Josué. I
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à-dire sous l'action d'un rayon de lumière grecque singulièrement réfracté. .
Certes, il y a dans ce fatras du Talmud des maximes excellentes, plus d'une perle précieuse, du genre de celles que Jésus idéalisa en les adoptant et que les évangélistes divinisèrent en les écrivant. Au point de vue de la conservation de l'individualité du peuple juif, le talmudisme fut un parti héroïque et comme on en trouverait à peine un autre dans l'his^ toire d'une race. Le peuple juif, dispersé d'un bout à l'autre du monde, n'avait plus d'autre nationalité que la Thora; pour maintenir cet ensemble épars, sans clergé, sans évêques, sans pape, sans ville sainte, sans collège théologique central, il fallait une chaîne de fer; or rien ne lie plus que des devoirs communs. Le juif portant toute sa religion avec lui, n'ayant besoin, pour son culte, ni de temples, ni de clergé, eut une incomparable liberté dans ses émigrations jusqu'au bout du monde. Son idéalisme absolu le rendit indifférent aux choses matérielles ; la fidéUté au souvenir de sa racé, la profession de foi (le schéma) et la pratique de la Loi lui suffisent. Quand on assiste à une cérémonie dans une synagogue, au premier coup d'œil, tout paraît moderne, emprunté, banal. Jamais les juifs n'ont recherché, dans la construction de leurs lieux de prière, un
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style d'architecture qui leur fût propre. Les ministres du culte, avec leur rabat, leur tricorne et leur étole, ressemblent à des curés ; la prédication est calquée sur la chaire catholique; les lampes, les fauteuils, tout le mobilier sont achetés au magasin même qui fournit la paroisse voisine *. Le chant et la musique n'ont rien qui remonte au delà du xv® siècle. Même certaines parties du culte sont des imitations du culte catholique. L'originalité, l'antiquité éclatent tout à coup avec la pr(>fession de foi : « Ecoute, Israël; Adonaï, notre dieu, est unique ; saint est son nom. » Cette proclamation opiniâtre, ce cri persistant, qui a fini par l'emporter et convertir le monde, est tout le judaïsme. Ce peuple a fondé Dieu, et jamais peuple pourtant ne s'est moins occupé de disputer sur Dieu. Un trait de grand sens, en effet, fut d'avoir choisi pour base de la communion religieuse la pratique et non les dogmes. Le chrétien tient au chrétien par une même croyance ; le juif tient au juif par les mêmes
1. C'est pour cela qu'il n'y a pas d'archéologie juive. Au moyen âge, les juifs faisaient exécuter leurs ustensiles religieux par les orfèvres du pays qu'ils habitaient. Comptes rendais de VAcad. des inscr,, 1878, p. 174-175; ColL de M, Strauss, p. viii, etc. ; Mission de Phénicie, p. 786. Le costume que portent les juifs en certains pays, loin d'être national, a été presque toujours à l'origine une robe d'ignominie qui leur fut imposée, et à laquelle ils ont fini par s'attacher.
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observances. En faisant porter l'union des âmes sur des vérités de l'ordre métaphysique, le christianisme prépara la voie à des schismes sans fin ; en réduisant la profession de foi au schéma^ c'est-à-dire à l'affirmation de l'unité divine et au lien extérieur du rituel, le judaïsme écarta de son sein les disputes théologiques. L'excommunication chez les juifs a eu, en général, pour cause des actes, non des opinions. La Cabbale resta toujours une spéculation libre ; elle ne devint jamais une croyance obligatoire ; l'immortalité de l'âme ne fut envisagée que comme une consolante espérance; et, quant aux pratiques religieuses, on avouait sans peine qu'elles seraient abolies aux temps messianiques, lorsque les principes israélites seraient universellement adoptés. Même les croyances qui concernent le Messie, un docteur célèbre a pu les révoquer en doute, et le Talmud enregistre son opinion sans la blâmer *. Cela était très-judicieux. Etre obligé de croire h quelque chose est un vrai non-sens, tandis que le plus grand rigorisme extérieur peut s'allier à une entière liberté de penser. Telle est la cause de cette indépendance philosophique qui, durant le moyen âge et jusqu'à nos jours, a régné dans le judaïsme.
^, Talm. de Bab., Sanhédrin, 99 a.
Des docteurs éminents, des oracles de la synagogue, tels que Maimonîde, Mendelssohn, furent de purs rationalistes. Un livre comme les Iccarim (Principes fondamentaux) de Joseph Albo, proclamant que la religion et la prophétie sont un symbolisme destiné h, l'amélioration morale de l'homme, que la révélation n'est qu'une façon de présenter les opérations internes de la raison, que toutes les lois divines peuvent être modifiées, que les peines et les récompenses individuelles de la vie future ne sont que des images, un tel livre, dis-je, arrivant à la célébrité et n'encourant aucun anathème, voilà un fait dont il n*y a d'exemple dans aucune autre religion. Et la piété n'en souffrait pas. Ces gens sans espérance d'une vie future enduraient le martyre avec un courage admirable, mouraient en s' accusant de crimes imaginaires pour que leur supplice ne fût pas une objection trop forte contre la justice de Dieu.
De grçives inconvénients compensèrent les avantages de cette discipline sévère à laquelle Israël se soumit pour garder l'unité de sa race. Le ritualisme réunit les coreligionnaires entre eux ; mais il les sépare du reste du monde et les condamne à une vie séquestrée. Les chaînes du Talmud firent celles du Ghetto. Le peuple juif, jusque-là si peu superstitieux, devint le type apparent de la super-
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stilion * ; les plaisanteries de Jésus sur les pharisiens furent justifiées. La littérature, pendant des siècles, roula principalement sur des questions de sacristie et d'abattoir. La seconde Bible devint une prison où le nouveau judaïsme continua sa triste vie de réclusion jusqu'à nos jours. Renfermé dans cette encyclopédie malsaine, l'esprit juif s'aiguisa jusqu'à la fausseté. Le Talmud devint pour les israélites une sorte d'Organon, inférieur de tout point à celui des Grecs. Les docteurs juifs eurent la même prétention que les juristes, qui prétendirent au xvi' siècle trouver toute une culture intellectuelle dans le droit romain. De notre temps, ce vaste recueil, qui sert encore de base à l'éducation juive en Hongrie, en Pologne, peut être considéré comme la source des principaux défauts qu'on remarque parfois chez les juifs de ces pays. La croyance que les études talmudiques suppléent aux autres et rendent apte à toute chose est la grande cause de cette présomption, de cette subtilité, de ce manque de culture générale, qui souvent annulent chez Tisraélite de précieuses qualités. L'esprit juif est doué d'une extrême puissance. On l'a forcé à délirer en le resserrant durant des siècles dans un cercle d'idées étroit et stérile. L'ac-