V. Vie de Jésus, ip
2. Clém. d'Alex., Slrom , I, 15; VI, 4. Voir Weber, Indische SkizzeUjip. 63 et suiv., 91 et suiv.
3. Plotin [EnnéadeSy II, ix, 6), par suite d'une exagération systématique, ne veut voir en tout cela que des emprunts faits à Platon.
i9è ORIGINES DO CHRISTIANISME. [An 13^
même sens que Bouddha, a celai qui sait » ? A la Perse, on prenait le dogme des deux principes indépendants Vtm de Taotre, Tidentification de la matière et du mal, la croyance que les passions qui corrompent Tâmesont des éfnanations des corps, la division du monde en ministères ou administrations confiées à des génies*. Le judaïsme et le christianisme se mêlaient à ce galimatias : plus d'un fidèle de Jésus s'imaginait pouvoir greffer l'Évangile sur une théologie amphigourique, ayant l'air de dire quelque chose, sans rie» ei^liquer en réalité ; plus d'un israéh'te préludait d^ aux folies de la cabbale, qui n'est à vrai dire que le gnosticisme des juifs ^
L'Église d'AlexaiKlrieia;. comme nous Tavcms dit, fut de bonne heure atteinte par ces chimères. Philon et Platon avaient déjà beaucoup de lecteurs parmi les fidèles instruits. Plusieurs entraient dans l'Église imibus de philosophie, et trouvaient l'enseignement chrétien maigre et pauvre; la Bible juive leur paraissait plus faible encore. A IMniitation de Philon, Ss n'y voyaient qu'allégorie. Ils appliquaient la même méthode à l'Évangile. Ils le refirent en quelque sorte.
4. Voir J* Darmesteter, Haurvatât et Ameretât, Paris, 4875; l'Antéchrist, p. 362-363, note.
2. Sur le juif gnostique Ëlisa bea Abouyah Aher, Toir les Évangiles^ p. &35; Derenbourg, dans les Mél, de VÉcoie des hautes études, 1878, p. 172-173.
[An 130] L'ÉGLISE CHRÉTIENNE, 151
Molle et non fixée, la matière évangélique se prêtait encore aux transformations. Toutes les particularités de la vie de Jésus , recouvrirent, selon ces évan* gélistes nouveaux, quelque chose de sublime; tous tes miracles devinrent symboliques; les folies de la ghematria juive furent relevées et aggravées \ Comme Cérinthe, les nouveaux docteurs traitaient l'Ancien Testament de révélation secondaire, et necom* prenaient pas que le christianisme conservât un lien quelconque avec la religion de ce dieu particulier, Jéhovah, qui n'est en rien l'être absolu. Y avait-il une meilleure preuve de la faiblesse de ce Dieu que l'état de ruine et d'abandon où il laissait sa ville, Jérusa* lem*? Jésus certes, disaienjJrils, sut voir plus loin et plus haut que les fondateurs du judaïsme ; mais ses a|>ôtres ne le comprirent pas; les textes qui prétendent représenter sa doctrine sopt altérés. La gnose seule, grâce à une tradition secrète, est en possession de la vérité* Un vaste système d'émanations successives renferme tout le secret de la philosophie et de l'histoire. Le christianisme, qui est l'acte le plus récent de la tragédie que joue l'univers, est l'œuvre de l'éou ChristoSj, qui, par son union intime avec l'homme Jésus, a sauvé ce qui est sauvable dans l'humanité.
4. Irénée, I, iu, 3; viii» 2, 4; xiv, 6; II, ch. xx et suiv. 2. Irénée, IV, iv, 1.
152 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 130]
Le christianisme de ces sectaires était, on le voit, celui que nous avons trouvé chez Cérinthe et chez les ébionites. Leur Evangile était conforme à l'Evangile hébreu \ Ils racontaient la scène du baptême de Jésus comme elle était rapportée dans cet Evangile, et croyaient, avec tous les docètes, que Jésus n'avait eu d'un homme que l'apparence". Les récits de Galilée leur semblaient un enfantillage, indigne de la divinité, et que l'on devait expliquer allégoriquement. L'homme Jésus pour ces sectaires n'était rien; l'éon Christos était tout, et sa vie terrestre, loin d'être la base de la doctrine, n'était qu'une difficulté dont il fallait se débarrasser à tout prix.
Les idées des premiers chrétiens sur l'apparition messianique dans les nues, sûr la résurrection, sur le jugement dernier^ étaient aussi tenues pour arriérées. La résurrection se faisait pour chacun au moment où il devenait gnosticos ^ Un certain relâchement des mœurs était la conséquence de ces idées faussement aristooratiques ; le mysticisme a toujours été un danger moral ; car il laisse trop facilement entendre que par l'initiation on est dispensé des devoirs ordinaires. « L'or, disaient ces faux chrétiens, peut traîner dans
1. Tertullien (Hippolyte?), Prœscr,, c. 48; Épiph., xxvii, 6.