TROISIÈME MISSION. DÉPART D'ÉPOÈSE
IL — SECOND BÉJODB EN MACÉDOKCE,
La paix sitôt rétablie n'était qu'une trêve à la merci (la premier vent de révolte. On devait tout craindre à ^phèse, des Juifs surtout, que le sentiment d'être
-mpromis avec Paul rendait plus haineux que jamais ^ L'apôtre comprit une fois de plus qu'il ne détournerait la persécution qu'en disparaissant; il réunit ■ionc ses disciples, les exhorta à persévérer, et, les ayant embrassés, il prit le chemin de la Macédoine.
Troade fut sa première étape sur cette route. Il y avait donné rendez-vous à Tite , comptant que ce disciple lui apporterait là des nouvelles de Corinthe. Sa déception fut vive de ne point le rencontrer. Contraint :îe l'attendre, il évangélisa cette ville qu'il n'avait fait que traverser lors de son dernier voyage. Les dispositions étaient favorables, « les portes ouvertes au Seigneur' »; le succès fut si prompt que lorsque, après quelques jours, il prit la mer pour l'Europe, toute une fraternité se«trouva déjà pourle conduire au rivage. Si l'apôtre avait» une telle hâte âe quitter la Troade, c'est que la pensée de Corinthe l'obsédait^. Quel accueil avait reçu sa lettre, œuvre d'ardent amour, mais « écrite dans une grande affliction, le cœur serré, les larmes aux yeux^ »? N'avait-elle pas paru,
1 Act., XX, 19.
5 II Cor., u, 12. 3 Id., u, 13
aux esprits ombrageux qui la lisaient , un mélange de faiblesse et de présomption, une nouvelle matière à mépris pour sa doctrine? Et de Tite, encore point de nou- Tellesl Que signifiait ce retard? Paul, n'y tenant plus, prit le parti d'aller au-devant de lui en Macédoine.
Ses angoisses devaient y être, sinon dissipées, du moins adoucies par les dispositions que lui témoignèrent les chrétiens de cette province , toujours généreux et fidèles. Apprenant son passage, ses plus chers disciples, Luc% Timothée , Éraste*, s'empressèrent d'accourir près de lui; mais, tout soulagé qu'en fût le cœur de Paul, ce concours de dévouements n'arrêta point les tribulations qui le poursuivaient depuis £phèse : « Arrivés en Macédoine, dit-il, notre chair n'eut aucun repos, et nous fûmes affligés en toute manière : au dehors des combats , au dedans des craintes', »
Ces assaillants du dehors étaient les persécuteurs juifs et païens dont l'acharnement avait réduit à la détresse* les Églises de cette région; c'étaient aussi les chrétiens ennemis de la croix du Christ, dont Paul « ne parlait qu'en pleurant, qui n'ï^vaient de pensées qu'aux choses terrestres, d'autre dieu que leur ventre' »; c'étaient aussi les judaïsants dont il surprenait
1 Luc, que S. Paul avait laissé à Philippes lors de sa première mission, y était Traiscrablabkment resté. Nous ne le retrouvons près de l'apôtre qu'aa temps qui nous occupe en ce moment.
* Act., XII, 22.
» Il Cor., VII, 5.
* Id., VIII, 2.
» Philip., ui, 18, 19.
la main dans toutes les chrétientés, se dissimulant à son approche, minant sourdement son œuvre. Quant aux craintes du dedans, nul doute sur leur objet : en Macédoine, comme en Troade, Gorinthe faisait le tourment de ses jours et de ses nuits.
Enfin Tite arriva et le tira d'angoisse, car les nouvelles qu'il apportait étaient en somme consolantes. La lettre de Paul, loin d'être méprisée, émouvait encore tous les cœurs. Lue à la réunion des frères, elle y avait jeté une profonde tristesse'; sans doute les factions hostiles ne se rapprochaient ni ne désarmaient , mais dans la foule c'avait été un éclat de douleur et de repentir. Le souvenir de Paul, de son dévouement, revivait à entendre sa parole; les uns, tremblants, cherchaient à se disculper, à écarter la verge dont les menaçait l'apôtre; d'autres, tout au regret de l'avoir contristé, ne souhaitaient que de le revoir et d'obtenir pardon 2. Ces derniers se trouvaient en pluralité dans l'assemblée; ils étaient entrés dans l'indignation de Paul contre Tinceste et dans son ardeur à le punir. « Au nom du Seigneur Jésus, on livra le coupable à Satan. » Toutefois, la prompte pénitence de l'excommunié empocha que la sentence ne fût exécutée en toute rigueur. Les chefs de l'Église usèrent de mansuétude, soit d'eux-mêmes, soit par le conseil de Tite*.
L'esprit de ce disciple, en effet, était incliné à la douceu»'; dès son arrivée chez les Corinthiens, ce penchant
• Il Cor., TU, 7.
• Id., TH, 7, 11, 15.
• Id., II, 6-10.
334 SAINT FAUL.
ca?
avait donné à son ministère une couleur de pacifi lion : il prêcJia ouvertement l'indulgence. A quoi bon ia sévérité, puisque la lettre de Paul avait suffi pour tout réduire? Ses dispositions naturelles furent d'ail ieurs secondées par la joie qu'il ressentit à ne trouver que des cœurs dociles , aimant Paul ardemment et l'appelant de tous leurs vœux'. Le seul chagrin du bon Tite était de voir les coupables si honteux, et lui-même si redoutable. Dans les premiers jours en effet on ne l'abordait qu'avec crainte et tremblement-.
Ce récit d'une âme bienveillante jeta Paul dans l'allégresse. Passant d'un abîme d'angoisse au comble de la joie,. rien d'étonnant s'il ne vit d'abord que ses prières exaucées, des actions de grâces à rendre, ses chers Corinthiens à féliciter; il en vint jusqu'à se demander s'il ne les avait pas trop rudement traités'. Gependanl tout n'était pas fini avec les factions de Go- . rinthe ; après avoir dépeint au maître le consolant état de ses iidèies, leur bon esprit, leur zèle pour la collecte de Jérusalem, il fallut bien que Xite se décidât à jeter quelques ombres sur ce tableau. Force lui fut de révéler que les ennemis de l'apôtre restaient intraitables, acharnés aux méjnes insultes , aigris plutôt par sa lettre. Ils y relevaient ce qu'elle avait de dur et d impérieux pour les frères, et en même temps d'ir^ résolu'', de pusillanime. Vainement menaçait-il de
' Jl Cor., vu, 7.
'' Id., vu, 15.
' Id., Tn, 8.
* Id., I. 17.
troi5il:me mission, macédoine. 335
venir la vei^e à la main'; eu réalité, s'il changeait constamment de dessein, c'est qu'il n'osait se montrer chez eux; et à bon droit, car rien n'autorisait son apostolat, ni recommandation de l'Église Mère, ni mission de Jésus qu'il n'avait jamais vu, ni pouvoir comparable à celui de Géphas, foudroyant d'un mot Ananie et Saphire. 11 en était réduit à se prêcher lui-même 2, et
e loin, car « si ses lettres sont rudes et violentes, aisaient-ils, il est misérable d'extérieur et de parole •* ». On ne se contentait pas de le traiter d'imposteur, de fou, d'extravagant; sa charité pour Jérusalem était décriée ; on la dénonçait comme une manœuvre d'escroc, ne visant qu'à duper les fidèles. Paul avait
âme trop haute pour ne pas mépriser ce que de tels ûutrasres avaient de personnel ; mais si sa dignité n'en fut point atteinte, ni sa joie même altérée, il comprit que l'honneur de sa mission était enjeu ; il importait de donner à l'Église, désolée de ces calomnies, une réponse qui vengeât et soutînt sa fidélité. L'apôtre se initdonc en devoir de dicter à Timothée une nouvelle lettre qui, tout en félicitant les Corinthiens, les armât contre l'ennemi commun.
Le début de cette Épitre, émouvante entre toutes, est un éclat de sainte joie, une action de .grâces pour l'union rétablie. Cette union en Jésus et par Jésus va jusqu'à l'unité, car l'amour chrétien ne joint pas seulement Jes cœurs, il les fond en un. Une même vie^
' 1 Cor., iT, 21.
» Il Cor., IV, &.
3 Id., X, 10.
celle du Christ, animant les âmes qui s'attachent à lui, le chrétien, digne de ce nom, ressent en soi-même tout ce qui se passe dans le cœur de Jésus et dans celui de ses frères, peines, joies, angoisses, consolations'.
Qui donc ose avancer que la duplicité , l'inconstance de l'apôtre ne permettront pas à cette concorde de durer? Paul se révolte sous l'affront, car sa conscience lui rend témoignage qu'il n'a cessé d'être loyal et ferme sn ses sentiments. Cette stabilité vient de son union à Jésus; or « en Jésus il n'y a pas de oui et de non » ; « en lui est le oui, en lui VAmen »; et tout cela est fondé sur l'immutabilité de Dieu môme, du Dieu « qui nous lie fortement avec vous au Christ, du Dieu qui nous a joints, qui nous a scellés^ ». « Sur mon âme, j'en appelle ce Dieu à témoin , c'est pour vous épargner] que je n'ai pas encore été à Gorinthe », afin de ne pas] venir à vous, la tristesse au cœur, pour châtier'. L'apôtre s'est contenté d'écrire; il a conjuré la véritable! Église de Gorinthe de se lever du milieu de ses ennemis et de se séparer d'eux. Elle l'a fait si généreuse-' ment, que Paul n'a plus que des louanges pour elle; il se défend de vouloir dominer sur sa foi , respecte son indépendance, s'efforce même de développer en elle l'habitude d'agir spontanément : la peine infligée à l'incestueux, il l'approuve; l'indulgence compatissante pour ce pécheur, il l'approuve également*. Soumise
' II Cor., I, 1-11.
"■ Id., I, 12-22.
3 Id., I, 23; II, 14.
* Id., a, 0-11.
désormais et irréprochable, la vie des Corinthiens devient à ses yeux son triomphe en Jésus-Christ : sa prédication, son apostolat, embaumés de ce parfum mystique, répandent au loin en tous lieux la bonne odeur du Christ'.
« Et qui est capable d'un pareil ministère? » Ceux-là seuls « qui prêchent avec sincérité de la part de Dieu, en sa présence, dans le Christ ». Que les autres, qui falsifient la parole de Dieu, fassent montre de lettres de recommandation. Nos lettres, répond l'apôtre, c'est vous, Église de Corinthe , c'est la vie de Jésus qui vous a pénétrés, transformés grâce à nous. Ces lettres ne sont point tracées avec l'encre qui s'efface, ni gravées sur la pierre par le doigt de Dieu , comme les tables de la Loi mosaïque; elles sont écrites sur des tables de chair, qui sont vos coeurs^. A la différence de ces imposteurs, rivés à une alliance vieillie et branlante. Dieu nous a faits « ministres de la nouvelle alliance, ministres non de la lettre, mais de l'esprit, car la lettre tue, et l'esprit vivifie^ ».
Ce n'était pas que l'ancienne Loi fût sans gloire ; car. Moïse l'apportant du Sinaï, tel parut l'éclat de sa face, que les Israélites ne pouvaient la contempler : éclat passager toutefois *, aussi se voilait-il la tête au mo-
» n Cor., n, 14-16.
2 Iii., u, 17, m, 1-3.
3 id., III, 6.
* Les Septante, que suit ici S. Paul, donnent du texte hébreu l'interprétation la plus naturelle. Moïse ne scToilait la face, ni quand il paraissait devant Diea, ni quand il parlait au peuple; c'est au moment où il cessait de s'adresser à la foule qu'il mettait sur son front un Toile analogue au couffieh actuel des Bédouins, afin que lei
:i38 SAINT PAUL.
ment où cette gloire s'évanouissait, de peur que les Israélites, la voyant disparaître, n'en conclussent qu'il en serait de même de leur Loi'. Pour nous, l'édat de notre ministère ne s'éclipse point; à toute heure nous marchons face découverte, loyalement, n'ayant rien à (.acher. « Nous ne nous prêchons pas nous-mêmes, nous prêchons le Christ Jésus, comme Seigneur, et nous-mêmes comme vos esclaves, pour l'amour de Jésus. Carie Dieu qui a dit à la lumière de resplendir du sein des ténèbres, a fait luire sa clarté dans nos cœurs, afin que nous puissions éclairer les autres par la connaissance de la gloire de Dieu qui paraît dans le Christ-. »
A suivre Paul si haut, à l'entendre se proclamer
!ils d'Isiaël ne vissent pas la fin de cette splendeur, dont l'éclat
n'était que passager. « Propter gloriani qu£e evacuatur. » Qua
evacuatur, quidam ei Latinis ad niinistralionem , alii ad irgem retuieriint , aed ex graeco maaifeslum est non alio quam ad gloriam leferri posse, quae dicilur evacuari, seu potius aboleri, quia claritas Mi vultus Moysi transitoria crat ac modici teinporis. » Estius, In II Ep. ad Cor., cap. in,^.
1 La souplesse d'esprit avec laquelle S. Paul plie la même image a des sens tout divers se voit mieux ici que partout ailleurs. Ce voile que Moïse mettait sur sa tête, les Juifs, dit-il, l'ont sur le cœur quand ils lisent l'Ancien Testament; par suite, ils ne voient pas que toute la gloire de leur Loi est de se perdre et de se consommer au Christ. Dans la phrase suivante M.oïse est encore dépeint .(tant le voile de son front quand de nouveau il entrait face à face en communion avec Dieu : ainsi en sera-t-il des Juifs, conclut l'apôtre, quand ils se tourneront vers le Sci^^iieur; i Esprit «le vie qui est caché sous la lettre morte 'de la Loi ks illumiiiera; la gloire tlu Christ, qui tiansibrme en elle ceux qui la contemplent, 1ëi> investira de ses clartés (Il Cor., m, 13-iii}.
'-' II Cor., IV, S, 6. ■ .
l'ambassadeur du Christ, le coopéraleur de Dieu qui parle par sa bouche', les CorinlhicQS n'allaient-ils pas ( ublier qu'au travers des gloires de son apostolat, il demeurait tel qu'il avait paru au milieu d'eux pauvre et misérable d'aspect? La sincérité habituelle de l'apôtre le fait insister longuement sur ce point. « Nous portons ce trésor dans un vase d'argile, ajouta-t-il, afin qu'il paraisse que la grandeur de la puissance qui est en nous vient de Dieu , et non pas de nous-. » Nous mettons notre ministère hors de blâme et de critique' ; mais nous le remplissons « dans les tribulations, les r.écessités, les détresses, sous les coups, dans les prisons, au travers des séditions, dans les travaux, les veilles, les jeûnes..., parmi l'honneur et Tignominie, la mauvaise et la bonne réputation; nous passons pour séducteurs, bien que sincères; pour inconnus, quoique bien connus; pour mourants, et voici que nous vivons; pour châtiés, mais non jusqu'à en mourir; pour tristes, bien que toujours joyeux; pour pauvres, et enrichissant plusieurs; pour n'ayant rien, et possédant tout' ». 'Et il en sera ainsi jusqu'au jour où,
1 U Cor., T, 20; TI, I.
■■i Id., iv, 7.
3 Id., IV, 2, 5; VI, 3,
* id., VI, 4-10. Deui fois dans cette Épitre il trace ce même tableau : « Nous sommes dans la liibulalion de toute manière, mais •non réduits à l'étroit; dans des difliculles insurmontables, et nous n'y succombons point; nous sommes persécutés, mais non pas abandonnés; abattus, mais ne périssant pas; portant toujours en notre corps la mort de Jésus , alin que la vie de Jésus paraisse aussi dans notre corps... Ainsi sa mort imprime ses eflets en nous, sa vie en vous... Celui qui a ressuscité Jé&us nous ressuscitera avec Jésus «t nous présentera à lui avec vous; car toutes choses sont pour
340 SAINT l'AUL.
Dieu nous tirant du corps, notre maison de terre, « ce qui est mortel en nous sera absorbé par la vie' ».
« O Corinthiens , poursuit l'apôtre, ma bouche s'ouvre , et mon cœur se dilate par l'araour que je vous porte; mes entrailles ne sont point resserrées pour vous , mais les vôtres le sont. Rendez-moi amour pour amour. Je vous parle comme uQ père à ses enfants, élargissez vos coeurs. Ne vous attachez point à un même joug avec les infidèles , car quelle union peut-il y avoir entre la Justice et l'iniquité? Quel commerce entre la lumière et les ténèbres? Quel accord entre le Christ et Bélial?... Quel rapport entre le temple de Dieu et les idoles? Or, vous êtes le temple du Dieu vivant, selon ce que Dieu lui-même a dit • « J'habiterai au milieu d'eux, et j'y marche- • rai, et je serai leur Dieu, et eux seront mon peuple'.. Ayant donc ces promesses, bien-aimés, purifions-nous de toute souillure de chair et d'esprit, achevant l'œuvre de notre sainteté dans la crainte de Dieu. Recevez-nous; nous n'avons fait tort à personne, nous n'avons ruiné personne, nous ne nous sommes enrichis aux dépens de personne. Je ne vous dis^ pjs ceci pour vous condamner; car je vous l'ai déjà déclaré vous êtes dans mon cœur à la mort et à la vie. Mais je vous parle en toute franchise. Je me glorifie grandement de vous; je suis rempli de consolation ; la joie surabonde au milieu de toutes mes afflictions'... Ma joie, c'est que je puis me promettre tout de vous *. »
TOUS... C'est pourquoi nous ne perdons pas courage; bien qu'en nous I homme extérieur dépérisse, néanmoins I homme intérieur se renouvelle de jour en jour; car notre légère Iribulation d'un moment produit en nous, en mesure surabondante, un poids éternel de gloire, nos regards ne s'altachant point aux choses visibles, mais aux invisibles, car les choses visibles sont temporelles, les invis.ble» éternelles. » H Cor., iv, 8-18.
' II Cor., Y, 1-4.
- Ler., xxTi, 11-12.
î II Cor., VI, 11-18; vu, 1-4.
♦ Id.. vu 16
Tout en dictant sa réponse pour les Corinthiens, l'apôtr.î songeait au moyen de la faire parvenir. Le succès de Tite, durant sa première mission, le désignait naturellement à Paul pour être son messager vers eux. Il consentit avec joie à leur porter la lettre qu'on vient de lire, car il restait de cœur attaché à cette Corinthe . aimable jusque dans ses égarements par sa promptitude au repentir, sa crainte respectueuse, sa soumission : tout ce que Paul lui en avait promis s'était vériûé ', et l'absence n'avait fait qu'accroître une affection si bien établie'.
A cet attrait toutefois se joignait un autre motif d'accéder aux instantes prières de l'apôtre, le désir de hâter la collecte pour Jérusalem. Tite, à son arrivée en Macédoine, avait trouvé la levée de cette pieuse contribution beaucoup plus avancée que dans l'Achaïe. En dépit des persécutions qui avaient ruiné la plupart des fidèles, les Églises de Macédoine tiraient de leur extrême détresse des trésors de charité '. On n'y attendait point que Paul demandât ; d'eux-mêmes les fidèles venaient à lui, apportant « ce qu'ils pouvaient, plus même qu'ils ne pouvaient », et comme l'apôtre hésitait à recevoir de pareils dons , « ils le conjuraient avec grandes instances de ne pas repousser leurs aumônes, s'offrant eux-mêmes pour prendre soin de la collecte et la porter aux saints » de Jérusalem *. Humilié, à voir ces libéralités, du peu qui avait été fait par Corinthe.
» n Cor., vn, 13, 14.
* Id., VII, 15; viii, 17.
' Id., VIII, 1, 2.
* Id., Tiii, 3-5.
Tite avait hâte d'y retourner pour achever son œuvre. Le maître, de son cMé , en avait trop le soiuci pour ne point seconder le zèle de son disciple ; mais, soigneux jusqu'au scrupule d'écarter tout soupçon de cupidité, il adjoignit à Tite deux témoins de sa gestion, qui pussent en répondre devant tous'.
Le nom de ces fidèles n'est point donné dans les Saintes Lettres; tout ce que nous savons, c'est que l'un d'eux faisait partie des délégués choisis par la Macédoine pour accompagner l'apôtre à Jérusalem et y porter ses offrandes^. Sa prédication évangéliqufi , ajoute Paul, l'avait rendu célèbre dans toutes les Églises de la région. A ce dernier trait, on a cru reconnaître Luc', et non sans vraisemblance, car l'art avec lequel ce disciple exposait les actes et les paroles de Jésus, le désigna, peu de temps après, pour rédiger le troisième Évangile^, et c'est en Macédoine, où Paul l'avait,
1 II Cor., viu, ia-24.
* On ne peut admettre que les nombreuses Églises fondées par l'apôtre «n Syrie, en Asie Mineure, en Grèce, se soient concertéei pour nommer le délégué dont il est ici question. Il faut, par coa* lèguent, restreindre le sens de c«tte expression : « les Églises » (II Cor., VIII, 19) aux chrétiens d'une même région, vraisemblable» ment de celle où Paul se trouvait en ce moment, la Macédoine.
3 Tel est le sentiment de nombreux commentateurs, Origène, S. Jérôme, S. Ambroise, S. Anselme, etc.
* Le troisième Évangile, selon l'opinion la plus Traisemblable, ne fat composé qu'au cours des quatre années que S. Luc passa près de S. Paul captif à Césarée et à Rome. Ce n'est donc pas de c«t écrit que parle l'apôtre en disant que son disciple <t est devenu célèbre par l'Évangile ». Il faut entendre par là le récit des actes et des paroles du Sauveur, l'évangile oral que l'oo prêchait partout aux :idëles.
TROISIÈMK MISSION. «ACÉDOINB. 343
.aissé\ qu'il conquit coite supériorité et ce renom. Le «econd frère ad joint à ïite l'aYait probabloment accompagné dans .sa première visite à Corinthe; Paul, en effet, répète à son sujet ce qu'il vient de dire pour Tite : « Il est maintenantJ)eaucoup plus zélé (qu'à son précédent voyage), à cause de la grande confiance qu'il a en vous-. » Une hypothèse assez probable identifie ce disciple avec un des Asiatiques que les chrétientés d'Asie Mineure avaient choisi pour suivre l'apôtre, Tychique ou Trophime^
Paul ne se contenta pas de recommander ses envoyés aux Corinthiens, Tite comme « son associé et « n compagnon d'œuvre », les deux autres comme « les ('■légués des Églises et la gloire du Christ^ », il exposa . la fin de sa lettre la mission qu'il leur confiait :
" Pour ce qui est de l'assistance des sainis (de Jérusalem) , ;i semble superflu de vous en écrire , car je sais votre bonne •'.onlé à cet égard, et je m'en fais gloire auprès des ^lacédoens, leur disant que depuis un an déjà l'Achaïe est prête.
Luc,. que Paul avait laissé à Philippos, lors de son premier passage [voir chap. v, p. 139), étaU vraiseiniilablement resté en Macédoine, instruisant et évangéllsant les Églises de cette région. Nous ne le voyons rentrer dans la compagnie de l'apôtre qu'au temps qui nous occupe en ce moment (Act., xx, 5). Il est à supposer que Luc, après avoir accompagné Tite à Corinthe, retourna en Macédoine sans attendre l'arrivée de Paul en Achaïe, car son récit des Actes ne contient aucun détail sur le second séjour de l'apôtre à Corinthe, tandis qu'à partir du moment où il a quitté Thilippes, à la suite de 'Paul, sa narration devient très circonstanciée.
» II Cor., vin, 22.
» Ad., XX, 4.
* II Cor.. VIII. 23. L'un des délégués est, selon toute apparence,
Votre exemple a excité chez beaucoup le même zèle. C'est pourquoi j'envoie nos frères vers vous, afin que ce ne soit pas en vain que je me sois loué de vous sur ce point , et que je vous trouve tout prêts, selon l'assurance que j'en ai donnée. Car si les Macédoniens qui viendront avec moi ne vous trouvaient pas prêts, quelle confusion pour moi (et laissez-moi le dire, pour vous aussi), de nous être ainsi loués de vous! Pai donc jugé nécessaire de prier nos frères de nous devancer près de vous, afin que l'aumône que vous nous avez promise soit prête avant notre arrivée. Toutefois que ce soit un don offert par la charité, et non arraché à l'avarice *. »
A cette émulation entre Eglises se bornent les industries charitables de l'apôtre; sa répugnance aux questions d'argent, et l'appréhension d'en voir son ministère amoindri, percent dans le reste de son plaidoyer pour^^ Jérusalem. Aucun précepte, aucune loi sur ce sujet; de simples conseils' : être large dans l'aumône , y garder toutefois une sage mesure ; « car je n'entends point, dit-il, que d'autres soient à leur aise et vous surchargés; mais que, pour ôter l'inégalité, votre abondance supplée maintenant à leur pauvreté, afin que votre pauvreté soit soulagée un jour par leur abondance' ». Le fruit de la charité ainsi pratiquée est la prospérit ■ temporelle. Dieu mesurant l'abondance de la moisson à celle de la sem.ence \- mais c'est surtout l'égalité main-
rélu des églises de Macédoine; l'autre, celui des églises d'Asie Paul ne pouvait donnera Tite une compagnie plus autorisée; auss; l-^i appelle-l-il « la gloire du Christ ».
! II Cor., IX, 1-5.
î Id., vni, 10.
» Id., vm, 12-14
* Id., IX, 6-11
tenue ou rétablie entre frères', par suite, l'union de tous les cœurs dans la reconnaissance^ :
a Cette offrande n'aura pas seulemeat pour eflct de subvenir aux besoins des saints, elle multipliera leurs actions de grâces à Dieu, car recevant ces preuves de votre libéralité, ils le gloriûeront pour votre soumission à l'Évangile du Christ, pour la libéralité avec laquelle vous donnez à eux et à tous; ils prieront pour vous, vous aimant ardemment à cause des grâces que Dieu vous a prodiguées. Grâces à Dieu pour son don ineffable! »
.\insi se terminait probablement, dans le dessein primitif de l'apôtre, sa seconde Lettre aux Corinthiens; mais, avant que Tite l'emportât, des nouvelles moins bonnes arrivèrent de Corinthe. Les chrétiens judaïsants, à force de vanter leurs lettres de recommandation, leur connaissance personnelle du Christ et des grands apô- "res, étaient parvenus derechef à intimider les fidèles. Sentant qu'on faiblissait devant eux, et que nul n'osait plus défendre PauP, ils avaient poussé leurs avantages et réduit l'Église à une vraie servitude , dévorant , pillant les frères , à la moindre résistance les frappant au visage ^ Paul ne put apprendre sans indignation cette t}Tannie et cette faiblesse; il rappela Timothée et ajouta à sa lettre quelques pages* où, changeant de ton, il gourmande, menace « d'user des armes puissantes par Dieu, qui lui ont été données pour renver-
1 II Cor., IX, 14.
s Id., xu, 11.
* Id., XI, 20.
♦ Cette seconde partie de la lettre commence au chapitre x.
ser toute forteresse, abattre tout ce qui s'élève a^-ec hauteur contre la science de Dieu, et assujettir toute pensée au Christ^ ».
Libre à ses adversaires de faire assaut d'orgueil, de s'enfler, de se parer du travail d'autrui ; il reste, lui, . sui- son terrain, n'entreprenant rien sur les autres, se '^ bornant à la part que Dieu lui a assignée, domaine as- "T sez vaste du reste, puisqu'il s'étend jusqu'à l'Achaie, et qu'au delà , vers le couchant , une partie du monde lui reste à évangéliser^. Corinthe, dans ce champ d'apostolat, est une de ses plus belles conquêtes; il la défendra contre tout séducteur, car « il a pour elle un amour de jalousie, de jalousie divine ; il l'a. fiancée à un unique époux, le Christ, auquel il ne présentera qu'une vierge toute pure' ».
Et quel motif pour elle d'abandonner Paul? En quoi a-t-il paru inférieur aux grands apôtres?
« Si ma parole est celle d'un homme grossier, ma science ne l'est pas; en tout, nous nous sommes assez fait counaitre parmi vous. Ai-je commis une faute en vous prêchant gratuitement l'Évangile, me rabaissant ainsi afln de vous élever? J'ai dépouillé d'autres Églises en recevant d'elles l'assistance dont j'avais besoin pour vous servir. Me trouvant au milieu de vous et dans le besoin, je n'ai été à charge à perisonne; des frères venus de Macédoine ont pourvu à ce qui me manquait. Je me suis gardé de vous être a charge en quoi que ce soit, et je le ferai encore à l'avenir. Par la vérité du Christ qui est <n moi, je proteste que cette gloire-là ne me sera pas enlevée
> II Cor., X, 3-5. •^ Id., I, 12-16.
dans les contrées de l'Acliaïr. Et pour<|uoi? Esl-ce parce i|ue ijc ne vous aime pas? Vh! Dieu le sait! Ce que je fais, je le ferai encore pour ôter tout prétexte de se glorifier à ceux qui cherchent à paraître en tout semblables à nous, afin de s'en glorifier. Ces hommes-là sont de faux apôtres, des ouvrier» trompeurs, qui se transfonneut en apôtres du Christ, et im vous 60 étonnez pas , car Satan lui-même se trauslorme en ange de lumière'. »
Le mieux, pour finir avec ces imposteurs, était q,ue Paul mit de côté pour un instant toute humilité^ et comparât sa vie à la leur. Ils le traitaient de fou : relevant et acceptant l'insulte , il s'en fit une ironie vengeresse.
u Je l'ai dit, et je le répète : je ne suis point un insensé; mais si vous me tenez pour tel, laissez-moi alors faire le fou et me glorifier un peu... Ils sont nombreux, ceux qui charnellement se vantent; comme eux je me vanterai,..' Tout ce qu'ils osent (je parle en fou ici) , je l'ose moi aussi. Ils sont Hébreux, moi aussi je le suis. Ils sont Israélites, moi aussi. Ils sont ministres du Christ (c'est ici que je parle en homme hors de sens) , je le suis plus qu'eux. Plus qu'eux, j'ai été dans les travaux; j'ai plus enduré de prison; j'ai reçu plus de coups; plus souvent qu'eux j'ai vu la mort de près. Cinq fois, j'ai reçu des Juifs trente-neuf coups de fouet*; trois fois, j'ai été battu de verges; j'ai été lapidé une fois; trois fois, j'ai fait naufrage; j'ai passé un jour et une nuit dans la mer ^. Fréquents voyages, périls sur les fleuves, périls de la part des brigands, périls de la part de mes compatriotes , périls de la part des gentils, périls dans les villes, périls dans le désert, périls eu mer,. périls de la part des faux frères,. travaux, fati-
' II Cor., XI, 6-14.
* Voir sur ces llagellations iniligées dans les syn;igogues, SainC' Pierre, chap. ir.
' 3 'Ev T(J) puGôi : non au fond de la mer, mais dans ses profondeurs, perdu au large sur quelque épave.
gues, nombreuses veilles, faim, soif, jeûues fréquents, froid, nudité, j'ai tout soulTert. Outre ces maux extérieurs, rappellerai-je mes soucis de chaque jour, la sollicitude de toutes les Églises? Qui est faible, que je ne sois faible aussi? Qui est scandalisé, sans que moi aussi je ne brûle?... Faut-il encore se vanter? cela n'est guère utile, certes; j'en viendrai aux visions et aux révélations du Seigneur. Je connais un homme dans le Christ * qui fut ravi dans le paradis, et y entendit des paroles ineffables qu'il n'est pas permis à l'homme d'exprimer *. Je pourrais me glorilier d'un tel homme, toutefois je ne veux me glorifier que de mes faiblesses... Aussi, de peur que la grandeur de mes révélations ne m'enorgueillisse, il m'a été donné un aiguillon dans ma chair, un ange de Satan qui me soufflette •. J'ai supplié trois fois le Seigneur de l'écarter de moi, et il m'a répondu : Ma grâce te suffit, car ma puissance éclate davantage dans la faiblesse. C'est pourquoi je me complais dans les infirmités, les outrages, les nécessités, les persécutions, les détresses pour le Christ, car lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort*.
0 Je viens de faire le fou, vous m'y avez contraint. Car c'était à vous de parler avantugeusement de moi. Je ne suis rien, et cependant je n'ai été inférieur en rien aux plus éiiiineiits des apôtres. Les signes de l'apostolat , je les ai opérés au miUeu de vous, sans jamais me lasser, miracles, prodiges, effets extraordinaires de la puissance divine. En quoi avezvous été inférieurs aux autres Églises, sinon en ce que je n'ai
1 « Un homme dans le Christ », c'est-à-dire un homme qui vivait surnaturellement de la vie du Christ, au point d'y être comme perdu et absorbé ; cet homme psI évidemment l'apôtre.
^ Nous ne connaissons rien des visions auxquelles S. Paul fait ici «llusion.
3 Selon l'interprétation de S. Thomas que nous avons adoptéf* {Saint Pierre, chap. vu), l'apôtre, par cet ange de Satan, entend les souffrances corporelles et la concupiscence qui le tourmentaient.
* Il Cor., XI, 16; m, 10.
point voulu v<ius être à cliurge? Pardonutz-inoi ce tort-là. Voici la troisième fois que je me prépare l\ aller vous voir ', et ce sera encore sans vous être à cliarfie. C'est vuus que je cherche, et uon pas votre bien; car ce n'est pas aux enfants a anaasser pour leurs parents, mais aux parents pour leurs enfants. Pour moi, je donnerais volontiers tout ce que j'ai, et je me donnerais encore moi-même pour vos âmes , bien que je vous aime plus que vous ne m'aimez'.
« Soit, dira-t-on : je ne vous ai pas été à charge; mais, en rusé fripon, j'ai usé d'adresse pour vous surprendre. Et quoi!
11 avait annoncé d'abord ce dessein avant l'envoi de la premic'-i o Lettre aux Corinthiens, puisqu'il répond à ceux qui l'accusaient de n'oser reparaître : « Queli[ues-uns s'enflent de prtsomplion coinine si je ne devais pas aller vous voir. Je vous irai voir néanmoins dans peu de temps, s'il plaît au Seigneur. » (1 Cor., iv, 18, 19.) Ces derniers mots nous le montrent se préparant une seconde fois à ce voyage que les nouvelles reçues de Corinlhe l'empêchèrent encore d'exécuter. Quand il écrivit en Macédoine sa seconde Lettre aux Corinthiens, en leur annonçant sa venue, c'était donc bien a la troisième fois » qu'il se disposait à les visiter. Quelques commentateurs, traduisant ainsi le passage qui nous occupe : « Voici la troisièi.oe fois que je viens à vous, » supposent que l'apôtre se rendit trois fuis à Corintlie : une première fois en 53, une deuxième fois pendant son séjour à Éphèse, une troisième fois en 58. Le second voyage dont l'Écriture ne fait pas mention est une hypothèse gratuite, et qui ne s'accorde pas avec le langage de S. Paul en ses Épitres. Pariant, dans sa seconde Lettre aux Corinthiens, du dessein qu'il avait eu, pendant son séjour à Éphèse, de les visiter, dessein auquel il avait dû renoncer : « J'aurais voulu, leur dit-il, aller vous voir, afin que vous receviez une seconde grâce. »> (.11 Cor., i, 15.) Ces mots : «< seconde grâce » excluent de la pensée de l'apôtre toute visite ntermédiaire entre la première et celle à laquelle il se disposait. Uénie conclusion à tirer de cet autre passage ; « Je vous lai déjà lit, et quoique absent , je le dis d'avance, comme si j'étais présent oour la seconde fois, que si je viens encore une fois , je n'épargnerai ni ceux qui ont péché auparavant, ni les antres. » (II Cor., tui, 2.) » II Cor., xu, 11-15.
350 SAIXT PAUL.
Me suis-je enrichia vos dépens par aucim de ceux que je vous ai envoyés? J'ai prié Tite de vous aller trouver et j'ai envoyé avec lui un de nos frères. Tite a-t-il tiré quelque chose de vous? N'avons-nous pas suivi le même esprit, marché sur les mêmes traces?
« Croyez-vous qu'ici encore nous cherchons à nous justifier ' devaut vous? Nous parlons devant Dieu, dans le Christ, et tout ce que nous vous disons est pour votre édification; Ma crainte, c'est, quand j'arriverai, de ne pas vous trouver tels que je voudrais, et que vous me trouviez par suite tel que vous ne voudriez pas. Je crains de trouver parmi vous des querelles, des jalousies, des colères, des intrigues, des médisances, de faux rapports, de l'enllure d'orgueil, destroublies. Je crains (|u'à mon arrivée Dieu ne m'humilie à votre sujet, et que je sois obligé de pleurer sur plusieurs de ceux qui ont déjà péché et n'ont pas fait pénitence de leurs impuretés, de leurs fornications, de leurs dérèglements infâmes. Pour la troisiènre fois, je me dispose à vous aller voii\ Tout se jugera sur la déposition de deux ou trois témoins ^ Je vous l'ai déjà dit, pt quoique absent, je le dis d'avance, comme si j'étais. présent pour la seconde fois, je n'épargnerai personne , ni ceux qui' ^ ont déjà péché , ni aucun autre , puisque vous chercher une preuve que le Christ parle par ma bouche... Examinez si vous êtes dans la foi, éprouvez-vous vous-même... Je vous écris ceci étant absent, afin de n'avoir pas lieu, q,uand je serai présent, d'user avec sévérité de la puissance que le Seigneu» m'a donnée pour édifier, non pour détruire*. »
Paul était trop entièrement à l'important sujet d»î cette lettre pour s'étendre , comme il le faisait lou-J jours à la fia de ses Épilres, en longs conseils
' Dtut., XIX, 15. Ces paroles, prises au sens natui-el, indiquent la I>:;n8ée de l'apôtre de juger les Gorinthions d'après les formes iéga* les en usage dans les synagogues.
î II Cor., xu, 16; xui, 3, 5, 10. ^^
TROISIÈME MISSION. MACF.DOINE. 351
morale; il se contenta de quelques mots sur la joie chrétienne, la paix, l'union des esprits et des cœurs, y joignit un bref salut, puis signa de cette bénédiction :
« Que la grâce du Seigneur Jésus- C hrist , et Vamoiir de Dieu, et la communion du Sainl-Esprit soient avec vous tous '. »
L'impression produite par cette seconde lettre paraît avoir été décisive. A partir de ce moment en effet, non seulement les Actes et les Épltres ne parlent plus d'aucun trouble à Corinlhe, mais saint Clément nous y montre tout schisme, toute rébellion en horreur et une paix profonde abondant en fruits de charité '. Il est vrai qu'à l'heure où l'évêque de Romo donnait ces louanges aux Corinthiens, l'esprit de faction renaissait parmi eux 3; mais ce n'était plus pour le même objet; la querelle des Judaïsants avait cessé, et l'autorité de Paul demeurait sans conteste. Pour un temps, le souhait qui termine la lettre de l'apôtre se trouva donc accompli : après tant de luttes •et de partages, les esprits, les cœurs s'unirent, « le Dieu d'amour et de paix ■• » régna dans Gorinthe.
1 II Cor., m, if
' s. Clément, / Ep. ad Corinth., i-ia
• Id.. ÏI.TII.
* II Cor., xin, 11.