‹ Saint Paul (volume 2)Chapitre 34 sur 358 · I Joh., II, 4 5 et suiv. ; m, 4 , 4 3 ; v, 4 et suiv · texte numérisé non relu

I Joh., II, 4 5 et suiv. ; m, 4 , 4 3 ; v, 4 et suiv

(An 126] L'ÉGLISE CHRÉTIENNE. 51

Ce style des écrits pseudo-johanniques est quelque chose de tout à fait à part, et nul modèle n'en avait été donné avant le Presbytéros. On l'a trop admiré. Il a de la chaleur, parfois une sorte de sublimité, mais quelque chose d'enflé, de faux, d'obscur. La naïveté manque tout à fait. L'auteur ne raconte pas ; il démontre. Rien de plus fatigant que ses longs récits de miracles et que ces discussions, roulant sur des malentendus, où les adversaires de Jésus jouent le rôle d'idiots. Combien à ce pathos verbeux nous préférons le doux style, tout hébreu encore, du Discours sur la montagne, et cette limpidité de narration qui fait le charme des évangélistes primitifs ! Ceux-ci n'ont pas besoin de répéter sans cesse qu'ils ont vu ce qu'ils racontent, que ce qu'ils racontent est vrai*. Leur sincérité, inconsciente de l'objection, n'a pas cette soif fébrile d'attestations répétées qui montre que l'incrédulité, le doute, ont déjà commencé. Au ton légèrement excité de ce nouveau narrateur, on dirait qu'il a peur de n'être pas cru, et qu'il cherche à surprendre fa religion de son lecteur par des affirmations pleines d'emphase.

Tout en insistant beaucoup sur sa qualité de témoin oculaire et sur la valeur de son propre témoi-

^. Jean, xix, 35; xx, o0-31 ; xxi, 21.

52 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 126]

gnage, le narrateur du quatrième Évangile ne dit jamais « moi Jean » ; le nom de Jean ne figure pas une seule fois dans l'ouvrage; il n'est que dans le litre; mais nul doute que Jean ne soit le disciple innomé ou désigné d'une façon voilée à divers endroits du livre. Nul doute, d'un autre côté, que l'intention du faussaire ne soit de faire croire que ce personnage mystérieux est bien l'auteur du livre *. Il y a là un petit artifice littéraire, du genre de ceux qu'affectionne Platon *. Il en résulte dans le récit quelque chose de précieux, parfois même des recherches, des sous-entendus, des mièvreries littéraires peu dignes d'un apôtre. Jean se nomme sans se nommer, se vante sans se vanter. Il ne s'interdit pas ce procédé de littérature qui consiste à montrer dans un clair-obscur, soigneusement ménagé, des secrets que l'on garde pour soi, que l'on ne dit pas à tout venant. Il est si agréable d'être deviné, de laisser conclure aux autres les choses avantageuses pour soi, que l'on n'exprime qu'à demi-mot!

Prouver Jésus à^ ceux qui ne croient point en lui, mais surtout faire prévaloir une nouvelle conception du christianisme, voilà les deux buts que se propose

1. Voir Tappendice à la fin de la Vie de Jésus (43® édit. et suivantes).

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