‹ Saint Norbert, (1082-1134) [microform]Chapitre 27 sur 28 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Tout fondateur d'Ordre ou d'institut religieux d'hommes ou de femmes a sa statue à Saint-Pierre de Rome. On le sait : la galerie est digne des ors, des bronzes, des autres marbres de la basilique.

Parmi ce peuple de saints illustres et qui ont fait souche, Norbert figure dans le transept de gauche; il a pour voisins sainte Julienne de Falconieri, l'institutrice des religieuses Servites de Marie, et saint Pierre Nolasque, le père des religieux de la Merci pour le rachat des esclaves.

C'est dans la Ville Eternelle, sous les regards de l'Apotre dont l'œuvre reçut de la bouche du Christ les promesses d'immortalité, qu'il faut revenir chercher, pour en auréoler notre Saint, son plus durable titre de gloire. Certes, nous en convenons, il en a d'autres, par lesquels, peut-être, il reste plus accessible à l'imitation commune : le converti, le pénitent, le missionnaire, l'administrateur, l'évêque, peuvent tour à tour captiver l'attention, mériter l'étude, entraîner la volonté de qui se met à son école. Pour avoir été d'un autre temps, et par certains aspects d'un temps plus âpre que le nôtre, ses difficultés ne furent pas tellement différentes de celles qui nous échoient au-

L'ÉLU

jourd'hui. Le combat ne change guère ; seul le terrain est variable, et les soldats plus ou moins au niveau de leur mission.

Toutefois, il convient de le souligner, si la personnalité que nous venons de célébrer a, par l'intermédiaire de l'histoire, de l'art, de la liturgie, de la piété, conservé son irrésistible ascendant sur toute âme en quête de discipline et de perfection, l'influence décisive se retrouve en l'œuvre principale, et le père se prolonge dans ses fils.

De son vivant, ici ou là, Norbert sut être l'initiateur énergique d'oeuvres, de mouvements, de courants d'opinion destinés à disparaître avec lui ; par la création de l'Ordre des Chanoines Prémontrés, il s'est assuré la pérennité.

Et sans doute on peut lui contester, à la stricte rigueur, le titre avéré de fondateur. Eût-il jamais, en ce qui le concernait, l'ambition d'innover en un tel sujet? Au début, sa pensée directrice semblerait s'être restreinte à susciter, au besoin à provoquer une réforme urgente des mœurs du clergé régulier, par quoi il rêverait d'atteindre ensuite, en sous-main, les clercs séculiers et les simples fidèles.

Greffer sur l'arbre étiolé des chanoines de Saint- Augustin un rameau plus vivace : c'était là, il est loisible de le prétendre, son exclusif souci. Oui; mais l'essai le porta plus loin et plus haut que la réalisation de ce premier projet. Et nous l'avons vu, par un agencement de lignes de sa conception, en arriver peu à peu à l'épure d'un plan nettement tracé, d'après lequel il élèvera, en toute vérité, un édifice nouveau, d'organisation nouvelle, de destination nouvelle. Il y employa quatorze ans de sa vie, et à sa

mort, mort prématurée, des milliers de disciples s'étaient déjà voués à la continuation de son œuvre. Certes, il fut heureux dans ses survivants et dans ses successeurs immédiats. On se rappelle que le recrutement du commencement s'était opéré de préférence dans les universités; on se souvient aussi du don de fascination qu'il exerçait autour de lui. Jeunes, intelligents, passionnément attachés à sa personne et à son œuvre, ses premiers fils travaillèrent de toutes leurs forces à la consolidation et à l'expansion de l'Ordre.

Au dire de Hugues de Fosse qui lui succéda au gouvernail, la diffusion des filiales parvint à la centaine; elle devait se poursuivre au delà des premiers lustres du xiv^ siècle, et jusqu'à atteindre, par ses ramifications multiples, les limites du monde alors connu. Deux contemporains nous en ont dressé le recensement, où figurent la France, la Bourgogne, la Germanie, l'Aquitaine, la Petite et la Grande Bretagne, la Saxe, la Poméranie, la Pologne, la Bavière, la Ligurie, la Lombardie, l'Elrurie, la Toscane, il Terre-Sainte, le Portugal.

On le devine : de très bonne heure, il fallut répartir cette surabondante population en des subdivisions territoriales. L'année i32o connaîtra le chiffre imposant de trente provinces. Sur l'ensemble, l'Abbé Général en résidence à l'archimonasière de Prémontré, capitale de l'institut, exerçait une primauté de juridiction. Après lui, venaient, dans la hiérarchie des prélats, les abbés deSaint-Martin-de-Laon, deFloreffe, de Cuissy, partageant avec le Général le titre de « premiers Pères », et composant son conseil au chef suprême.

L'ÉLU

Entre temps, la vitalité de TOrdre s'était affirmée non seulement en essaims nombreux, mais, ce qui est mieux encore, en fruits abondants de sainteté et d'apostolat. Retenons-en, parmi d'autres, un double témoignage particulièrement significatif de la première moitié du xii® et du xiii° siècle; puis nous soulignerons le fait suggestif, lui aussi, que l'institut ait mérité l'attention de saint Dominique, au point que le fondateur des Prêcheurs en adoptât la charpente pour y adapter sou œuvre à lui; enfin, nous signalerons, comme le meilleur gage de prospérité, la sollicitude des Chapitres Généraux à veiller sur la fidélité aux constitutions.

En 1142 une colonie de religieux part pour la Terre Sainte; une fondation norberline aux portes de Jérusalem avait été décidée. Leur meilleure référence auprès de la reine Mélisende est signée de saint Bernard en personne. Si consacrée qu'en soit la formule laudative, cet écrit ne laisse pas de montrer en quelle singulière estime le fin connaisseur qu'était l'abbé de Clairvaux tenait l'Ordre de Prémontré. « La recommandation que je vous adresse... est plus inutile que présomptueuse ; car les bons frères qui vous la remettront en main propre sont d'eux-mêmes si recommandables qu'ils n'ont nul besoin de l'intermédiaire d'autrui. Vous trouverez en eux... des hommes de bon conseil, d'un esprit ferme, patients dans les épreuves, puissants en œuvres et en paroles... Accueillez-les comme des guerriers pacifiques, doux aux hommes et redoutables aux

dénions seulement ; ou plutôt, recevez en eux Jésus- Christ, cause unique du voyage qu'ils entreprennent. » Un siècle plus tard, VHistoiia Occidentalis déjà citée nous renseigne sur les particularités de la vie conventuelle menée par les fils de Saint-Norbert. « Les chanoines et les frères-lais de l'Ordre de Prémontré jeûnent depuis l'Exaltation de la sainte Croix jusqu'à Pâques, et ne mangent jamais de viande si ce n'est pour cause de maladie. De même qu'aux Cisterciens on ne leur sert au réfectoire que deux sortes de mets préparés. Ils ne portent point de linge, mais seulement des vêtements de laine... Les jours de fête, selon l'usage des autres chanoines, ils récitent neuf leçons à Matines, et trois seulement aux jours fériés. Après l'office de nuit, ils retournent au dortoir pour se reposer. A certaines heures déterminées, ils sortent dans les champs pour le travail des mains! L'administration des églises paroissiales ne leur est pas étrangère. Ils ont des maisons et des prieurés non seulement pour les hommes, mais pour les femmes. Au gré des supérieurs, clercs et laïques peuvent séjourner quelque temps chez eux. Politiquement, tous les monastères sont groupés en une vaste fédération présidée par le prélat de l'abbaye de Prémonlré; chaque année, tous les abbés de l'institut se réunissent en un congrès où l'on traite des intérêts communs, et qui porte le nom de « Chapitre Général... »

Suit une constatation dont la conclusion transparente fait allusion à la menace de décadence, mais qui, sous la plume du chroniqueur, ne formule qu'une louange de surcroît.

« Dans les premières années de leur institution,

Wi

L'ÉLU

conlmue-t-il, alors qu'ils étaient riches encore du précieux trésor de leur pauvreté... ils réchauffaient au contact de leur ferveur les contrées voisines et même les provinces les plus reculées : ils les éclairaient et les moralisaient par l'exemple de leur vie. Aussi, en peu de temps, vit-on s'élever sur tous les points géographiques de la chrétienté, de nombreux monastères de clercs et de moniales, et soit par la générosité des princes, soit par les aumônes des fidèles, ils ne tardèrent pas à être dotés et comblés d'opulents revenus et de vastes possessions. »

Gêné par le décret restrictif du Concile œcuménique de Latran ( 1 2 1 5), lequel interdisait toute création d'Ordres nouveaux, le patriarche des Prêcheurs se réfugia à Prémontré. Sous bénéfice de certains correctifs en rapport avec son but spécial. Prémontré lui parutcorrespondre au cadre de son organisation ; mais il fallut bien que le Saint eût aussi sous les yeux de quoi se rendre compte que les hommes façonnés en de tels cloîtres et formés à une telle discipline, atteignaient au degré de perfection qu'il souhaitait pour les siens.

En fait, dès la plus tendre enfance, sa destinée l'avait secrètement acheminé vers cette décision. Dans le voisinage de Caleruega, les chanoines norbertins occupaient alors, depuis quelques années, l'abbaye de Notre-Dame-de-la- Vid. Souvent le petit Dominique y accompagna sa pieuse mère, attirée là par la réputation de sagesse dont jouissait le prélat. Ce

vénérable abbé portait lui-même le nom de Dominique, et nul doute qu'il n'ait pris en affection et béni le fils de la noble Jeanne d'Aza.

Plus tard, à titre d'ami, et d'ami cherchant sa voie, il fréquenta, sur les bords de la Garonne, à quelque quatre lieues de Toulouse, le monastère de Notre-Dame-de-la-Chapelle. Ici encore l'attiraient et l'amitié d'un prévôt en grand renom de sainteté et le désir d'étudier, sous sa direction, les constitutions de Prémontré, dont au surplus la vie régulière des chanoines de la Chapelle mimait sous ses yeux l'image accomplie.

Législateur, Norbert avait profité à l'école de Siegburg et de llolduc. Voici Dominique qui se fait à son tour disciple de Norbert et se pénètre des ordonnances du maître au point que non seulement l'esprit, mais même la lettre se retrouveront parfois dans les siennes.

Ainsi par exemple du début du prologue, « Puisque, aux termes de la règle, nous devons n'avoir qu'un cœur et qu'une ame dans le Seigneur, il est juste que nous observions uniformément le même régime et le même type de vie. » Ainsi encore de toutes les prescriptions concernant l'obligation de la visite canonique et du chapitre annuel, du chapitre quotidien, du jeûne et de l'abstinence, du silence perpétuel, de l'énumération des coulpes : ici, mot pour mot, les textes confrontés sont identiques.

A de rares exceptions près, lesquelles, il faut s'y attendre, décèleront les préoccupations de son attrait de grâce particulier, telles que : pauvreté des couvents, adjonction privée de l'office nocturne de la Sainte Vierge à l'office canonial de Matines, décla-

L'ÉLU

ration que les constitutions n'obligent pas sous peine de péché, facilité de la dispense pratique, la note personnelle de Dominique se contentera de trancher sur les statuts de Prémontré pour manifester le but du fondateur et les moyens convergents de l'atteindre. Par lui, le travail manuel est supprimé; l'article « de labore » ne s'entendra plus chez lui des œuvres serviles, mais uniquement des labeurs de l'étude et de l'apostolat. De plus, la psalmodie de l'office perdra de sa solennité et de sa longueur : Dominique pense que la ferveur d'ordre intime ne pourra que gagner à la restriction des démonstrations collectives. C'est une opinion soulenable, mais, pour ses disciples, il est surtout indispensable d'avoir beaucoup de temps à consacrer à la préparation de la prédication. Car le Dominicain est un prêcheur, et un prêcheur ambulant : au jour de sa profession il ne s'astreindra plus à la stabilité ni au service d'une église particulière, mais se contentera d'un vœu d'obéissance à Dieu, à la Bienheureuse Vierge Marie, au supérieur.

Dans son commentaire des constitutions dominicaines, le cinquième général de l'Ordre, Humbert de Romans (i 254-1263), résume, à la gloire de Prémontré, les raisons d'ensemble qui déterminèrent Dominique à son choix. « Rien de plus juste et de plus opportun que cette élection, explique-t-il; car les Prémontrés ont réformé et perfectionné la religion du Bienheureux Augustin, comme les Cisterciens Tont fait pour celle de Saint Benoît. L'austérité de leur vie, la beauté de leurs observances, le gouvernement d'une grande multitude de frères, leur valent le premier rang parmi les adeptes d'Augustin... De

là vient que, non autorisés par l'Église à innover en matière de discipline monastique, le Bienheureux Dominique et les siens se décidèrent à emprunter aux institutions de saint Norbert tout ce qu'ils y découvrirent d'austère, de beau, de discret, et qu'ils estimèrent conforme à leur but. )>

Enfin, disions-nous, si les Prémontrés furent redevables de leur âge d'or à la tenue régulière des Chapitres Généraux dont ils avaient emprunté l'usage périodique à Cîteaux, il est juste d'observer aussi qu'en retour, les Chapitres accusent, parmi les tâtonnements du début et les prohibitions de la suite, un haut degré de perfection : celui précisément auquel l'Ordre s'est constamment préoccupé de viser et non sans succès.

L'unité d'observances : tel serait, semblait-il, le meilleur gage de fidélité à l'esprit du fondateur. Mais il n'était rien de la décréter, si l'on ne s'ingéniait à parer aux brèches qui lui viendraient tôt ou tard de l'extérieur. Types de régionalisme, ' tempérament, race, aspirations, origine, changeaient d'une recrue à l'autre; les conditions de climat pouvaient aussi déterminer des variantes considérables dans la glose; l'inspiration de celle-ci se trouverait de ce chef tantôt atténuée, tantôt aggravée; enfin il fallait protéger les constitutions contre l'arbitraire toujours possible des prélats ou prévôts, commentateurs-nés de la règle. Le premier Chapitre Général se tint vers i i3o, du vivant de saint Norbert; empêché d'y venir, il en fut,

L'ÉLU

quand même, de loin, l'inspiraleur. On y décida que la nomination du général de l'Ordre serait à vie, et que le supérieur de chacun des monastères serait, lui aussi, inamovible. On y régla le renouvellement annuel, à la fêle de saint Denis, du dit Chapitre, auquel seraient obligés d'assister tous les supérieurs, et qui constituerait le tribunal suprême de l'Ordre.

En outre, fut promulguée l'obligation de l'abstinence pour toute l'année, tout en réservant la pratique du jeûne pour les sept mois d'hiver.

Enfin, Ton codifia une législation aux termes de laquelle se trouvaient détaillés les devoirs des supérieurs envers les inférieurs, des inférieurs envers les supérieurs, des égaux entre eux.

L'ensemble des délibérations et des conclusions de l'assemblée avait été consigné en un recueil de statuts ou constitutions de l'Ordre, dont l'on continua dans la suite, au gré des circonstances, des difficultés, des données de l'expérience, à compléter, à corriger, à préciser le sens ou la portée.

Norbert n'avait pas manqué de se rendre compte de l'utilité de ce congrès à retour périodique. Son fidèle continuateur, Hugues de Fosse, prit soin, jusqu'à sa mort (il 64), de convoquer chaque année le Chapitre Général. Statistique éloquente : de la première à la dernière réunion qu'il présida en personne, le chiffre des capitulants passa de six à cent vingt.

La réunion de 1290 eut une importance majeure. Pour en faire une édition nouvelle, on v remania le recueil des us. A l'exception de quelques dispenses, confirmées d'ailleurs par l'autorité du pape Nicolas IV, il n'y avait, en cette rédaction, rien qui changeât quoi que ce fût à l'esprit, voire aux

observances édictées par le saint fondateur. Parcourons-en les principales dispositions.

Elles font commencer la journée du religieux à minuit. A la psalmodie des Matines, comme à chacune des autres heures canoniales, l'on doit ajouter l'heure correspondante du petit office de la Bienheureuse Vierge. Au second réveil, est prescrite l'assistance successive à trois messes : messe pour les défunts, messe de Beatâ, messe capitulaire, point central de la prière publique. Puis vient la séance du chapitre quotidien où la coulpe est chaque jour obligatoire. Enfin, le travail devra comporter, de toute rigueur, une part d'œuvres serviles, une part de lecture ou étude.

Le texte mentionne ensuite les règles de la préséance et l'attribution des charges. La hiérarchie ne laisse pas d'être compliquée : elle comprend l'abbé ou le prévôt, le prieur, le sous-prieur, le circateur ou surveillant général, le chantre, le sacriste, le maître des novices, le proviseur, le cellerier, le vestiaire, le bibliothécaire.

On rappelle ensuite les couvents à l'obligation de l'aumône et aux devoirs de l'hospitalité, puis les religieux, à la modestie du vêtement.

Viennent alors les menaces et sanctions du code pénal à l'adresse des délinquants, et la recommandation qu'il y ait, dans chaque province, une prison où faire expier leurs crimes aux religieux convaincus de crimes : assassinats, vols, scandales, hérésie, incendies volontaires. Moindre faute, à coup sûr, celle qui contrevient à la loi du silence; ce délit est pourtant Tobjet d'un blâme spécial, surtout s'il a eu pour théâtre l'église, le dortoir, le réfectoire, le cloître.

L'ÉLU

Une autre clause importante revient sur la tenue du Chapitre Général, lui assigne derechef sa date : la Saint-Denis de chaque année, et son lieu de réunion : Tabbaye capitale de Prémontré. Sans nulle exception tous les abbés de l'Ordre seront convoqués et devront venir. Lien de l'unité, le Chapitre sera aidé dans son œuvre de confédération par l'uniformité des livres liturgiques ' et des Constitutions. Pour éviter les corruptions de texte, on aura soin de calquer les transcriptions sur les manuscrits authentiques de Prémontré. L'esprit de famille se manifestera, en outre, par les échanges de bons offices, au besoin l'attribution de secours matériels. Enfin, chaque année, l'Abbé devra visiter les filiales de sa juridiction, pour se rendre compte de la fidélité aux observances et, s'il en est besoin, réduire ici ou réprimer là les entorses faites à la règle, et cela, sans préjudice des inspections du visiteur de la Province qui auront le même but.

Le mode des élections par compromis, le régime des frères lais, les devoirs des chanoines paroissiaux ou curés : tel est l'objet final des statuts de 1290.

I. On se souvient que Norbert avait e'té de'noncé à Rome pour avoir innové en matière liturgique. L'accusation e'tail fausse : au vrai, le fondateur n'en avait jamais eu l'intention. Il se contenta d'adopter pour son premier monastère le cére'monial, le calendrier et le chant en usage sur place. Mais là, puis dans les nombreuses filiales de Pre'montre', se constituèrent peu à peu des traditions de famille ine'vitables pour tout Ordre religieux voué à la célébration quotidienne de l'office divin. Le plainchant exécuté aujourd'hui dans les abbayes norbertines date de huit siècles ; c'est un document de haut prix pour la reconstitution intégrale de l'exécution grégorienne.

Il faut en convenir : à l'âge d'or succéda le déclin, disons, pour employer ici le mot classique, la période de stagnation.

Entre l'Ordre de Prémontré et l'Ordre de Cîteaux, les vicissitudes furent souvent communes; pour l'un comme pour l'autre, les raisons de décadence vinrent d'abord de l'extérieur et procédèrent d'une inévitable fatalité.

La difficulté pour les prélats éloignés de se rendre périodiquement au Chapitre Général, l'impossibilité même de la réunion annuelle en raison des guerres, de la peste, de la famine, privèrent l'institut de la condition essentielle de sa cohésion et, en fin de compte, de sa prospérité. De plus, la richesse des monastères s'accrut de la libéralité reconnaissante et généreuse des princes et des communes obligés par eux; il était impossible que cela fût sans dommage pour l'abnégation, gardienne de la régularité.

L'apparition et la concurrence de nouveaux Ordres religieux plus adaptés aux besoins nouveaux. Franciscains et Dominicains, l'esprit d'anarchie et les confiscations violentes de la Réforme, les méfaits de la commende, la persécution des gouvernements despotes ou apostats d'Allemagne, de Grande-Bretagne, de Hongrie, de Hollande, portèrent tour à tour à l'institut, de rudes assauts.

La fin du xvi^ siècle marqua le début d'une phase de restauration. A l'instigation des abbés généraux de l'époque cessa l'isolement des abbayes de France, d'Allemagne, de Belgique, d'Espagne; une nouvelle rédaction des statuts fut décidée, puis promulguée en

L'ELU

i63o. Le zèle des plus fervents favorisa, nous l'avons vu, Téclosion d'une observance réformée, laquelle, après les tiraillements du début, finit, sinon par se rallier Tensemble, du moins par décider l'observance rivale, dite commune, h une atténuation de fléchissement dans la régularité.

Les recensements de 1627 assignent encore à Prémontré vingt-deux provinces; ceux de 1767, deux cent quarante monastères, dont soixante-seize au royaume de France. Hélas, sur place d'abord, dans le rayonnement de son déplorable prosélytisme ensuite, la Révolution française, désola, puis anéantit l'œuvre de tant de patience et de temps.

Dès que luira l'aube des restaurations possibles, la pierre du tombeau va se soulever. Puis, sur le désir formel de Léon XIII (i883) et à l'issue d'un Chapitre mémorable où se coudoieront les abbés du monde entier, TOrdre reprendra enfin sa place, une place de choix, parmi les instituts religieux.

Aujourd'hui, en dépit des persécutions plus récentes (1880 et 1903) ou des bouleversements de la guerre mondiale (19 14-19 18), il affirme sa vitalité séculaire et sa confiance dans l'avenir, non seulement par une officielle mention de statistique, mais aussi et surtout par son aisance discrète à continuer à TÉglise l'aide d'un dévouement multiple : louange divine, zèle pour le salut des âmes, esprit de pénitence, dévotion au Saint-Sacrement, culte de la Sainte Vierge^.

Programme riche et riche idéal !

I. Telle est la formule usitée dans l'Ordre pour de'finir le programme de la vie norbertine : Laua Dci in choro, zelus animarum, spiritus jngLs^ pœnitentiœ, eu Uns eitcharisticus, cuit a marianus.

C'est de leurs traits variés que doit s'esquisser la physionomie du religieux Prémontré, en qui se réincarne sans cesse, depuis huit siècles de durée, l'idéale, la chevaleresque figure de ce Saint d'avant-garde : Norbert.

BIBLIO&RAPHIE

Il me semble superflu de reproduire ici le travail fait naguère, avec un soin minutieux, par un chanoine prëmontré de 1 abbaye d'Averbode en Belgique, le R. P. LÉox Goovaertzmanuscrits et imprimes compris, c'est la bibliographie de saint ^orbert, la plus complète et la mieux mise au point. Elle fu publiée dans le Dictionnaire Bio-bibliographique £cnW„v artistes, savants de l'Ordre de Prémontré, t IV p 367 ed Dewit, Jiruxelles 1917. A son défaut, on en trouvera l'abrégé' mais arrêté à quelques années antérieures, dans • R>ne p Go' DEFROY Madelaine, Fie illustrée de saint Norbert, p. 33i'seq éd. P,cquoin, Paris 1900. Du même auteur, dans V Histoire de Saint Norbert..., d'après les manuscrits et documents originaux p. 3 seq., éd. Désolée, 1886, on lira avec grand profit I étude sur les premiers historiens du Saint.

Ce dernier ouvrage, dont le précédent n'est qu'une réduction, restera, en langue française, la mine d'or à exploiter J en ai, pour ma part, largement bénéficié, guidé par Pauteur en personne au cours d'une exploration de plusieurs mois de durée. La justice et la gratitude me font un devoir de le déclarer ici tout en remerciant au surplus le Révérendissime Père Abbe d avoir mis le comble à sa bienveillance, en revisant avant son apparition au grand jour de la publicité, la mise en œuvre de trouvailles que, pour la plupart, je lui dois.

Caet la sur les invitations plus pressantes ou plus alléchantes de ses références, ou d'après les indications du R P GoovAERTz, je me suis reporté parfois aux auteurs cités par eux • tels ; J. DE ViTRY, Historia occidentalis, ed. Duaci 1597- Ca-

Page 1