Voir la lettre d* Adrien, ci-après, p
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puisse empêcher l'homme de déraisonner, la science sérieuse, n'existait presque plus.
La philosophie existait encore, cherchait même à se relever; mais les bons esprits étaient rares. Le platonisme avait pris le dessus, en Egypte et en Syrie, sur tous les autres systèmes de la Grèce, et c'était un malheur; car le platonisme n'est sans danger que quand on lui donne pour correctif une forte éducation scientifique. 11 n'y avait plus de connaisseurs assez délicats pour sentir l'art merveilleux des Dicdogues de Platon; la plupart prenaient lourdement ces charmantes fantaisies philosophiques. Une telle discipline, plus satisfaisante pour l'imagination que pour la raison, devait plaire à l'Orient. Le germe de mysticisme qu'elle renfermait fit sa fortune auprès de races auxquelles le rationalisme pur ne convenait pas. Le christianisme suivit la mode universelle. Déjà Philon avait cherché à faire du platonisme, la philosophie du judaïsme; tous ceux des Pères de l'Eglise qui auront quelque valeur seront de même platoniciens.
Pour s'accommoder à cette fusion contre nature, le génie de la Grèce, si sain, si clair, dut faire beaucoup de sacrifices. Des philosophes vont croire à l'extase, au miracle, à des rapports surnaturels entre l'homme et Dieu. Platon devient un théosophe et un
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mystagogue; la théurgie est prise au sérieux; l'esprit scientifique disparaît tout à fait; les habitudes d'esprit qu'entretenaient les mystères prennent le dessus. Dans ces petits comités religieux d'Eleusis et de Thrace, où Ton se jetait de la poudre aux yeux pour s'imaginer que Ton savait ce qu'il est impossible de savoir, on proclamait déjà que le corps est la prison de l'âme, que le monde réel est une déchéance du monde divin ; on partageait les enseignements en ésotériques et exotériques, les hommes en spirituels, animaux et matériels. L'habitude de revêtir les enseignements de la forme mythique, à la manière de Platon, d'expliquer allégoriquement les vieux textes, à la manière de Philon, devenait générale. Le bonheur suprême était d'être initié à de prétendus secrets, à une gnosis supérieure. Ces idées d'une chimérique aristocratie intellectuelle gagnaient chaque jour du terrain ; on s'imaginait la vérité comme un privilège réservé à un petit nombre d'adeptes. Chaque maître devenait un charlatan, cherchant à grossir sa clientèle en lui vendant le secret de l'absolu.
Le champ de propagande de la gnosis et celui du christianisme étaient, à Alexandrie, fort voisins l'un de l'autre. Gnostiques et chrétiens se ressemblaient par l'ardent désir de pénétrer le mystère religieux sans la science positive, à laquelle ils
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étaient également étrangers. Ainsi leur subiinie s'amalgama. D'une part, les gnostîqoes, dans leur prétention de tout embrasser, et habitués qulls étaient à regarder les dieux des nations comme des éons divins, bien inférieurs au Dieu suprême, voulaient connaître le christianisme, prenaient Jésus avec enthousiasme comme un éon incarné à mettre à côté de tant d'autres, et lui faisaient une belle place dans leurs formules de philosophie de l'histoire. D'une autre part, les chrétiens qui avaient quelques besoins intellectuels, et qui voulaient rattacher l'Évangile à une philosophie, trouvaient dans la métaphysique obscure des gnostiques ce qu'il leur fallait. Il se p&sa dès lors quelque chose de tout à fait analogue à ce qui est arrivé il y a environ cinquante ans, quand on vit une certaine philosophie, qui avait pour programme, comme le gnosticisme, de tout comprendre et de tout expliquer, adopter le christianisme et se proclamer chrétienne en un sens supérieur, et qu'on vit en même temps les théologiens catholiques et protestants, désireux de ne point paraître étrangers au siècle, adopter une foule d'idées philosophiques qu'ils croyaient compatibles avec leur théologie.
Les Pères de l'Église veulent absolument que toute cette végétation empoisonnée ait eu son principe
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dans les sectes samarilaiaes issues de Simon de Gitton ^ Effectivement Simon paraît avoir déjà présenté la plupart des traits qui caractérisent le gn<M9tîcisme. La Grande Exposition, qui sans doute n^a pas été écrite par ki, mais qui peut être du moins un tableau de ses doctrines, est un livre tout gnosiiqlle^ Ses oontinuateurs, Ménandre, Gléobius et Dositbée, semblent avoir été dans les mêmes idées \ Ménandre est systématiquement présenté par les écrivains catholiques comme le père de tous les gt*ands gnoy^tîques du temi» d'Adrien *. — S'il fallait en CToine Plolin, au contraire^ le gnostidsme n'aurait qu'une * seule origine, la philosophie de Platon travestie et défigurée ^ De telles explications paraissent tcMit à
4. Voir les Apôtres, p. 273 et suiv. Iréoée, î, lucin; Èpiph., ter. xxm, 2; xxvu, \ ; Philos^, 1. VI; Eus., H. E., rv« ch. vu; saint Cyrille de Jér., Catéch.j vi, 1Zi-46, et xv, 5. Cf. Hégésippe, dam Eus., H. E., IV, xxii, 5; Htniélies pseudo-clém., n, 22 «t amivm Les simoniens eurent une existence dnnafaiie : luBtin, Apol, Ij 26; Orig., Contre CelsCj 1, 57. Les ménandriens préocciKpaient encore les orthodoxes au iv® siècle. Zéoob de Kiag, dans JmKm. ixsiaJt., nov.-déc. 4963, p. 418, ou Lang!ois, C(M,<les JdsL de VArm., I, p. 340.
2* Voir les Apôtres, p. 267 et suiv.