‹ Saint Nicolas IerChapitre 52 sur 108 · Hardouin, Conciles, T. V. col · texte numérisé non relu

Hardouin, Conciles, T. V. col

SES IDÉES GÉNÉRALES SUR lA PAPAUTÉ. 81

vaste érudition et quelques ennemis de TEglise romaine; aussi les lettres qu'il leur adresse sont -elles spécialement renforcées de preuves en sa faveur, tirées de TEvangile, des Pères et des Conciles; celles de TEvangile dominent et ne sont que la base des autres. Sur le point donc de frapper cette cour, amie des subtilités et des arguties, désireuse de s'affranchir de Rome, il écrivit en 866 des lettres d'une logique écrasante et empreintes du sentiment d'une puissance extraordinaire à tous les membres de la famille impériale, aux sénateurs, au clergé, h toute la chrétienté. Trois fois il justifia son énergique intervention en citant le texte sur lequel les Papes se sont constamment appuyés quand ils ont voulu établir qu'ils sont investis de la primauté du gouvernement : « Pasce oves meas. » Le préambule de la lettre a Ignace n'est que le développement de cette idée, qu'il a longuement expliquée et défendue dans cette solennelle circonstance*.

Nous en avons assez dit sur l'idée abstraite que Nicolas P** se fit de son pouvoir; la voilà, je crois, suffisamment dégagée, et sa correspondance m'a fourni un assez grand nombre de preuves convaincantes pour établir qu'il conçut la papauté comme elle avait été rarement envisagée jusqu'alors. On peut déjà voir en lui le trait d'union qui relie Grégoire le Grand à Gré-

I. Cf. : Migne, 1. c. : ep, io6, col. 1091; ep. io4, 1068; ep. 98, 1019; ep. loi, io58.

goire VII. Il a proclamé solennellement que le Pape réunit la triple primauté du pontificat, de renseignement et du gouvernement. Il a donné h ces grands pouvoirs un puissant caractère d'indivisibilité et, si j'ai dû les séparer pour les mettre en lumière, il ne faut pas croire qu'ils soient ainsi divisés, éparpillés dans ses œuvres; non; chacune de ses lettres est empreinte de cette idée complexe que, au-dessus du Pape, il n'y a que Dieu qui lui a conféré, dans la personne de Pierre, la foi indéfectible, le pouvoir de fortifier ses frères dans celte foi, et le sceptre de la royauté sur toute l'Eglise.

Mais, pour savoir jusqu'à quel degré Nicolas P^ éleva la triple primauté pontificale, il ne suffit pas de la considérer en elle-même ; il faut voir l'usage qu'il en fit, rechercher les droits qu'il a revendiqués pour elle, les décisions qu'il a prises en son nom. Il ne s'en tint pas aux théories ; il ne se contenta point de poser des principes : il les appliqua dans la société civile et dans la société religieuse et, au nom de sa triple primauté, il revendiqua pour la papauté les trois puissances qui constituent les véritables attributs de la souveraineté, c'est-à-dire le pouvoir législatif, le pouvoir judiciaire et le pouvoir exécutif.

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