‹ Saint Paul épitre aux RomainsChapitre 73 sur 94 · La miséricorde terme de tout · texte numérisé non relu

La miséricorde terme de tout

30 et 81) Deux explications. D'après les modernes [Corn., Lips., SU., Jiil., Lietz. [avec hésitation], Zahn), on rattache τω υια-ίτεροι ελέει à ce qui suit, comme s'il était sous la mouvance de ί'να, construction bizarre qu'on essaie de justifier par II Cor. xii, 7 et Gai. n, 10; le sens est très clair, avec un parallélisme très bien balancé : « vous gentils, autrefois rebelles aux appels de Dieu, êtes devenus un objet de miséricorde, grâce à la résistance des Juifs qui a facilité votre salut (cf. xi, 11. 15); de même, ou plutôt par une voie opposée, les Juifs aujourd'hui endurcis deviendront obéissants grâce à la miséricorde que vous aurez éprouvée ». Il resterait d'ailleurs quelque diffî-

288 κριτηΕ aux romains, χι, 31-32.

désobéissance, ^i de même maintenant ils ont refusé robéissance à l'occasion du pardon qui vous était accordé, afin que désormais ils obtiennent aussi miséricorde. ^^ Car Dieu a renfermé tous les hommes dans la désobéissance, afin de faire miséricorde à tous.

culte sur le rôle de la miséricorde reçue par les gentils par rapport à la miséricorde reçue parles Juifs. Si c'est seulement de provoquer leur jalousie, Paul n'ajoute ici rien qu'il n'ait suffisamment indiqué auparavant. De plus il préparerait mal le v. 32 qui est la clef de tout.

Je préfère donc (avec KuJil) l'opinion anciennement très soutenue qui rattache τω Orj.sTépt;) ελέει à ήττίίθτ,σαν comme il est naturel [Vg.). Il est vrai qu'on a expliqué ce datif de plusieurs manières. Euthym. : τουτέστιν υαών έλεου;α.ενων, Thom. : ici est in gradam Christi, Lietz. : « ils ne se sont pas laissé gagner par la manifestation de la bonté divine à votre endroit », mais le parallélisme aΛ'ec ττ; τούτων άπειθεία suggère, aussi bien que le datif, une véritable causalité. L'incrédulité des Juifs a été utile aux gentils, la grâce reçue par les gentils n'a fait qu'exaspérer la résistance des Juifs. Au lieu donc de revenir sur les modalités du salut des gentils et des Juifs pour elles-mêmes, Paul s'en sert pour dégager une idée générale. Cette idée, qui sera exprimée au v. 32, c'est que tous ont dû passer par la désobéissance pour laisser du jeu à la miséricorde de Dieu. Elle est préparée aux versets 30 et 31. Pour les gentils, la désobéissance était leur état ancien, trop connu pour qu'il y ait lieu d'insister, et non seulement cette désobéissance a été suivie de miséricorde, mais la désobéissance des autres, c'est-à-dire des Juifs, a contribué aussi à cette miséricorde. Quant aux Juifs, la miséricorde exercée sur d'autres leur a été une cause occasionnelle de désobéissance, mais c'était pour céder enfin à la miséricorde. Il ne reste plus qu'à conclure. — H y a une difficulté pour les νΰν. Au v. 30, -οτέ et νυν sont opposés d'une façon très satisfaisante. On s'attendait à les retrouver au \. 31 dans l'ordre inverse : les Juifs qui mainienant ont été rebelles seront alors pardonnes. Au lieu de cela, certains mss. mettent v\3v [Soden cm.) après ούτοι et encore νΰν après αυτοί. Les principes critiques ne permettent guère de retrancher ce dernier νΰν (ν Β D*), précisément parce qu'il est gênant. D'autre part Paul ne peut se représenter la conversion des Juifs comme actuelle... On ne serait que logique en acceptant encore νΰν après ούτοι (X Β). Dès lors on regardera -οτέ comme indiquant les temps préchrétiens et νΰν comme s'étendant à tout le christianisme.

J'ai supposé avec tous les modernes (cf. sur x, 21) que ά-είθειν ne signifiait pas « être incrédule » [Vg.), mais refuser son obéissance; de même pour απείθεια. Dans la Vg. il est inadmissible que le même datif soit traduit propter incredulitatem, et ix vestram misericordiam. De plus un nunc manque après ipsi. On aurait peu de crainte de se tromper en lisant : '" sicut cnim aliquando vos inobedientcs fuistis Deo, nunc aiitem misericordiam conseciiti cstis per illorum inohedicnliam, ^* ita et hi nunc inobedientes facli sunt per i'estram misericordiam ut et ipsi nunc misericordiam consequantur.

32) Conclusion de toute la doctrine de la grâce : tous les hommes ont

33 0 abîme de la richesse et de la sagesse, et de la science de Dieu! Combien insondables ses jugements, et impénétrables ses voies !

3^ Car « qui a connu la pensée du Seigneur? ou qui a été son

conseiller? »

besoin de miséricorde, et Dieu l'accorde à tous, Juifs ou gentils (x, 12). Dieu commence par les réduire à impuissance; il les enferme dans leur désobéissance comme dans une prison, d'où sa pitié les délivrera. C'est une opinion étrange de Zahn de n'entendre τους πάν-ας que des Juifs endurcis, puisque le \. 30 n'a pas omis l'ancienne contumace des gentils. Ce ne sont pas non plus tous tes hommes individuellement, mais, comme le contexte l'exige, les grandes catégories indiquées précédemment.

La leçon de Vg. : omnia = τα -άντχ vient peut-être de Gai. m, 22; lire omnes avec le grec; au lieu de in incredulitate lire in inoboedientiam.

33-36. HOM.MAGE RENDU WVR LA FAIBLESSE HUMAINE AU DiEU INFINIMENT PUISS.VNT ET SAGE.

Cette sorte d'hymne, moins ardent que le chant de triomphe qui termine le chap. VIII, a quelque chose de plus profond et de plus délinitif. C'est le sceau de toute la partie doctrinale de l'épître, s'appliquant cependant plus spécialement aux chapitres ix à xi, bien faits pour laisser l'àme dans une sorte de stupeur à la pensée des conseils de Dieu sur le monde, comprenant la réprobation temporelle pour se terminer en miséricorde.

33) On doit lire πλούτου κα'ι σοφίας. Tandis que le latin dU'itiarum sapientiae et scientiae ne mentionne que la richesse de deux attributs divins, d'après le texte authentique, le βάθος, « profondeur ou élévation » pour dire « immensité », s'applique à la richesse, à la sagesse et à la science. Il y a quelque manque de tact à définir trop strictement ce que Paul déclare insondable; cependant il a parlé pour être compris. La richesse, d'après x, 12, paraît signifier ici les trésors de sa bonté; c'est aussi ce qui se lie le plus aisément à l'idée de miséricorde (v. 32); mais on ne 'peut exclure les ressources infinies dont Dieu dispose pour réaliser ses vues.

La science indique plus purement la connaissance, tandis que la sagesse évoque la disposition et l'heureux emploi de ce que la science a pénétré. — Les jugements de Dieu ne sont pas seulement ses jugements de bonté, mais tous ses jugements, et les jugements de réprobation ne sont pas moins insondables quoiqu'ils doivent être ramenés à la manifestation de la miséricorde. La mention des voies prouve bien que l'énigme n'est pas seulement dans les attributs infinis de Dieu. Nous savons qu'ils nous dépassent, mais nous voudrions retrouver les chemins qu'il a suivis dans ses manifestations, savoir où il a passé, avoir le secret de son intervention et du but qu'il poursuit : vaines tentatives! Soden lit άνίξερεύνητα, la forme άνεςΗρχύνητα est alexandrine.

Dans la Vg. ajouter ei avant sapientiae (avec Tert. Adv. Marc. V, 14).

34) Comme pour mesurer à notre impuissance la profondeur de la richesse de la sagesse et de la science de Dieu, Paul demande, en suivant l'ordre

ÉriTRE AUX ROMAINS. 19

3^ « Ou qui lui a donné le premier, pour qu'il ait à recevoir en retour? »

36 Parce que c'est de lui, et par lui, et pour lui que sont toutes choses! A lui la gloire dans [tous] les siècles. Amen.

inverse, qui a pénétré son esprit, qui l'a assisté dans ses desseins, qui lui a avancé quelque chose?

Les deux premières questions sont empruntées à Is. xl, 13, d'après le texte grec, en les coupant davantage, c'est-à-dire en remplaçant και par ή'. Dans l'hébreu il y a beaucoup plus de ressemblance entre les deux questions qui n'en font presque qu'une : « qui a déterminé l'esprit de lahvé, et quel conseiller l'a instruit? « (Trad. Condamin). Il est étrange que le P. Cornely nous oblige à préférer le texte grec sous prétexte que Paul l'a « adopté et approuvé ». On peut dire seulement qu'il en a employé les termes, sans même indiquer qu'il s'agissait dun texte sacré. Et l'on a vu souvent que même quand il cite il ne craint pas de changer les termes, ce qui ne peut équivaloir à rejeter le texte courant comme non authentique.

35) Le texte cité ne se trouve pas dans la Bible grecque, mais répond bien aux paroles de Dieu dans le texte hébreu de Job xli, 3 : « Qui m'a prévenu, de façon que j'aie à lui rendre? » Paul a changé la personne du verbe comme il le fallait. Dieu, infiniment riche, ne peut recevoir de personne; infiniment bon, il donne toujours le premier.

36) Nous ne pouvons ni pénétrer la science de Dieu, ni l'aider de nos conseils, ni l'assister de nos ressources : que nous reste-t-il à faire, que de reconnaître que tout dépend de Dieu, non de nous? C'est ce que constate ici l'Apôtre. Tout vient de Dieu comme créateur, tout subsiste par lui, tout tend vers lui comme à sa fin dernière {Corn., Zaltn). Les termes sont très généraux, et l'on ne saurait sans arbitraire les restreindre aux faits de l'histoire (contre Kûhl). Donc gloire à Dieu. Cornely explique comment plusieurs grandes autorités latines ont été induites à des explications erronées par le latin in ipso qu'il faut entendre comme équivalent de είς αύτο'ν ou plutôt remplacer par in ipsum. Le même montre que les allusions à la Trinité imaginées par de nombreux Pères sont sans fondement. Il semble pourtant qu'il y a dans le rythme comme un dessin trinitaire : trois attributs, trois questions, trois relations des choses à Dieu.

On a cherché dans la littérature hellénistique des formules analogues à celle du v. 36. Assurément les analogies ne manquent pas. Mais après les investigations de Lietzmann et de Norden (Άγνωστος Οεο'ς) on peut estimer qu'on ne trouvera rien de tout à fait semblable. Marc-Aurèle [Pensées, IV, 23) donne le texte le plus rapjiroché, h. σου τΛ^γ,'χ, έν σο^ -άντα, ε!ς σε πάντχ, mais en parlant de la nature !

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