‹ Saint PaulChapitre 405 sur 417 · Tacite, nist.,Y · texte numérisé non relu

Tacite, nist.,Y

ô. Digeste, XLYIII, m, 6.

6JG ORIGlNnS DU CHRISTIANISME. [An 58)

arrivés. En attendant, il ordonna de garder Paul, non dans la prison, mais dans l'ancien palais dllérode le Grand, qui était devenu maintenant la résidence des procurateurs. A ce moment, sans doute, Paul était confié à un soldat [frumeniarius) qui était chargé sur sa tête de le garder et de le présenter à toute réquisition '.

Au bout de trois jours*, les accusateurs juifs arrivèrent. Le grand prêtre Ananie était venu en personne, accompagné de quelques anciens. Sachant à peine parler grec et latin, et pleins de confiance en la rhétorique officielle du temps, ils s'étaient adjoint un certain Tertullus, avocat. L'audience eut lieu surle-champ. Tertullus, selon les règles de son état, débuta par la captalio benevolenliœ. Il loua avec impudence le gouvernement de Félix, parla du bonheur dont on jouissait sous son administration, de la reconnaissance publique, et il le pria d'écouter avec sa bonté habituelle. Puis il aborda son sujet, traita Paul de peste, de perturbateur du judaïsme, de chef

\ . Digeste, XLVIII, ni, De custodia et exhibilione reorum, 4, i2, i4; Sénèque, Epist., v; Denjs d'Alex., dans Eus., //. E., VI, 40 ; Act., xxviii, 1 6. Le passage de Manilius, Aslr., V, 6 1 9-620, prouve peu ici. Cf. AcL, xvi , 27 ; xxvn , 42.

2. Acl., XXIV, 1 . Les cinq jours doivent se compter à partir du jour où Piiul sortit do Jérusalem , comme le prouve Act., xxiv, 1 \ .

fAn 58] SAINT PAUL. 537

de l'hérésie des nazaréens, de brouillon uniquement occupé à exciter des séditions parmi ses coreligionnaires dans le monde entier. II insista sur la violation prétendue du temple, laquelle constituait un crime capital, et soutint qu'en cherchant à s'emparer de Paul, on avait seulement voulu le juger conformément à la Loi.

Sur un signe de Félix, Paul prit ensuite la parole. 11 soutint que sa conduite dans le temple avait été celle du juif le plus paisible, qu'il n'y avait pas disputé ni fait d'attroupement, qu'il n'avait pas prêché une seule fois à Jérusalem, qu'il était en effet hérétique, si c'est être hérétique que de croire à tout ce qui est écrit dans la Loi et les Prophètes, et d'espérer la résurrection des morts ; qu'au fond, le seul crime dont on l'accusât était de croire à la résurrection; (f mais, ajoutait-il, les juifs eux-mêmes y croient... » A l'égard des juifs, c'était là une apologie habile, plus habile même que sincère, puisque, dissimulant la vraie difficulté, elle cherchait à faire croire qu'on pouvait s'entendre quand on ne s'entendait pas, et déplaçait la question d'une façon souvent imitée depuis par les apologistes chrétiens. En tout cas, Félix, qui s'intéressait peu au dogme de la résurrection, dut rester indilf'^rent. Il leva brusquement la séance, déclara qu'il ne se prononcerait qu'après un plus

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ample informé et quand il aurait vu Glaudius Lysias. En attendant , il ordonna au centurion de traiter Paul avec douceur, c'est-à-dire de le laisser sans chaîne, à l'état de custodia libéra ^^ et de permettre à ses disciples ainsi qu'à ses amis de s'approcher de lui et de le servir.

Quelques jours après, Félix et Paul se revirent. Drusille, qui était juive, désira, dit-on, entendre l'apôtre exposer la foi chrétienne. Paul parla de la justice, de la continence, du jugement à venir. Tout cela sourit peu à ces catéchumènes d'un genre nouveau. Félix même, à ce qu'il paraît, eut peur : « En voilà assez pour le moment, dit-il à Paul ; je te ferai venir quand il sera temps. » Ayant appris que Paul avait apporté avec lui des valeurs considérables, il espérait tirer de lui ou de ses amis une forte somme pour sa délivrance. II paraît qu'il le vit plusieurs fois et qu'il chercha à lui suggérer cette idée. Mais l'apôtre ne s'y prêtant pas, Félix voulut au moins recueilhr de cette affaire quelque profit pour sa popularité fort ébranlée. Le plus grand plaisir qu'on pût faire aux Juifs était de persécuter ceux qu'ils regardaient comme leurs ennemis. Il retint donc

1. VoirFreund ou Forcellini, à ce mot; saint Augustin, In Joh. Evang., tract, xlix, § 9.

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Paul en prison, et même le fit enchaîner de nouveau*. Paul passa deux ans en cet état.

La prison, même avec l'augmentation de la chaîne et du soldat frumentaire, était loin d'être alors ce qu'elle est aujourd'hui, une totale privation de la liberté. Pour peu surtout qu'on eût quelques ressources pécuniaires, on s'arrangeait avec son gardien et on pouvait vaquer à ses allaires. En tout cas, on voyait ses amis, on n'était pas séquestré, on donnait •cours à toute son activité ^ Nul doute, par conséquent, que Paul, quoique prisonnier, n'ait continué son apostolat à Césarée. Jamais il n'avait eu avec lui tant de disciples. Timothée, Luc, Aristarque de Thessalonique, Ty chique, Trophime portaient ses ordres dans toutes les directions et servaient à la correspondance qu'il entretenait avec ses Eglises. Il chargea en particulier Tychique et Trophime d'une mission pour Ephèse\ Trophime, à ce qu'il paraît, tomba malade à Milet*.

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