‹ Saint Paul (volume 2)Chapitre 216 sur 358 · Tert., In Marc, IV · texte numérisé non relu

Tert., In Marc, IV

[An 146] L»ÉGLISE CHRÉTIENNE. 361

l'Asîe-Mineure, où il continua de déployer pour la propagation de l'erreur une immense activité. Il paraît que, dans ses dernières années, il entama de nouveau des négociations pour se rattacher à l'Église catholique, mais que la mort en empêcha le succès*. Souvent une certaine timidité de caractère s'associe bien aux grandes hardiesses spéculatives, et Marcion paraît s'être fréquemment contredit. D'un autre côté, une telle fin répondait si parfaitement aux besoins de la polémique des orthodoxes, qu'on doit les suspecter de l'avoir inventée. C'est Apelle qui ramènera Técole marcionite à un déisme presque orthodoxe.

Marcion reste, en tout cas, le plus audacieux novateur que le christianisme ait connu, saint Paul mênie y compris. Saint Paul n'avait jamais nié la relation des deux Testameiits; Marcion les opposait l'un à l'autre comme deux antithèses. Il alla jusqu'à s'attribuer le droit de refaire la vie de Jésus à sa guise et de changer les Évangiles systématiquement. Même les Épîtres de saint Paul, qu'il adoptait, furent par lui arrangées et mutilées, en vue d'effacer les citations de l'Ancien Testament et le nom d'Abraham, qu'il abhorrait *.

i. Tert., Prœscr.j 30.

5. De Wette, Lehrbuch in N, T., § 34 h; Bleek, EinL in N. T., § 54.

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C'était la troisième tentative qui se produisait pour faire de la vie de Jésus la vie d'un être abstrait, au lieu d'une réalité galiléenne. Fruits de diverses tendances, toutes également nécessaires, — du besoin d'idéaliser une vie qui devenait celle d'un dieu, — du désir de nier que ca dieu eût eu sur la terre une famille, une race, un pays, — de l'impossibilité oii était le chrétien grec d'admettre que le christianisme eût rien de commun avec le judaïsme, qu'il méprisait, ces trois tentatives eurent des succès fort divers/L 'auteur des écrits pseudo-johanniques y procéda d'une façon inconséquente, incohérente, mais qui avait l'avantage de laisser subsister, à côté de la théologie du LogoSy une biographie de Jésus d'un caractère historique. Sa tentative fut la seule qui réussit; car, tout en tenant le judaïsme moderne pour un ennemi et en s'imagînanl que la vérité est descendue du ciel tout entière avec le Logos ^ il admet que le vrai Israël a eu sa mission, et que le monde, loin d'être l'œuvre d'un démiurge hostile à Dieu, a été créé par le Logos. Les gnostiques noyèrent l'Evangile dans la métaphysique, éliminèrent tout élément juif, mécontentèrent jusqu'aux déistes, et par là se coupèrent tout avenir. Marcion fut plus sobre de spéculation ; mais le christianisme était déjà trop formé; ses textes étaient trop arrêtés, ses Évangiles trop comptés,

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pour que l'opiriion catholique pût être ébranlée. Marcîon ne fut donc qu'un simple chef de secte. Sa secte, il est vrai, fut de beaucoup la plus nombreuse avant celle d'Arius. La rage avec laquelle l'orthodoxie le poursuivit est la meilleure preuve de l'impression profonde qu'il fit sur L'es^it de ses contemporains.

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