V. Vie de Jésus, p. 537-538, i3« édit. et suiv
46 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 126]
tentions bien plus hautes, et sûrement, dans l'intention de ceux qui le propageaient, il était destiné à remplacer les humbles vies de Jésus dont on s'était con-
tenté jusque-là. L'historien, dont on parlait encore avec mystère, avait reposé sur la poitrine du maître et seul avait connu les secrets divins de son cœur. Le nouveau livre venait d'Éphèse *, c'est-à-dire de l'un des principaux foyers de l'élaboration dogmatique de la religion chrétienne. Nous avons admis comme possible le système d*après lequel Jean aurait passé sa vieillesse dans cette ville et y aurait fîm ses jours-. Il est certain, du moins, qu'il y eut de bonne heure à Éphèse un parti qui s'empara de l'apôtre Jean et fit tous ses efforts pour le grandir. Paul avait ses Eglises, fortement attachées à sa mémoire. Pierre et Jacques avaient aussi leur famille d'adoption spirituelle. On voulut qu'il en eut été de même pour Jean ; on désira l'égaler à Pierre; on soutint même, au détriment de ce dei'nier, que, dans beaucoup de
4. Cela résulte avec probabilité du passage de Papîas, dans Eus., H. E., 111, 39. Les relations, personnelles ou non, de Papias avec Presbytéros Joannes et Arislion portent à placer ces deux personnages, comme les filles de Philippe, en Asie. Or il est diflScile de ne pas établir un lien entre ce Presbytéros et l'auteur de la 2® et de la 3* épître pseudo-johan nique. Le rapport de ces écrits avec l'éphésien Cérinthe paraît aussi bien vraisemblaWe.
2. L^i4w(cc/ins^,ch.xv et appendice; les Évangiles, ch, x\ui.
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cas, il avait eu la première place dans l'histoire évangélique * ; et, comme les Évangiles existants n'appuyaient pas suffisamment cette prétention, on put recourir à une de ces fraudes pieuses qui alors ne causaient de scrupules à personne. Ainsi s'explique comment c'est d'Éphèse que l'on vDit émerger obscurément, peu après la fin de Tâge apostolique, une classe de livres destinée à obtenir plus tard, dans la théologie chrétienne, un rang supérieur à toutes les autres pages inspirées.
Que Jean ait écrit lui-même ces ouvrages, c'est ce que l'on ne saurait plus admettre*. Qu'on les ait écrits autour de lui, dans sa vieillesse et avec son agrément, cela même est fort douteux. Ce qui paraît le plus probable, c'est qu'un disciple de l'apôtre,^ dépositaire de plusieurs de ses souvenirs, se crut autorisé à parler en son nom et à écrire, vingt-cinq ou trente ans après sa mort, ce que l'on regrettait qu'il n'eût pas lui-même fixé de son vivante Éphèse, en