FONDATION DE L'ÉGLISE DE CORIXTHE
La route de terre d'Athènes à Corinthe suit le rivagt^ par Eleusis et Mégare. Paul préféra , sans doute , la voie de mer plus courte et moins coûteuse; traversant le golfe Saronique il aborda à Kenchrées, située à l'ouverture d'une belle vallée qui traverse l'isthme; en deux heures de marche l'apôtre atteignit Corinthe.
La ville qui portait alors ce nom n'était plus l'antique cité qui avait eu, comme Sparte et Athènes, son heure de suprématie sur la Grèce entière. La ligue achéenne qui lui déféra cette prépondérance ne survécut que vingt-deux ans au dernier roi de Macédoine. Rome épiait le moment d'effacer tout vestige de l'indépendance hellénique : un soulèvement de patriotes lui en fournit l'occasion. Mummiu? prit Corinthe (146), la livra aux flammes , et ne laissa derrière lui qu'un monceau de décombres'. Tout un siècle, ces ruines
> SlraLon, VIII. ti, 22, Ti. — I'aii<ania5, TI , i, 2. — Phitarque, Cxsar, 57.
DEUXIÈME MISSION. CÛRIMOE. 179
demeurèrent désertes, jusqu'au jour où César envoya une colonie italienne les relever. Ces nouveaux venus, affranchis pour la plupart, formaient une population mêlée', vulgaire dans l'ensemble, mais ils apportaient à CCS lieux, avec la protection de Rome, une inviolable sécurité. C'était assez pour qu'en peu d'années Corinthe revécût, car sa situation est des plus prospères. Assise au sud-ouest de l'isthme, sur un bas plateau, elle s'adosse à un mont de deux raille pieds qui porte sa citadelle. Cette hauteur, r.\crocorinthe , assez vaste au sommet pour soutenir une ville, a des pentes si abruptes qu'une poignée d'hommes sufûtà la défendre et à barrer l'entrée du Péloponèse^.
La position de cette cité , capitale au temps des lutteis entre les villes grecques, n'avait plus la même importance depuis que l'Hellade vivait sous la main de Rome, en paix, c'est-à-dire déserte. Aussi la pensée de César, en relevant Corinthe, fut-elle moins d'y créer un poste mihtaire qu'un port de transit entre les deux parties du monde , et l'on ne pouvait mieux choisir. Dominant sur deux mers , Corinthe recevait dans son port de Léchée les navires d'Italie et d'Occident, dans celui de Kenchrées les flottes des mers orientales. Deux lieues à la vérité la séparaient de ce dernier havre; .mais le transport des marchandises était vite fait pour des barquesde faible tonnage, et d'ailleurs une
' Slrabon, VIII, vi, 23. — Arislide, Or., m, p. 37 et suiv., éd. Dindorf.
^ Au temps d'Aratu», 400 soldats et 50 chicas suffisaieat à garder te posle. Plutarque, Araiics, xxit.
180 SAINT l'AUL.
voie tracée au plus étroit de l'isthme permettait de traîner les navires d'un port à l'autre sans les décharger ^ Ce passage dispensait de faire le tour du Pélo-ponèse, par conséquent de doubler le cap Malée de sinistre renom ^. On le préféra dès que Corinthe, sortant de ses ruines , offrit toutes facilités pour traverser l'isthme.
Le relèvement de cette ville fUt, eomme l'extension de son négoce, aussi rapide que brillant. En quelqu s années, les colons romains se trouvèrent noyés sous le flot d'étrangers qu'attirait la prospérité de Corinthe. Juifs et Syriens, flairant le gain, y accoururent. Les anciens Grecs revinrent aussi , mais trop pauvres pour former une aristocratie. L'influence dans ce monde de marins, de négociants, de courtiers de commerce, resta donc aux plus hardis, aux plus riches; pensées et mœurs y furent celles, non de l'ancienne Grèce, mais de la population aventurière qui remplissait la nouvelle cité. Comme toujours, ces éléments ne se mêlèrent que pour se corrompre. L'Orient y apporta ses honteuses passions , Rome son implacable brutalité, ses jeux sanglants. De tout temps le nom de Corinthe avait éveillé l'idée de licence; il passa dès lors en proverbe dans le monde entier'. Le théâtre de ces débordements se retrouva comme jadis au sanctuaire de Vénus sur l'Acrocorinlhe. L'Hélios des temps fa-
1 Sirabon, Vill, vi, 22.
) « Formidatum Maleae caput. » Stace, Thebais, ii, 33. — Ma><ai« ' ; iidî|xt}«( ini>.â8ou i5v* otxaSe. Strabon , III , ti , 20. » Voir He«ychiua au mot KoptvSiiÇeiv.
buleux, ayant conquis ce sommet sur Neptune, en avait fait don à la plus impure des Vénus, la Pandémos ' ; mille prêtresses y desservaient son temple '. Leur habileté à dépouiller quiconque se livrait à elles était connue; Laïs, dans la nécropole de Corinthe, avait la figure d'une lionne tenant sa proie entre ses griffes eV la dévorant*. Au sein d'un peuple renommé pour ses folles joies, cette source d'immoralité versait une corruption peu commune^. Paul avait Corinthe sous les yeux quand il traça du paganisme le sombre tableau où tous les excès sont mis au jour*.
Israël , dans celte fange , demeurait comme partout supérieur aux gentils, gardant sa loi sainte, échappant à la contagion par l'isolement, d'ailleurs tout entier aux affaires. La communauté de Corinthe , aussi nombreuse qu'influente, s'accroissait en ce temps des Juifs que l'édit de Claude chassait de Rome* et refoulait
ers l'Orient. Parmi ces nouveaux venus se trouvaient deux Israélites originaires du Pont et récemment arrivés d'Italie, Aquila et Priscille sa femme, qui tissaient les tentes comme S. Paul et ne tardèrent pas à entrer
n commerce avec lui. Tous deux, à l'exemple de leaucoup de Juifs, exerçaient leur industrie en no-
1 Pauly, Real Encyclopàdie , Corinthu.
» Sirabon , VIII , vi , 20.
' Pausanias, ii, 2.
* Horace, i Epist., ivii, 36. — Juvénal, Sat., vra, 113. — Athéée, vu, 13; ini, 21, 32, 54. — Strabon, XII, m, 36. — Aristide, >r., III, p. 39, etc.
» Rom., I, 26-32.
< « Judaeos, impulsore Cbresto assidue tamuituantes, Roma cialit. » Suétone, Claudim, 25.
mades; après avoir quitté l'Italie pour Corinlhe, nous les verrons s'établir à Ephèse, puis retourner à Corinlhe, à Rome ', et repasser plus tard en Asie ^. Leur prompte liaison avec Paul, aussi bien que le silène des Actes sur leur conversion, donne lieu de suppose: qu'ils étaient déjà chrétiens , quand l'apôire les rencontra. Heureux de ne plus se trouver seul dans cet! grande ville, Paul s'empressa de mêler sa vie à celi d« ces artisans, il logea et travailla avec eux. Leur demeure était pauvre , le tissage des tentes peu propre à enrichir; Paul, bien que peinant jour et nuit, subit les extrémités de l'indigence, la faim, la soif, les insultes que la populace païenne ne ménageait pas ù.m\ Juifs quand leur richesse ne lui imposait pas. Quelqu-^ années plus tard , il rappelait aux Corinthiens dai quel état ils l'avaient vu alors : nulle part, si ce n'est à Éphèse , l'apôtre ne se trouva en pareille détresse '. Aquila et Priscille ne pouvaient guère , pour alléger la misère de leur hôte, qu'y compatir et la partager. Oi souffrit ensemble dans l'étroite boutique, travaillanl avec courage , avec fierté , sans tendre la main. Priscille paraît avoir été l'âme de la maison , l'aide et l'appui ■ de Paul, car elle est nommée avant Aquila dans les v lettres de l'apôtre : o Saluez de ma part Priscille et Aquila qui ont travaillé avec moi pour le service de
' Acl., XVIII, 18, 26. I Cor., xvi, 19. Ro:n., xvi, ».
2 II Tiru., IV, 19. ',
^ I Cor., IV, 11-13. "A-/pt xriî âpn ûpa; xai itetvùifiEv xai Ôt4«(l>|i.6v, i
xTÀ... « Jusqu'à cette houre (où nous vous écrivons) nous conli- f
nuon» d'être dans le rn^me état où vmis nous avei vus à Corinthe i
nous souffrons la faim, la soif, » etc.
DEUXIÈME MISSION. CORINTOE. 183
Jésus-Christ, qui ont exposé leur tête pour me sauver, et à qui je ne suis pas le seul qui soit obligé, mai? encore toutes les Églises des gentils '. » Aucune des chrétiennes qui secondèrent la prédication de l'apûlre n*a obtenu de lui pareil éloge.
Paul connut tout particulièrement en ces jours-la le prix de telles amitiés. On sait à quel point, réduit par ses infirmités à dépendre de ceux qui l'entouraient. il, devenait dans l'isolement hésitant et craintif. Pris à son entrée dans Corinthe de cette défaillance, de ces terreurs irrésistibles, il dut à Priscille et à son mari de retrouver force et confiance. Il commença par prêcher dans l'atelier où il travaillait avec eux, puis il s'enhardit à le faire publiquement dans l'assemblée des Juifs. Le sabbat , même dans les villes commerçantes comme Thessalonique et Corinthe, était rigoureusement observé; toute boutique de Juifs se fermant ce jour-là, on se pressait à la synagogue. Si méprisable qu'y parût lapôtre, au milieu de compatriotes riches et influents pour la plupart, son titre de Maître en Israël lui permettait de revendiquer la parole. Ce droit établi, il en usa désormais toute; les semaines, prêcha en pleine synagogue, « faisant
' Rom., XVI, 3. Il Tim., iv, 19. S. Luc la uomBte Priscilla; S. Paui Prisca. Nous trouvons souveat dans les auteurs latins ces diverses formes d'un in(?rae nom,Livia et Livilla, Drusa et Drusilla. désignant la môme personne. A la vie pauvre qu'ils menèrent à Corinthe et à Éphèse succédèrent évidemment, pour Aquila et Pris cille, des jours meilleurs qui leur permirent de servir libéralement l'Église, car, cinq ans plus tard, ils ouvraient sur l'Avealin, aui frères de Rome, une maison assez vaste pour leur servir de sanctuaire. Rom., ivi, 3-5. Voir Saint Pierre, chap. iviii.
entrer dans ses discours le nom du Seigneur Jésus et persuadant Juifs et Grecs*. » Ces derniers étaient habituellement nombreux dans les villes de population mobile comme Corinthe. Paul n'essaya point pour eux de plier sa prédication aux formes didactiques que la Grèce aimait; il avait eu cette attention devant les Athéniens, usant de précautions oratoires, mettant en relief les vérités chrétiennes qui répondaient le mieux aux aspirations de leurs philosophes. Le peu de succès de cette tentative le détourna de pareils soins à Corinthe. « Je ne suis pas venu à vous, disait-il aux fidèles de celte ville, avec de beaux discours, une éloquence et une sagesse humaine; je n'ai pas jugé bon de savoir quoi que ce soit parmi vous, sinon Jésus- Christ et Jésus-Christ crucifié^. »
L'Évangile, sous sa forme la plus austère, la croii de Jésus, tel fut donc le christianisme prêché aux Coi rinthiens. L'ardeur de Paul à le répandre, les miracle^ qu'il multipliait pour l'autoriser, lui assurèrent grant crédit'; païens et Juifs cédèrent à la- persuasion ""^ L'élan des conversions ne fut retardé que par la fièri constance de l'apôtre à ne rien recevoir de ses néophytes , l'obligation de travailler sans relâche ne lui laissant d'autre jour libre que le sabbat. Sans doute au cours de la semaine, son travail ne l'absorbait pas jusqu'à lui ôter la parole , mais ceux-là seulement en profitaient qui venaient à la demeure d'Aquiia.
> Acl., XTIII, 4.
a I Cor., n, 1, 2.
» Id., II, 4; II Cor., XII, 11, 12.
♦ Act., XVIII, 4.
L'arrivée do Silas et de Timolhée à Corinlhe changea celte situation. Ils apportaient de larges secours des Églises de Macédoine \ les seules dont Paul ne refusât pas l'aide. Affranchi désormais des sollicitudes matérielles, trouvant un plus ferme appui dans les deux compagnons qui depuis Antioche partageaient son apostolat, Paul se livra tout entier à la prédication ^ , pressant ses frères d'Israël, leur démontrant par les Écritures que Jésus était le Christ. Les chefs de la juiverie deCorinthe, gros négociants, riches financiers, n'admettaient pas qu'on troublât leur quiétude religieuse. Us avaient d'abord toléré le nouveau venu, ne voyant en lui qu'un de ces artisans missionnaires qui couraient les communautés d'Israël. Gomme on ne l'apercevait, et qu'on ne l'entendait que le samedi, sa parole, objet de leur curiosité , n'avait rien qui les inquiétât; mais quand ils le trouvèrent tous les jours sur leur route, discutant avec leurs compatriotes, les entraînant après lui, de si ardentes poursuites leur devinrent importunes ; ils soulevèrent contre l'apôtre dans leurs assemblées une opposition aussi aveugle que bruyante : cris et blasphèmes l'assaillirent dès qu'il prenait la parole. Paul savait par expérience que le fanatisme juif une fois excité ne s'apaise plus. Montant une dernière fois dans la chaire de la synagogue , il secoua sur les Israélites la poussière de ses vêtements. « Que votre sang,
' II Cor., XI, ».
* « Locutio <njv£Î/eTo t(J) lô-^u» TicLetur valere : « totus habebatur • Terbo » (tôj Xôyti) Dativ. Instrumenti.) » Beelen, Commentariiu in Acta, XTiii, 5.
dit-il, soit sur votre tête; pour moi, j'en snis innocent; désonaais je m'en vais aux gentils. » Et aussitôt, il sortit de la sjTiagogue.
La maison d'un prosélyte , nommé Justus, était pioche ; Paul y entra, et en fit le sanctuaire de l'Église de Corinthe , le lieu où les fidèles s'assemblèrent désormais pour la fraction du pain , la prière et la parole sainte. Cette demeure était plus calme que l'habitatinn d'Âquila où l'apôtre continua sans doute de loger et de travailler ^ ; elle avait surtout l'avantage d'être conliguë à la synagogue, par suite de recueillir ceux que rebutait le fanatisme d'Israël. Les Juifs eurent le dépit devoir nombre des leurs prendre cette route, et parmi eux, le chef même de leur synagogue, Grispus avec toute sa maison. D'autres Corinthiens de marque lavaient devemcé et secondaient déjà la prédication évaflh| gélique , car Paul désigne , comme « prémices de l'Achaïe , Stéphanas et sa famille , qui s'étaient voués service des saints ^, » Ces premiers néophytes , assfi^ riches pour se donner en toute liberté aux œuvre! charitables, rendirent de tels services que Paul écrivai quelques auinées plus tard aux Corinthiens : « Jî vous supplie d'avoir pour eux la déférence due à de personnes de cette sorte, et pour toux ceux qui contri^j buent par leur peine et leur travail à l'œuvre Dieu^. » Au même rang que cette famille, Paul nomme
' Si larges que fussent les aumônes des Eglises de Macédoine™ elles ne suffirent pas probablement à entretenir pendant un an et demi Pau! et ses deux compagnons d'apostolat.
» I Cor., xTi, IS.
» Id., XTi, 15, 16.
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Gains, qui fut son hôte au second séjour à Corinthe'. L'apôtre pour ce dernier, aussi bien que pour Crispus et la famille de Stéphanas, fit exception à sa coutume de ne baptiser personne de sa propre main; lui-même les régénéra dans l'eau et TEsprit-Saint^.
■A Beaucoup d'autres Corinthiens ayant ouï Paul crurent et furent baptisés ^. » Parmi eux se trouvèrent, un personnage important, Éraste, trésorier de la ville "*; des membres de la colonie romaine, Tertius, qui écrivit la lettre aux Romains sous la dictée de l'apôtre , Ouartusmispar lui au même rang que Caïus et Éraste; d'autres portant des noms d'esclaves, Fortunat, Achaïcus. Au-dessous de ces chrétien? que Paul distingue du commun, la grande majorité des convertis appartenait aux classes pauvres et humbles, beaucoup d'esclaves*, des malades et des infirmes*, peu de savants, défiches, d'hommes nobles et puissants^. Seules les femmes qui se donnèrent au Christ, plus nombreuses que partout ailleurs, paraissent être venues de tout rang, de toute race, de tout âge : grecques, italiennes, orientales, vierges, veuves; mères de famille. L'une d'elles, Chloé, possédait une maison importante, des servi-
1 Rom., XVI. 23.
' I Cor., I, 14-16.
2 Act., ivili, 8.
* Rom., ITI, 23.
* I Cor., vu, 21; XII, 13. Les esclaves étaieiil fort nombreux à Corinthe. On en complait 460,000, au rap[>ort d'Athénoe, vi, 103 Mais ce chiffre est aujourd'hui contesté. Voir Letronne, cité par Wallon, Histoire de l'esclavage, 2« éd., t. I, p. 278.
« I Cor., XI, 30.
' Id., I, 26.
leurs qui allaient et venaient pour ses affaires entre] Corinthe et Éphèse * ; une autre, Phœbé, eut probablement l'honneur de porter l'Épître de Paul aux Romains , car elle y est louée en ces termes : « Je vous recommande notre sœur Phœbé, servante' de l'Église qui est au port de Renchrées , afin que vous la rece- ; viez, au nom du Seigneur, comme on doit recevoir les saints^ et que vous l'assistiez dans toutes les choses où elle pourrait avoir besoin de vous ; car elle a assisté elle-même plusieurs et moi en particulier 3. » Paul, dans cette même lettre , salue quelques autres chrétiennes qu'il connut apparemment à Corinthe, Marie, Tryphène et Tryphose, « Persis, la bien-aimée, qui avait beaucoup travaillé dans le Seigneur^ ». Le trait saillant de ces Corinthiennes était le dévouement, un zèle si ardent qu'il fallut bientôt leur interdire de prêcher et d'enseigner en public'*. La hardiesse avec laquelle elles s'arrogèrent ces fonctions, priant, prophétisant tête nue et sans voile ^, donne lieu de penser que les plus entreprenantes étaient des dames de qualité, habituées à commander dans leur intérieur. Il n'est , pas douteux toutefois que la masse de ces chrétiennes
» I Cor., I, it.
* C'est ici la première trace des pieuses servantes , des diaconesses qui remplirent à l'égard des femipcs chrétiennes, dan» l'Église primitire, des fonctions analogues à celles des diacres Nous Terrons S. Paul, à la fin de sa vie, régler cette institution comme le reste de la hiérarciiie ecclésiastique.
* Rom., XVI, 1, 2.
* Id., ivr, 6, 12
* I Cor., XIV, 34-35.
•Id., XI, 4-15.
appartint, elle aussi, aux conditions humbles et serviles.
Paul était descendu plus encore et avait tiré des prosélytes des bas fonds de la société. Rappelant à ses fidèles ce qu'étaient nombre d'entre eux avant leur conversion , il nous les montre sous le plus triste jour : « fornicateurs, idolâtres, adultères, honteusement efféminés, impurs, voleurs, avares, ivrognes, outrageux, ravisseurs du bien d'autrui ^ » On s'étonne moins, au souvenir de ce passé, que d'étranges désordres aient pu revivre çà et là dans l'Église de Corinthe : incestes, fornications, excès même au repas sacré où les fidèles recevaient le corps de Dieu -.
Cette foule de convertis, si méprisable qu'elle parût, ne laissait pas d'inquiéter les chefs d'Israël par son nombre , l'ardeur de sa foi , et surtout par la doctrine juive d'origine qu'elle professait. Craignant d'être compromis par ces frères séparés, ils les poursuivirent avec un tel redoublement de fureur que Paul troublé se trouva, selon ses propres expressions, « dans la faiblesse, la crainte et un grand tremblement' ». Au sentiment des graves périls qui l'entouraient se joignait en ce moment une des crises que l'apôtre traversa plus d'une fois, où son âme, à bout d'élan, défaillait. Il en vint à se demander si l'heure n'était point venue pour
' 1 Cor., VI, ? 11.
' Id., T, 1, 9, 11; XI, 21. Les auteurs dramatiques montraient toujours les Corinthiens ivres sur la scène, tellement ce vice était commun dans la cité. Éiien, Varix Historix , m, 15. — Athénée, X, 433; IV, 137.
' I Cor., n, 3.
lui de quitter Corinthe; car partout jusque-là, en Asie Mineure comme en Macédoine, son éloignement avait sinon terminé, au moins ralenti la persécution. Une nuit que cette pensée de porter ailleurs l'Evangile le pressait plus vivement, le Seigneur lui apparut : « Ne crains rien, lui dit-il, parle et ne te tais point : je suis avec toi. Personne ne mettra les mains sur toi pour le faire du mal parce que j'ai un grand peuple dans cette ville'. » L'apôtre se relevait soudainement au souffle de la. foi; certain de la volonté divine, il ne songea plus qu'à la riche moisson qui lui était montrée dans Corinthe. « H y demeura un an et demi, enseignant la parole de Dieu^. » Mais il ne restreignit pas s( apostolat à cette seule cité ; Kenchrées ' et probable ment aussi Argos, où se trouvaient des communauté juives "•, r-eçurent l'Évangile, et formèrent « ces sain! de l'Achaïe tout entière », « ces Églises de Dieu » qi l'apôtre aimait à présenter en corps, ayant mêi souffle de vie^