‹ Saint Norbert, (1082-1134) [microform]Chapitre 24 sur 28 · LA MORT · texte numérisé non relu

LA MORT

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le guette; mieux que quiconque, il sait que son cas est désespéré.

Ce n'est donc point pour se laisser leurrer par l'instinct de conservation et se garer de l'inévitable, qu'il entend se tenir jusqu'au bout au timon de la barque. La preuve en est visible dans le soin qu'il met à hâler, avant le départ suprême, la conclusion des affaires pendantes qui lui tiennent surtout à cœur. Il se préoccupe, par exemple, de mettre ses fils en possession du chapitre de la métropole, suivant l'autorisation récente qu'il en a reçue du Souverain Pontife.

Parfois, il mande à son chevet quelques religieux de la collégiale Sainte-Marie pour leur préciser certaines de ses recommandations antérieures, ei finir de leur insuffler l'esprit de l'Institut. Eux surtout, il les entretient de l'avenir de cette nouvelle fondation dont il entrevoit la future prospérité et tout le bien qui en sortira quelque jour.

Le Carême se passa sans apporter la moindre lueur d'espoir, une amélioration même transitoire. Chaque matin, le malade recevait le saint Sacrement.

A l'aube du jeudi saint, il fit l'héroïque effort de quitter sa couche pour consacrer le saint chrême. Le dimanche de Pâques, il voulut une dernière fois, célébrer les saints mystères. Il eut à l'autel, plusieurs évanouissements, et regagna son lit avec la conviction de ne le plus laisser que pour le tombeau.

Son unique détente était la consolation de l'amitié. Avec l'inséparable Evermode, il conversait souvent des délices de la fraternité qui règne au cloître, du bonheur de mourir dans l'état religieux, et de la perpé-

L'ELU

tuité, dans Tau delà, des saintes affections d'ici-bas.

Hugues de Fosse avait été prévenu de la gravité de la maladie, et convié à un suprême colloque. Comme il arrive, il ne put se défendre d'admettre une part d'exagération dans la nouvelle ni brusque; retenu au loin par des devoirs urgents, il s'attarda en chemin et se priva de la sorte d'un dernier entretien avec son père bien-aimé.

Le jour de la Pentecôte était proche ; la fête, cette année-là tombait le 3 juin. Après avoir, sur sa demande, communié en viatique, le patient réclama l'extrême-onction. Puis d'une voix ferme, avec une maîtrise parfaite de sa pensée, il adressa aux chanoines et aux disciples qui l'entouraient des adieux émus, entrecoupés de paternelles recommandations. Les premiers jours de l'octave se passèrent sans incidents. Le mardi suivant, au soir, l'entourage s'aperçut que le malade déclinait et que l'instant fatal était imminent.

En peu de temps, les familiers de sa maison et les paroissiens de Sainte-Marie affluèrent autour de l'agonisant; il les bénit une dernière fois et en leur personne tous les membres de son institut et de son clergé. A ce moment des sanglots étouffés se trahirent : alors, il s'oublia lui-même pour gronder doucement et consoler.

Puis, levant les yeux au ciel, il expira en prononçant le nom de Jésus.

C'était la nuit du 5 au 6 juin ii34. Le Saint avait environ cinquante-quatre ans. Il y avait un peu plus de sept ans qu'il gouvernait, comme archevêque, l'église de Magdebourg, et quatorze, qu'il avait fondé l'Ordre de Prémontré.

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