CHAPITRE V
I Étant donc justifiés parla foi, gardons la paix avec Dieu par
Chapithu; v. — La grâce de la justification dans l'ame et dans l'humanité.
Entre la justification et la sanctification, l'Eglise n'admet aucune différence essentielle. Et telle est bien la doctrine de saint Paul, comme beaucoup de protestants le reconnaissent aujourd'hui (cf. La justification d'après saint Paul, lîB. juillet et octobre 1914). Cependant Paul semble avoir réservé les termes relatifs à la justification pour la première justification; le croyant entre en possession d'une justice qui est une véritable vie; après avoir dit l'origine de cette vie, on pouvait s'étendre sur ses effets. C'est précisément ce qu'a fait l'Apôtre, comme fa très bien vu saint Augustin : La question dogmatique de l'épître, c'est : utruni ludaeis solis Evangelium D. N. J. C. venerit propter mérita operum Legis, an <^ero nullis operum meritis praecedentibus omnibus gentibus venerit iustificatio fidei, quae est in Christo lesu, ut non, quia iusti erant, homines crederent, sed credendo iustificati DEiN lusTE vivere incipeiîent [Exfos. inchoat. in ep. ad Rom., P. L. XXXV, 2087j. La seconde partie a donc trait à la vie chrétienne, et on la peut nommer celle de la sanctification, non point comme opposée ù la justification, mais comme son fruit. Tout le monde convient qu'elle commence au moins au ch. vi. Mais quelques-uns, comme Cornely, la font commencer au ch. v.
II paraît en effet tout d'abord que dès le début du ch. v la justification paraît comme une chose acquise, dont il reste à énumérer les fruits (1-11). Mais aussitôt après vient la doctrine du péché originel, qui• nous ramène à la nécessité de la justification. Le chapitre v est donc comme suspendu entre les deux parties, mais se rattachant plutôt au thème de la justification. Elle est censée acquise, mais si récemment, que la vie chrétienne est envisagée d'abord comme une réconciliation, et comme une espérance. La carrière est ouverte, mais c'est seulement au ch. vi que nous apprendrons à y marcher.
Il est d'ailleurs très naturel, puisque la justification et la sanctification sont une même chose, que la justification acquise soit déjà envisagée comme le don de l'Esprit-Saint (v, 5) qui sera le principe de la vie sainte. Nous sommes à une ligne de partage. L'àme est délivrée
100 KPITRE AUX nOMAINS, V, 1.
et s'arrête un instant à contempler l'étendue du don qu'elle a reçu. C'est même, semble-t-il, le thème de la réconciliation, si accentué dans V, 1-11, qui a amené l'Apotre à remonter jusqu'à la première brouille du ^enre humain avec Dieu. D'ailleurs l'opposition du péché et de la justice était exigée par le thème de la justification. Dans cette dernière page (12-21), le péché, la Loi, la grâce et la justice sont rangés selon leur rôle dans l'histoire de l'humanité jusqu'à Jésus-Christ. Le verset 21 est une admirable conclusion de tout ce qui précède. Aussi doit-on dire avec Salmeron (cité par Cornely, Introd. specialis... III, 464) : Quinque primis capitibus de iustificatione plenissimam hahet disputationem.
11 y a de cela un indice très caractéristique. Si l'on divise l'épître en deux parties, i-v et vi-xvi, on trouve Sixotioç ou δίκαιοι en parlant des hommes, i, 17; ii, 13; m, 10. 26; v, 7. 19 et ensuite seulement οι/.αία en parlant de la Loi, vu, 12.
οικαιοω II, 13; m, 4. 20. 24. 26. 28. 30; iv, 2. 5; v, 1. 9, et ensuite seulement VI, 7; VIII, 30. 33.
οικαΐϋίμα, i, 32; II, 26; V, 16. 18, et ensuite viii, 4.,
δικαιωσις, seulement IV, 25; v, 18.
δικαιοσύνη Θεού, Ι, 17; iii, 3. 21. 22. 25. 26; ensuite χ, 3 [bis].
καταλ).άσσο), \', 10 [bis).
καταλλαγη, v, 11 et XI, 15.
Le chapitre se divise en deux parties très distinctes; la justification dans l'âme du croyant source d'espérance, gage de salut (1-11); la justice rendue à l'humanité répare la chute originelle (12-21).