‹ Saint Paul épitre aux RomainsChapitre 42 sur 94 · ÉPITKE AUX ROMAINS; LA JUSTIFICATION · texte numérisé non relu

ÉPITKE AUX ROMAINS; LA JUSTIFICATION

sentence promulguée et définitive, n'est plus une sentence judiciaire divine. Par ailleurs Tidée de la justice possédée, reconnue, étant naturellement antérieure à l'idée de la justice consacrée par une sentence, pourquoi Paul aurait-il emprunté sa justification à la justification du dernier jour?

Titius (p. 159) en donne comme indice les futurs οΤς μεΧΆζι λογίζε^θαι (Rom. ν, 24), διχαιώσΕί (Rom. ΠΙ, 30), δίκαιοι χατασταθησονται (Rom. ν, 10) à propos de la première justification comme à propos de la seconde (Rom. II, 13); elles sont donc dans la même perspective eschatologique. Mais vraiment ce n'est pas le cas. Paul parle de la première justification tantôt comme présente, tantôt comme passée; il peut aussi en parler au futur, car les chrétiens auxquels il s'adresse ne sont pas les derniers qui embrasseront le christianisme; ce n'est pas une raison pour confondre cette justification avec le jugement final.

Nous sommes bien d'accord avec Titius sur la richesse des dons que contient la justification. C'est dans cette vue que beaucoup de commentateurs catholiques ne voient dans les chapitres vi-vm de l'épîtrc aux Romains que l'exposé des fruits de la justification. Mais ce n'est point une preuve que la première justification se confonde avec la sentence définitive. Cette plénitude vient de l'union au Christ. Le messianisme est une source de biens qui doivent être mis en œuvre par le chrétien avant d'être assurés dans la gloire. La justification est certainement une assurance de salut, δικαιοιΟί'ντεΐ... σωΟησο'αεΟα, mais qui n'empêche pas la comparution pour une instance suprême. La justice présente emporte avec elle son espérance : ήμεϊς γαρ πνεύματι Ικ πίστεως ελπίδα δικαιοσύνης άπεκδεχόμεθα (Gai. ν, δ), espérance qui sera fortifiée par la patience et par l'épreuve (Rom. v, 4). Certes nous reconnaissons qu'il s'agit ici d'une opinion beaucoup moins contraire à la pensée de saint Paul que celle qui dépouille le chrétien de toute justice réelle. Car, dans un sens très vrai, cette justice est eschatologique, puisque le messianisme clôt les temps anciens et inaugure en quelque manière la vie éternelle. La nouvelle justice qui vient du Christ n'a rien de commun avec la justice qu'on cherchait dans la pratique de la loi. Mais elle ne dispense pas de la pratique des bonnes œuvres, puisque, chose étrange, l'Incarnation a pour résultat de nous permettre d'accomplir le précepte de la loi, το δικαίο^αα του νόμου (Rom. νιιι, 4). Il y aurait donc imprudence à accuser trop son caractère définitif. Or qu'est-ce qu'une déclaration divine qui n'est ni connue avec certitude, ni définitive? Si on exclut ces conséquences, il n'y a vraiment qu'une raison de mettre les deux justifications sur la même ligne en perspective, c'est l'emploi du même mot. Mais ce serait une pétition de principe, car si les situations sont si diiférenles, on doit plutôt estimer que le mot a deux acceptions différentes.

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Peut-on parler d'un sens escliatologique défini au temps de saint Paul? Assurément non, d'après les usages divers du mot οικαιοΰν que nous avons reconnus. La solution la plus probable est donc qu'il s'est servi d'un mot au sens ondoyant et divers, selon que l'exigeaient des situations différentes, et que par conséquent on ne peut affirmer le sens déclaratif en dehors du jugement dernier où il est en situation.

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