‹ Saint Paul (volume 2)Chapitre 50 sur 358 · Jean, ly · texte numérisé non relu

Jean, ly

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christianisme, ni de millénarisme, et jetteraient vo-

tontiers au feu TApocalypse. Le quatrième Evangile se place ainsi, dans la grande opération de séparation du christianisme et du judaïsme, fort au delà de saint Paul. Paul veut que Jésus ait abrogé la loi ; mais il ne nie jamais que Jésus ait vécu sous la loi. Luc, sondisciple, met une sorte de raffinement dévot à montrer Jésus remplissant tous les préceptes. Pour Paul, lés israélites ont encore de grandes prérogatives. Le quatrième Evangile, au contraire, décèle une vive antipathie contre les juifs, envisagés comme nation et comme société religieuse. Jésus, s' adressant à eux, dit : « Votre loi. » Il n'est plus question de justification par la foi ni par les œuvres. Le problème est maintenant bien au delà de ces termes simples. La connaissance de la vérité, la science, voilà l'essentiel. On est sauvé par la gnosis, par l'initiation à certains mystères secrets. Le christianisme est devenu une sorte de philosophie occulte, dont ni Pierre ni Paul ne se doutèrent assurément.

L'avenir était à l'idéalisme transcendant. Cet Évangile, censé du disciple bien-aimé, qui nous transporte tout d'abord dans le pur éther de l'esprit et de l'amour, qui substitue atout le reste l'attachement à la vérité, qui proclame que le règne du Garizim çt celui de Jérusalem sont également finis, devait, avec le

temps, devenir TÉvangile fondamental. Ce sera là, si Ton veut, une grande erreur historique et littéraire ; mais ce sera. là une nécessité théologique et politique de premier ordre. L'idéaliste est toujours le pire des révolutionnaires. La rupture définitive avec le judaïsme était la condition indispensable de la fondation d'un culte nouveau. Or le christianisme n'avait chance de réussir qu'à condition d'être le culte pur, indépendant de tout symbole matériel. « Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l'adorent l'adorent en esprit et en vérité. » Jésus compris de la sorte n'est plus un prophète; le christianisme ainsi entendu n'est plus une secte du judaïsme, c'est la religion de la Raison. Le quatrième Evangile a ainsi donné à l'œuvre apostolique la consistance et la durée. Son auteur, quel qu'il soit, a été le plus habile des apologistes. Il a fait, mais avec succès, ce qu'ont vainement essayé les orateurs chrétiens de nos jours; il a tiré le christianisme de ses vieilles ornières, devenues trop étroites. Il a trahi Jésus pour le sauver, comme font les prédicateurs qui prennent . les semblants du libéralisme, même du socialisme, pour gagner à Jésus-Christ, par pieux malentendu, ceux que ces mots séduisent. L'auteur du quatrième Évangile a tiré Jésus de la réalité judaïque où il se perdait, et l'a lancé en pleine métaphysique. La

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manière philosophique, purement gpiritualiste , de comprendre le christianisme, au détriment des faits et au profit de l'esprit, a trouvé dans ce livre singulier l'exemple qui l'encourage et l'autorité qui la justifie.

Les personnes peu au courant de l'histoire religieuse seront seules surprises de voir un tel rôle, dans l'histoire de l'humanité, rempli par un anonyme. Les rédacteurs de la Thora, la plupart des psalmistes, l'auteur du livre de Daniel, le premier rédacteur de l'Évangile hébreu, l'auteur des Épîtres censées de Paul à Tite et à Timothée, ont émis dans le monde des textes de première importance, et ils sont pourtant anonymes. Si l'on admet que l'Evangile et l'épître qui en est l'annexe sont l'ouvrage de Presbytères Joannes ^ on pourra penser que l'acceptation de ces deux écrits comme ouvrages de Jean souffrit d'autant moins de difficulté, que le faussaire s'appelait lui-même Jean et fut, ce semble, souvent confondu avec l'apôtre. On le désignait par le simple titre de Presbytéros^. Or nous avons justement, à la suite de l'épître pseudo-johannique, deux petites lettres d'un personnage qui a l'air de se dé-

1. Papias, dans Eus., H. E.j Ill,xxxix, 15. Il devait être juif; car les chrétiens d'origine païenne n'avaient pas encore l'habitude de prendre des noms juifs.

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signer lui-même par ces mots : le Presbyléros^. Le style, les pensées, la doctrine, sont les mômes, à très-peu de choses près, que dans l'Evangile et dans répître censés johanniques ^ Nous croyons que Presbytères en est aussi l'auteur; mais, cette fois, il n'a pas voulu faire passer ses opuscules pour des œuvres de Jean ^. Ce sont moins, à vrai dire, deux lettres proprement dites, que des petits formulaires de lettres, analogues aux épîtresàTiteetàTimothée, des lieux communs d'épistolographie apostolique,

4. Nous disons «qui a l'air »; car ces lettres étant des modèles épistolaires, où l'on a laissé les noms en blanc, il se peut que 6 wpeorêÛTgpo? soit, comme IxXexrrj jtupi'a, un équivalent de ê ^«îya : «( Le presbytéros un tel à la dame élue une telle. » Il est plus probable cependant que ô wpgoSuTgpo; représente ici le personnage môme que Papias appelait par excellence 6 irpédêu- Tgpo; (/. c).

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