‹ Saint PaulChapitre 3 sur 31 · LES COMBATS DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

LES COMBATS DE L'ÉGLISE

Telle est l'Église, dans sa constitution intime, dans ses signes divins, dans sa royauté, dans son éclat, dans ses bienfaits. Il lui manque encore, pour qu'elle nous apparaisse sous les traits vivants de Jésus-Christ, la couronne d'épine, la pourpre dérisoire, les souffrances et les crachats, l'abandon des siens, la haine du monde, le sang

1 Galat. IV, 26,

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de lu nugellation et le gibet du Calvaire. Alors, dépouill(''0, flétrie, sanglante, apparaissant dcvantd'implacablcs

ennemis qui lui demandent : «Es-tu reinc^?» Si

nous lui entendons répondre : « Oui je le suis, >• et rester ferme, et rester dominatrice, et sortir de sa tombe et mourant toujours,, ressusciter toujours, ah ! nous pourrons dire, nous frappant la poitrine : « Celle-ci est vraiment fille de Dieu ^ ! »

La persécution est la vie de l'Église et, pour ainsi parler, sa situation normale, elle est faite pour cela ^ ! Ecoutons Bossuet : « Lemystère de l'Évangile, c'est l'infirmité et la force unies, la grandeur et la bassesse assemblées. Ce grand mystère a paru premièrement en notre Sauveur, où la puissance divine et la faiblesse humaine s'étant alliées, composent ensemble ce tout admirable que nous appelons Jésus-Christ. Mais ce qui paraîten sa personne, il a voulu aussi le faire éclater dans l'Église qui est son corps. Considérez, en effet, les trois furieuses tempêtes qui ont troublé l'état de l'Église. Aussitôt qu'elle a paru sur la terre, l'infidélité s'est élevée et elle a excité les persécutions ; après, la curiosité s'est émue et elle a fait naître les hérésies ; enfin, la corruption des mœurs a suivi, qui a si étrangement soulevé les flots, « que la nacelle y a paru comme enveloppée ■•; » ita ut navicula operireturfluctïbus^. »

Ainsi trois ennemis doivent attaquer l'Église, l'ennemi du dehors, le monde; l'ennemi né dans son sein, mais qu'elle en a rejeté, l'hérésie ou le schisme; enfin l'ennemi intérieur qui, sous le nom de fils, désole sa mère parle scandale dune indigne vie, c'est le pécheur.

1 Math. XXVII, 11. — 3 Math, xxvn, 54. — s IThessal. m, 3. — * Math. VIII, 24. — * Bossuet, jerm. p. le sam, des Cendres, exorde.

Dès la naissance de^son Église, Dieu la soumit à l'action dévastatrice de ces trois adversaires, et c'est aux prises avec eux trois que l'Apôtre va nous la montrer.

I, — Le monde païen organisa contre l'Église une double persécution : l'une armée du glaive et de tous les genres de supplices : la seconde plus formidable, qui appela à son secours la corruption de l'exemple et les sollicitations perfides de l'amitié. Ou le paganisme frappa du glaive, ou il tenta de corrompre en s'insinuant.

1. Le déshonneur, la haine, la mort ouvriront la plus effroyable des guerres.

La communauté chrétienne avec ses humbles dehors, ses vertus austères, son incompréhensible symbole, et son « crucifié pour Dieu ^, » excita tout d'abord parmi les beaux esprits de Rome et de l'empire un rire sanglant, et ces impitoyables sarcasmes dont Tacite, Tertullien et Celse nous ont gardé les échos. Folie aux Gentils 2, le chrétien fut bientôt pour la foule un être à part, à la fois ridicule et odieux, risible et malfaisant, envers lequel les égards, la retenue, la justice n'avaient plus leur raison d'être, que l'on pouvait bafouer et couvrir d'ordure partout où on le rencontrait. Nous voilà des insensés pour la cause du Christ, sans défense, couverts de mépris. Jusqu'à cette heure...., on nous soufflette au visage; nous sommes chassés de partout,... on nous maudit,... on nous. persécute.... on nous charge de malédictions,... nous voici devenus les ordures de ce monde, les balayures rejetées de'tous'-^ !

i I Cor. II, 2. — 2 1 Cor. i, 23. — s J Cor, ivf 10-14.

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Au déshonneur s'ajoutait la haine : haine atroce que le païoii ne cherche pas ù s'expliquer à soi-même, moins encore ù justilicr. Partout on hait les chrétiens; pourquoi ? nul ne peut le dire, et Tacite, sans pénétrer plus que la plèbe imbécile au fond de ce mystère de haine, en fait le seul crime dont sont convaincus les chrétiens. A toutes ses fêtes le peuple veut enivrer ses regards de leur sang; les cris qui les réclament dans l'arène sont devenus ses cris habituels, et les chrétiens ses plus ordinaires victimes. Sans cesse, tous les jours ^, on nous trahie à la mort pour la cause de Jésus 2, — Nous voilà des brebis destinées à dégorgement ^ !

Et cette haine était servie par un effroyable ensemble de tortures. Écoutons encore l'Apôtre nous en tracer le tableau. C'est l'exil, c'est le dépouillement complet et toutes les détresses du dénùment, c'est le cachot, c'est la flagellation, c'est le glaive, c'est la mort. Jusqu'à cette heure, nous mourons de faim, nous sommes nus, errants^, — dans les tribtilalions , dans la détresse, dans les angoisses; brisés de coups, enfermés dans les prisons, exposés aux émeutes populaires ^. Comme son glorieux Apôtre, l'Église entière était battue de verges, traînée continuellement à la mort, flagellée, lapidée, poursuivie sur tous les chemins, dans les villes, dans les solitudes par d'implacables ennemis^, tantôt les Juifs, tantôt les païens, tantôt les faux frères. Brisée sous les coups, épuisée de sang et de larmes, l'Épouse du Christ apparaissait mourante ' à tous les regards. Mais cette agonie cachait un grand mystère, cette défaillance renfermait toute la force de. Dieu.

» Rom. vm, 36. — 2 u Cor. rv, 11. — 3 Rom. viii, 36. — * I Cor. IV. — « II Cor. vi, 4, 5. — ^ n Cor. xi, 23-27. — 7 II Gor.vT. 9.

La force se manifestait dans la faiblesse * : cette mort opérait dans le monde un miracle devie^ : et de celte tombe, où les persécuteurs s'imaginaient avoir pour jamais enseveli l'Église, sortait le cri qui retentira de siècle en siècle jusqu'au suprême triomphe du dernier jour, on nous croit morts, et nous voici pleins de vie ^ !

Mais pour l'Église comme pour Jésus-Christ, le triomphe était au prix des plus effroyables agonies. L'Église allait à sa triomphale mort « saisie de crainte, d'ennui, de tristesse, de désolation* «, « l'âme triste jusqu'à en mourir. » A cette heure terrible, comme l'ange de Gethsémani, Paul la soutenait : présent partout où une défaillance réclamait son secours : puisant dans une charité ardente les ressources les plus diverses, les consolations les mieux appropriées. A Philippes, les âmes brisées succombent : l'Apôtre leur fait apparaître les gloires d'un triomphe assuré. Ne vous laissez en rien terrifier par l'ennemi : voilà d'où viendra, à eux la perdition, à vous le salut ; et cela par la grâce de Dieu ^. A Thessalonique, la violence de la persécution déconcerte l'Église naissante : l'Apôtre la relève par le souvenir de ses précédentes victoires : sans cesse nous rendons grâces à Dieu pour vou^ tous, nous souvenant continuellement de vous dans nos prières, nous représentant devant Dieu, notre père, les œuvres de votre foi, les travaux de votre charité, votre constance à espérer en Notre Seigneur Jésus-Christ... et vous voilà devenus nos imitateurs, et aussi du Maître, recevant l'Évangile au milieu de tribulations sans nombre, avec la joie de l' Esprit- Saint^... Imitateurs des églises de Dieu fondées en Judée

1 II Cor. XII, 9. — s II Cor. iv, 12. — » Il Cor. vi. 9. — *Math. XXVI. 37. — 5 Philipp. I, 28. — « 1 Thessal. i, 2-4.

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dans le Christ Jésus, vous avez souffert de vos concitoyens ce qu'elles ont souffert des Juifs, ces Juifs qm ont tué le Seigneur Jésus et les prophètes, nous ont nous-mêmes persrciUcs, sont en aversion à Dieu et ennemis à tous les hommes '. Et ces églises de Judée, fatiguées, elles aussi, de la violence et de la continuité de leurs maux, avec quelle charité et quelles ingénieuses ressources du zèle l'ApcHre les ramenait au combat ! Rappelés à votre souvenir ces premiers jours où, à peine illuminés, vous avez soutenu la lutte d'une immense douleur : tout d'abord en spectacle vous-mêmes au milieu des opprobres et des tribulations, puis ensuite devenus les compagnons de ceux qui subissaient les mêmes traitements, compatissant aux fidèles dans les fers. Vous vous êtes vus avec joie dépouillés de vos biens, vous sachant possesseurs d'une plus précieuse et impérissable fortune. Gardez-vous donc de perdre votre espérance à laquelle sont attachés tant de biens^. Le plus souvent il leur montrait i'Horarae-Dieu, l'auteur et le consommateur de notre foi ^, — le Pontife de notre confession *, au plus fort de sa lutte, en face des puissances du monde, devant le tribunal de Pilate, soutenant la vérité avec un invincible courage ^, ou bien, au calvaire, expirant cloué à une croix 6. Et devant cette victime meurtrie et ces flots de sang d'un Dieu, il lear demandait avec une ironie sublime où était le sang qu'ils avaient eux-mêmes répandu. Ah ! tournez donc vos yeux... rappelez à votre pensée le Jésus qui a souffert une pareille contradiction de la part des pécheurs soulevés contre lui: afin que vous ne tombiez pas dans la lassitude et la défaillance de vos âmes. Vou^ n'avez pas encore

1 I Thessal. n, 14. — 2 Hebr. x, 32-36. — s Hebr. xii, 2. — * Hebr. m, 1. — « I Tim. vi, 12. — « Galat. m, 1.

résisté jusqu'au sang dans votre lutte contre le péché * ! Souffrir, verser son sang... mais c'est là tout l'Évangile, tout le Christianisme, tout Jésus-Christ! nous sommes faits pour cela^l — Que personne ne se laisse ébranler par ces tribulations, vous savez vous-mêmes que nous sommes faits pour cela. Quand nous étions parmi vous, nous vous prédisions que nous aurions des tribulations a souffrir, et c'est arrivé, et vous ne l'ignorez pas '. Une autre et délicieuse pensée que suggérait l'Apôtre, était celle du rôle de la tribulation et de ses divines garanties. Qu'est-ce que l'homme ? un Dieu enfant, soumis par son père aux dures exigences de l'éducation. Ah ! qu'importe à Dieu les pécheurs obstinés qui se jettent dans une irrémédiable perdition ? A eux, s'ils le veulent, les félicités grossières et caduques de cette vie ! Mais ses fils, Dieu les instruit, les façonne, les redresse avec une miséricordieuse rigueur : Avez-vous oublié cette parole de consolation qui s'adresse à vous comme à des fils, et vous dit : mon fils ne méprise pas la correction du Seigneur ; et lorsqu'il te reprend, ne te laisse point abattre. Celui que le Seigneur aime, il le châtie; tout fils qu'il adopte, il le flagelle. Ne vous lassez point de souffrir. Dieu vous traite comme ses fils, et quel est le fils que ne corrige pas son père ? Si, lorsque tous les autres sont châtiés, on vous épargne, vous êtes donc enfants illégitimes et non pas les vrais fils. Ce n'est pas tout : nous avons eu pour nous châtier les pères de qui nous tenons la vie du corps, et nous les respections. Quoi ! nous ne nous soumettrions pas plus fidèlement au Père de nos âmes, afin d'obtenir la vie ? Nos pères, c'était une éducatio7i arbitraire et pour une courte durée, qu'ils nous donnaient: mais Dieu nous corrige

» Eebr. xii, 2, S, 4. — « I Thessal. m, 3. — 8 i Thessal. m, 3-5.

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autant qu'il est utile pour nous faire participer à sa sainteté. Tout châtiment, à Vinstayit oit on le reçoit, n apporte pas la joie mais la douleur : mais ensuite il fait cueillir aux. âmes ainsi corrigées le fruit de la sainteté dans une indicible paix. Relevez donc vos mains qui retombent et redressez vos genoux défaillants ' !

Ces deux fils, ces deux portions de l'humanité, les enfants de Dieu dans les tortures, les enfants du monde heureux et persécuteurs, étaient dès longtemps représentés en figure. Des deux fils d'Abraham, le charnel, le rejeté, celui qu'attendait l'exil, persécutait à outrance Isaac, le béni, l'objet des éternelles promesses. Comme alors, le fils né selon la chair persécutait le fils né selon V esprit ; de même aujourd'hui encore. Mais que dit V Écriture? chassez la servante et son fils, car le fils de la servante ne sera pas héritier avec le fils de la femme libre^. Cet ordre n'a pas cessé un jour de s'exécuter dans le monde, et de précipiter un à un dans la défaite et la mort les persécuteurs de l'Église ; ils jonchent de leurs tombeaux oubliés la route des siècles, que parcourt l'Eglise pleine de force et de vie, et ecce vivimus ^ !

2, Le monde a une autre persécution plus terrible à l'Église, celle de la douceur. Ses fureurs s'apaisent ; son glaive rentre au fourreau, et il s'en vient réclamer des fils de Dieu une place à un foyer commun. Cette union des deux sociétés fat le danger suprême que courut l'Eglise apostolique, et la cause première des . abus et des désordres qui la désolèrent bientôt. Calme et assuré devant les supplices , l'Apôtre tremblait devant ces perfides paix. Dans les cachots de Néron, et comme il le

1 Hebr. xii, 5-13. — 2 Galat. iv. 29. — » II Cor. vi, 9.

dit, SOUS la dent même du monstre \ il croyait au triomphe et poussait ce cri de force : L'Évangile n'a pas été mis aux fers 2 ! Mais quand le paganisme versait silencieusement ses venins dans les âmes fidèles, l'Apôtre, comme une mère dont on corrompt les fils, s'écriait éperdu : Qui faiblit que je ne faiblisse ? qui est scandalisé, que je ne me sente brûlé ^ ? Parfois ces scandales et ces affaiblissements des âmes étaient désolants, et la parole de l'Apôtre ardente comme le feu. Les païens invitaient à leurs festins les fidèles de l'Église ; et^ l'on voit de suite le danger qu'entraînait pour les âmes ce mélange de l'austérité chrétienne avec la dissolution "du paganisme. Là pourtant ne s'arrêtait ni le désordre, ni le danger. C'était aux festins offerts dans les temples, aux orgies sacrées que se mangeaient les viandes immolées aux idoles ; c'est là que la peur ou la voracité amenaient parfois les chrétiens*. Les plus instruits se payent d'illusions ^ ; l'idole n'était rien, le culte idolâtrique, une simple farce jouée à des ■ sots ; qu'importait qu'une viande eût passé par ces oblations ridicules, et que le festin fût présidé par l'image de quelque vaine divinité ^ ? Les ignorants, le peuple, suivaient ces pernicieux exemples, moins la tranquillité de la conscience et les apaisements d'une science malsaine^. Les maux qui naissaient de cet abus étaient incalculables. Un orgueil obstiné ravageait la classe influente » ; la foi des autres se brisait à ces scandales ^, et les infidèles se riaient d'une religion dont une orgie venait à bout ! A un mal extrême il faut de violents remèdes ; rarement l'Apôtre

1 II Tim. IV, 17. — 2 II Tim. 11, 9. — ^ II Cor. xi, 29. — * I Cor. VIII, 10. — SI Qor. VIII. — 6 1 Cor. viii. — '' I Cor. viii, 10. — 8 I Cor. viii, 1-3. — 9 I Cor. viii, 11.

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est si véhément. Il fait passer sous les yeux des coupables tantôt ces frères dont on tue les àmcs pour la plus p;rosslère et la plus inutile volupté * ; ces âmes qu'un Dieu aimait jusqu'à mourir^! tantôt le dénùment où vit leur apôtre, contraste accusateur qui les doit couvrir de confusion ^ ; tantôt, gisants au désert, les cadavres des Juifs, coupables de pareils excès ^ ; tantôt les sacrilèges profanations de misérables qui allaient boire au calice des démons et au calice du sang d'un Dieu : se nourrir du pain céleste, et se repaître des viandes immondes, offertes aux démons ^. Mais que faire ? quelle conduite devait tenir la communauté chrétienne ? s'exclure de toute réunion païenne ? se priver même des vivres dans les marchés ? Impossible assurément : il faudrait alors sortir de ce monde ^. Mais une règle unique doit toujours guider le fidèle dans les circonstances délicates où l'engage le mélange des deux sociétés ; ne jamais, dans aucune de ses démarches, déguiser, trahir, apostasier sa foi ^. Sans doute la prudence lui conseille de ne la point révéler mal à propos ^ ; mais dès qu'elle est mise à nu, il la doit confesser sans crainte ni déguisement.

Le même paganisme qui corrompait les mœurs chrétiennes, tentait d'altérer la doctrine. Il ne fallait déjà plus ce mot de croix^, mort terrible, parole repoussante à l'intelligence comme à la volonté de l'infidèle et du mauvais chrétien. A la place du mystère, devait être éloquemment développé un christianisme tout rationaliste, sans obscurités ni abîmes, où l'esprit humain toujours à l'aise pût retrouver épurées et ennoblies les

1 I Cor. VIII, U. — 2 I Cor. viii, 12. — * I Cor. ix. — * I Cor. x.

— 5 I Cor. X, 20. - « I Cor.v, 10. - " I Cor. x. 28. - « I Cor. x, 27.

— 9 I Cor. I, 18.

brillantes spéculations de la philosophie antique, et, se donnant des maîtres à son choix, faire revivre dans l'Église les écoles rivales d'Aristote et de Platon. Telles furent les tendances auquelles l'Apôtre dut souvent livrer de difficiles combats < .

Des dangers d'un autre genre étaient créés dans la famille par la conversion à la foi de l'un des époux 2, l'autre demeurant obstiné dans le paganisme. L'Église usait de ses divins pouvoirs, brisait des liens devenus aussi insupportables que dangereux , donnait à ses enfants la paix où Dieu était venu convier les âmes 3, et arrachait les fidèles à une servitude qui n'était plus faite pour eux.

Mais trop souvent, par lâcheté ou calcul sordide, les fidèles se remettaient d'eux-mêmes dans les fers du paganisme. L'Apôtre flétrit ceux d'entre eux qui, déjà coupables d'entretenir, dans une religion de concorde et de paix, l'esprit de chicane et la fureur des procès, aggravaient cette première faute en étalant devant des tribunaux païens le honteux spectacle de leurs disputes ■♦.

3. Nous verrons, tout à l'heure, la large part qu'eurent ces influences païennes dans les défections et les hérésies qui désolèrent l'Église du temps même des Apôtres. Demanderons-nous avec Bossuet quel dessein secret s'est proposé Dieu en bâtissant son Église au milieu même d'un monde corrompu et persécuteur ? « Oserions-nous bien, ô Seigneur, vous demander raison d'un mélange si surprenant ? vous. Seigneur, qui avez si bien séparé la terre et le firmament, les ténèbres et la lumière,

* I Cor. 1, II. — « I Cor. vii, — » I Cor. vu, 15, — * I Cor. vi.

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ne séparerez-vous point les justes d'avec les impies * ? » Non, et saint Paul nous répond qu'uno double misé ricordc embrasse en cela le monde impie et l'Eglise sainte.

Par ce mélange, l'Église est perpétuellement exercée. Peut-être, de défaillance en défaillance, en arriverait-elle à ne plus compter avec le regard divin invisiblement attaché sur elle : un autre œil est ouvert, œil ennemi, toujours occupé à scruter sa conduite. Nous sommes en

spectacle au monde '^ ; au monde méchant, qui attend

nos chutes pour en triompher. Ayez une conduite irréprochable envers ceux qui ne sont pas de V Église^. — Ne donnez aucun scandale ni aux païens, ni aux Juifs *. — Que nos adversaires rougissent, n'ayant aucun mal à dire de nous ^. Il faut lire les exhortations des Pères pour comprendre jusqu'à quel point ce regard du paganisme sur l'Église maintenait parmi les fidèles la vigilance et la circonspection. Les fidèles eux aussi considéraient le paganisme pour en concevoir le dégoût et l'horreur, avec les salutaires regrets d'en avoir suivi les folies et touché les fanges. Vous savez bien comment, aux jours où vous étiez païens, vous alliez, comme on vous menait, à des idoles muettes^. Tous, autrefois, nous vivions dans nos appétits charnels, esclaves de la chair et de nos pensées "^ : — et quel fruit avons-nous retiré de ces vices dont nous rougissons aujourd'hui^? — Je vous le dis donc, je vous en adjure par le Seigneur, ne marchez plus maintenant, comme marchent encore les païens qui suivent la vanité de leurs pensées ; dont l'intelligence est tout obscurcie de ténèbres,

' » Boss. Serm. — * I Cor. iv, 9. — 3 1 Thessal. iv, 1 J. — * I Cor. X, 32. - « TU. u, 8. ~ 6 I Cor. xu, 2. — ^ Epiies. u, 3. — « Rom. VI, 21.

entièrement étrangers 'à la vie divine, à cause de cette ignorance où ils sont, où. les a jetés l'aveuglement de leur

cœur ce n^est pas là le Christ qui vous a été enseigné*.

La souffrance achève l'œuvre en consommant le double triomphe de la puissance de Dieu et de la sainteté de l'homme. La vertu se consomme dans l'infirmité 2. Quelles couronnes, quelles palmes nous valent les persécutions du monde ! Quels joyaux au diadème de l'Église que ces martyrs dont le monde a éprouvé la vertu. Et si les saints de Dieu ne trouvaient pas dans le milieu où ils vivent des persécuteurs toujours prêts, comment serait remplie la condition du salut? tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ, souffriront la persécution^. Ainsi rendons grâces à Dieu qui nous ménage au milieu du monde le moyen non-seulement de croire au Christ, mais aussi de souffrir pour lui ^.

Admirable sagesse divine ! le même moyen qui perfectionne les justes, sauve les pécheurs. La rédemption ira jusqu'aux bas-fonds de la société, faire pénétrer de victorieuses influences. Les pécheurs rebelles à tous les enseignements de la foi comme à toutes les invitations de la grâce, auront forcément et sans cesse le spectacle du salut. Un christianisme vivant les suivra partout, les enveloppera tout entiers, pénétrera dans leur demeure, s'assiéra à leur foyer , partagera leur table, les dominera par une action incessante ; et l'impie qui aura désespéré toutes les ressources de l'Église, tombera vaincu un jour aux pieds d'une épouse ou d'un enfajit, subjugué par une force dont il ne se déliait pas. Voilà la seconde raison du mélange des

1 Ephes. IV. 20. — 2 II Cor. xii, 9. — » II Tim. m, 12. — * Philip. I, 29.

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deux cités dans le monde, les saints le doiventillumincr. Soyez sans reproche, enfants de Dieu, simples et bons, à l'abri de toute accusalion, au sein d'une nation perverse et dépravée. Au milieu d'eux, vous brillez comme les ast}-es dans le monde, ayant en vous le Verbe de vie^. Et les admirables triomphes de ce soleil de la sainteté contcmplczles. Tout ce qui est répréhcnsible est mis à découvert par la lumière; et tout ce qui est ainsi découvert devient luimême lumière^. Le monde est dans une nuit profonde ; qu'un juste lui apparaisse, les âmes pécheresses aperçoivent à cette clarté accusatrice les hideurs que les ténèbres leur dérobaient ; elles sont confuses de leur état, elles le déplorent, elles y renoncent, elles se convertissent ; les voilà elles-mêmes d'autres astres dans le ciel de la sainteté : lumen est '.

II. — Tournons-nous maintenant vers d'autres ennemis et d'autres victoires, car l'Église naissante n'eut pas seulement à se mesurer avec le paganisme ; l'hérésie ne tarda guère à lui livrer de plus dangereux combats et à lui ménager de plus fructueux triomphes.

L'hérésie s'offre à nous sous des traits généraux que nous étudierons tout d'abord ; puis nous la suivrons dans ses transformations diverses, et les différentes sectes qu'elle forma dès les temps apostoliques.

1. L'hérésie ne devait pas cesser un mstant de s'attacher aux pas de la vraie Église, de contrefaire son œuvre de rédemption, de solliciter les âmes, et de construire, à côté d'un divin édifice, un édifice d'erreur

i PhLip. u, 15. — • -' Ephes. v, 13. — 3 Ephes. v, 13.

et de perdition. // faut qu'il y dit des hérésies ; c'est un besoin pour la vérité qu'elle soit contredite, c'est là l'épreuve où se discernent ses vrais fidèles et se révèlent au .^rand jour les traîtres qui la déchiraient dans l'ombre, à l'abri même de son nom. Il importe qu'il y ait des hérésies, afin que les âmes éprouvées soient connues au milieu de vous ^ . Mais il n'importe pas moins que l'hérésie porte au front un stigmate qui la fasse à l'instant, sans recherche difficile, par un premier coup d'œil, infailliblement distinguer de la vérité catholique. Quand ce fratricide errera par le monde, au signe révélateur que Dieu aura posé sur lui 2, toutes les âmes pourront se garantir de ses atteintes. Ce signe infamant, l'Apôtre l'a gravé en caractères indélébiles; après dix-huit siècles, rien n'y est encore efifacé ; et telle qu'elle apparaissait sous la plume inspirée de Paul, telle l'hérésie se fait encore voir à nous aujourd'hui. Quel est ce signe? Il est multiple. C'est à son origine, à ses moyens d'action, à son œuvre, à ses fruits que l'hérésie se distingue sans effort et infailliblement.

L'hérésie naît d'un vice quel qu'il soit, et elle garde toute sa vie le stigmate de sa honteuse naissance, fille vicieuse d'un père vicieux. Et d'abord son germe maudit demande, pour se développer, un milieu impur. Les temps de ferveur, les contrées où la foi est vive et les âmes immaculées, sont mortels à l'hérésie. Il faut le temps où l'on ne supporte plus la saine doctrine, oit les oreilles démangent, où, les âmes assemblent des docteurs parlant à leur gré, se refusent à écouter la vérité et se tournent aux contes^ frivoles de prédicateurs sans conviction ni bonne foi. Alors, du milieu de ce chris-

» I Cor. XI, 19. — 2 Gen. iv, 15. — 3 II Tim. iv, 3, 4.

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tianisme abâtardi sort l'hérétique, né tantôt de l'orgueil, tantôt de l'impureté, et le plus souvent des deux ensemble. L'orgueil s'est irrité du joug de la foi; la chair, des entraves de la sainteté ; il faut briser avec une l-]glise dont on ne supporte plus ni la doctrine, ni les préceptes, ni l'autorité. Voilà Arius, voilà Luther, voilà le dernier hérétique que verront les siècles. La fin du précepte \ le fond de la vraie doctrine, c'est la charité née d'un cœur pur et d'une conscience sans reproche ^. Cette fin, ils la méconnaissent ; ce fond, ils s'en détachent, ils s'en détournent^, — ils le rejettent*. L'orgueil commence la révolte ; ils veulent être docteurs de la loi ^, Il leur faut pour eux-mêmes ce magistère suprême, l'obéissance des âmes, la foule des disciples et leurs flatteurs applaudissements. Il leur faut une doctrine à part, parce qu'ils veulent une gloire et une autorité à part. Ils vous poursuivent de leur attachement, non pas pour un bon motif : ils veulent vous séparer, pour vous posséder comme disciples^. Ils veulent vous imposer la circoncision, pour trouver en votre chair leur propre gloire''.— Ils veulent régner^, régner seuls, sans .l'Église, et ils ambitionnent ardemment une immense célébrité '. Le châtiment de ce sacrilège orgueil ne se fait pas attendre; Dieu livre l'hérésie, comme autrefois les philosophes superbes, à l'ignominie des passions, — aux désij's du cœur, aux immondices de la volupté, de sorte qu'elle sHmprime elle-même sur sa propre chair des stigmates honteux*'^ ; — et reçoit ainsi sur elle-même le châtiment de son erreur**. Luther jette au monde le fastueux

1 1 Tim. I, 5. — s I Tim. i, 5. — s I Tim. i, 6. — » I Tim. i, 19. — 5 iTim. I, 7. — 6 Galat. iv, 17. — ' Galat. vi, 13. — « i Cor. IV. 8. — 9 II Cor. X, 13, 15. — '<» Rom. i, 26, 24. — " Rom. i, 26. 24.

programme d'une foi plus haute, d'une doctrine plus pure ; et la virginité de son sacerdoce, il la souille dans la prostitution d'une autre virginité ! Leur Dieu, c'est leur ventre \ Ah ! que dans ce mot sanglant l'hérésie est bien mise à nu ! Oui, c'est là, dans ce cloaque, qu'elle aboutit fatalement et en peu de jours. La croix du Christ, l'austère chasteté de son Évangile, les hérétiques les rejettent avec horreur; ils dévoreront toutes les folies, pour ne plus souffrir de la croix du Christ et des persécutions qu'elle entraîne^. Et si leur prédication a chassé jusqu'au dernier vestige la croix du Christ •"*, leur conduite en est infiniment plus vide encore : ils marchent ennemis de la croix du Christ *. Et la croix chassée, il reste le ventre^, la volupté immonde et brutale! Ces hommes-là, ce n'est pas au Christ Jésus qu'ils rendent un culte, mais à leur ventre. Et comme la volupté réclame l'or, ces hommes-là sont aussi des hommes de \vicve, bouleversant les familles, enseignant l'erreur pour un gain sordide ^, — s'imaginant que la piété est un lucre '', et que l'on peut trafiquer de la foi de Jésus-Christ ! Ah ! voilà ce qui à jamais blessera l'hérésie à mort. Sans accepter ses inextricables chicanes, ses tournois de paroles^, on lamène en face de misérables corrompus et corrupteurs, et on lui dit : voilà tes ancêtres ! soutiensnous donc que tu viens de Dieu ! Quels hommes que les hérésiarques ! Écoutons l'Apôtre : Ce seront des hommes amoureux d'eux-mêmes, cupides^ arrogants, superbes, blasphémateurs, désobéissant à leurs parents, ingrats, impies, sans affection, sanspaix, calomniateurs, dissolus, inhumains

1 Philipp. III, 18. — 2 Galat. vi, 12. — » I Cor, i, 17. — * Philipp. ■ai, 18. — -^ Rom. xvi, 18 ; — Philipp. m. IS. — e Tit. I, 11. — ' I Tim. VI, 5. — 8 I Tim. vi, 4.

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sansbonlê, traîtres, insolents, cnflvs d'oryuciljplus amateurs des voluptés que de Dieu '. Comme les voilà peints! Où est riuM-ôsio dont un satanique orgueil n'a pas fait le fond, dont la force brutale, la violence, les exécutions implacables n'ont pas soutenu la fortune, dont les impuretés de toute sorte n'ont pas infailliblement souillé l'histoire ?

Si maintenant l'on s'étonne que, vicieuse à ce point, l'hérésie ait pu séduire les foules et se créer de si vastes dominations, l'Apôtre, en nous exposant ses moyens d'action, nous explique ses réels quoique éphémères triomphes. Étalant ses corruptions au grand jour, l'hérésie , quelque flatteuse qu'elle pût être et quelque force que lui pût donner son laxisme, se briserait néanmoins aux résistances de la conscience humaine; elle aura donc un soin extrême de s'insinuer dans les âmes sous les dehors immaculés de la- vertu. 7/^ ont V apparence de la piété, tout en repoussant la réalité'^. — Satan se transfigure en ange de lumière^. L'hérétique ne vous dit pas d'abandonner Dieu et sa loi sainte, tout au contraire; comme l'Eglise catholique se trompe et vous trompe, comme elle a laissé s'altérer entre ses mains et se perdre le dépôt que lui avait confié Jésus-Christ, il vient vous réapprendre à aimer, à servir, à posséder votre Dieu. Vous aurez de lui de suaves paroles et des bénédictions *.

L'hérétique spécule hardiment sur la crédulité humaine; il affirme, il se vante, il dénigre. Voilà ses trois armes les plus habituelles et qui lui réussissent le mieux.

« II Tira. III. t-8. — 2 II Tira, m, 5. — a il Cor. xi, 14. — ♦ Rom. XVI, 18.

L'hérésie affirme et s'impose. Elle affirme qu'elle a un passé, qu'elle s'étend puissamment^ et qu'à elle est l'avenir. L'Église catholique peut toujours en face d'elle dire avec humilité et peut-être avec une ironie légère : Nous n'osons pas nous mettre au rang de quelques-uns qui se relèvent eux~mênnes, ni nous comparer à eux... Nous ne nous exaltons point démesurément dans les travaux d' autrui'^. Le protestant qui parcourt les deux mondes jetant ses bibles dans les terres conquises par l'Église, et puis s'en déclarant le seul apôtre et le conquérant unique, se reconnaît-il à ce trait? L'hérésie est hardie et violente ; appuyée autant qu'elle le peut sur les puissances séculières, elle tyrannise et persécute, et souvent on l'a pu suivre à la trace du sang. Persécutrice acharnée de la vraie Église, elle fait peser sur ses adeptes eux-mêmes un joug de fer. Qui fut plus dur aux siens que Luther? Voici sous quels traits l'Apôtre la représente, quand il reproche au peuple de supporter ses excès : Si l'on vous asservit, vous lesouffrcz, si l'on vous dévore, si l'on vouspixndvos biens, si l'on vous traite avec hauteur, si l'onvous fouette au visage ^.Etrange mystère de lâcheté et de folie ! L'Église catholique est venue au peuple, l'étreignant dans ses bras maternels, faible pour ainsi dire et sans défense^ à force d'aimer. Le peuple l'a délaissée pour s'attacher à des imposteurs qui le flagellent ! Et quand ces imposteurs souillent des plus atroces calomnies celle qui fut sa mère, il les croit !

Dénigrer l'Église a été de tout temps l'arme suprême de l'hérésie et le fond presque unique de sa prédication.

' II Cor. X, 13-15. — 2 II Cor. x, 13-15. — 3 II Cor. xi, 20. — H Cor. xr, 21.

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Elle iisnlt de cette arme contre l'Apôtre, toujours avec fureur, souvent avec succès, et préludait à ces lâches et iniques agressions dont elle ne cessa plus de poursuivre ses adversaires. Gomme toujours elle était opulente, l'Apôtre pauvre et nu; que pouvait-il sortir de cette l)ouche de mendiant < ? Et sous cette apparence si cliétive et ce langage si grossier^, comment reconnaître la vérité? Était-elle forcée d'avouer les succès apostoliques de ce pauvre ? Qu'étaient ces succès auprès des siens, et ces conquêtes comparées aux conquêtes do ses prédicateurs ' ! Quand l'éclat des miracles et la puissance de la parole montraient invinciblement dans les Apôtres les envoyés de Dieu, par une tactique habile l'hérésie s'efforçait de détacher de leur communion, de leur gloire, l'Apôtre des nations. Lui au moins n'était pas apôtre. Ses travaux ne supportaient pas la comparaison''.' tes vrais apôtres le reniaient^; partout on le trouvait en lutte ouverte avec eux ; son Évangile contredisait le leur ; où ils prêchaient la nécessité de la loi ancienne, lui en annonçait la complète abrogation ^. Et par une de ces contradictions restées familières à l'hérésie en même temps que Paul rejetait l'Evangile des douze, c'est d'eux seuls qu'il tenait celui qu'il prêchait '^. Conciliez tout cela ! Les hérétiques n'en étaient pas moins des esprits fermes et logiques ; Paul, un esprit léger et inconsistant, soutenant selon le caprice du moment le oui et le non, le pour et le contre^, et faisant de la foi du Christ une opinion flottante et mobile comme la pensée humaine. Mais le glaive de la calomnie pénétrait plus

1 n Cor. X, G, 7. — 2 II Cor. x. 10. — s II Cor, x, 12-17. — * II Cm-. XI, 5. — s Gulal. ii, 9. — « Galat. ii. — ^ Galaf. i-ii. — 8 II Cor. I, 17-21.

avant encore, le traitétait empoisonné. Si Paul changeait de doctrine, ce n'était pas simplement légèreté d'esprit, c'était calcul d'intérêt avant tout. Paul était un rusé politique ; où soufflait le vent de la fortune, il tournait sa voile, et sa parole reflétait toujours le milieu qui la recevait : juive parmi les Juifs, païenne au milieu des païens, exigeant ici la circoncision, plus loin la repoussant avec malédiction^. La sainteté de l'Apôtre, son désintéressement, sa pauvreté volontaire, son dénûment effrayant tuait l'hérésie par un contraste trop frappant avec sa rapacité et son opulence ; il fallut poursuivre cette pauvreté accusatrice des plus venimeuses insinuations. Paul était ce qu'ils étaient eux-mêmes 2, plus la ruse qui savait tout couvrir. Sous ses haillons et sa détresse Paul cachait une âme avide et un corps repu ; mais, fourbe et adroit, il n'étalait son dénûment que pour faire pleuvoir les aumônes, et ne refusait au grand jour que pour mendier dans l'ombre et duper plus sûrement ses crédules disciples 3. Bref, où un fanatisme séduit vénérait un être supérieur et divin, la froide raison ne devait voir qu'un homme ^, dont il fallait abandonner la prédication et mépriser les menaces. Ces menaces étaient terribles sans doute, mais la faiblesse fanfaronne du poltron y perçait manifestement^. Paul, formidable de loin et menaçantde tout renverser, n'était plus en face qu'un souple et pusillanime flatteur.

Hélas! quels ravages causèrent parfois ces calom. nies! Que de fois Paul retrouva glacés et hostiles des cœurs naguère tout remplis d'amour ^î Que de fois ceux

1 II Gor. VII, 2 ; — 'Galat v, 11. — 2 II Cor. xi, 12. — 3 II Cor. XII, 16 ; — II Cor. viii, 20. — * II Gor. x, 3. — ^ II Gor. x, 2, 9, 10, 11. — 6 II Gor. VI, 12 ; — II Gor. xii, 15.

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qui Savaient reçu comme un ange de Dieu, comme le Christ Jésus; qui, si c'eût été possible, se fussent arraché les yeux pour les lui donner*, no trouvaient plus dans leur Apôtre, après le passage de l'hérésie, qu'un ennemi ^ et un imposteur ! Dans les églises qui gardaient inviolables la foi de Jésus-Christ et l'amour de Paul, l'hérésie s'y prenait d'une autre manière. Fille de celui dont nous n'ignorons pas les pensées^, les ruses, les profondeurs*, l'hérésie alors mentait effrontément ; elle appuyait ses erreurs du témoignage même du grand Apôtre, dont, tantôt elle rapportait de prétendus discours, et tantôt des lettres : fraude indigne que l'Apôtre devait alors publiquement dévoiler de vive voix et par des lettres écrites ou tout au moins signées de sa propre main. Ne vous laissez pas si aisément ébranler dans votre croyance, ni terrifier, soit par de prétendues révélations, soit par des discours, soit par une lettre que je suis supposé vous avoir envoyée ^. — Faites attention à ce [qu'est ma lettre que je vous envoie, écrite de ma propre main ^ : — la salutation est écrite de ma main, de la main de Paul, c'est là mon seing dans toutes mes lettres : c'est ainsi que j'écris''.

Dirons-nous le dernier moyen employé constamment par l'hérésie, moyen honteux autant qu'efficace ? La femme, la femme pervertie, et devenue apôtre de l'erreur par l'apostolat de la débauche. Profond mystère ! Depuis la chute de l'Éden et la Rédemption du Calvaire, où la femme apparaît intimement associée soit à la perte, soit au salut du monde, ce double rôle n'a plus cessé pour elle. Quelles héroïnes que ces

1 Galat. IV. 13-17. — 2 Galat. iv, 16. — 3 II Cor. 11, 1 J . — * Apoc. II, 24. — 5 II Thessal. 11, 2. — s Galat, vi, 1 1. — " IITliessal. m. 17.

femmes dont l'Apôtre dresse la glorieuse liste et proclame les exploits ! cette Prlsque, son coadjuttur en Jésus-Christ^-,, cette Phœbé^, qui de Corinthe partait intrépidement pour Rome, porteuse d'une sublime Épître; cette Marie, infatigable ouvrière de l'Évangile =* ; cette Triphœne, cette Tryphose tout absorbées dans les labeurs de l'Apostolat *, et cette Perside la bienaimée, dont les travaux pour Dieu ont été immenses^ : admirables saintes qui partageaient les fatigues et les dangers des Apôtres, entraient avec eux dans l'horreur des prisons, offraient pour la vie de Paul leurs propres têtes aux bourreaux^, et dont toutes les Églises des Gentils proclamaient la bienfaisance et l'intrépidité^. Mais « Singe de Dieu ^, » le démon de l'hérésie eut aussi comme actives coopératrices des femmes entraînées d'abord aux vices, puis à l'erreur : malheureuses chargées de péchés^, que nous retrouvons, depuis Simon le Mage jusqu'aux coryphées de la réforme, associées à toutes les hérésies. On les séduit par les dehors de la vertu; une fois séduites, on les corrompt; une fois corrompues, on en fait des Apôtres : voilà invariablement la marche suivie par les hérétiques, qui prennent les dehors de la piété.. .qui s'introduisent dans les maisons; qui traînent après eux, comme un troupeau de captives, des femmes chargées de péchés, poussées par des passions de toute sorte, apprenant toujours et n'arrivant jamais à la science de la vérité*^.

Voilà l'hérésie dans ses moyens d'action, mais son œuvre quelle est- elle ? Son œuvre est unique : l'hérésie

1 Rom. XVI, 3.-2 Rom. xvi, 1 . — ^ Rom. xvi, 6. — * Rom. XYi, 12. — ^ Rom. XVI, 12. — « Rom. xvi, 4. — " Rom. xvi, 4. — 8 TerluU. — » II Tim. m, 6. — »*» 11 Tim. m, 5-8.

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détruit {\ jamais, impuissante à réédifier. Son œuvre est mai'(iuée à ti'ois sij^iics, sou liistoire remplit ti-ois phases (luolle parcourt invariablement : la ruine, la stérilité, la mort. Elle détruit : elle essaye vainement de bûtir : elle m(jurt et disparait. Pour comprendre à fond l'œuvre de destruction de l'hérésie et la nature des ruines qu'elle amoncelle, rappelons-nous ce qu'a magnifiquement édifié, et ce que maintient dans le monde l'Église catholique. Manifestement, c'est le gi'cmd sacrement de la piété, qui s'est fait voir dans la chair, qui a été justifié par l'Esprit, qui a apparu aux anges, a été prêché aux nations, a été cru dans le monde, a été reçu dans la gloire *; et nul ne peut poser un fondement autre que celui qui a été posé, qui est Jésus- Christ^. C'est donc Jésus-Christ que l'hérésie cherchera éternellement à ruiner. Il lui faut un autre Christ : un autre Évangile. — Il n'y en a pas d'autre ^ ! N'importe ! ils veulent changer l'Évangile du Christ^ ; Ils veulent « dénouer Jésus ^ ; » briser le lien sacré qui réunit en une seule divine Personne ses deux natures. L'hérésie s'efforce de l'arracher tantôt au ciel, tantôt à la terre.' Arius retire la divinité; Nestorius, l'unité de personne ; Eutychès, la diversité de natures : celui-ci ravit au Christ sa chair, cet autre son âme, tous « dénouent Jésus, » tous bouleversent l'Évangile du Christ^. Et où aboutira, après dix-huit siècles de tentatives impies, cette hérésie, chercheuse éternelle de vérité, et n'arrivant jamais à la sience de la vérité"^? Après avoir détruit, qu'a-t-elle réédifié? Après avoir mis en lambeaux le Christ catholique, quel autre Christ a-t-elle offert aux adorations du monde ? Bossuet

» I Tira. III, 16. - s I Cor. m, 11. - 3 Galat. i, 6, 7. — ^Galat. I, 7. — 5 1 Joan. IV, 3. — s Galat. i, 7. — '' II Tira, m, 7.

va nous l'apprendre. On a bien prévu que la licence n'ayant plus de frein, les sectes se multiplieraient jusqu'à l'infini, que l'opiniâtreté serait invincible, et que tandis que les uns ne cesseraient de disputer ou donneraient leurs rêveries pour inspirations, les autres fatigués de tant de folles visions, et ne pouvant plus reconnaître la majesté de la religion déchirée par tant de sectes, iraient enfin chercher un repos funeste et une entière indépendance dans l'indifférence des religions ou dans l'athéisme ^. » Son œuvre la voilà ! c'est d'abord le tumulte, la confusion affreuse des âmes, des familles, des États, conturbant vos ^, le renversement de toute autorité doctrinale, convertere volunt ^ ; par suite le dévergondage de la pensée, la folie des croyances; puis, enfin, le dégoût, l'épuisement et la mort dans le doute, l'indifférence et le scepticisme. Toute cette histoire était prédite par l'Apôtre. Après s'être violemment séparée de l'Eglise, l'hérésie triomphe : elle précipite tout dans l'erreur * : sa parole gagne comme le cancer ^, et l'heure vient où le monde s'épouvante d'être Arien ! Mais attendez : l'hérésie porte en elle un germe de mort : elle flotte, emportée à tout vent de doctrine ^ : ces hommes mauvais et séducteurs progresseront dans le mal '^, d'erreur en erreur, de contradiction en contradiction, d'extravagance en extravagance ; puis les âmes s'apprcevant que la vérité ne peut être dans ce tissu d'erreurs, ni Dieu où n'est pas la vérité, s'éloignent en maudissant ceux qui les ont trompées. La folie de ces hommes sera manifeste pour tous 8. C'est là le point fatal , l'heure dernière de

1 Oraison fun. de Henriette de France. — ^ Galat. i, 7. — » Galat. I, 7. — i II Tira, m, 13. - « II Tim. ii, 17. — s Ephes. IV 14., ~ ' II Tim. m, 13. — « II Tim. m, 9.

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l'hérésie : Ils ne vont pas plus loin ^ ! Cette heure est .venue pour les hérésiarques des premiers siècles, et pour ceux qui de loin ont troublé la foi vive du moyen âge; elle sonne pour les novateurs du seizième siècle ; elle sonnera pour les erreurs qui dévastent notre temps. Toutes les hérésies se ;dessèchent et meurent ; seule, la vérité catholique,jeune après dix-huit cents ans, derrieure comme le Dieu d'où elle émane « toujours la même, et ses années ïie défaillent point 2. »

2. Il nous reste à parcourir les différentes sectes qui infestèrent l'Église à sa naissance. L'hérésie garde toujours son fond qui est la révolte contre l'Église, mais elle prend dans chaque siècle une physionomie particulière. La société et le temps oïi elle nait lui versent leurs vices propres, et la plient aux idées et aux tendances régnantes.

L'Eglise contemporaine des Apôtres développait ses conquêtes au sein de deux sociétés : la société juive et la société païenne, qui toutes deux lui apportèrent des ferments d'hérésie. Les hérésies juives apparaissent les premières ; bientôt un rationalisme philosopliique se fait jour, qui jette le doute, l'insulte et la négation sur les dogmes annoncés au monde. Enfin les erreurs jailiies de ces deux sources s'unissent et se combinent pour produire, sous le nom de gnose, une vaste et monstrueuse erreur, mère d'une multitude de sectes différentes et source pour l'Eglise d'incalculables maux.

L'hérésie juive ne se montra pas de suite dans toute sa perversité. Ce ne fut d'abord qu'un attachement inconsidéré à la loi et aux pratiques mosaïques i-les

•' II Tim. m, 9. - « Psal. CI; 28,

Juifs convertis se faisaient mal à l'idée que Moïse dût disparaître, et les splendeurs du Sinai s'effacer devant l'éclat de l'Evangile. Ils acceptaient Jésus-Christ pour Fils de Dieu, Sauveur du monde; sa foi, comme condition du salut ; mais ils n'osaient exclure les pratiques de l'ancienne loi, observaient les fêtes mosaïques ^, s'abstenaient de certaines viandes défendues à l'ancien peuple 2, et, tout en servant sincèrement Jésus-Christ, poussaient leurs scrupules naïfs jusqu'à n'oser abandonner Moïse; ne comprenant pas que la consommation de la loi, c'est le Christ'^; que les cérémonies et les observances de cette loi n'étaient que l'ombre du culte à venir dont Jésus-Christ est le corps'* et l'unique réalité. Les Apôtres usaient à l'égard de ces consciences mal formées encore, d'une excessive douceur : c'étaient là des enfants et des malades, qu'une nourriture trop forte ou des remèdes trop violents pouvaient tuer. Les Apôtres toléraient^, interdisant même les railleries mordantes, les sollicitations indiscrètes, les persécutions dont on usait parfois pour amener ces scrupuleux à la sainte indépendetnce du christianisme^. Qu'auraient amené un zèle intempestif et des conversions violentes? Mangeant ces viandes, violant ces sabbats avec la persuasion intime d'offenser Dieu, ces scrupuleux l'offensaient effectivement; et mordas du remords, ils ne trouvaient plus dans la profession du christianisme qu'une source de chagrins et un insupportable joug. Je le sais bien, disait l'Apôtre aux imprudents catéchistes, fen ai l'intime conviction dans le Seigneur Jésus, il n'y a ripn d'impur en soi; mais poUr celui qui le croit impur, c'est

» Rom. XIV, 5. — 2 Rom. xiv, 2. — 3 II Cor. m, 14 ; — Rom. x, 4. — * Goloss. II, 17. — 3 Rom. xiv, 5. — « Rom. xiv, 1-5, 6-14.

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impur. Si pour un mets vous attristez votre frère, dés lors vous ne suives plus la route de la charité. Gardezvous, pour un mets, défaire périr une âme pour laquelle le Christ est mort. Gardez-vous pour un mets de détruire l'œuvre de Dieu. Assurément toute vian^ est pure, mais c'est mal à celui qui la mange au prix d'un scandale. Vous avez une foi éclairée ? gardcz-la pour vous, dans l'intime, sous l'œil de Dieu. Heureux celui que la conscience ne reprend point dans la conduite qu'il adopte! Mais celui qui en est encore à mettre des différences, s'il mange, il se rend coupable, parce qu'il n'agit point selon sa conviction; car tout ce qui est fait contre sa conviction, est péché*.

Si le judaïsme n'avait déversé dans l'Église que ces âmes faibles encore et trop peu éclairées, aucun désastre n'aurait menacé la foi ; peu à peu la lumière chrétienne aurait chassé ces ombres; et la loi, mise au tombeau avec les honneurs qu'elle méritait, n'aurait bientôt plus été un obstacle à la pratique complète et sans mélange de l'Evangile ; mais d'autres Juifs apportèrent dans la communauté chrétienne l'orgueil, l'entêtement et les vices du sectaire. Le Pharisien et le Sadducéen reparurent, l'un avec son indomptable orgueil 2, l'autre avec son sensualisme et sa luxure 3; tous deux avec leur sordide cupidité*. Ennemis de Moïse' autant que de Jésus-Christ, ils entreprirent de détruire le second par le premier; puis, l'Evangile abattu, de réédifier, non pas la loi ancienne ^, mais une sorte de religion bâtarde qui, en les délivrant des sublimes renoncements de la croix^ et des gênants préceptes de Moïse 8, donnait

1 Rom. XIV, 14, 15, 20, Tl, 23. — * I Tim. vr, 4. — » Rom. xvi, 18. — * I Tim. VI, 9. — s Galat. vi, 13. — « Galat. vi, 13. — f Galat. VI, 12. — » Galat.

à leur orgueil la gloire de fonder un culte, de s'entourer de disciples ^ ; et à leurs convoitises une proie facile et un riche butin 2. Tels nous apparaissent ces premiers hérétiques démasqués et stigmatisés par l'Apôtre. Ce sont les chiens iinnudents et dangereux qu'il faut chasser à tout prix. Prmez garde à ces chiens! Prenez garde à ces ouvriers d'iniquité, prenez garde aux Juifs^l Leur œuvre de destruction devint bientôt effroyable. Ils sapaient le christianisme par sa base, en niant la rédemption dii monde par Jésus-Christ. Le Rédempteur enlevé, que restait-il ? Et si lô Christ ne sauvait pas, qu'était-il venu faire*? Que signifiaient les miracles dont la promulgation de sa loi et la réception de ses sacrements étaient partout accompagnées ^? Tout devenait incohérence dans l'œuvre divine; les figures res- . talent inaccomphes^; les promesses menteuses'^, les fondements ne portaient rien 8, les apprêts de quatre mille ans aboutissaient à une amère déception; le monde, toujours écrasé sous les malédictions de la loi 9, poussait des cris inutiles vers un Messie impuissant et imposteur. Si encore ces hérétiques avaient laissé intacte la loi mosaïque dont ils proclamaient si haut l'absolue nécessité, cette loi sans les sauver eût au moins servi de frein aux passions ; mais ils se souciaient aussi peu de Moïse que de Jésus-Christ. Ils vous forcent à vous faire circoncire ; c'est seulement pour échapper à la persécution de la croix du Christ. Car ces hommes qui se font circoncire, n'observent point la loi^^. — Ils sont en

» Galat. III. 13. — «Il Cor. xi, 20. - s Philipp. m, 2. — * Galat. II, 17. — 3 Galat. m, 2. — « I Qor. x ; — Galat. iv, 21. — ■? Galat. iii, 16 ; — Hebr. vi, 13. — 8 i Qor. m. — » Galat. m, 10. — 10 Galat. VI, 12, 13.

l'église 77

grand nombre insoumis, discoureurs frivoles^ séducteurs, et cela surtout parmi les Juifs^. — Ils bouleversent toutes les familles, enseignant des erreurs pour un gain honteux^. Ces erreurs, quelles étaient-elles ? Sur les doubles ruines de]la loi mosaïque et de la loi nouvelle, quel édifice religieux avaient-ils construit? D'après l'Apôtre, un monstrueux assemblage de préceptes arbitraires, de contes ridicules, d'absurdes fables, d'histoires de vieilles. Gourmande vivement les nôtres, écrivait Paul à Tite, son disciple, qu'ils restent purs dans la foi, sa7is s'arrêter aux fables des Juifs ni aux préceptes d'hommes qui se détour nent de la vérité ^. A Timothée il faisait les mêmes recommandations, en signalant les mêmes erreurs. Comme je If en ai prié, en partant 'pour la Macédoine, demeure à Éphèse afin d'avertir certaines personnes de ne point enseigner d'autre doctrine, de ne se point arrêter à des fables*. — Ces fables ineptes, ces contes de vieilles, évite-les ^. Le véritable commentaire de ces passages de l'Apôtre serait le Talmud avec ses rêveries insensées, ses fantastiques imaginations, les travestissements de toute sorte qui changent presque constamment en histoires saugrenues nos plus sublimes mystères, et en préceptes souvent impies, toujours arbitraires, la loi même de Dieu. Sous les textes cités plus haut, il nous est facile de reconnaître les impiétés et les vices des Ébionites ; tout à l'heure nous y trouverons l'une des origines de la gnose. L'Apôtre signale chez tous ces hérétiques juifs une tendance à regarder la chair comme impure et interdite *5; erreur qui sera l'un des points de d épart des folies et des turpitudes du gnosticisme.

1 Tit. I, 10.- 2 Tit. I, 11. — 3 TU. I, 13, 14. — * I Tim. i. 3, 4. . — » ITim. IV, 7. — 6 Tit. i, 15.

A côté des Juifs entrés dans l'Église avec le dessein d'y conserver un Moïse amoindri et altéré et d'y détrôner Jésus-Christ, des païens à demi convertis apportaient l'orgueilleuse frivolité de la philosophie païenne, le grossier entendement de l'homme animal qui ne comprend rien aux choses de l'esprit de Dieu \ pour qui l'ordre surnaturel, le dogme révélé, le mystère n'est que folie 2, monde inconnu et incompréhensible, parce que toute investigation s^y fait spirituellement^. Remplies encore des brillantes déclamations des écoles, habituées à soumettre toutes vérités au contrôle exclusif de leur raison, ou bien aveuglément attachées aux rhéteurs qui savaient le mieux les captiver par le prestige de l'éloquence humaine, ces intelligences, toutes païennes sous les dehors du christianisme, prétendaient faire des dogmes divins de simples opinions, de la prédication évangélique l'enseignement d'une philosophie nouvelle, et des Apôtres des orateurs courus ou délaissés suivant leur mérite personnel et les faveurs ou le discrédit de l'opinion publique. Pierre, Paul, Apollon, les apôtres, les prêtres, devenaient autant de chefs d'école diversement jugés ■* et applaudis s. Des auditeurs si éloignés de la simplicité de la foi catholique, ne devaient rien entendre aux folies divines de la croix ^ . Pour eux, ce mystère touchait à l'extravagance et ils réclamaient de l'Église un enseignement au niveau exact de leur raison'. D'ailleurs, les humbles commencements du christianisme les irritaient en les humiliant s, et volontiers ils auraient brisé le « lien de la charité ^ » pour former

1 I Cor. II, 14. — « I Cor. i, 18. — M Cor. i, 18. -- ♦ "l Cor. iv, 1-7. — 3 1 Cor. m, 1-9. — ^ I Cor. i, 17, 18. — ■? I Cor. i, 22. — • ICor. i, 25-31. — 9 Ephes. iv. 3.

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une caste savante, éloignée du vulgaire, et seule dépotaire desTiautes spéculations et des vérités profondes*. Cette dernière tendance devait fournir à. la gnose un large contingent, et rApùtrp qu'elle inquiétait n'omettait rien pour refouler dans l'humilité de la simple foi des prétentions si opposées à l'esprit du christianisme^. Ces mêmes esprits, peu satisfaits des solutions de la foi, cherchaient à pénétrer dans l'enceinte réservée et inaccessible des mystères, et c'est pour eux, sans doute, que l'Apôtre insistait avec tant de force sur le caractère essentiellement divin de la prédication évangélique 3, descendue toute faite du ciel, émanée des profondeurs de Dieu *, révélée par l'Esprit-Saint 5, étrangère aux spéculations philosophiques^, victorieuse des sages '^, et dérobée pour jamais à leurs infimes Investigations 8. Ces audaces avaient déjà reçu leurs châtiments et causé bien des [naufrages en la foi^. Plusieurs, périssant comme avaient péri les sages de la Gentilité, s' évanouissaient dans leurs pensées ^'^, et, se disant des* penseurs, étaient devenus des fous^K Reniant l'accord nécessaire entre la foi et la raison, ils avaient voulu marcher seuls dans des abîmes, scruter les mystères, arriver par leurs seules lumières naturelles à se composer un symbole. Qu'était-il advenu ? C'est qu'ils n'avaient plus rien vu au milieu d'une nuit profonde, et que, partant de ce faux et défectueux principe : que l'intelligence ne doit admettre que ce qu'elle comprend, où ils ne comprenaient pas, ils niaient. Ils ne comprenaient pas la

1 1 Cor. VIII, 1-4. — 2 I Cor. viii, 1-4 ; — I Cor. m, 18. — » I Cor. II. — M Cor. n, 7. — ^ 1 Cor. ii, 10. — « I Cor. u, 1-7. — 7 I Cor. I. 20. — 8 I Cor. i, 19. 20, 23 ; — u, 6-10. -^ 91 Tim. i, 19. .- 10 Rom. I, 21. — " Rom. i, 22.

résurrection de la chair, ils la niaient : Comment plusieurs parmi vous disent-ils qu'il n'y a pas de résurrection des morts ^1 Ceux qui n'allaient pas jusqu'à la négation absolue, élevaient des difficultés et des doutes sur la possibilité, et ruinaient les mystères par les pourquoi et les comment éternels de l'incroyance 2. D'autres, en soutenant que la résurrection était faite, qu'elle consistait simplement dans l'état et la perfection naturels où nous naissons, renversaient d'un coup le surnaturel, la grâce, la gloire, la déchéance, la réparation, le Christ, l'Église, en un mot, le christianisme tout entier^. Mais laissons les détails.

Ces audacieux chercheurs de sagesse humaine *, sans plus s'attaquer à quelques dogmes en particulier, révent tout un christianisme, plus savant, tout rationnel, donnant des solutions philosophiques où l'Eglise impose des mystères. Unis aux Juifs dont ils acceptent les spéculations insensées, imbus des théories néo-platoniciennes, initiés aux philosophies de l'Inde et de la Perse, ils composent de toutes les erreurs régnantes une seule et vaste erreur qui, sous des noms divers et au travers de transformations continuelles, devient la grande hérésie des deux premiers siècles, se perpétue secrètement pendant tout le moyen âge, se retrouve dans les infamies des Templiers ^, et souille peut-être de sa dernière écume nos sociétés secrètes, héritières de ses turpitudes et de sa perversité^. Nous parlons de la Gnose, hérésie multiple, cloaque universel, où se déversèrent toutes les débauches de l'intelligence et du cœur.

» I Cor. XV, 12. — »! Cor. xv, 35. — s II Tim. 11, 18. — * I Cor. I, 20. — B Voir Annal, de Philosoph. tom. V, pag. 450. — ^ Sainl- Albin : la Franc-Maçonnerie.

l'église 81

La naissance de la gnose se retrouve aisément dans les dernières épîtres de saint Paul. A plusieurs reprises il signale avec angoisse l'existence d'une secte qui dédaigne l'enseignement commun pour une science secrète, patrimoine exclusif des parfaits, et dont le reste des fidèles ne peut atteindre les sublimités. Ils veulent être les docteurs de la loiK Ils approfondissent sans fin la science, sans jamais parvenir à la science de la vérité *. Leur nom seul est un impudent mensonge, ils se donnent le titre de savants et de sages... Le nom trompeur de science^, — la nouveauté d'un langage tout humain, des négations pompeusement revêtues de dehors scientifiques'', "un vain étalage de philosophie, de creuses élucubrations^, finalement des recherches vaines et insensées, des questions ridicules, des fables, des contes absurdes, d'ineptes histoires ^, voilà ce que Paul avait entrevu dans la gnose, et ce qui lui faisait pousser avec tant de persévérance et de force son cri d'alarme : devita'' ! Quel fut le travail des intelligences dévoyées et le monstrueux système qu'elles enfantèrent? l'Apôtre le laisse pressentir, et ses textes, éclairés par l'histoire, perdent l'obscurité dont ils paraissent tout d'abord enveloppés. Les gnostiques, comme nous l'avons dit, se heurtèrent en dehors de la foi aux grands problèmes que la foi seule illumine : Dieu, le monde, le bien et le mal, la Rédemption, le Rédempteur.

Le Dieu créateur que prêchait l'Église leur sembla vulgaire : ils en imaginèrent un autre si grand, si haut, si inaccessible, si pur, qu'aucun contact avec le monde

i I Tira. 1,1. — - II Tim. m, 7. — 3 i Tim. vi, 20. — * I Tim. VI, 20. — s Coloss. II. 8. — 6 1 Tim. iv, 7 ; — I Tim. i, 4 ; — frim VI, 4 ; - Il Tim. ii, 23 ; - Tit. m, 9. - " II Tim. m, 5.

créé ne lui fût possible. Aloz's se dressait la terrible question qui désespérait la philosophie depuis tant de siècles : d'où vient le monde? Ils imaginèrent des intermédiaires entre Dieu et la création, émanations successives, parcelles divines, longue série de Dieux subalternes, ou, comme dit saint Paul, généalogies interminables \ à l'aide desquels les gnostiques créaient, gouvernaient, rachetaient le monde. Aux beaux jours de la gnose, on comptait par centaines ces êtres appelés tantôt éons, tantôt an^es, dont saint Paul raf. ..j à plusieurs reprises les générations insensées 2, qu'il met sur les compte d^s folles imaginations des Juifs 3. On le voit, les gnostiques étaient tombés en plein polythéisme. L'un de ces éons avait créé le monde et y avait déposé le mal et la douleur : un autre, ému de pitié, était venu le racheter et enseigner à quelques initiés la science transcendantale du salut, la gnose. Quant à la Divinité, elle restait immobile dans son repos, infiniment éloignée de ces œuvres des dieux inférieurs.

A cette question : d'où vient le mal dans le monde? l'Église répondait que « bon » et « extrêment bon >> ^ au sortir des mains de Dieu, le monde avait été vicié par le péché de l'homme : peccatum intravit in mundum, et per peccatum mors^^. Les gnostiques s'y prirent autrement. Reprenant de vieilles erreurs philosophiques, ils reconnurent deux principes éternels de toutes choses, L^n Dieu bon et une matière mauvaise. Le démiurge créateur du monde avait tout gâté en unissant violemmenf la création spirituelle, émanée du Dieu bon et bonne comme lui, à la matière intrinsèquement mau-

1 I Tim. I, 4. — 2 1 Tim. i, 4; — Tit. m, 9. — 3 Tit. i, 14. — ♦ Gren, 1,-5 Rom. v, 12.

L'éCtLISE 83

vaise. De là, le malaise affreux et le cri de douleur que

pousse le monde ' ; do là encore cette conséquence que tout ce qui est matière, corps, chair des animaux, génération et mariage, est essentiellement mauvais. L'Apùtre dut combattre à outrance et constamment cet éloignement superstitieux que les gnostiques inspiraient pour les viandes et pour l'œuvre de la chair, quelque revêtue qu'elle fût dans le mariage chrétien des splendeurs de la grâce sacramentelle. Le mariage est honorable en tout, et le lit nuptial sa7is souillure 2. — L'Esprit-Saint manifeste clairement qu'aux derniers temps des hommes renieront leur foi, s' abandonnant aux esprits d'erreur et aux dogmes diaboliques, perfidement enseignés par des bouches menteuses, par des malheureux àconscience cautérisée, quiinterdiront le mariage et l'usagedes viandes qu'a créées Dieu afin que les fidèles et ceux qiii connaissent la vérité en usent avec action de grâces. Car toute créature de Dieu estbonne, et rien n'est à rejeter de ce qui se prend avec action de grâces ; la parole divine et la prière le sanctifient^. — Il n'y a pas à prendre garde à ces fables des Juifs, à ces préceptes d'hommes détournés de la vérité. Aux purs tout est pur; aux souillés et aux infidèles rien n'est pur : âme et conscience, tout en eux est immonde ; ils font profession de connaître Dieu, et par leurs œuvres .ils le renient; abominables qu'ils sont, sans foi, incapables d'aucune bonne œuvre^. L'histoire jette une clarté sinistre sur ces derniers mots, où perce une si profonde indignation. La gnose fut une .sentine de toutes les impuretés. Le mariage était interdit, la chair était mauvaise, comment la dominer et" la réduire ? en l'étouf-

1 Rom. VIII, 22. — -2 Hebr. xiii, 4. — M Tim. iv, l-(3. — * TU I, 14, 15, 16; — Id. Hebr. xm, 9.

faut dans la volupté, répondait le gnostique... On juge!

Et que devenaient au milieu de ces turpitudes et de ces folies la Rédemption et le Rédempteur ? Qu'était Jésus-Christ dans les systèmes gnostiques? Tous lui refusaient la plénitude de la divinité et n'en faisaient qu'un simple éon^ Prenez garde de vous laisser duper jjar des systèmes philosophiques, par de creuses erreurs, suivant un enseignement tout humain, et les éléments d'une science mondaine; ce n'' est pas là le Ch^^ist. car dans le Christ habite corporellement toute la plénitude de la divinité^. — En lui nous obtenons la Rédemption par son sang, la rémission de nos péchés ; il est l'image du Dieu invisible, le premier-né de toute créature. Par Lui tout a été créé au ciel et en la terre; les choses visibles et les invisibles, soit les Trônes, soit les Dominations, soit les Principautés, soit les Puissances, tout a été créé par Lui et en Lui; et Lui-même est .avant tous les êtres, et tout subsiste en Lui.. . Car il a plu av. Père que toute la plénitude résidât en Lui^. Non-seulement la gnose refusait au Christ les honneurs de la divinité, mais encore la réalité de la chair. La chair étant immonde, impossible d'admettre que l'éon rédempteur s'y voulût unir. Le monde n'avait donc vu dans le Christ qu'un fantôme sans corps, une apparence humaine sans réalité. C'est cette nouvelle erreur qui forçait l'Apôtre à formuler si énergiqiiement la réalité de la nature humaine en Jésus-Christ; à le montrer fait de la substance de David selon la chair * ; — fait de la femme^^ vrai homme autant que vrai Dieu.

Telles furent les premièi'es hérésies, seconde -tempête

1 Coloss. — 8 Colôss. II, 8-11. — s Goloss. i, 14, 15, 16, 17. - ♦ Rom. 1, 4.— ^ Galat. iv, 4.

l'éCxLise 85

qu'eut à essuyer l'Église. Si l'esprit s'étonne et la foi se déconcerte à la vue de tant de défections, de si audacieuses révoltes et des coups si puissants portés à l'Ej^lise, voici la réponse de l'Apôtre: Si les membres se détachent, le corps ne périt pas ; les élus restent fermes, fondement inébranlable qui trouve dans l'élection divine et la pratique du bien la double certitude de ne s'écrouler jamais. Si de plus il y a des hérésies dans l'Église, c'est que Dieu, par un conseil que nous ne pouvons scruter, laisse dans sa demeure le « vase d'élection ^, » et aussi « la coupe pleine de colère, apte à la perdition 2. » Le ferme fondement de Dieu reste debout,, marqué de ce signe; le Seigneur cannait ceux qui sont à lui, et quiconque confesse le' nom du Seigneur^ qu'il renonce à l'iniquité. Or, dans une grande maison, iln'y a pas que les vases d'or et d'argent ; il y a encore les vaisseaux de bois et d'argile ; les uns ont tous les honneurs, les autres sont voués à l'ignominie. Quiconque se purifie des souillures de ces derniers, sera un vase dhonneur, sanctifié, mis au service du Seigneur, propre à toutes sortes de bonnes œuvres^.

III. — Le même conseil divin qui permet à l'hérésie d'arracher des bras de l'Église une si grande multitude de ses enfants, laisse d'autres enfants en grand nombre désoler par leurs désordres cette tendre mère, et souiller d'impurs spectacles le regard de cette vierge immaculée. C'est la troisième épreuve par laquelle, dès sa naissance, l'Église dut manifester sa vitalité divine et son inaltérable sainteté.

1 Act. IX, 15. — 2 Rom. ix, 22. — » II Tim. n, 19-22. — Vid. sanct. Chrys. Comment, in Epist. Il Tim. in hune vers.

Nous combattons ici deux erreurs à la fois. Qu'est-ce

que cette Église des premiers âges ? Est-elle si pure que le vice n'y ait aucun accès ; que tous ses fils soient également saints, et que pas un pécheur ne voile son éclat immaculé ? D'autre part, l'Église des siècles suivants jusqu'au nôtre, est- elle si dégénérée qu'elle ne conserve plus, comme une reine détrônée, que quelques marques stériles de sa primitive splendeur ? Ni l'un m l'autre. Ni l'Église apostolique ne fut exempte de la plus cruelle persécution, celle du vice et des scandales intérieurs ; ni la nôtre n'est si déchue qu'elle ne trouve dans l'héroïsme des saints qu'elle compte par miUiers, le contre- poids des vices qui la ravagent et des scandales qui la désolent. L'ivraie devant croître en tout temps ; la barque être agitée toujours, et les Judas donner à tous les siècles le spectacle de leurs crimes et de leur perdition.

Ah ! sans doute elle était admirable, cette Église des premiers âges ! admirable de foi, de force et d'amour. Avec quelle docilité elle recevait des vérités si nouvelles, de si écrasants mystères, des préceptes si durs, et les attentes si effroyables ' du lendemain ! Pour elle, les apôtres et leurs disciples n'étaient plus des hommes, mais des anges de Dieu et le Christ Jésus lui-même ^ . Et croire n'était pas tout, n'était rien encore, il fallait mourir ! mourir sous les sifflets du monde, engloutis dans une mer d'ignominies. Et ils mouraient, ces chrétiens , ils mouraient avec joie , avec ardeur , par miniers; ils recevaient la parole divine, au milieu d'immenses tribulations.^, au prix des opprobres et des souffrances ', de l'horreur 'des cachots et des détresses de la

» Galat. IV, 14. - » I Thessal. i, 6, — s Hebr. x, 33.

l'église 87

pauvreté*; et ils donnaient intrépidement pour la foi «« leur tête au bourreau ^. » Et quelle charité dans ces âmes ! quel spectacle présentait au monde stupéfait la communauTé chrétienne, alors qu'appelant à elle toutes les infortunes, elle les pressait toutes sur son cœur. Les entrailles du pauvre connaissant par elle l'apaisement ^ ; — aïo milieu des plus grandes épreuves gardant l'abondance de la joie, elle savait du plus profond dènûment faire jaillir les richesses du désintéressement ^ ; elle donnait selo)i ses moyens, par delà ses moyens ^. Elle allait au-devant de l'aumône <*, elle réclamait avec des supplications ardentes la grâce de participer au soulagement des pauvres\ Des nuages passaient sans doute sur ce firmament si pur, mais, la faute signalée et la correction venue parfois sanglante^, quelles saintes larmes! quels généreux retours ! quelle ardente réparation ! Cette tristesse toute selon Dieu que vous avez ressentie, voyez quelle vigilance elle a produite en vous! et quelle réparation, et quelle indignation, et quelle crainte, et quel désir, et quelle émulation, et quels châtiments ^ ! Ah ! oui elle était digne, cette Église, d'entendre les douces paroles de son Apôtre : Frères très-chers et très-désirés, ma joie et ma couronne*'*,— quelle est notre espérance, notre joie, notre couronne de gloire, n'est-ce pas vous * • ?

Mais, nous l'avons dit, conclure comme l'a fait si complaisamment l'hérésie, que cette ferveur était sans mélange, c'est mentir à de nombreux textes de l'Apôtre. Dieu laissait alors l'Église comme il l'a toujours laissée

» Hebr. x, 33. — « Rom. .\vi, 4. — ^ Philem. 7. — * II Cor. VIII, 2. — MI Cor. VIII, 3. — s n Cor. viii, 3. — ^ il Cor. viii, 4. — « I Cor. IV, 21. — 9 II Cor. vu, 11. — lo Philipp. îv, 1. — »i I Thessal. ii, 19.

depuis « enveloppée d'infirmités ^, » manifestait sa force dans ses faiblesses 2, rehaussait l'éclat de sa sainteté par le contraste même des vices qui semblaient la devoir obscurcir.

Ces vices n'envahirent d'ordinaire que les simples fidèles ; parfois, cependant, ils atteignirent de leurs derniers flots le seuil du sanctuaire.

1. Le premier mal qui semble avoir travaillé l'Église Apostolique, est celui des divisions intestines. Les causes en étaient multiples. Tantôt, ainsi que nous l'avons tiit, de frivoles et orgueilleux esprits, ne voyant dans l'enseignement apostolique que des leçons d'une philosophie sublime, mais humaine, se passionnaient, comme à l'école des rhéteurs, pour des orateurs de leur goût. De là des jugements, des querelles, des partis, où les prêtres, exaltés ou décriés, étaient transformés en véritables chefs d'école. Paul alors s'écriait : Il y a des querelles parmi vous ; je m^ explique : vous dites tous, fun : je suis à Paul ; un autre, je suis à Apollon ; un autre, moi à Céphas. Moi je suis au Christ ! Est-ce que le Christ se divise ? Est-ce que Paul a été crucifié pour vous ? Est-ce

au nom de Paul que vous avez été baptisés? vous êtes

encore charnels. Car divisés comme vous l'êtes par des jalousies et des brigues, n'est-ce pas être charnels et tenir une conduite toute humaine^ t. .. Le plus souvent les querelles naissaient du mélange des Juifs et des Gentils, de la prétention des premiers d'imposer leurs pratiques*, de l'indiscrétion* peu charitable des seconds à s'en moquer et à les repousser injurieusement. Aux uns et aux

1 Hebr. v, 2. — 2 II Cor. xii, 9. — » I Qor. i, 11 ,16. — * Galat. 11, 14, 15 ; — Il Rom. XIV. 3.

l'église 89

autres l'Apôtre disait : Pourquoi, toi, juges-tu ton frère ? ou toi, pourquoi mêpriscs-tu Ion frère?... Vun estime pou^ voir manger de toutes les viandes, mais l'autre à conscience timorée, qu'il mange des légumes. Celui qui mange de tout, qu'il ne méprise pas celui qui s'abstient : mais aussi que celui qui s'abstient ne juge pas celui qui mange; car il est agréé de Dieu... Le royaume de Dieu n'est pas manger et boire, mais justice, paix, joie dans l'Esprit-Saint... L'un distingue entre un jour et un jour, l'autre les juge tous égaux: que chacun abonde en soîi sensK D'autres divisions naissaient de la rapacité ou de la haine, et aboutissaient à des procès scandaleux, portés devant les tribunaux païens. L'Apôtre devenait véhément, maniant tour à tour le reproche, l'objurgation, l'ironie: Un homme parmi vous, en litige avec un autre, prend pour juges les iniques et non pas les saints ! vous ignorez donc que les saints doivent juger le monde ? Et destinés à juger le monde, vous n'êtes pas à la hauteur des plus infimes jugements ! vous ignorez que nous jugerons les anges ^ ? combien plus les choses de ce monde ? Si vous avez des différends pour vos intérêts terrestres, le rebut de l'Église, prenez cela pour juges! Ce que je dis là est à votre honte: Ainsi, il n'y a parmi vous pas un sage capable de juger les différends de ses frères! Mais quoi! un frère plaide en justice contre un frère : et cela, devant des païens ! Il y a déjà certainement un péché^ pour vous à avoir ainsi des procès entre vous ; que ne supportez-vous plutôt l'injustice ? Que ne souffrez-vous le tort qu'on vous a fait ? Mais non, c'est vous-mêmes, qui faites le tort, vous qui lésez, et cela

1 Rom. XIV. — 2 Les mauvais anges. — * A cause des mille occasions de pécher qu'entraîne avec elle la triste manie des procès. .

envers des frères! vous ignorez donc que les injustes ne posséderont pas le royaume des Cieiix^ ? Ces tristes animosités franchissaient parfois le seuil du sanctuaire.

Les assemblées saintes voyaient se rompre Tunion qui des classes et des fortunes diverses faisait au début une seule famille de frères. Ce fut l'œuvre la plus merveilleuse de l'Église de réunir pour la première fois le riche et le pauvre, le maître et l'esclave, et de leur faire donner sur son cœur et entre ses bras le baiser fraternel. Ils avaient compris tous deux que fils et héritiers du même Dieu, possesseurs de la même grâce, destinés aux mêmes éternelles splendeurs, les nuances d'ici-bas ne les pouvaient séparer, et que celui qui a beaucoup n'en est pas plus riche, qui a moins n'en est pas plus pauvre^. Mais l'orgueil de l'opulence reparaissait quelquefois, et honteux de coudoyer le 4Dauvre et de partager une même table avec lui, il cherchait une place à part et des jouissances réservées 3. Le pauvre trouvait ainsi une humiliation nouvelle et des ferments de haine, là où il était venu chercher l'oubli de ses abaissements quotidiens Vos assemblées ne gagnent pas, elles perdent, écrivait l'Apôtre aux Corinthiens : J'apprends d'abord que réunis à VÉglise, vous faites des schismes entre

vous, et je le crois en partie Ce n'est plus là manger la

cène du Seigneur. Chacun mange, sans attendre, son repas particulier. Ainsi, Vun n'a rien à manger, l'autre se gorge. Vous n'avez donc pas de maison pour y manger et y boire, ou bien méprisez-vous l'Église de Dieu, et voulezvous couvrir les pauvres de confusion ? Que vous d^ire? vous louer? non, je ne vous en loue point*.

1 I Cor. VI. — 2 II Cor. viii. 15. — 3 Vid. sanct. Chrysost. in l ad Corinth., hom. XXVII. — * I Ccr. xi, 18-23.

l'église 91

Un autre désordre faisait gémir le sanctuaire. Les femmes n'y gardaient pas toujours la modestie de la mise exigée de leur sexe, de la dignité du sanctuaire et réclamée par la chasteté. Le voile qui les dérobait naguère aux regards avait été enlevé, et elles apparaissaient au milieu des assemblées, plutôt en reines qui captivent les hommages, qu'en suppliantes portant avec le voile la marque de leur sujétion. Le dominateur et le roi n'est pas la femme, mais l'homme. L'homme priera donc la tête haute et découverte, revêtu des splendeurs de Jésus-Christ * ; et tout homme qui prie ou prophétise la tête voilée, déshonore sa tête 2. — L'homme ne doit point se voiler la tête, parce qu'il est l'image de la gloire de Dieu ^ . Si cet éclat de la ressemblance divine illumine aussi la femme, c'est par l'intermédiaire de l'homme que lui parviennent ces rayons; et comme l'homme est l'honneur de Dieu, la femme est l'honneur de l'homme*, et lui doit l'hommage de la dépendance. Or le signe de cette dépendance, c'est le voile. Portant le voile, c'est la domination qu'elle porte ainsi sur la tête ^. L'usage et la nature confirment cette doctrine, et imposent également le voile à la femme. La femme pourraitelle sans choquer l'usage raser sa longue chevelure? Cette chevelure est son premier voile, le voile qu'elle peut, qu'elle doit, contrairement à l'homme *5, cultiver avec soin^. La femme refuse un voile? il lui faut la tête découverte ? Mais alors qu'elle arrache encore le voile que lui a donné la nature «. Car la nature se prononce aussi. Jugez vous-mêmes, est-il décent que la femme prié

1 1 Cor. XI, 3, 7. — « I Cor. xi, 4. — » I Cor. xi,4. — * I Cor, xi, 7. — 8 I Cor. XI. 10. -- « I Cor. xi, 14. — ' I Cor. xi, 15. — s I Cor XI, 6.

Dieu * la tête non voilée? La nature ne nous enseigne-t-ell pas que, pour l' homme, laisser croître sa chevelure, c'est une honte : tandis que 'pour la femme, l'entretenir c'est une gloire: c'est qu'elle lui a été donnée comme unvoile'^. Enfin un troisième abus troublait les assemblées, et faisait souvent des dons de l'Esprit-Saint une source de désunion et la pâture d'un sacrilège orgueil. Les fidèles jouaient avec le don des miracles, répandu alors pour la conversion du monde et l'extension de la foi avec une royale profusion. Les dons les plus brillants et non les plus utiles étaient les plus ardemment ambitionnés s, et par-dessus tous les autres, le don des langues*. Obtenu, il devenait un sujet d'orgueil ^ ; refusé, de chagrin et d'envie*'; presque toujours à l'Église, une cause de troubles et d'intempérante loquacité'^. L'Apôtre était forcé de consoler les uns, en leur montrant combien peu les frustrait des vrais biens la privation d'un don accordé seulement « en vue des infidèles, » et sans influence sur la vraie grandeur de l'âme ^. Il réprimait la suffisance des autres, en faisant apparaître en face de faveurs insignifiantes en elles-mêmes les splendeurs divines de la grâce et de la charité^. De sages règlements prévenaient le retour des désordres à l'église : deux ou trois fidèles au plus devaient y parler les langues ^*', toujours successivement ^^ et à la conditior, expresse qu'un interprète serait là pour les traduire ^-^ La même règle s'appliquait aussi en partie aux fidèles favorisés du don de prophétie ^^. Les femmes ne pou-

1 Dans les assemblées .publiques, — ^ICor.xi, 13-16. —^ICor. xu, 31 ; — xiii. — * I Cor. XIV. — 5 I Cor. xii. — « I Cor. xii, 15. — ' I Cor. XIV, 29, 28, 35. — s I Cor. xiii, 1. — » I Cor. xiii, 1. — " I Cor. XIV. — Ji ICor. .xiv. — « I Cor..xiv, 28. — i»! Cor. xiv,29.

l'église 93

valent jamais prendre la parole : // est iiontcux qu'une femme prenne la parole à l'église^. Tout cnOn devait se faire avec bienséance et ordre^.

Si l'Apôtre avait à prévenir les tumultes, la solitude du sanctuaire, l'abandon des assemblées réclamait à un plus haut titre encore son intervention. La propagande de l'hérésie était ardente, ses promesses fastueuses. D'autre part la communauté chrétienne n'offrait guère à l'orgueil et à la volupté des Gentils qu'une réunion pauvre et persécutée : Vous le voyez, disait l'Apôtre déroulant le plan divin sur la formation première de l'Église, il y a parmi vous peu de sages selon le monde^

peu de puissants, peu de imbles Les insensés aux yeux

du monde les faibles les méprisés les rebuts

les riens...., voilà le choix de Dieu! c'est qu'il faut que

nulle chair ne se puisse glorifier devant lui^. Les âmes d'élite s'élevaient à ces sublimités de l'idée divine ; les autres, déconcertées et prises bientôt de lassitude et de dégoût, abandonnaient la communauté chrétienne pour retourner au judaïsme ou au paganisme, ou devenir la proie des sectes hérétiques qui commençaient à pulluler partout. L'Apôtre allant droit à la cause première de ces tristes apostasies, réclamait l'assiduité courageuse aux assemblées : gardez-vous de déserter nos assemblées,

comme quelques-uns ont accoutumé de faire ^' Car à

ceux qui volontairement pèchent après la vérité reçue, il ne reste plus désormais d'hostie pour le péché ^.

2. — Hélas ! l'Apôtre n'avait que trop sujet de redouter les séductions et les scandales. Ils se produisaient

» I Cor. XIV. — 2 I Cor. xiv, 40. —^l Cor. i, -30. — * Hebr, x, 25, 26. — s Ilebr. x, 25.

dans les plus ferventes églises. Une charité inépuisable donnait occasion à la paresse, de faire de la mendicité un trafic, et de dépenser en courses, en conversations, souvent en intrigues, des loisirs honteusement achetés. Étudiez-vous à vivre en repos : accomplissez chacun votre tache: travaillez de vos mains, suivant mes ordres \ Le mal ne cédait pas toujours à un premier avis, et l'Apôtre le devait réitérer avec sévérité. Quiconque refuse de travailler, qu'il ne mange pas non plus ! Nous apprenons quHl y a parmi vous des intrigants, des oisifs, qui se mêlent de tout. A ces sortes de personnes nous ordonnons, en conjurant dans le Seigneur Jésus -Christ, de travailler en silence et de manger leurpain^. Parmi ces oisifs intrigants, étaient souvent des veuves consacrées à Dieu qui ne cherchaient dans l'indépendance du veuvage que la liberté d'une vie voluptueuse et désœuvrée, et descendaient parfois de faute en faute jusqu'à l'horreur de Vsil^ostixsie. Quand elles se sont abandonnées à la mollesse après leur foi jurée au Christ, elles veulent se marier : s'attirant ainsi la condamnation d'un premier serment violé. Mais de plus, oisives, elles courent de maison en maison : et non-seulement oisives, mais bavardes et curieuses, et tenant d'inconvenantes conversations^. C'est là que les rencontrait et les capturait l'hérésie : quelques-unes sont déjà retournées à Satan ^ .• malheureuses que d'impurs hérétiques traînaient captives après eux toutes chargées de crimes ^.

3. — Alors comme -toujours, l'incontinence du cœur et des sens menait aux révoltes de l'esprit.

1 II Cor. m, 11 ; —I Thessal. iv, 11. — 2 II Thessal. in, 12. » I Tim. V, 13. — * I Tim. v, 15. — « II Tim. m. 6.

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La volupté et l'hérésie étaient sœurs : aussi l'Apôtre, aux approches de l'une, versait-il des larmes sur l'invasion certaine de l'autre;... la pureté de la conscience une fois repoussée, ils ont fait naufrage en la foi*. — Il en est un grand nombre, je vous le disais souvent, et je vous le dis encore avec larmes, qui marchent en ennemis de la croix du Christ. Leur fin., c'est la damnation. Le Dieu de ces êtres est leur ventre : leur gloire^ ils la mettent dans leur propre infamie : ils n'ont de goût que pour la terre 2. Les voluptés diverses, comme les anneaux d'une même chaîne, étreignaient ces âmes faibles et flottantes et les entraînaient aux derniers excès. Le luxe et les ivresses des tables païennes reparaissaient sous l'austérité de la croix. Ce n'est pas le manger, disait l'Apôtre, qui vous fait agréer de Dieu : ce n'est pas à manger que nous gagnerons davantage, ni à ne manger point que nous y perdrons ^. Et quelle indignité au chrétien, angélique et divine créature, dont la vie se passe au ciel*, — dont la vie est le Christ^, de prendre son plaisir dans des actes si grossiers, et de si éphémères jouissances ! Le manger est au ventre, le ventre au manger; or Dieu détruira l'un et l'autre. Ce n'est pas à la fornication, mais c'est au Seigneur qu'est le corps, et le Seigneur au corps^. Si cette brusque conclusion de la gourmandise au vice impur étonne, l'Apôtre s'en explique ailleurs. Oui, la bonne chair et l'ivresse g^ment l'impureté. Ne vous enivrez pas de vin : dans le vin est la luxure 7. Et la luxure une fois débordée rompait les plus inviolables digues, souillait de ses fanges le lit nuptial et l'Apôtre devait rappeler aux chastes sévérités du mariage chrétien ces

1 1 Tim. I, 19. — 2 Philipp, lu, 18. — » 1 Cor. viii, 8. — * Philipp. III. 20. — « Philipp. I, 21. — 6 I Cor. vi, 13. — ^ Ephes, v, 18.

hommes si fraîchement retirés des dissolutions païennes. Absteîiez-vous de la fornication. Que chacun sache conserver son corps pur et honoré, éloigné des ivresses de la convoitise où se plongent les païens qui ignorent Dieu. Que personne n'usurpe furtivement sur son frère les droits du lit nuptial K Dieu se fait le vengeur de toutes ces choses 2, — C'est à cause d'elles que la colère divine est descendue sur les enfants d'incrédulité^.

Hélas ! ces graves enseignements n'arrêtaient pas toujours le débordement de ces passions, que de longues années passées dans le paganisme avaient rendues indomptables. Un scandale immense vint un jour consterner l'Église et appeler les premières foudres apostoliques de saint Paul. Un fidèle, peut-être haut placé ^, vivait publiquement avec sa belle-mère, du vivant même de son père. Il n'est bruit au milieu de vous que d'une fornication, et d'une fornication telle que les païens eux-mêmes n'en commettent point de semblable : l'un de vous a pris la femme de son père ^. Et le crime, si énorme qu'il fût, n'était que la moitié du scandale. La conduite du clergé devant ce grand criminel était déplorable. Soit indifférence et apathie, soit crainte ou complaisance en face d'une grande fortune ou d'un grand pouvoir, le clergé s'était tù et avait laissé s'étaler avec l'effronterie de l'impunité ce hideux inceste. Au lieu de frapper, il connivait; au lieu de pleurer sur le déshonneur du sanctuaire, il s'absorbait dans les préoccupations de la vanité et la recherche des faveurs populaires.. Et vous autres, vous voilà enflés 'd'orgueil! et vous n'êtes pas dans les

1 Vid. Estius, in lu loc. — ^ I Thessal. iv, 3-7. — 3 Goloss. m, 6. — * Vid. sancL. Ghrvs. in h. loc. — ^ I Cor. v, 1.

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larmes, afin que seit enlevé du milieu de vous l'auteur de xtle action ^ ?

4. On le voit, le sanctuaire « lui aussi connaissait parfois l'infirmité humaine. » L'Apôtre devait adresser môme à des prêtres de sévères réprimandes. Sans doute, alors comme aujourd'liui, fies grandes chutes étaient rares : mais l'orgueil, la vaine gloire, le désir d'une popularité malsaine, l'amour dulmonde et de ses faveurs, l'abus de la parole sainte au profit de la vanité ; peut-être, chez quelques âmes plus basses, les calculs de la cupidité 2 ; quelquefois, chez les plus saintes, de passagères faiblesses, trop bien expliquées 'par les périls de chaque jour : telles étaient les taches qui parfois ternissaient l'éclat de la sainteté sacerdotale et excitaient le zèle du grand Apôtre.

L'engouement de la foule et ses jugements sur chacun de ses prêtres, avaient sur ceux-ci de funestes contrecoups. Ils oubliaient trop que ni celui qui fiante ni celui qui arrose, n'est quelque chose ; mais Celui qui fait tout croître, Dieu. — Quelques-uns s'enflaient ^ : quelques-uns reniaient la folie de la croix qui est la seule sagesse, et préféraient les brillants dehors delà sagesse mondaine*. Cette sagesse montait avec eux dans les chaires, et répandait, au lieu de l'austère et pure doctrine, les élégantes déclamations du rhéteur. Orateurs frivoles, architectes insensés qui bâtissaient l'édifice de la foi non plus avec l'or, l'argent, les pierres précieuses, mais le bois, le foin et la paille^. Heureux encore quand pour captiver ou retenir les faveurs de l'auditoire, ils n'al-

1 I Cor. V, 2. — 2 I Tim. vi, 8-12. — » I Cor. iv, 18. — ^ I Cor. m, 18. — s I Cor. ui. 12.

laient pas jusqu'à violer, par ua impur mélange, l'intégrité du dogme chrétien ^ A quel excès la fascination des louanges pouvait porter ces prêtres vaniteux et mondains, l'Apôtre nous le fait assez entendre dans cette sanglante apostrophe, où, après leur avoir montré l'inanité de leur élévation, il fait apparaître dans sa majesté austère la vie apostolique, à laquelle ils osent bien comparer leur vie légère et mondaine. Dis-moi donc, ô prêtre, ô prédicateur, ô directeur des âmes, qui donc te remarque ? D'ailleurs, qu^as-tu que tu ne l'aies reçu ? Mais si tu l'as reçu, pourquoi te glorifier comme s'il venait de toi ? Déjà vous jouissez de la plénitude! vous voilà riches; à notre exclusion, vous voilà rois! Ah! plût à Dieu que vous fussiez rois, nous régnerions avec vous. A ce qu'il paraît, Dieu nous eX' pose, nous autres apôtres, comme les derniers des hommes, des condamnés à mort, des misérables donnés en spectacle au monde, aux anges et aux hommes! Nous sommes des fous pour la cause du Christ: mais vous, au service du Christ, vous êtes des sages, nous sommes faibles, vous êtes forts ! On vous comble d'honneurs, on nous charge de mépris ^ ! Ah ! c'est bien de popularité, de faveurs et de gloire qu'il s'agit ! jusqu'à cette heure, nous souffrons la faim et la soif, nous sommes nus, déchirés de coups, errants et fugitifs..., rebut du monde et balayures rejetées de partout^ ! Quels hommes! quels héros ! quel spectacle ! Mais tous n'étaient pas dignes, ni d'une telle œuvre, ni de tels ouvriers. Où l'esprit du monde, l'amour du bien-être, la crainte delà souffrance envahissaient les âmes, de tristes défections éclaircissaient les rangs de la milice du Christ, et l'Apôtre

1 II Cor. IV, 2. — * I Cor. iv, 7-11. - » I Cor. iv, 11.

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écrivait douloureusement : Démas qui aimait ce monde m'a abandonné'^.

Parfois même, aux plus saints, l'Apôtre devait, dans les heures de défaillance, rappeler les grandeurs da sacerdoce, les forces qu'il communique au prêtre et l'intrépidité que réclame le grand œuvre de Jésus- Christ. Je t'avertis de ranimer la grâce de Dieu qui est en toi, que tu as reçue par l'imposition de mes mains. Car Dieu ne nous a pas donné un esprit de 'pusillanimité, mais de force... Garde-toi donc de rougir de la confession de Notre-Seigneur,- ni de moi son captif; mais collabore à l'Évangile par la puissance de Dieu ^.

Reposons nos yeux attristés des douleurs de l'Église sur un grand et tout divin spectacle : celui qu'ofîrirent au monde les Apôtres envoyés à sa conquête, il y a dixhuit siècles, et que continue à lui donner à travers tous les âges le sacerdoce catholique.

» II Tim. IV 9.-2 II Tim. i, 6-9.

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