CHAPITRE II
En abordant ce chapitre, je sens que je vais, plus encore que dans le précédent, loucher à des questions fort délicates, vivement débattues et qui passionneront encore longtemps les esprits. Je tiens a faire remarquer qu'il n'entre nullement dans mes intentions de discuter des opinions théologiques qui sont en dehors du cadre de cette étude ainsi que de ma compétence. L'étude que je poursuis est essentiellement du ressort de l'histoire et du droit, et je m'efforcerai de lui couserver ce caractère. Je me garderai donc de faire autre chose que de constater des principes et de rechercher les déductions qui en ont été tirées, les faits qui en sont la conséquence.
Ces réserves établies, je reviens aux lettres de Nico* las P*" et je vais en extraire son œuvre législative.
Il revendique, comme Pape, toutes les prérogatives d'un législateur et il nous montre souvent son droit en cette matière, soit dans les lettres qu'il adresse à l'Orient, soit dans celles qu'il envoie en Occident*
« Lisez les saints canons, écrit-il à Rodolphe, archevêque de Bourges, parcourez les actes des conciles, et voyez que le Saint-Siège, par une prérogative spéciale, a le droit de faire des lois, d'établir des décrets, d^ promulguer des sentences dans TÉglise chrétienne universelle*. »
Nous connaissons déjà la conséquence la plus considérable qu'il ait tirée de son pouvoir législatif, ce canon du concile de Rome, de 863, où il frappa d'auathème quiconque refuserait de reconnaître et de /"^cfiv-^ voir les dogmes ou les décrets établis par le Pape en matière de foi ou de discipline. Une autre conséquence, moins importante, mais très utile à Texercice de son pouvoir, fut l'obligation qu'il imposa aux évêques de publier ses lettres dans toutes les paroisses et de se conformer scrupuleusement aux prescriptions qu'elles renferment : « Faites parvenir à la connaissance de tous vos fidèles, dans toutes vos paroisses, cet acte de notre pontificat et, à cet égard, prêchez aux autres conformément a la définition du Siège apostolique, et vousmêmes tenez-vous y invariablement; nous vous l'ordonnons avec notre autorité paternelle*. »
Voilà des droits fermement posés; en voici la manifestation exprimée par un grand nombre de lois ou de règlements.
1. Ep. 12, col. 786; ep. 76, col. 901. — Privilegîum Corbeiense, col. 8i5.