‹ Saint Paul épitre aux RomainsChapitre 72 sur 94 · Omettre έν · texte numérisé non relu

Omettre έν

Paul ferait allusion à des rameaux déjà coupés depuis longtemps et dont on se servirait pour la greffe. Mais il ne pouvait ignorer que cela est impossible, ni se servir de cette impossibilité pour prouver que cette sorte de greffe est moins extraordinaire qu'une autre! Au v. 23, Paul ne pensait qu'aux Juifs, et le terme de greffer était purement métaphorique. Il veut expliquer maintenant comment leur conversion aurait quelque chose de moins extraordinaire que celle des gentils, et il revient à sa comparaison. La greffe, pour réussir, suppose une aiTinité de nature entre le sujet et le bourgeon; on ne peut greffer que les variétés d'une même espèce ou tout au plus les variétés d'un même genre. La greffe de l'olivier frugifùre sur l'olivier frugifère qui est connaturelle est donc plus indiquée que la greffe du sauvageon sur le bon olivier. — ή κατά φύσιν άγρ•.έλαιος ne peut signifier « l'olivier sauvage par nature », car les oliviers sauvages ne peuvent l'être que par nature, mais, en opposition avec ot κατά φύσιν, κατά φύσιν marque ici que toi, gentil, ayant été coupé d'un olivier sauvage, tu en avais la nature, et que si tu as été greffé sur un bon olivier, c'était une sorte de violence à la nature, tandis qu'il est beaucoup plus naturel de greffer sur un bon olivier ceux qui sont de la même nature. On ne saurait donc prétendre qu'en écrivant -αρά φύσιν Paul ait confessé que la greffe du sauvageon sur le bon olivier était anormale (contre Corn.). Il a seulement dit que la greffe homogène était plus indiquée que la greffe hétérogène. De la même façon. Dieu ayant promis le salut aux Juifs, ayant fait naître chez eux le Messie, il était tout indiqué qu'ils jouiraient de ses bienfaits. L'appel des gentils était une faveur extraordinaire qui leur était faite, une admission à l'héritage d'Israël. N'était-il pas plus conforme à l'ordre des desseins de Dieu d'y ramener les Israélites eux-mêmes? C'est à cette pensée que Paul s'attache; c'est elle qui importe. La comparaison la met clairement en lumière; et, puisqu'elle n'est pas une base d'argumentation, il faut lui faire un peu de crédit quant aux usages de l'arboriculture. D'ailleurs, il ne résulte pas de ce dessein de Dieu qu'il soit plus aisé de convertir un Juif qu'un païen; le Juif est plus près de laA'érité, mais il appuie sa résistance sur la lumière que Dieu lui a donnée.

\VW. suppriment qui (avant secunduin naluram), qui paraît cependant rendre mieux le grec.

25-29. La conversion des gentils sera suivie de celle des Juifs.

25) Un lecteur attentif aurait déjà pu comprendre que Paul espérait la conversion du peuple juif. Cela paraissait la suite normale des desseins de Dieu, le couronnement aussi de l'œuvre du Christ (xi, 12. 15). Maintenant il l'annonce ouvertement, de peur que les gentils convertis ne voient que ce qui les flattait. L'expression οϋ γαρ θέλω &;i.a; άγνοεϊν a quelque chose de confidentiel qui entraîne l'expression affectueuse άδελ^;οί (i, 13; 1 Cor. x, 1; xii. I: II Cor.

des gentils soit entrée, -^ et ainsi tout Israël sera sauvé, comme il est écrit : « Le libérateur viendra de Sion, et il écartera les im-

I, 8; I Thess. iv, 13). Quand Paul s'exprime ainsi, ce n'est pas toujours pour révéler quelque chose de tout à fait inconnu. Zahn a donc pu soutenir qu'il voulait seulement inculquer une doctrine déjà familière aux chrétiens qui la tenaient de Jésus (de même que I Thess. iv, 13 s.). Jésus en effet avait annoncé l'endurcissement des Juifs (Mt. xii, 38-48; xiii, 11-16; xxiii, 29-36), la conversion des gentils au défaut des Juifs (Mt. xxii, 7 ss. ; xxiv, 14) et la con- A'ersion finale des Juifs (Mt. xxiii, 39; Le. xiii, 35). Les chrétiens étaient donc préA'cnus. Si Paul nomme ce fait un mystère, c'est qu'il ne pouvait être connu sans être révélé par Dieu, mais il ne dit pas qu'il lui ait été révélé à lui seul. D'autre part, ce n'est point une raison pour nier qu'il ait reçu personnellement ré\'élation de ce mystère. Il lui avait été révélé comme Apôtre des gentils (Eph. Il, 11 ss.; m, 1 ss.), et il est tout à fait arbitraire de dire avec Zahn que Paul ne s'attribuait pas l'esprit de prophétie. Ce qu'il sait du christianisme est le fruit d'une révélation (Gai. i, 12. 16), et c'est dans ce trésor qu'il puise pour instruire les fidèles. D'ailleurs il était de la nature des mystères qu'on ne les enseignât pas au premier venu. Sans en faire le privilège d'une classe spéciale, tenue au secret, on n'en dispensait la connaissance qu'à propos (I Cor. Il, 13; m, 1).

Paul a exposé fortement les droits des gentils. L'église de Rome étant surtout composée de gentils, il veut aussi la prémunir contre le danger d'être παρ' εαυτοΓς ou Iv έαυτοΓς ou εαυτοίς φρόνιμοι. Les autorités diplomatiques s'équilibrent (Soden r.cap' έαυτοίς) et les deux premières écritures ont à peu près le même sens d' « être prudent à ses propres yeux, se croire assez sage pour choisir sa voie » (cf. Prov. m, 7 : μή Ι'σθι ©ρονιμο; -αρά σΞαυτω), ce qui est moins en situation ici que Rom. xii, 16. lauTotç est vraisemblablement la leçon primitive, complétée de deux manières différentes, parce qu'on n'a pas compris le sens difficile d' « être sensé pour son compte » : les gentils seraient tentés de ne comprendre les desseins de Dieu que lorsqu'il s'agit d'eux, trouvant naturel que sa miséricorde ne s'étende pas aux Juifs. On ne peut dire que cet avis ait été superflu aux chrétiens! d'autant que certains commentateurs ont lutté de leur mieux contre févidence du texte (cf. dans Corn.). Paul ne prétend pas donner comme une révélation l'endurcissement partiel d'Israël (άπ'ο μέρους, comme τίνες au ν. 17 pour signifier en réalité le gros du peuple [xi, 7]); c'est un fait qu'il était aisé de constater; la révélation lui a appris que cet endurcissement durerait jusqu'à ce que la plénitude des nations soit entrée, et qu'il se convertirait ensuite. Cette plénitude s'entend des nations, non des personnes : ce sont donc toutes les nations qui se convertiront au Christ, non tous les individus de la gentilité (avec Thom., Corn., Zahn etc., contre JûL, Kïihn). Les nations entrent, métaphore qui rappelle celle de la greffe. En latin lire obtusio plutôt que caecitas; cf. sur xi, 7.

26) χα'ι o'jTtij; n'est pas synonyme de /.où τότε, « et alors « ; la conversion des gentils n'est pas seulement le signal que l'heure est venue; elle aura aussi sans doute sa part de causalité sur celle des Juifs. D'autre part la Vf^. avec

piétés de Jacob; -' et ce sera mon alliance avec eux, lorsque j'enlèverai leurs péchés. »

fiej-et, au lieu de ββί qui (avec salvus) traduirait σωΟι^σίτα;, accentue trop la dépendance du dernier membre de phrase par rapport au précédent; le salut d'Israël est le point principal annoncé pour lui-même. — πϊ; Ίσοατ^λ ne désigne ni les prédestinés seulement {Aug.), ni tous les Israélites individuellement {T/iom., Jiil., Kilhl), mais la masse du peuple, par opposition à tel ou tel qui pourrait déjà se convertir (xi, 14); cela résulte de toute largumentation. Cf. pour ce sens de tout Israël I Sam. vu, 5; xxv, 1; I Reg. xii, 1; II Chron. XII, 1; Dan. ix, 11. Quoique des particuliers se convertissent, la plus grande partie de la nation est endurcie; cet endurcissement prendra fin quand toutes les nations seront elles-mêmes converties.

Tout cela est sufïïsamment clair, et saint Augustin l'a compris comme tout le monde {Serm. CXXII, 5; De civ. Dei XX, 29; Qiiaest. ev. II, 33). On s étonne que dans un passage il ait entendu « tout Israël » des prédestinés : et sic omnis Israël sahus fiet, quia et ex Judaeis et ex gentibus, qui secnndum propositum vocati sunt, ipsi verus sunt Israël (Ep. CXLIX, P. L. XXXIII, 638). Dans son commentaire de 1515/1516, Luther a bien explique le texte dans les scholies mais seulement, dit-il, parce qu'il suit l'autorité des Pères; le texte lui paraissait si obscur que l'explication de sa glose est différente et qu'il en vint à nier péremptoirement la conversion des Juifs. Ce fut l'opinion des chefs du protestantisme. Les exégètes protestants actuels sont revenus à l'exégèse normale. D'ailleurs, si la prophétie est claire, elle n'explique pas tout. Cornely se souvenant des tristes prévisions énoncées par N.-S. (Le. XVIII, 8) et par Paul lui-même (II Thess. ii, 3), suppose que peut-être, quand viendra la fin du monde, les nations auront cessé d'être unies dans la foi catholique. Pourtant on ne répondrait pas à l'idée de la plénitude des nations, si l'on plaçait la conversion des Juifs après que les nations se seraient converties l'une après l'autre, sauf à défaillir ensuite dans la foi. La pensée de Paul, très consolante, est donc qu'un jour toutes les nations en même temps seront soumises à l'évangile, et qu'alors les Juifs aussi l'accepteront. Nous n'avons aucun signe que la conversion générale soit prochaine, mais, d'une part, l'Église catholique n"a jamais cessé de grandir parmi les peuples, et, d'autre part, les Juifs existent toujours comme race distincte.

Dans la Vg. lire fiet au lieu de fieret.

26*^ et 27) Il faut voir d'abord le sens du texte dans l'épître, ensuite sa relation avec les auteurs anciens, et la relation du grec avec l'hébreu. Paul a donné comme la révélation d'un mystère le fait de la conversion des Juifs ; mais un mystère est plus ou moins clairement révélé; l'Apôtre ajoute à ce que savaient les chrétiens, ceux-ci en savaient plus que les Juifs. Néanmoins le fondement était déjà posé dans l'Ancien Testament, καθώς γέγρα-τα-.. C'était l'annonce d'un Sauveur dont le rôle serait d'écarter les impiétés de Jacob. Et cela était d'autant plus assuré que ce devait être, de la part de Dieu, l'accomplissement de son rôle dans l'alliance, qui consistait précisément à enlever les péchés. La conversion aurait donc lieu sans aucun doute, et devait être

28 Pqp rapport à l'évangile, ils sont ennemis, dans votre intérêt; en vertu du choix divin, ils sont aimés, à cause de leurs pères;

une conséquence de l'œuvre de Jésus-Christ. Tel est le sens du texte ; mais il faut le prendre dans ces termes généraux, car si l'on fait allusion spécialement au premier avènement du Sauveur, il est bien sorti de Sion, mais il n'a pas alors converti les Juifs; quant à son second avènement, il suivra leur conversion et viendra du ciel (I Thess. i, 10). — Zalin a nié fort gratuitement que aj-yj puisse se rapporter à ce qui suit; Corn, avait déjà cité I lo. v, 2; Jo. XVII, 3 etc.

Quant à l'origine du texte, il suffit d'indiquer Is. lix, 20 et Is. xxvii, 9 qui ont probablement été groupés de mémoire. Is. lix, d'après Β : -'^ καΙ ήξίΐ ένεκεν Σειών δ ρυόαενος κα\ ά-οστρεψΕΐ ασεβείας από 'Ιακώβ. -^ και αυτή αυτοΓς ή παρ' έ[Αθΰ διαθήκη.., Paul a donc Supprimé καί, pour lier davantage, dans le même esprit qu'au V. 27. De plus il a έκ Σιών au lieu de ένεκεν Σιών « pour Sion », qui est aussi la leçon de l'hébreu. Duhm préfère la leçon de Paul, plus en harmonie avec le verset suiA-ant d'Isaïe et Is. lxvi, 6. Ou bien Paul a pu mettre έκ Σιών pour suggérer le rôle historique de Jésus ; c'était dans l'esprit du passage isaïen qui était certainement messianique, et que la tradition tenait pour tel [Sanli. 98»). Dans Isaïe l'alliance annoncée consistait à maintenir la bonne situation religieuse d'Israël. Paul ne cite pas cette suite du passage; elle ne fournissait rien de précis sur son thème, mais il garde la formule d'introduction, à la place d'une autre destinée à introduire la conversion : Is. xxvii, 9 : κα"! τοΰτό έστιν ή ευλογία αύτοϋ] δταν άφέλω[α.αι αϋτου την άααρτίαν. Le résultat est le même : Dieu enlève « son péché «, dans Paul « leurs péchés », mais au lieu de dire « et cela est sa bénédiction», l'effacement des péchés est présenté, par la soudure avec le texte précédent, comme le résultat de l'alliance, ce qui lui donne la garantie de l'engagement divin. En somme, deux textes d'Isaïe sur le pardon des péchés ont été groupés en un seul. On croira difficilement que la combinaison se soit faite les textes à la main ; elle s'est faite plutôt dans la mémoire de l'Apôtre; non seulement les éléments en sont isaïens, leur groupement ne crée aucune pensée nouvelle qui soit étrangère au prophète.

En eiTet, si l'idée d'enlever le péché qui fait de l'Israël des derniers temps un vase de miséricorde est vraiment paulinienne, elle est dans le texte grec d'Isaïe (lix, 20) qui paraît préférable au texte massorétique. Celui-ci est traduit par le P. Condamin : « Mais pour Sion il Λάent en rédempteur, pour ceux de Jacob convertis du péché », en hébreu ΐρ7''2 Î?UJS ''2U?Sl, expression étrange et unique; aussi Duhm a-t-il préféré supposer le texte !;ψΞ Ί^'ά'^Λ 2p"'')2, conformément au grec. Le second passage (Is. xxvii, 9) est très difficile à interpréter; mais dans ce cas aussi c'est Dieu qui enlève le péché, comme a compris le grec.

Conformément au grec, ΛΥλ'ν. lisent averlet au lieu de avertat et inpietates au lieu de impietatein. On pourrait encore supprimer et avant avertet.

28) La phrase se compose de deux membres opposés parallèlement : κατά μέν το εΰαγγελιον, « à cause de la disposition convenable à la diffusion de l'Evan-

ÉPITUE AUX lîOMAIXS, XI, 20-30. 287

2'* car les dons et la vocation de Dieu sont sans repentance.

^'^En effet, de môme que vous avez autrefois désobéi à Dieu, et

que maintenant vous avez obtenu miséricorde à l'occasion de leur

g-ile », est opposé à κατά δέ τήν IxXoyrîv, « selon le choix ». L'élection du peuple juif comme [)euple de Dieu était en elle-même irrévocable; si elle est primée par la nécessité d'assurer le succès de l'Evangile, cette disponsation n'est que temporaire. — oC υμάς est opposé à δια τους πατέρας, mais le parallélisme n'est pas strict; dans le premier cas : « dans votre intérêt » (but), dans le second cas : « à cause des Pères qui ont été les amis de Dieu » (cause). — ί/,θροί et αγαπητοί sont dans une opposition encore plus claire, « ennemis », ou « aimés » ; mais on se demande si le parallélisme est tellement rigoureux que les deux adjectifs soient à prendre dans le sens passif : haïs (de Dieu) et aimés (de Dieu) {Corn., Lips., SU., JûL, Lietz.), ou si εχθροί ne peut avoir son sens normal qui est toujours actif dans le N. T. (T/ioin., Za/in, KiUd)'{

Le sens normal doit être accepté s'il est possible. Or il n'est pas exclu par le parallélisme d'opposition qui ne doit pas nécessairement s'étendre à toutes les modalités, et il donne une bonne signification générale, Les Juifs se sont rendus ennemis de Dieu qui a permis leur altitude dans l'intérêt des gentils; ils demeurent aimés comme peuple choisi. L'argument suppose, comme plus haut (xi, 11), que l'endurcissement des Juifs a facilité la conversion des gentils. Quant au mérite des patriarches, il ne saurait suppléer à celui de leurs descendants : Secl per quaindam abundantiain diidnae gratiae et misericordiae hoc dicit, qiiae in tantuin palribus est c.rhihita ut propter promissiones eis factas etiam filii salvarentur [Thom.]. Au surplus il s'agit ici directement de l'appel efficace à prendre place i)armi les véritables enfants de Dieu, dans le peuple de Dieu.

Dilecti [Ambrst., Jér., Aifg•.) serait plus littéral pour αγαπητοί que carissimi

29) On lisait dans I Sam. xv, 11 que Dieu s'était repenti d'avoir choisi Saûl. Mais la réprobation de ce roi n'était qu'un épisode, comparable à l'endurcissement temporaire des Juifs. S'il s'agit des grands desseins de Dieu, ils sont stables (cf. II Cor. vu, 10), rien n'est capable d'amener Dieu à les changer : tels sont les dons dont il a comblé Israël (ix, 4) et qui se résument dans l'appel de Dieu (ix, 11).

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