la traduction et Texplication de ces prières en langue vulgaire. Trois hommes travaillèrent à relever la valeur intellectuelle et morale de ce corps dont ils entendaient faire le sel de la terre et la lu-
I. Les ordalies proprement dites sont d'abord tolérées par TEglise, qui cherche à les entourer de garanties. Une dizaine de synodes provinciaux, du viii* au xii* siècle, approuvent formellement les épreuves du fer rouge et de l'eau. Au ix* siècle, Agobard de Lyon les attaque vigoureusement, tandis que Hincmar de Reims s'en fait le champion. Ce n'est que le xii^ siècle qui voit la papauté se prononcer nettement contre toute espèce d'ordalies.
Le duel judiciaire, qui n'avait jamais obtenu l'approbation de TEglise, encourt expressément au ix* siècle la condamnation des conciles, des papes, des docteurs et des évêques les plus fameux. En 855, le concile de Valence frappait cette ordalie particulière de peines canoniques. Nicolas I" en 867, vingt ans après Etienne V (ou VI), plus tard Alexandre II, protestaient tour à tour contre le duel judiciaire.... Ce n'est qu'au xii" siècle qu'il est absolument prohibé et flétri.
Nicolas I**", qui eut encore à lutter contre les superstitions issues du paganisme, réprouva sévèrement chez les Bulgares (c. 86) l'usage de la torture, et Grégoire VII, dans une lettre au roi de Danemark, devait se prononcer avec la même énergie contre les procès de sorcellerie. Rrauss, Histoire de l'Eglise^ II, 192-193.
XVIll INTRODUCTION.
mière du monde : Grégoire le Grand, Chrodegand, Charlemagne.
Le premier convertit son palais en un séminaire où il rassembla des hommes jeunes qui aspiraient aux fonctions sacerdotales, et de vieux prêtres désireux de se former des continuateurs et d'achever leur carrière dans les travaux de Tesprit et les pratiques religieuses. Augustin et Mellitus, apôtres de la Grande-Bretagne, élevés dans ce séminaire, fondèrent des établissements analogues dans cette île ; plusieurs furent également créés en Espagne, en Gaule, en Allemagne.
Chrodegand, évêque de Metz, pour imprimer une direction plus forte aux études ecclésiastiques et à la pratique des vertus sacerdotales dans son diocèse, eut ridée de réunir, à l'exemple de saint Augustin, ses prêtres autour de l'église épiscopale, et de les soumettre aux règles d'une vie commune. Ces ecclésiastiques, nommés dès lors chanoines, étaient sous la surveillance immédiate de l'évêque, disaient l'office canonial, s'occupaient d'études scientifiques, mangeaient et couchaient dans des salles communes.
Charlemagne, qui voulait moraliser ses peuples et les instruire par l'Église, seul instrument de civilisation qu'il eût sous la main, comprenait que l'influence ne s'exerce que par le mérite et la vertu. Aussi travaillait-il énergiquement à moraliser et à instruire le clergé de son vaste empire. Il intervint dans ses affaires avec une vigueur que la puissance laïque n'avait jamais eue; ainsi il convoqua plus de quarante conciles ou assemblées analogues pour fixer le dogme ou rétablir la discipline, délibérer sur les devoirs et les besoins des clercs et traiter les questions alors si dis-