Épiph., liaer. li, en entier
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avec laquelle Epiphane combat cette opinion* inviterait à croire qu'elle n'était pas sans solidité. Tout est possible à ces époques ténébreuses ; et, si l'Église, en vénérant le quatrième Évangile comme l'œuvre de Jean, est dupe de celui qu'elle regarde comme un de ses plus dangereux ennemis, cela n'est pas en somme plus étrange que tant d'autres malentendus qui composent la trame de l'histoire religieuse de l'humanité.
Ce qu'il y a de sûr, c'est que l'auteur est à la fois le père et l'adversaire du gnosticisme, l'ennemi de ceux qui laissaient s'évaporer dans un docétisme nuageux l'humanité réelle de Jésus et le complice de ceux qui le reléguaient dans l'abstraction divine. Les esprits dogmatiques ne sont jamais plus sévères que pour ceux qui sont séparés d'eux par une nuance. Cet Anti-Christ que pseudoJean présente comme existant déjà, ce monstre qui est la négation de Jésus, et qu'il ne distingue pas des erreurs du docétisme*, c'est presque lui-même. Que de fois on se maudit en . maudissant les autres ! La personne de Jésus devenait dans le sein de l'Église l'objet
1. Il en fait une hérésie, qu'il appelle, par un jeu de mots, les aloges (haer. li). Aucune secte n'a réellement porté ce nom.
2. I Joh., Il, 48, 22; iv, 3; II Joh., 7. Gomp. II Thess., n, 3 et suiv.
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de luttes ardentes. D'une part, on ne pouvait résister au torrent qui entraînait tout le monde aux plus fortes hyberboles sur la divinité du fondateur; de l'autre, il importait de maintenir le caractère réel de Jésus et de s'opposer à la tendance qui portait un grand nombre de chrétiens à cet idéalisme maladif, d'où allait bientôt sortir le gnosticisme. Plusieurs parlaient de l'éon Christos comme d'un être distinct de l'homme appelé Jésus, avec lequel il s'était trouvé uni pendant quelque temps et qu'il avait abandonné au moment de la crucifixion. Voilà ce qu'avait dit Cérinthe, ce que disait déjà Basilide. Il fallait opposer à cela un Verbe tangible^ et c'est ce que fit le nouvel Evangile. Le Jésus qu'il prêche est à quelques égards plus historique que celui des autres évangélistes, et néanmoins c'est une archée métaphysique, une pure conception de théosophie transcendante. Le goût est choqué d'un tel assemblage; mais la théologie n'a pas les mêmes exigences que l'esthétique. La conscience chrétienne, si souvent affolée depuis cent ' ans sur l'idée qu'il fallait se faire de Jésus, avait trouvé enfin son point de repos.
Au commencement, était le Verbe *, et le Verbe était
i. l Joh., II, 22; IV, 2, 3; v, 7; Il Joh., 7. 2. Ao-yoç.
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auprès de Dieu *, et le Verbe était Dieu. Le Verbe, dis-je, était au commencement auprès de Dieu ; tout exista par lui, et sans lui rien de ce qui existe n'exista. En lui était la Vie *, et la Vie était la lumière des hommes ; la Lumière' luit dans les ténèbres, mais les Ténèbres* ne l'acceptèrent pas ^
Il y eut un homme envoyé de la part de Dieu, nommé Jean. Cet homme vint comme témoin, pour rendre témoignage touchant la Lumière, pour que tous crussent par lui. Il n'était pas la Lumière, sa mission était de rendre ténàoignage touchant la Lumière.
Alors justement venait dans le monde la lumière véritable, qui éclaire tout homme. Le Verbe était dans le monde ® (dans ce monde qui existe par lui), et 1^ Monde ne le connut pas. Il vint dans son domaine propre, et les siens ne l'accueillirent pas; mais ceux qui le reçurent, il leur donna le pouvoir de devenir, par la foi en son nom, enfants de Dieu, redevables de leur naissance non au sang, ni à l'instinct de la chair, ni à la volonté de l'homme, mais à Dieu.
Et le Verbe a été fait chair, et il a séjourné parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire telle qu'elle con-
' ^. npb; Tov ÔEo'v. Pour la nuance de irpGç,comp. Malth. xxvi, 55; Marc, IX, 49, etc. Voir aussi Prov., viii, 30.