SARDAIGNE. ACTIVITE, CHARITE ET BONTE DU PAPE
Jean, archevêque de Ravenne, succomba comme Hincmar dans la lutte qu'il essaya de soutenir contre Rome. Il opprimait les fidèles et les prêtres, empêchait les uns d'aller h Rome, excommuniait les autres sans sujet, volait des biens civils, usurpait des terres de l'Eglise romaine, et déposait sans jugement canonique prêtres et diacres, qu'ils fussent de son clergé ou qu'ils dépendissent du Saint-Siège. Il allait jusqu'à leur arracher l'aveu de crimes cju'ils n'avaient pas commis, et les jetait en prison. Enfin il refusait d'assister aux conciles quand le Pape l'y invitait.
Nicolas P' voulut en finir avec ce superbe contempteur dç tout droit. Il le somma trois fois par lettres de venîrau concile ; et sur son refus, il l'excommunia. Alors
Jean courut h Pavie implorer la protection de l'empereur Louis II; il l'obtint, mais inutilement, car les députes impériaux qui l'accompagnèrent h Rome furent doucement blâmés par le Pape, qui les effraya en leur reprochant leurs rapports avec un excommunié, et ils ne purent rien pour lui. Le Pape le somma de comparaître le 1^^ novembre 86 1 devant un concile où il rendrait compte de sa conduite. L'archevêque humilié quitta Rome, et bientôt on vit arriver dans cette ville une députa tion de Ravennates et d'Emiliens, qui venaient prier le Pape de se rendre au milieu d'eux pour instruire leur cause et les délivrer. Il s'y rendit, reçut les plaintes des fidèles et leur fit justice : les biens usurpés par l'archevêque et par son frère Grégoire furent remis à leurs propriétaires; l'ordre fut rétabli dans l'administration, et le personnel changé partout où il le fallait. Mal accueilli h Pavie, froidement appuyé par l'Empereur, Jean tomba dans une profonde tristesse et comprit qu'il n'avait plus qu'à faire sa soumission. A cet effet, ou réunit successivement trois conciles à Rome, et l'archevêque condamné se soumit aux conditions qui lui furent imposées, de sorte que l'on put croire la paix rétablie. Malheureusement, elle ne fut pas de longue durée, car, deux ans après, nous retrouvons l'archevêque de Ravenne luttant de nouveau contre Rome et défendant Giinther et Thietgaud avec une aveugle obstination, jusqu'au jour où le concile de Latran le déposa avec plusieurs autres
évêques*, notamment l'évêque de Porto, Radoald, qui lui aussi avait si largement mérité cette sentence de déposition.
Le Liber Pontificalis cite d'autres ecclésiastiques sévèrement traités par Nicolas V^ : « L'évêque de Plaisance, Seufred, fut en ce temps chassé de son siège par la perfidie d'un de ses diacres nommé Paul, lequel se fit élire à sa place. Le bienheureux pontife envoya immédiatement à Plaisance des légats qui rétablirent Tévêque légitime dans son église et ramenèrent l'ambitieux Paul au tribunal apostolique. Il fut soumis, lui et ses complices, à une pénitence canonique; le Pape décréta que jamais, même après la mort de Seufred, le diacre Paul ne pourrait être promu au siège qu'il avait témérairement usurpé.
« Dans ce même temps, le bienheureux Pape eut à juger la cause d'un diacre nommé Pepo, lequel avait appelé au Saint-Siège d'une sentence de déposition prononcée contre lui par son évêque. Il se trouva que le diacre avait été condamné injustement. Le pontife le fit rétablir dans son office. Toutes les formalités canoniques avaient été omises dans la sentence épiscopale, qui fut cassée et demeura frappée de nullité. Le pontife en prit occasion pour rappeler a tous les évêques l'obligation de se conformer dans leurs jugements aux règles tracées par l'Eglise. On peut dire que
I. Cf. Migne, ep. Nicolai, coL 767, 768, 759-760, 768; Mausi, XV, 147 sq. Jaffë, n*** aoaS, aoa8, ao35.
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la justice était la vertu dominante de Tillustre Pape. Dès qu'un scandale éclatait au sein de la chrétienté, il n'avait plus un instant de repos, jusqu'à ce que, soit par ses lettres, soit par des légats spéciaux, il eût rétabli Tordre, réformé les abus et ramené à Dieu les consciences égarées.
« La réputation de sainteté et de science du bienheureux pontife était tellement répandue dans tout l'univers que de toutes les provinces les consultations orales ou écrites affluaient au siège apostolique. On ne se souvenait point à Rome d'en avoir, depuis le pontificat de Grégoire le Grand, vu d'aussi nombreuses. Le bienheureux Pape recevait en personne cette immense foule de chrétiens avides d'entendre sa parole : il développait le sens des préceptes canoniques, l'esprit de l'Ecriture et des institutions ecclésiastiques ; et les pèlerins instruits par sa parole et bénits par sa main paternelle retournaient joyeux dans leur patrie. Aux consultations écrites, il répondait par des lettres pleines d'érudition et d'éloquence. Quand il apprenait que, sur un point quelconque de la catholicité, se commettaient des abus ou des désordres, il suppliait le Seigneur dans des prières mêlées de larmes de prendre en pitié son Eglise et d'en extirper les erreurs et les scandales. C'est ainsi qu'ayant un jour reçu à son audience des insulaires de Sardaigne, il apprit d'eux que dans ce pays on n'observait point les lois canoniques relatives aux degrés de parenté prohibés pour le ma-
riage, en sorte que la plupart des unions étaient incestueuses. Il rédigea une lettre apostolique dans laquelle, tantôt avec l'indignation véhémente d'un prophète, tantôt avec les supplications et les tendresses d'un père, il exhortait le peuple sarde à revenir à l'observation des règles de TEglise. Deux légats : Paul, évêque de Populonia, et le vénérable Saxu, abbé du monastère des Saints-Jean-et-Paul, furent chargés de se rendre en Sardaigne pour y combattre un désordre si pernicieux. Ils trouvèrent d'abord une résistance acharnée. Mais, selon les instructions que leur avait données le saint pontife, après avoir épuisé tous les moyens de persuasion, ils fulminèrent l'excommunication et Tanathème contre tous ceux qui refusaient de se soumettre a la loi ecclésiastique et de régulariser leur position par une pénitence sincère. Cet acte énergique obtint son effet; le mal fut réparé et les deux légats en informèrent le bienheureux Nicolas par une lettre qui se trouve dans le regestum du saint pontife. »
Nicolas P^ n'eut point la satisfaction de terminer toutes les grandes luttes qu'il avait entreprises :il mourut le i3 novembre 867, sans avoir pu obtenir la soumission de Lothaire et deux ans avant le huitième concile œcuménique qui devait proclamer sa gloire et confirmer la condamnation qu'il avait prononcée contre. Photius. Néanmoins il avait été largement dédommagé par les témoignages de soumission qui lui vinrent soit
du monde barbare, soit du monde civilisé. Il prépara la conversion du Danemark, envoya des missionnaires aux Bulgares et répondit a leurs doutes sur différents points de la foi et de la morale par une célèbre* lettre, divisée en io6 chapitres, qui prouve, au témoignage de Néandre', « que le Pape ne se préoccupa pas seulement d'introduire chez les Bulgares TEglise romaine, c'est-à-dire la papauté et les cérémonies chrétiennes, mais qu'il eut aussi fort à cœur de rendre les Bulgares attentifs a la pratique des devoirs de la vie chrétienne, et la manière dont il traita ce point de vue, tout en tenant compte de la situation d'un peuple nouvellement converti, fait honneur a sa prudence de pasteur »•
Les Bulgares n'étaient pas seuls à le consulter ; de tous les points du monde chrétien, on lui adressa plus de questions qu'à aucun de ses prédécesseurs, et telle était la multitude des réponses qu'il avait à envoyer que, malgré son étonnante activité, il ne pouvait répondre aussi vite et aussi complètement qu'il le désirait. Il en exprime plusieurs fois le regret, et particulièrement 'dans ses lettres b Roland, archevêque d'Arles, àÂdon, archevêque de Vienne, et àLothaire. Les principaux rois reconnurent sa puissance et s'y soumirent. Les abbayes réclamèrent le privilège de ne relever que