‹ Saint PaulChapitre 24 sur 47 · TROUBLES DANS LÉGLISE DE CORINTHE · texte numérisé non relu

TROUBLES DANS LÉGLISE DE CORINTHE

sont pas asservis en celte rencontre : Dieu nous a appelés pour vivre dans la paix * . »

L'évidente préoccupation de Paul , dans cette réponse, est d'affranchir ses fidèles des passions qui souillaient Gorinthe pour les élever à la pureté chrétienne. Quel motif plus puissant à leur suggérer que le cours rapide de nos jours et l'incertitude de l'heure où Jésus réviendra comme l'éclair foudroyer le monde et le juger? « Le temps est court; que ceux donc qui ont une épouse soient comme n'en ayant pas, ceux qui usent de ce monde comme n'en usant pas, car laflgure de ce monde passe. Ce que je veux , c'est vous voir libre de soins et d'inquiétudes^. »

De ces hauteurs, toute diversité dans la condition humaine semble à l'apôtre de si minime importance par rapport au salut, qu'il juge inutile d'en changer, du moment qu'elle n'est point coupable. Nul motif en conséquence de rompre les mariages contractés avant la conversion d'un des époux; « car le mari infidjie est sanctifié par la femme fidèle ; la femme infidèle est janclifiée par le mari fidèle, et les enfants qui seraient lemeurés impurs deviennent saints '. » La seule présaution à prendre est que les nouvelles unions ne se assent qu'entre chrétiens *. Hors de là, fidèles mariés, rierges, veuves, esclaves, libres, circoncis, incirconcis, ous peuvent être au Christ; dès lors, à quoi bon troubler les relations de famille et de société? « Frères,

' 1 Cor., VII, 2-15.

• Id., TU, 29-32.

' Id., vu, 14.

* Id., vu, 39.

conclut l'apôtre, que chacun demeure dans l'état où était lorsqu'il a été appelé, et qu'il s'y tienne devar Dieu *. »

De ces conseils de morale et de vie chrétienue , l'î pôtre passe à une difficulté d'ordre pratique que li soumettaient les Corinthiens. L'usage des viandes prc venant des sacrifices idolàtriques était-il défendu ? Lt fidèles couraient sans cesse le risque d'en trouver si les marchés de la ville, dans les repas des maisoi païennes, où les amenaient des relations de famille o^ d'amitié. Fallait- il s'informer scrupuleusement l'origine de ces viandes, et s'abstenir de toutes celles qui sortaient des temples ? La décision de Paul fut aussi large que prudente. A mesure que l'Église s'émancipait du mosaïsme et s'étendait en terre païenne, les prohibitions décrétées dans l'assemblée de Jérusalem' obligeaient moins étroitement en perdant de leur inb portance. L'apôtre jugea l'heure venue de mettre U vérité dans tout son jour. « L'idole n'étant rien. dai| le monde , puisqu'il n'y a nul autre Dieu que le ^m] Dieu'», l'animal immolé dans le temple n'empocHJ de là aucune souillure. Rien en soi ne s'oppose doncl ee que l'on use de cette viande sans s'inquiéter d«||| provenance; à une condition toutefois, c'est qu'fl usant de cette liberté , on ne suscitera point de scaarl dale , car nombre d'esprits faibles ne parviennent ptfl à concevoir que les faux dieux n'ont aucune réalité,, fl|

' Cor., VII, 24. ■

2 L'une d'elles, on s'en souvient, interdisait l'usage > detoan chose sacrifiée aui idoles ». Act., xt, 29. ' I Cor., VIII, 4.

TROUBLES DANS l'ÉGLISR.' DE COIUNinE. 3')"

par suite tiennent pour idolâtrie de mander ce qui leur est consacré. Au chrétien éclairé de respecter ces préjug'és, de s'oublier pour ses frères moins clairvoyants, de leur sacrifier sa science et sa liberté; car si tout lui est permis, tout ne lui est pas avantageux, tout n'édifie pas*. « Si la viande que je mange scandalisait mon frère, dit l'apôtre, plutôt n'en jamais manger de toute ma vie que de lui être occasion de chute-, u

Doux mots résument sur ce point les enseignements de Paul : « La science enfle , la charité édifie ^. » Des chrétiens l'oubliant se donnaient trop libre carrière et se laissaient entraîner à prendre part dans les temples aux festins qui suivaient les sacrifices. L'apôtre s'élève avec vigueur contre cet abus, rappelant que si l'idole n'est rien en soi , le culte qu'on lui rend n'en va pas moins aux démons. Or le chrétien, qui dans l'Eucharistie communie au corps et au sang du Christ, ne peut i la fols « participer à la table du Seigneur et à la table des démons, boire le calice du Seigneur et le calice des démons * ». « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, conclut-il, quelque chose que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu; et ne soyez cause d'achoppement ni aux Juifs, ni aux Grecs, ni à l'Église de Dieu, comme moi aussi, de mon côté, je tâche de plaire à tous en toutes choses, ne cherchant point mon propre avantage , mais celui du gratnd nombre, afin

' I Cor., VIII, 1-13; x, 23.

« Id., VIII, 13.

» Id.. VIII, 1.

* Id., X, 14-21.

qu'ils soient sauvés. Soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même de Jésus-Christ*. »

L'occasion s'offrait favorable de venger son apostolat des attaques dont il était l'objet : Paul y releva la calomnie qui lui demeurait la plus sensible, celle de n'avoir pas vu le Sauveur, de n'être pas vraiment apôtre par suite de n'oser ni vivre aux frais des chrétientés comme les Douze, ni accepter le service des sœurs à l'exemple de Céphas], et des frères du Seigneur*.

« Si nous n'avons pas usé de ces droits, dit-il, et si au con* traire nous souffrons tout au monde, c'est afin de ne mettre aucun obstacle à l'Évangile du Christ. Quel est donc mon sa* laire? C'est de prêcher l'Évangile gratis, et de n'user d'aucun des pouvoirs que me donne cette prédication. Libre à l'égard de tous, je me suis fait l'esclave de tous pour gagner plus de ; personnes. Je me suis fait Juif pour les Juifs, afin de gagner; les Juifs. Avec ceux qui sont sous l'autorité de la Loi, j'ai vécu comme étant sous l'autorité de la Loi (quoique je n'y fusse pas soumis) , afin de gagner ceux qui sont sous la Loi. Aveo» ceux qui n'étaient point sous l'empire de la Loi, j'ai vécu sanÉ Loi (non que je fusse sans Loi à l'égard de Dieu , ayant cell^ du Christ), alin de gagner ceux qui étaient sans Loi. J'ai été faible avec les faibles, pour gagner les faibles; je me suis fait tout à tous, pour les sauver tous... Nesavez-vous pas que, dans les courses du stade, tous courent, mais un seul remporte le prix? Courez de telle sorte que vous le remportiez. Quicoo*, que prétend coucourir garde en tout une exacte tempérance, et cela pour une couronne périssable; votre couronne à voui est incorruptible. Pour moi, je cours, et je ne oours pas au hasard : je combats, non comme l'athlète au pugilat, qui donne des coups en l'air; mais je meurtris mon corps et je l'asservi»^ 4t^^

1 I Cor., X, 31-11, 1, >

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irypeur qu'après avoir servi de héraut aux autres, j<' ne sorte •i»oi-mêmc de l'arène sans couronne '. »

Le désordre des assemblées religieuses à Corinlhe était exposé dans la lettre venue de cette ville, l'intrusion des femmes notamment, ainsi que les grossières rivalités qui déshonoraient la table sainte et l'exercice des dons surnaturels. On demandait à l'apôtre d'y remédier. Il proscrivit toute ingérence, toute parole de femmes dans le lieu saint, et leur commanda de n'y paraître que voilées, par respect pour les anges qui entourent nos autels, par pudeur surtout, et pour éviter d'attirer les regards : « Toute femme qui prie ou prophétise la tête découverte, dit- il, déshonore sa tête, car c'est comme si elle était rasée... Que s'il est honteux à une femme d'avoir les cheveux coupés ou d'être rasée? qu'elle se voile donc la tête 2. »

En ce qui touche l'Eucharistie, Paul n'eut qu'à rappeler aux profanateurs ce qu'était ce repas mystique : le renouvellement du sacrifice de la Croix, la communion au corps et au sang de Dieu '.

« C'est pourquoi, ajouta-t-il , celui qui mange le pain et qui boit la coupe du Seigneur indignement est coupable du corps et du sang du Seigneur. Que cb^un donc s'éprouve soi-même tout d'abord, et qu'ensuite il mange du pain et boive de la coupe ; car celui qui mange et boit indignement mange et boit sa propre condamnation , ne faisant pas le discernement qu'ildoit du corps du Seigneur. C'est pour cela que plusieurs sont

» I Cor., u, t5-27.

* Id., XI, 3-15.

» Id., II, 20.26,

faibles et malades parmi vous , et que plusieurs dorment le sommeil de la mort K »

L'apôtre s'étendil plus longuement sur les dons spirituels, et donna en cette occasion lés règles dont nous avons fait ailleurs connaître le détail 2. Divers soins y partagent son attention : respecter l'action de l'Esprit, prévenir néanmoins tout abus dans ces manifestations surnaturelles, et tourner aux ministères plus utiles l'émulation des Gai'inLhiens ^ ; par-dessus tout, les convaincre que là n'est point la vie de l'âme. Le vrai 5ouffie du chrétien, ce qui fait de lui un autre Christ, est la divine charité. Paul consacre à ce don précieux entre tous une des plus belles pag^s qui soit demeu-^< rée de lui. â

« Quand je parlerais toutes les langues des hommes et d€f. anges, si je n'ai pas l'amour, je ne suis qu'un airain qui sonne,, une cymbale retentissante. Quand j'aurais le don de prophé-; tie , que je pénétrerais tous les mystères, et posséderais tout*; science, quand j'aurais toute la foi imaginable, jusqu'à trans-J porter les montagnes, si je n'ai point l'amour, je ne suis rien*' Quand je distribuerais tout mon bien pour nourrir les pauvres, et que je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai pai;^ l'amour, tout cela ne me sert de rien. L'amour est patient, '; plein de bonté; l'amour n'est point envieux; l'amour n'a ' point de jactance; il ne s'enfle pas d'orgueil; il garde toutes les convenances; il ne cherche pas son intérêt; il ne s'irrite point; ne pense pas à mal; il ne se réjouit pas de l'injustice.

- I Cor., XI, 27-30. Il s'agil évidemment ici, non de fautM graves, mais de tiédeur, d'irrévérences, que Dieu châtiait alors," comme parfois encore il le fait, par la maladie et la mort.

^ Voir chapitre vui.

' 1 Cor., xii-\iv.

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mais au coatraire se ri'jouit de la vérité. Il couvre tout, croit tout, espère tout, souffre tout. L'amour ne périra jamais. Les prophéties, elles auront leur fin-, le don des langues, il disparaîtra; le don de science, il sera sans objet; car notre don de science est imparfait; imparfait notre don de prophétie; mais quand le parfait sera venu, l'imparfait disparaîtra. Quand j'étais enfant, je parlais, je raisonnais comme un enfant; devenu homme , je me suis défait de tout ce qui tenait de l'enfant. Nous ne voyons maintenant qu'au travers d'un verre, obscurément; nous verrons alors face à face. Je ne connais maintenant que partiellement; je connaîtrai (Dieu) alors comme je suis connu (de lui). Maintenant donc, il y a trois grandes choses : la foi, l'espérance, l'amour; mais la plus grande des trois est l'amour'. »

Le dogme de la Résurrection des morts était le dernier objet exposé par la lettre des Corintliiens aux réflexions de l'apôtre. Plus que toute autre, celle croyance répugnait au génie grec; par suite, plusieurs frères, cédant aux railleries des païens, refusaient de l'admetti'e, sans nier toutefois que le Christ fût ressuscité. Paul n'eut point de peine à montrer la contradiction de leurs pensées, car le Christ fait homme n'a pu ressusciter que si tout homme ressuscite, et d'autre part le chrétien, membre d'un corps dont Jésus est le chef, n'-en saurait plus être séparé ; il vit, meurt et ressuscite en lui 2. Même inconséquence dans la conduite de ces £dèles; ne les voyait- on pas, quand la mort surprenait un frère avant le baptême, accomplir en son nom les rîtes du sacrement, afin de lui procurer les suffrages '

' I Cor., xui.

»Id., XV, 12-13.

' Id., XT, 29. L'origine de cette pratique fut rraiseinblableraent

de l'Église et les biens éternels promis au baptisé? Sans résurrection, d'ailleurs, que devient le christianisme? Vaine est notre foi; vaines nos souffrances et les épreuves que nous affrontons. « Si , pour cette vie seulement, nous espérons dans le Christ, nous sommes les plus misérables de tous les hommes ^ La vraie sagesse en ce cas est celle d'Épicure : « Mangeons, buvons, car demain nous mourrons ^. » Mais il n'en va pas ainsi : « Le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui dorment; comme tous meurent en Adam, tous revivront dans le Christ, chacun en son rang; d'abord le Christ comme prémices, puis ceux qui ont cru à son avènement. Et alors ce sera la fin » : toutes les puissances contraires au Christ anéanties et mises sous ses pieds; la mort elle-même, ce dernier ennemi, la mort abolie; « et quand toutes choses lui auront été assujetties, le Fils, lui aussi, sera assujetti à celui qui Jui a tout assujetti, afin que Dieu soit tout en tous^ ».

'*, quelque u«age analogue chez les Juifs. Voir Lightfoot (Uorx He-f

braies, in loc). Tolérée d'abord comme cérémonie purement symbolique, cette coutume fut proscrite par l'Église, dès que certaines sectes lui attribuèrent la vertu d'un sacrement (Cornely, Commentarins in priorem. Epistolam ad Corinthios, in ioco}. S. Jean Chrysostorae nous fait connaître comment les Marcionites accomplissaient leur rite superstitieux. Les assistants s'approchanl du mort, sous le lit duquel un homme vivant était caché, lui demandaient s'il voulait recevoir le baptême; le vivant, ayant répondu pour le défunt, était baptisé à sa place {Homilia XL in I EpistO' lam ad Corinthios).

» I Cor., IV, 17-19.

» Id., IV, 32.

»Id., IV, 20-28.

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