‹ Saint PaulChapitre 26 sur 47 · I. — l'Émeute d'éphése · texte numérisé non relu

I. — l'Émeute d'éphése

Stéphanas, Forlunat et Achaïcus attendaient la répense de l'apôtre pour regagner Corinthe. Paul la leur remit, assuré que « de tels hommes..., voués au service des saints * » , prêteraient à sa parole un appui aussi loyal qu'empressé. Pour lui donner plus d'éclat, il pressa vivement Apollos de les accompagner; mais le docteur ale.xandrin avait gardé trop fâcheux souvenir de Corinthe, il refusa^ , déclarant résolument qu'il n'y reparaîtrait qu'au jour où les esprits seraient calmés et les circonstances favorables. Si le désir de procurer à ses messagers un puissant concours entrait pour beaucoup dans ces instances de Paul auprès d'Apollos, l'inquiétude que lui causait la mission de Timothée n'y était point étrangère. On se souvient que ce disciple n'attendait qu'une conjoncture favorable pour paser de Macédoine en Achaïe. Il l'aurait trouvée dans le

> 1 Cor., XVI, 15, 16.

• Id., XVI, 12,

retour d'ApoUos àCorinthe, car ce maître, respecté de tous, l'y eût couvert. Se présentant seul, au nom con testé de l'apôtre , n'avait-il pas à craindre de voir so autorité méconnue , son peu d'assurance et de virilit tournée en dérision? Les appréhensions de Paul à o sujet étaient si vives, qu'il multiplia les recommanda lions aux Corinthiens, leur enjoignant de veiller à ce qui Timothée, s'il venait, trouvât accueil et slireté parm eux, que nul ne le méprisât, car c'était un autre lui même dans l'œuvre du Seigneur ^ Au reste, le dési de l'apôtre était qu'il ne séjournât guère à Corinthe ; mais que, conduit en paix et honneur, il revint à Éphèse avec les frères qui l'accompagnaient. Paul les attendait, afin d'apprendre quel effet ses lettres avaient produit.

Cependant, les avis qu'il recevait alors d'Achaïe, variant selon les partis mobiles d'où ils provenaient, chanvj geaient constamment ses projets d'avenir. Sonpremi dessein avait été de gagner directement Corinthe sortir d'Éphèse, de visiter ensuite la Macédoine, pu: de refaire un second séjour en Achaïe, enflnde s'e barquer de là pour la Palestine *. Sa lettre envoyée, tt renonça à cet itinéraire. Incertain de l'accueil qu'oa lui ferait, peu porté d'ailleurs aux mesures sévères, m craignant d'y être réduit en cas de résistance ', il pre^ fera se tenir à l'écart et laisser agir le temps. Il résolttt donc de passer à Éphèse les cinquante jours qui le sé-

' I Cor., XVI, 10-11 * II Cor., I, 16.

Md., 1,23; n, 1.

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paraient de la Pentecôte ', puis de remonter à travers la Troade jusqu'en Macédoine, el de commencer par cette province la visite des Églises de Grèce ^. Mais le temps lui était long, sans nouvelles de Corinlhe. Et Timothée! Pourquoi s'attardait -il en Macédoine? Dans son inquiétude, il jeta les yeux sur un autre de ses compagnons, Tite, et lui demanda de prendre la roule d'Achaïe.

Ce n'était pas la première fois que les qualités de ce disciple le désignaient pour de semblables missions Il se trouvait au nombre des frères qu'Antioche avait députés à l'assemblée de Jérusalem', et dans le débat que fit naître sa circoncision, il s'était montré si docile. si fidèle b. Paul , que celui-ci en garda un attachement inaltérable. L'apôtre ne parlait de lui qu'avec grande estime, l'appelant « son véritable enfant en leur commune foi * » , le louant « de marcher dans le même esprit que lui, sur les mêmes traces' ». Malgré le zèle ordinaire^ de Tite, sa vaillance au danger, son inclination à tout prendre du bon biais'', le mauvais renom de Corinthe le fit hésiter 8. Paul, pour vaincre

' 1 Cor., xTi, 8.

î Id-, XVI, 5.

3 Gai., Il, I el suiv.

* Tit., I, 4.

» II Cor., III, 18.

•Id., Tiii, 16, 17.

T Id.. Tii, 7, 13.

« Plusieurs passages de la deuxième Épître aux Corinthiens lais sent entendre, sans le marquer expressément, que Tile manifesta ces répugnances, notamment les grandes louanges que lapôtre pour l'enconrager, est obligé de lui faire de cette Ëglise (m IS-15). Même conclusion à tirer du verset 17« du diapitre Tin, qui

ses répugnances, dut lui représenter les qualités qui lur rendaient chers les Corinthiens', au point de l'autoriser à leur écrire : « Aucun don ne vous manque^. » Mais il n'acheva de le décider qu'en lui proposant, outre cette mission principale, un autre ministère à remplir en Achaïe : la collecte pour les chrétiens de Jérusalem.

Tite en savait l'importance, car il était de l'assemblée où Paul avait promis ce gage de charité aux frères de ia ville sainte ^ ; depuis , « compagnon d'oeuvre de l'apôtre '' », il avait eu sous les yeux les heureux .<"ruits de ces libéralités, la joie de l'Église Mère, qui voyait dans ces aumônes un hommage rendu à sa suprématie, et l'allégement à une misère que le partage, primitif des biens et la pauvreté de ses membres ren-^ daient chez elle incurable. Flattée d'une part dans ses] instincts hiérarchiques, de l'autre enchaînée par des liens de reconnaissance, elle supportait moins impatiemment le déclin du mosaïsme, chaque jour plus sensible dans les chrétientés de Paul.

Il s'en fallait toutefois que la liberté eût cause gagnée ; on la tolérait seulement, et force était de renouveler à cet effet les témoignages de sujétion et de dévouement. Paul en avait fait l'épreuve dans son derniei

doit vraisemblablement être ainsi traduit. « Tite se montre actuellement plus empressé (aTiouSaiôiEpoi;) d'aller fers vous > qu'à son précédent départ. <•

» II Cor., vn, 13-15. Jj^

» 1 Cor., I, 4-7.

3 Gai., II, 10.

* II Cor,, vui, 23.

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voyage à Jérusalem. Nous avons vu que, froidement accueilli, il y avait à peine séjourné ', Pour toute représaille, il résolut de désarmer ces méflances par un redoublement de charité. Son premier soin fut donc d'organiser les collectes qui, laissées jusque-là à l'initiative des Églises, ne foamissaient à Jérusalem que des subsides irréguliers et insuffisants. L'obstacle aux larges aumônes que souhaitait l'apôtre était les ressources fort restreintes de ses communautés : on y vivait du travail de chaque jour, hors de misère habituellement, mais dans la médiocrité, sans autre fortune que l'économie. Paul répugnait à pressurer d'aussi modestes épargnes en y prélevant d'un seul coup de grosses sommes. Il imagina une contribution hebdomadaire, dont l'obole aisée à trouver ne laisserait pas de procurer avec le temps d'abondantes aumônes, et il prescrivit pour ce genre de taxe volontaire l'ordre suivant :

« Que chacun de vous, le premier jour de la semaine (le dimanche), mette à part chez lui ce qu'il voudra, accumulant selon qu'il aura prospéré, afin que, lorsque je serai arrivé, il ne se fasse pas alors de collectes. Et quand je serai là, ceux que vous choisirez, je les enverrai avec des lettres de recommandation pour porter vos charités à Jérusalem-. »

C'est ainsi que Paul , lors de son dernier passage , avait organisé dans toutes ses Églises d'Asie Mineure'

1 Voir chapitre u, p. 242.

» I Cor., XTi, 1-3.

» Id., ivi, 1.

la levée du tribut pour Jérusalem. Il ne lui restai* donc qu'à étendre ces mesures aux chrétientés h Grèce. Timolhée y travaillait en Macédoine; rapô'v vpnait d'en écrire aux Corinthiens dans la lettre q.; • vaient emportée Stéphanas et ses compagnons, l-^ :• nsinuant môme son intention d'accompagner à Jémsalem les délégués chargés de leurs aumônes'. li voulait évidemment faire de cette offrande une sol ^:.nelle reconnaissance des droits de l'Église Mère; à -^ dessein réunir les contributions de toutes les chréti ;.tés, et, s'entourant de leurs représentants, la por' -: lui-môme à Jérusalem. Acte de légitime politique ! ' celle que l'apôtre lui-même définit : se faire ton ■> tous pour tout gagner à Jésus-Christ; cette manifo tion était plus encore à ses yeux : un devoir de ju?! et de reconnaissance : « Vous êtes leurs débiter. disait-il à ses fidèles, car si les gentils ont partie; ^ aux richesses spirituelles des Juifs, ils doivent en : tour leur faire part de leurs biens temporels*. » L'é ; ' de l'hommage devant être d'autant plus grand, i: .: d'autant mieux les cœurs que le tribut offert sei :; plus considérable, un des soins constants de Paul, > :. ces jours, était d'exciter partout une émulation de générosité. Tite lui demeurait trop dévoué pour ne pas entrer dans ses vues; il cessa donc d'hésiter et partit pour Corinthe, accompagné d'un frère que l'apôtre lui adjoignit *.

' 1 Cor., ivi, 4.

'' Rom., IV, 27.

3 II Cor., XII, 13. Le norn de ce. disciple nous est inconnu; Il y t quelques raisons de croire toutefois que ce fut un de.< Asiatique»

TROISlÈMt; MISSION. DÉPART DÉl'UÈSE. 323

Paul demeurait prescjue seul daqs la maison d'Aquila €l de Prisciile, privé de ses soutiens habituels, Timothée, Tite, Luc, Silas. L'affliction l'y assaillit au point de l'accabler. Cette épreuve, dont nous ignorons la nature, fut d'une violence peu commune, carl'apùti-e, endurci à la souffrance, la trouva au-dessus de ses forces ' ; la maladie s'y joignant le mit en telle extrémité, qu'il se crut près de mourir ^. Dans cette agonie de corps et d'âme , son cœur seul resta vif, indomptable, s'ouvrant plus que jamais aux vastes desseins. Des voix célestes d'ailleurs l'y autorisaient en l'appelant à de nouveaux labeurs^; la route lui était tracée dans ces révélations, la Macédoine, l'Achaïe, Jérusalem, puis par delà l'Orient conquis, l'Occident attendant sa parole : « Il faut que je voie Rome, » disait-il souvent; l'Esprit lui montrait alors cette tète du monde comme le foyer d'où rayonnerait à jamais la lumière.

Un seul motif le retenait encore quelque temps à Éphèse : l'approche des fêtes de la grande Déesse. Le mois de mai entier, l'Artémision, leur était consacré'*.

nommés par les Actes parmi les compagnons de Paul, Tychique ou Trophune (Act., xx, 4).

1 U Cor., 1,8.

î Id., i, 9.

* Act.. XIX, 21.

* Le décret suirant, qui consacre le mois de mai à Artéaiis. a été ilécouvert par Chandlcr, dans les ruines d'Éplièse. sur une tablette de marbre blanc. « A Artémis d'fiphèse. Comme il est notoire que non seulement parmi les Éphéslens, mais dans toute la Grèce, des temples et des lieux saints lui sont consacrés, qu'elle a ses images «t ses autels...; comme de plus, en grande preuve du respect qui lui est rendu, un mois a reçu son nom, appelé Artàmision parmi

324 SAINT l'AUL.

On y venait de toute, l'Asie , autant pour le plaisir que par religion, car si les sacrifices se multipliaient alors dans les temples et les processions dans les rues, nouavons vu que les ministres de ce culte étaient sans mœurs : nuit et jour, pendant le mois d'Artémis , Éphèse n'était qu'orgies et chants d'ivresse ^ Des jeux presque aussi renommés que ceux de Gorinthe et d'Olympie^ s'y célébraient : courses de chevaux, luttes | d'athlètes et de gladiateurs,' concours de musique, représentations théâtrales *.

Paul, mêlé à ces fêtes l'année précédente, y avait trouTé une occasion unique de pénétrer dans le monde des gentils et de l'évangéliser; c'était le retour de ces solennités qui retardait son départ jusqu'à la Pentecôte ; il ne se dissimulait pas néanmoins que cette fois , connu et surveillé, son apostolat rencontrerait une opposition d'autant plus vive que le succès en avait été plus éclatant : « La porte est largement ouverte ,

nous, Artémisius par les Macédoniens et les autres peuples de la Grèce, et, pendant ce mois, des assemblées et fêles religieuses ont lieu, surtout dans notre cité, qui est la nourrice de notre Déesse iphésienne;en conséquence, le peuple d'Éphèse, considérant comme convenable que le mois entier qui porte le nom divin soit gardé comme saint et consacré à la déesse, a résolu de régler son culte par ce décret. Il est donc décidé que tout le mois d'Artémision, en tous ses jours, sera saint, que pendant tout ce mois on célébrera des fêles, la panégyrie d'Arlémis, et de saintes solennités, parce qui^ le mois entier est consacré à la Déesse. Son culte étant ainsi en plus bel ordre, notre ville en recevra un nouveau lustre et sera prospère en tout temps. » Corpus fnscriplionum Grzcarum, •l. II, n" 2954.

' Achille Tatius, vi, p. 363.

* Ces jeux portaient le nom i'Ephesia, Artemisia, Œcumenica.

• Ttiucydide, m, 104.

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écrivait-il auxCoriathiens, mais j'y trouverai beaucoup d'ennemis ^ »

L'orage attendu se levaproinptement, et du côté où peut-être l'apôtre ne l'attendait pas. Gomme tous les sanctuaires de renom , le temple d'Éphèse ne nourrissait pas seulement la troupe de prêtres, de femmes et de serviteurs auxquels il donnait asile. Dans la ville même, de nombreux artisans en vivaient, les uns de l'apprêt des sacriflces, d'autres des objets du culte; les orfèvres surtout tiraient grand profit de statuettes d'argent, de petits temples d'Artémis; que les étrangers emportaient ohez eux en souvenir de ce merveilleux édifice ^. Or, depuis deux ans et plus, la vente de ces simulacres déclinait; était-il téméraire d'attribuer ce changement à la prédication de Paul? « La divinité n'a rien de semblable à l'or, à l'argent, à la pierre, à nulle des sculptures que produisent l'art et l'imagination de l'homme *. » Cette année-là le vide fut tel dans les boutiques d'orfèvres, que le principal d'entre eux, Démétrius, résolut de parer la ruine commune par un coup de violence. Maître d'oeuvre, il procurait de grands profils à ses artisans, il les réunit avec tous les compagnons du même travail : « Amis, leur dit-il, vous «avez que tout notre gain vient de ce labeur. Or, vous le voyez et vous l'entendez dire : non seulement à

> I Cor., ivi, 9.

* Porter en voyage ces objets el les vénérer dans l'intérieur des maisons était une dévotion fréquente chez les païens. Dion Cassius, xxiii, 20. — Diodore de Sicile, i, 15; iv, 49. — Denys d'Halicarnasse, 11, 22. — Pétrone, 29, etc.

» Act., XVII, 29.

SAINT PAUL, SKS MISSIONS. l^

Éphèse, mais presque par toute l'Asie, ce Paul a détourné de notre culte un grand nombre de personnes, en disant que les ouvrages faits de main d'homme ne sont point des dieux. Le danger poumons est que, non seulement notre métier tombe en discrédit, mais que le temple même d'Artémis, la grande Déesse \ perdej tout honneur, et que sa majesté révérée de l'Asiet entière et de toute la terre habitée soiL anéantie ^. )^ - La passion enflammant ces paroles de Démétrius, elle passa vive , bouillante , au cœur des ouvriers qui l'entouraient. Transportés de colère, ils se jetèrent dans les rues en criant : « Vive la grande Artémis d'Éphèse 1 » Ils couraient à la demeure de Paul pour le saisir; mais soit que l'apôtre fût absent, soit que ses hôtes l'eussent mis hors d'atteinte ', leur proie échappa. A défaut du maître, ils prirent deux de ses disciples^ Gaïus et Arista]rque\ et semant le désordre sur leur passage, ils les entraînèrent au théâtre. Dans presque: toutes les villes de l'empire romain, le théâtre était: le lieu habituel des grandes assemblées'*; mais plu« que tout autre, celui d'Êphése semblait propre à cet. usage, car les gradins, étages aux flancs du Goressus»^

1 Le titre de « grande Déesse » que les Actes donnent par Iroi fois à Àrtémis (xix, 27, 28, 35) élait la qualification habituelle de cette divinité; on la retrouve fréquemment dans les Inscriptions; Wood. Inscripliona from the grcat théâtre, n« 1, col. 1 , p. 2; «ol. 4, p. 36, etc.

- Act., XIX, 25-27.

' Rom., XVI, 3j 4.

* Act., XIX, 26.

s Cicéron, pro Flacco, vu. — Cornélius Nepos, fiviol., IT. — Tacite, Historié, n, 80. — Josèphe, Bell. Jud., VI, m, 3: — Pausaniaî, vi. 5, 2.

TROlsiilME MISSION. DÉPART D'ÉPUÈSE. 327

pouvaient recevoir près de 2dv060 spectateurs'. De la ville haulo, située sur la colline, des portiques et des marchés qui entouraient le bas du théâtre , la fouie accourut; en un moment, tout fut envahi, et le tumulte au comble : « Les uns criaient une chose, les autres une autre , et la plupart ne savaient pas pourquoi ils étaient assemblés 2. »

Paul cependant apprit quel danger couraient ses frères. II s'élançait pour les couvrir de sa parole, mais ses disciples l'arrêtèrent, estimant qu'il présumait trop de son empire sur la foule, et leurs craintes furent bientôt confirmées par un message de qpieiques Asiarcfues ', amis de l'apôtre , qui le conjuraient de ne pas s'aventurer dans le théâtre. La confusion en effet continuait d'y régner, et les cris les plus divers

Wood, Diseoveries at Ephesvs, p. 68.

■^ A<3t., XIX, 12.

* L'Asiarque. qu'on s'accorde aujourd'hui à ne pas distinguer du grand prêtre d'Asie, était le personnage chargé dans toute la pro- Tioce de ce nom du culte d'Avgnste. La présidence des jeai célébrés successivement dans les diverses grandes villes de la région était la principale et la plus onéreuse de ses fondions, car les frais dé ces solennités retombaient en grande partie sur lui; aussi rassemblée de toute la province, tè xoivàv tt;; 'Aaia;, qui nommait à n sacerdoce, prenait-elle soin de choisir toujours quelque citoyen Dpolent. Il reste douteux si un seul Asiarque était élu, ou si plusieurs nommés ensemble se partageaient l'office et les dépenses. La ièmière hypothèse trouve quelque appui dans le texte des Actes XIX, 31) et dans ce passage de Strabon (XIV, r, 42) : xoî itl tive; Ça-jTT;; eIuiv ol KpwTEyovTE; xarà -rrjv ÈTtapyîxv oO; 'A<nipyjxi xac).o'j(T:v ^'ensemble des inscriptions toutefois semble plutôt indiquer qu'un eui grand prêtre remplissait ces fonctions. Pour expliquer le xivè; k xaX Twv 'Ao-'.aj,)»ûv des Actes il suffit d'admettre que les Asiarque-' orlis de charge gardaient et portaient ce nom comme titre d'honeur. Lighffoot, Apastolic Fathers. t. II, part, n, p. 987-998.

s'y mêlaient. Certaines de ces clameurs visaient les Juifs que la populace disfmguail mal des chrétiens Toujours en éveil dans les émotions populaires, et en transe qu'elles ne tournassent contre eux, les fils d'Israël s'étaient également empressés au théâtre; ils décidèrent l'un d'eux, nommé Alexandre', à prendra la parole pour expliquer au peuple sa méprise. Cet homme , poussé violemment par les siens , réussit à percer les rangs , et fit signe de la main qu'on l'écoulàt; mais reconnu aussitôt pour Juif, il fut accueilli paij un redoublement de clameurs. Deux heures durant, on n'entendit dans le tliéâtre que le cri : « Vive la grande Artémis d'Éphèsel » La fatigue seule abattit la houle qui secouait cette foule frénétique; les magistrats de la cité attendaient ce moment avec impatience, effrayés de leur responsabilité , inquiets de voir l'émeute se prolonger sous le regard ombrageux du proconsul. Le plus considérable d'entre eux, le chancelier' d'Éphèse, «e présenta à la multitude : forces et voix y étaient épuisées; on l'écouta : « Ëphésiens, dit-il.

> s. Paul, dans la seconde Épître à Timothée, parle d'un " Alexandre, ouvrier en cuivre, qui montra contre lui beaucoup dt méchanceté ; u peut être est-ce le même personnage.

''■ Ce chancelier, ypatiixaieO;, était le premier magistrat de la cité,. ou tout au moins un des plus considérables. Les inscriptions, sanc déterminer la nature de ses fonctions, en font connaître la multiplicité et l'importance. Les archives publiques, les dépots d'argent faits dans le trésor du temple d' Artémis étaient sous sa garde. On lui adressait les lettres et les actes olficiels destinés à la ville d ÉphèbC. Son nom se trouve dans les décrets, les inscriptions, lei monnaies et parait même parfois, comme celui des archontes d'Alhèncb et des consuls de Rome, servir à désigner l'année. Élu pour un an, ce rnagstrat présidait aux assemblées, dirigeait les]

TROISIÈME MISSION. DÉPART DKI'IIKSE. 329

qui ne sait que la ville d'Éphose est la gardienne ' de la grande Artémis et de sa statue tombée des cieux*? Ceci étant incontestable, il convient que vous demeuriez en paix et que vous ne fassiez rien inconsidérément; car ces hommes que vous avez amenés ici ne sont ni des voleurs sacrilèges', ni des blasphémateurs de votre Déesse. Démétrius et les artisans qui sont avec lui ont-ils quelque plainte à faire contre quelqu'un? On lient des assises \ et il y a des procon-

alVaires innnicipales, était en un mol le vrai chef de la cilé. De là son iiiterrention dans le Ihéaire, et l'autorité qu'il exerce. Voir Rnpikh, Corpus Inscripiionum Grxcnrum, n* 2953. — Conybeare and Ilowson, The Life and EpUtles of S. Paul, chap. ivi.

• Littéralement le néocore, vtwxopo;, devaôç. temple, et xopeïv, balayer, nettoyer. A l'origine, l'officier désigné parce nom remplissait probablement des fonctions analogues à celles de nos sacristains; mais au temps qui nous occupe le néocore était un porsonnag»^ considérable, chargé d'administrer les biens d'un temple et placé parfois au-dessus des prêtres. Les villes prenaient ce titre comme témoignage de leur dévotion aux diyiaités locales, notamment celle*, qui avaient fait bâtir des temples en Ihonneurdes empereurs. Smyrne était néocore dAuguste. Une ioscriplion trouvée par M. Wood, à Éphèse, porte que o la cité des Éphésiens est deux fois néocore des Augustes, selon les décrets du Sénat, et néocore d'Artémis. Inscriptions front the great Théâtre, n° 6, p. 50-52. Voir Biichner, De i\eocoria, p. 3 et suiv. — Marqaardt, R'omische Staatsverwaltung, t. I,p. 504.

* La statue d'Artémis était, au rapport de Pline, en bois de vigne {Hist. îfatvr., ivi, 79). Ce passage des Actes paraît indiquer que c'était un aérolilhe, grossièrement taillé, dont le bas était emmaillotté de bandelettes comme les momies égyptiennes, le haut couvert de mamelles et d'attributs qui en faisaient une divinité nourricière. S. Jérôme, Prxf. in Epist. ad Ephesios.

* Les Juifs, non sans quelque raison probablement, étaient accusés de ce crime. Rom.,ii, 22. — Josèphe, Antlq. jud., YV, vin, lo.

* Rome, conservant habituellement dans ses provinces les magis-

suis ' ; qu'ils s'accusent devant eux les uns les autres. Si vous avez une réclamation k faire sur d'autres sujets, on en décidera dans l'assemblée légale ^ ; car nous sommes en danger d'être accusés de sédition pour ce qui s'est passé aujourd'hui, n'ayant aucune raison à alléguer pour justifier le concours tumultuaire du peuple. » Ce discours, où de flatteuses paroles se mêlaient à la crainte salutaire de Rome, acheva de calmer les têtes. Le chancelier se sentit assez maître de l'assemblée pour lui ordonner de se dissoudre, et il fut obéi.

tralures locales, leur abandonnait le soin de juger les causes ordinaires. Au-dessus de ces tribunaux toutefois, le proconsul, juge suprême, décidait au civil et au criminel. Pour recevoir les affaires qu'on lui déférait, il parcourait sa province, divisée à cet effet ea districts, et dans chacun d'eux tenait ses assises à des époques et en des lieux dèterininés d'avance. C'est ce que l'on appelait les conlentus juridici, les àyôpaiot, dont parlent ici les Actes.

1 Les proconsuls, c'est-à-dire le proconsul et son conseil. D'après quelques historiens (Lewin, Life and Epistles of S. Paul, 1. 1, fi. 337, 338, 412. — Plumplre, S. Paul in Asia Minor. p. 123, note), ce pluriel désignerait les deux procurateurs. Celer et i£lius, qui, l'an 54, empoisonnèrent leur proconsul, JuUus Silanus, à l'iastiga* tion d'Agrippine. Les deux complices, en récompense de leur crime, auraient obtenu d'exercer en Asie la puissance procansulaire Jusqu'à la nomination d'an nouveau magistrat. C'est là une hypothèse ingénieuse, mais sans fondement, car le fait de deux proconsnb administrant ensemble la même province est inouï dans l'histoire romaine, et d'ailleurs Silanus fut empoisonné en l!an 54, tandis que la plupart des chronologistes placent vers lan 58 la sédition racoB' tée dans les Actes.

- Éphésc avait conservé sous les Romains son antique constitution démocratique, un sénat et des assemblées légales du peuple '.(V xà> i't^Diuf ixvXiaia, Act., xu,.39), qui se tenaient dans le théâtre trois fois le mois (Wood, Inscriptions from the great theth tre, p. 50).

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