Falkener, op. cit., plans hypothétiques d'Éphèse
[An 57] SAINT PAUL. 429
Quelques-uns des asiarques S qui le connaissaient, l'engagèrent aussi à ne pas commettre une telle imprudence. Les cris les plus divers se croisaient dans le théâtre ; la plupart ne savaient pas pourquoi on était rassemblé. Il y avait beaucoup de juifs, lesquels mirent en avant un certain Alexandre^; celui-ci fit signe de la main pour demander le silence ; mais, quand on le reconnut pour juif, le tumulte redoubla ; pendant deux heures, on n'entendit d'autre cri que « Vive la grande Artémis d'Ephèse ! » Ce fut avec peine que le chancelier de la ville ' parvint à se faire écouter. 11 représenta l'honneur de la grande Artémis comme hors de toute atteinte , engagea Démétrius et ses ouvriers à faire un procès à ceux dont ils croyaient avoir à se plaindre, supplia tout le monde de rentrer dans les voies légales, et montra les conséquences que pourraient avoir pour la ville de tels mouvements séditieux, qu'on ne pourrait justifier aux
1. Il y avait plusieurs asiarques à la fois. Voir les passages de Strabon et d'iElius Aristide, cités ci-dessus, p. 333, note 1. Du reste, quand on avait été une fois asiarque, on en gardait le titre Voir les inscriptions citées ci-dessus, p. 353, note 1, et Perrot, De Gai. prùv. ro?n., p. 136 et suiv.
2. Le rôle de cet Alexandre reste, dans le récit des Actes, tout. à fait indécis.
3. rpa[j.[j.aT£{i;, charge importante dans les villes d'Asie. Vaillant, Num. gr, imp. rom., p. 313-314.
430 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 57]
yeux de l'autorité romaine ^ La foule se dispersa. Paul, qui avait fixé son départ à quelques jours de là, ne voulut pas prolonger cette situation périlleuse. Il résolut de s'éloigner dans le plus bref délai.
Aux termes de la missive qu'il avait envoyée par Titus aux chrétiens de Gorinthe, Paul aurait dû tout d'abord s'embarquer pour cette ville-. Mais ses perplexités étaient cruelles ; les soucis qu'il avait du côté de l'Achaïe le rendaient indécis. Au dernier moment, il changea encore d'itinéraire. L'heure ne lui parut pas opportune pour aller à Gorinthe; il y fût arrivé mécontent et disposé à sévir '; peut-être sa présence eût-elle provoqué une révolte et un schisme. Il ne savait pas quel effet sa lettre avait produit, et il en était fort inquiet*. Il se croyait, d'ailleurs, plus fort de loin que de près; sa personne imposai peu; les lettres, au contraire, étaient son triomphe^; en général, les hommes qui ont une certaine timidité aiment mieux écrire que parler. Il préféra donc n'aller à Gorinthe qu'après avoir revu Titus , sauf
1. La province d'Asie, étant sénatoriale , n'avait pas de légion romaine La police y était en grande partie aux mains des indigènes.