‹ Saint Paul épitre aux RomainsChapitre 12 sur 94 · IX-X · texte numérisé non relu

IX-X

Apres avoir donné aux Romains cet enseignement si fortement coordonné, Paul aborde ce qu'on nomme le plus souvent la section morale (xii-xv, 13). Ce nom est peut-être mal choisi, car la première partie posait les bases de la vie morale en même temps que de la vie religieuse. Ce qui caractérise le plus sûrement la seconde, c'est une application détaillée des principes posés plus haut. 11 est malaisé d'y retrouver un ordre très strict, mais on en voit assez aisément le rapport avec le fondement régulateur de la volonté divine. C'est celte volonté qui a tout disposé pour le salut. Donc efforçons-nous de la connaître pour nous y conformer (xii, 1-2). Et c'est pourquoi ce que Paul recommande tout d'abord, c'est que chacun agisse dans la mesure de sa grâce. On s'est étonné qu'en ces temps où le christianisme rencontrait tant d'obstacles, Paul n'ait pas poussé à l'élan, à la générosité, à rhéroïsmo. Mais il vient de nous dire que l'Evangile est une vertu de Dieu qui nous conduit au salut. Chacun a sa voie, mais tous doivent se rencontrer au même terme; déjà tous ne font qu'un corps : chacun doit faire précisément, dans l'intérêt de tous, ce que Dieu demande de lui (xii, 3-8). Cette pensée des devoirs mutuels conduit naturellement aux préceptes sur la charité (xii, 9-21).

Mais voici une règle que Paul n'a indiquée qu'ici : il faut obéir aux pouvoirs constitués (xiii, 1-7). Or c'est encore précisément parce qu'ils sont voulus de Dieu. Dans cette Epître qui envisage si souvent le christianisme comme une force nouvelle apparaissant dans le monde, dans une Epître qui allait à Rome, siège du gouvernement, ces avis n'étaient point déplacés. Et, après avoir parlé si souvent du lien qui unissait les deux Testaments, l'apôtre revient naturellement à la charité, qui est toute la loi (xiii, 8-10), et termine cette section, comme tant d'autres, en envisageant la vie éternelle comme commencée en Jésus- Christ (xiii, 11-14).

Descendant toujours du général au particulier, Paul en vient à un point de discipline, le seul qui semble avoir donné occasion, dans l'église romaine, à son intervention : C'est la question des faibles en la foi, où nous voyons des ascètes mal inspirés, et des forts (xiv). Il est à noter que, traitant un sujet analogue avec les Corinthiens I Cor. viii, 9), l'apôtre y dit trois fois de ceux qui représentent les

INTRODUCTION

forts qu'ils ont la science. Ici, encore tout plein de son sujet de la justification par la foi, il ne parle que de la foi, qui doit diriger la conduite de tous. Et lorsqu'il conclut, comme toujours, au primat de la charité, c'est sûrement parce qu'il a l'esprit encore occupé du côté secondaire de sa grande thèse : il conseille aux Romains d'être miséricordieux parce que les gentils, plus encore que les Juifs, ont été l'objet de la miséricorde (xv, 1-12). Le dernier mot de cette exhortation comprend les mots de foi, d'espérance, et de vertu de l'Esprit-Saint, qui rappellent les termes de la proposition (i, 16. 17).

Cet ensemble doctrinal, partie dogmatique et partie dite morale, est encadré dans une introduction (i, 1-15) et une communication des intentions de l'Apôtre (xv, 14-33), suivie de la recommandation de Phébé (xvi, 1-2) qui probablement portait la lettre, d'une série de salutations (xvi, 3-16), d'un avis sur les agitateurs (xvi, 17-20''), du souhait final (xvi, 20''), du souvenir des compagnons de Paul (xvi, 21-23) et d'une doxologie (xvi, 25-27).

Sur le rapport de ces parties entre elles et avec le corps de l'Épître, certains doutes ont été soulevés; il en sera question dans le chapitre VI de cette introduction et dans le commentaire.

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