‹ Saint Paul (volume 2)Chapitre 249 sur 358 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

LE PIÉTISME ROMAIN. — LE PASTEUR d'HERMAS.

Un livre eut en ce genre un succès durable, et servit pendant des siècles d'aliment à la piété chrétienne*. Il eut pour auteur un frère de Plus, l'évêque de Rome. Ce personnage, qui sans doute occupait dans TEglise une place considérable, conçut

4. Texte capital dans le frag^nent de Muratori : Paslorem vero nujxerrime temporlbas noslris in urbe Ronm Herma conscripsilj sedenle cathedra urhis Romœ ecclesiœ Pio episcopo fratre ejus. El ideo legieum qwidem oportet, se publicare vero inecclesia neque inter profetas, conpleto numéro^ neque inter apostolos in finem lemporum potest, Hesse, Murât, Fragm.j |). 263-273, -296-297. Le fragment de Muratori a (^û être écrit (en grec) vers 470 ou 175, à Rome. Remarquez nuperrime temporibus nostris, Comp. Liber pontificaliSj Pïq l; Pseuc^o-Pius, Jipist. i; Pseudo-Tertullien , In Marcionem (en vers), c. 3, vers 294-293.' Ce récit ne peut être entièrement faux. Cependant, rinlention de l'auteur du Pasteur ayant été de placer son roman du temps de saint Clément, on ne saurait admettre que Hermas soit le vrai no#ii du frère de Fins.

402 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [Ah 152J

le projet de frapper un grand coup, propre à réveiller les saints. Il feignit une révélation qu'aurait eue, cinquante ou soixante ans auparavant, du temps de la persécution de Domitien, un certain Hermas, ancien de l'Église de Rome\ Clément, le garant de toutes les fraudes pieuses de l'ébionisme romain, couvrait le livre de son autorité, et était censé l'avoir adressé aux Eglises du monde entier *.

Hermas, enfant trouvé ou né dans l'esclavage, avait été vendu, par le propriétaire d'esclaves qui l'avait

1. Vis. II, 2, 4; Sim. x, 4. Voyez cependant Vis. ni, 1. C'est arbitrairement qu'Origène {InRom.jX, 31) et, après lui, Eusèbe (H, E.y III, m, 6) et saint Jérôme {De viris ilL, 40} ont identifié notre Hermas avec rHermasdeRom., xvi, 14. Ce dernier était un Éphésien, non un Romain (voyez Saint Paul, p. lxv et suiv.). On pouvait l'ignorer vers l'an 150, époque où l'édition de saint Paul

était déjà fixée comme nous l'avons ; mais cet Hermas n'avait rien qui le désignât pour le choix de notre pieux romancier. La qualification discipulus B. Pauli apostoli, que porte Hermas dans les manuscrits latins, vient de l'identification adoptée par Origène, Eusèbe et saint Jérôme.

2. Le Pasteur n'était connu autrefois que par une version latine, que des retouches successives avaient rendue très-infidèle. De nos jours, Dressel a trouvé au Vatican une version latine beaucoup moins altérée ; une traduction éthiopienne a été publiée par M. d'Abbadie (Leipzig, 1 860); enfin la presque totalité du texte grec a été découverte, d'abord dans les manuscrits sophistiqués de Simonidès, puis dans le Codex Sinaïticus, On peut se servir de rédition de M. Hilgenfeld (Leipzig, 1866) ou de MM. de Gebhardt et Harnack (Leipzig, 1877).

[An 152] L'ÉGLISE CHRÉTIENNE. 403

nourri*, à une dame romaine nommée Rhodé^ Il avait sans doute réussi à se racheter et à s^établir; car, au début de l'ouvrage, il est sous le coup des chagrins que lui causent sa femme , ses enfants et aussi ses affaires, qui, par suite du désarroi de sa famille, vont très-mal ^ Ses fils avaient même commis le plus grand crime dont un chrétien pût se rendre coupable; ils avaient blasphémé Christ, pour échapper aux poursuites, et dénoncé leurs parents*. Au milieu de ces

4. ô âp6t[>a; p.e. Sur la condition du ôgeirro; ou alumnus, voir Pline, Epist., X, 65 et 66.

2. Vis. I, 4. La version latine anciennement connue porte un texte en apparence plus satisfaisant, mais devenu insoutenable devant la leçon du Codex SinaïticuSf iHit^aui^ ^e Po'^yj tivî, confirmée par la version latine nouvellement découverte, par réthiopien (édition d'Abbadie, voir Joum, des Sav.^ mars 4878, p. 4 o6) et même par la leçon du manuscrit de Simonidès, TréTrpaxevat (ainsi accentué) xat o^ov Ttva,. facile à ramener paléographiquement à celle du Sinaïticus (ai=m,k=e,i=pJ. La version latine anciennement connue offre des fautes et des traces de corrections qui lui laissent peu d'autorité contre Taccord du grec, de réthiopien et du latin de Dressel. Comparez, par exemple, Vis. II, 2 : où* wcpeXYÎôridav, Dress. : nihil sibi profuerunt, vêtus lat. : profecerunt ; Vis,, ii, 3: MaÇi^Aw, Dress.: maxima^ Vet. : magna; Vis., m, 4 : -/.povîîlei;, maries j [m^avis) vis; Mand..pr., 4: ^sp^a, pelle, pallio; Sim. ix, 44 : ix^^viw^ducehant choros, psalmos canehant; Sim. ix, 46: irveu^xaTa xaura, spiritus islos, spiritus jus- 108 ; Sim. ix, 30: inventif juvenes (éth. inventi). Au contraire, Sim. IX, 26 : àirsTvwxaoi, dispoîientes, desperantes,

Page 1