L'ÉGLISE
nos sociétés modernes est d'empêcher obstinément l'Église de déverser sur elles, avec cette « paix ', » ses autres et précieux bienfaits.
V. — Le premier de ces biens, c'est la vérité *. Seule l'Eglise peut dire au monde : a Je suis la vérité^. » Quand la raison humaine fatiguée de ses erreurs^, effrayée des extravagances monstrueuses où elle s'était jetée, abattue de ses déïaites, ot évanouie de ses propres pensées'^, se prit à réfléchir sur l'espérance qui lui restait encore et sur le secours qui seul la pouvait sauver, elle fit entendre par l'organe du plus illustre des sages, ces mémorables paroles : « Il faut attendre que quelqu'un vienne vous instruire: il n'y a qu'un Dieu qui nous puisse éclairer-'. » Ce quelqu'un, ce quelqu'un qui n'est autre qu'un Dieu parlant aux hommes par une bouche humaine, c'est l'Église catholique. En dehors d'elle, je vois l'homme, l'homme seul, l'homme sujet à l'erreur et capable de me tromper. L'homme veut-il m'imposer un symbole, pénétrer dans l'inviolable sanctuaire de ma conscience, courber mon intelligence devant un credo, et ma volonté devant un décalogue, je lui demande au nom de qui il me parle; si en lui je ne trouve que l'homme, je passe, et refuse justement ce que l'homme n'a pas droit d'exiger de moi. Sans doute, la foi humaine existe, parce qu'un enseignement existe, que cet enseignement est nécessaire, vénérable, qu'il a mission de faire la première éducation de l'homme, qu'il est à la base de toute science, et
» I Tim. II. 2. — - Joan. xiv, 6. — ^ Rom. i. — ^ Rom. i, 21. — * Platon, ApoL Socrat. — * Voir l'Appendice A.
que c'est lui qui va prendre pour l'éveiller l'âme encore endormie dans les impuissances du premier âge. Mais qui me donnera la vérité tout entière ? La vérité sur les plus obscurs problèmes dont ma destinée réclame 'impérieusement la solution ? La vérité sans hésitation, ni tâtonnement, ni contradiction? La vérité sans erreur, sans défaillance? La vérité enfin qui vienne à moi et me dise : tout ce que tu dois savoir, je vais te l'apprendre : mais toi. donne-moi ton âme entière sans en rien retenir : je t'interdis le doute et jusqu'à la plus légère oscillation; garde inébranlable la confession de ton espérance* ? Quelle vérité peut promettre et exiger cela? La vérité divine toute seule, c'est-à-dire la vérité catholique. Qu'est-ce que cette vérité ? qu'est-ce que cette révélation? c'est la parole de Dieu sous la garde de l'Église qui la transmet au monde infailliblement.
Remontons à la source. Dieu parle, le Fils de Dieu « converse avec les hommes ^ ; » et après lui, achevant son œuvre, l'Esprit dépose dans des âmes choisies, dans des « témoins prédestinés » ces secrets du Très- Haut, et envoie au monde ces hommes illuminés des splendeurs divines, et préservés à jamais, par une assistance spéciale, des erreurs qui altéreraient l'intégrité de leur dépôt. Parole divine : dépositaires choisis : transmission sans altération possible, voilà tout le secret de l'infaillibilité de l'Église. Dieu, après avoir autrefois parlé à nos pères bien souvent et de bien des manières, nous a dernièrement, en ces jours, parlé à nous-mêmes par son propre Fils ^. Ainsi la vérité catholique n'est autre que le texte authentique des colloques de Dieu avec l'homme. La vérité catholique commence par être an-
» Hebr. x, 23. — 2 Baruc. m, 38. — » Hebr. i, 1.
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noncéepar le Seigneur* : des lèvres divines, elle passe dans le cœur d'une société enseignante, où elle se fixe, se « confirme, « s'incarne, et sous la garde d'une spéciale intervention de l'Esprit-Saint, demeure dans une éternelle fraîcheur et une inaltérable intégrité, développant ses splendeurs de siècle en siècle, sans vicissitude ni changement. L'Église enseignante, c'est Dieu même continuant, par l'organe de rhomrae,à parler au monde sa première parole.
Maintenant laissons approcher le rationalisme. L'infaillibilité dans un corps enseignant lui semble une folie, et la prétention de l'Église catholique de courber rinlelligence sous une infaillible parole, une suprême impertinence. Il nous mène au Vatican, il nous en ouvre le sanctuaire, et nous montrant là quelque frêle vieillard, il nous demande à quelle folie a pu monter notre fanatisme pour que là, là seulement, dans l'âme et sur les lèvres de cet homme, nous placions la vérité infaillible. Eh bien ! oui, elle est là! et elle n'est que là. Et pourquoi elle est là, et là seulement, en voici la magnifiqueraison.' iVows ne nous prêchons pas nous-mêmes, mais bien Notre Seigneur Jésus-Christ : nous sommes vos serviteurs par Jésus-Christ. Le Dieu qui du milieu des ténèbres a commandé que la lumière resplendisse, le même Dieu resplendit dans nos cœurs afin que nous puissions illuminer 2. Ah ! nous sommes bien d'accord ! tant que nous n'aurons en face de nous qu'un homme, nous n'accepterons sa parole qu'en nous réservant le contrôle et en suspendant notre foi. Mais il ne sagit pas de l'homme; Dieu est là! Dieu resplendit'^; — Dieuparle^ :
1 Hebr. 11, 3. — 2 n Cor. iv, 5, 6. — « II Cor. iv, 5. 6. — * Hebr. i. 1, 2.
iO CHAPITRE SIXIÈME
— nous nous acquittons, pour le Clirist^ d'une ambassade, et c'est comme si Dieu exhortait par nous\ tant c'est toujours sa parole que nous parlons, sa vérité que nous manifestons sans Vadultèrer^ d'aucune erreur. Pour annoncer infailliblement la vérité; pour se poser au milieu du monde, au sein des ruines de tant de philosophies détruites et de systèmes écroulés, avec la prétention de les remplacer tous, de tourher toute intelligence^ sous le joug d'un infaillible et immuable symbole, il faut être de Dieu, parler la parole de Dieu, et la parler sans l'altérer jamais : voilà certes qui est de toute évidence. Aussi écoutez l'Église catholique. Je vous ai livré ce que moi-même j'avais reçu^ : ca.r je vous déclare, mes frères, que l'Évangile que je vous ai prêché n'a rien de r homme : ce n''est pas de l'homme que je l'ai reçu, ni appris; c'est d'une révélation de Jésus-Christ'^. — C'est par révélation que m'a été manifesté le secret^. Nous nous disons infaillibles et nous exigeons la foi : je le crois bien ! puisque Dieu est là, et que votre foi repose, non pas sur une philosophie humaine, mais sur la puissance de Dieu. Nous parlons sagesse parmi les parfaits, mais une sagesse qui n'est pas de ce monde, ni des princes de ce monde qui périssent emportant avec eux dans l'oubli de la tombe leurs fragiles philosophies : nous parlons, nous autres, la sagesse de Dieu''. Le miracle n'est pas que le pape soit infaillible; le grand miracle serait qu'il ne le fût pas, que l'Eglise catholique, l'Église du Dieu vivant, la colonne et le fondement de la vérité^, fût la ruine de la vérité : qu'ayant au cœur un Dieu tout étincelant ^, elle
« II Cor. V, 20. — 2 II Cor. iv, 2. — 3 II Cor. x, 5. — » 1 Cor. xi, 23 ; — XV, 3. — s Galal. i, 11, 12. — g Ephes. m, 3. — ^ 1 Cor. II, 5, 6. — 8 I Tim. m, 15. — ^ II Cor. iv, 6.
pnvoj'At au monde les ombres de l'erreur; et que du loyer même de la lumière s'étendissent sur les intelli- .;.';en('cs les voiles de l'obscurité.
(loncluons. Rien au monde de plus garanti et de plu? infaillible que la vérité catholique. Rien non plus de plus universel.
2. Dieu resplendit dans notre cœur*. Creusons encore ce mot magnifique, il renferme bien d'autres ricliesses. Dieu renouvelle pour le monde des âmes, le bienfait «ont il dota le monde matériel; le bienfait d'une uni- '/BPselle lumière. Supposons que Dieu enlève du firmaiiient des âmes le soleil de la vérité catholique, et qu'il •a ■-■■.: dô la vérité un trésor que chacun doit découvrir pai oes seules investigations : ah! je le suppose un instant, les savants blanchis par l'étude atteindront à cette noble conquête; les hommes d'opulence et de loisirs y consacreront leur facile existence; les rois de l'intelligence en sauront glorieusement trouver les traces ; mais les petits, mais les pauvres, mais l'artisan, mais le malade, mais l'homme qui doit chaque jour et pied à pied, disputer au besoin sa rude vie, et acheter de ses sueurs le morceau de pain qui l'empêche de mourir ? mais l'innombrable multitude des impuissants, les voilà donc réduits à vivre sans vérité, sans conviction, sans espérance, sans avenir? Ah ! s'écrie l'Apôtre:
Il n'y a pas de distinclion Dieu est le Dieu de tous,
riche pour tous^. 0 admirable vérité catholique! En même temps qu'elle fait pâlir le génie devant ses abîmes, elle s'approche de l'enfant, lui ouvre ses bras maternels, lui parle une langue qu'il comprend, et le
1 II Cor. IV, 6. — 2 Rom. x, 12.
laisse illuminé de ses plus riches splendeurs. Tous les hommes, à quelque point qu'ils se trouvent placés, le laboureur de la plaine, comme le pâtre des montagnes, aperçoivent le soleil; pour se soustraire à ses illuminations souveraines, il s'en faut volontairement exiler. De même du soleil des âmes, de la vérité catholique : à quelque degré de fortune ou de génie que l'homme se trouve placé, pâtre ou monarque, vaste intelligence ou humble compréhension, la vérité vient à lui et l'emporte avec elle sans effort comme sans danger, aux plus merveilleuses élévations. L'homme spi7ntuel juge de tout *. Eh bien ! n'est-ce pas là un prodige comme Dieu seul les peut accomplir ? Là où les plus beaux génies se sont brisés sans espérance, le plus humble des enfants de l'Église trouve une vaste carrière où il s'engage et qu'il parcourt sans hésiter : Nous osons toujoui^s ^ ! Où Platon reste muet, l'enfant chrétien jette en se jouant les plus sublimes réponses. Qu'est-ce que ce monde? au delà, dans l'immensité qu'y a-t-il? Et Dieu, qu'est-il en lui-même? Que suis-je moi-même? D'où viens-je, et où vais-je, atome perdu entre deux immensités? Qu'estce que mon âme ? Où va-t-elle quand mon corps se dissout dans la tombe? Mais cette tombe elle-même, quel affreux mystère renferrae-t-elle ? Pourquoi la douleur ? Pourquoi cette longue agonie qu'on nomme une vie? Pourquoi la mort? Et au delà?.... Grand Dieu, quels problèmes ! Je le veux, l'homme plongé dans les sens, et qui n'a plus un regard pour ces questions formidables, peut parvenir à la tranquillité stupide de la brute que l'on mène inconsciente à la boucherie ; mais l'âme dont le vol n'est pas encore brisé; l'âme qui, au
» l Cor. II, 0. — 2 II Cor. v, 6.
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jour des mystérieuses tristesses et des secrètes anxiétés, se replie surelle-mème, se regarde, s'interroge, et veut l)on'or l'avenir. Quelle situation, si la vérité catholique n'illumine pas sous son regard tant et de si clVroyables abîmes! Voyez- maintenant le fils de la lumière \ Il sait tout, il juge de tout'. Et comment s'cst-il élevé à ces hauteurs d'une science rlont les plus puissants esprits n'ont pu même approcher ? Ah ! le moyen est aussi simple que sublime; il s'est emparé de l'intelligence même de Dieu. Qui n'a pu connaUre la pensée de Dieu pour en être instruit ? Nous avons, nous autres, la pensée du Christ^. — Dieu nous a fait des révélations' par son esprit: l'esprit scrute tout^ jusqu'aux profondeurs de Dieu. Qui des hommes sait ce qui est en lui? Ainsi de l'intérieur de Dieu : nul ne le connaît que l'esprit de Dieu. Or, nous autres, ce n'est pas fesprit de ce monde que nous avons reçu, mais l'esprit de Dieu, par qui nous connaissons les biens dont Dieu nous a comblés^, — les inscrutables richesses du Christ^] et tous, nous sommes illuminés par la révélation des secrets enfermés depuis les siècles en Dieu qui a tout créé ^. L'humanité chrétienne suit donc sa route, se rend à son éternité, sous les flots d'une immense et intarissable lumière : fille de la lumière et du our^; — lumière elle-même dans le Seigneur'', et projetant sur le monde la seule lumière qui puisse chasser l'horreur de sa nuit».
3. A la certitude et à l'étendue s'ajoute, comme troisième prérogative de la vérité catholique, l'inébranlable
» I Thessal. v, 5. — s I Cor. ii, 13. — » I Cor. n, 16, 10-12. •- * Ephes. m, 8. — « Ephes. m, 9. — s I Thessal. v, 5. — ^ Ephes. V. 8. — » Eohes. v. 13.
fermeté. Où les autres flottent incertains, entre l'erreur de la veille et celle du lendemain, seul le chrétien affirme, est sûr, n'hésite pas, inébranlable devant le sophisme, comme en face du glaive : il dit : nous savons ^ ! il dit : nous avons le même esprit de foi, comme il est écrit : J'ai cru, et voilà pourquoi]' ai parlé ;et nous aussi nous croyons, et voilà pourquoi nous parlons ^\ Le chrétien parle, il récite son symbole, il expose sa foi, sans souci des rires, ou des sifflets, ou des tempêtes. Que lui importent vos négations ou vos doutes? Il sait ! « J'en appelle à vous. Vous avez vu des catholiques ; sommes-nous des hommes de doute? Voyez-vous ce peuple entendant d'un côté la parole de l'Église qui affirme, et de l'autre votre parole qui nie ; le voyez-vous hésiter? L'enfant qui fait sa première communion est-il troublé par la crainte de se tromper ? Vous remuez le ciel et la terre contre des enfants, des paysans, des soldats, des femmes; armés de pied en cap, chevaliers de l'erreur, vous montez à cheval, bardés et caparaçonnés, et vous descendez dans la lice contre la vile plèbe de l'humanité; le peuple chrétien vous écoutet-il ? Il passe son chemin, il va à l'éternité sans vous regarder, sans vous entendre; est-ce là le doute ^ ? » Inébranlable, le dogme catholique est de plus immuable.
4. Immuable ! Comment ! alors que tout vieillit, se déforme, s'use, s'évanouit, prxterit figura. Quoi ! l'esprit humain a lu à peine une page de son histoire qu'il tourne le feuillet pour trouver du neuf, fatigué des leçons de ses sages un instant à peine après les avoir reçues ! d'où vient à la vérité catholique toute son étrange immutabilité? Ah ! c'est que Dieu est là ! Tout
» B. Paul, prtisim. — *IIGor.iv,l3. — 3 Lacordaire, conf.XVII".
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vkillira comme un vHnncnt mais toi, tu es le même, et
tes années ne défaiUiront pas '. — Le Christ était hier, il est aujourd'hui^ il sera dans l'éternité 2 ! Sa parole, après dix-huit siècles, n'a pas changé d'un « iota ou d'un pointa « Ce que Jésus-Christ affirmait, est affirmé; ce qu'il niait, est nié ; ce qu'il révélait, est cru toujours ; et telle elle retentissait aux plages de la Galilée, dans les solitudes des déserts, au milieu du temple, telle sa divine parole retentit encore toute vive dans le monde entier, incorruptible aussi bien qu'immuable. Elle est sortie pure de l'épreuve du sang. Les sarcasmes des sages, les « adultères '* » de l'hérésie, les doutes et les négations de l'incrédulité l'ont laissée immaculée ; et après tant de siècles et de vicissitudes, elle garde sur les lèvres de nos pontifes sa splendeur première et son intégrité.
Et ce n'est pas ici l'immobilité de la tombe; immuable, le symbole catholique donne pour garant de sa vie, ses magnifiques épanouissements à travers les siècles : « il s'augmente ^, « en déroulant les richesses dont il reçut la plénitude dès l'heure de sa création. Au premier instant où il fut conçu, Jésus-Christ était la plénitude ^, — le trésor universel, renfermant toute sagesse, toute science, « toute grâce, toute vérité^; » pourtant, « il
croissait et se fortifiait, plein de sagesse ^ „ Qu'est-ce
à dire, il croissait ? Sans doute, il montrait peu à peu au monde les merveilleuses grâces dont il n'avait jamais cessé d'être rempli. Ainsi en est-il du symbole catholique : complet dès sa première formation, il tire sans cesse de lui-même de nouvelles richesses, et ne cessera
1 Hebr. i, 11, 12. — 2 Hebr. xiii, 8. — 3 Mcilh. v, 18. — * Il Cor. IV, 2. — 5 Ephes. IV, 4G. — « Coloss. i, 19. — " Joan. — «Luc. 1, 80.
de se développer, jusqu'au jour où nous parviendrons tous à l'unité d'une même foi et d'une même connaissance ^ . C'est ainsi que la vérité catholique oppose aux deux suprêmes misères de l'erreur, la fluctuation et la stérilité, deux suprêmes perfections ; l'immutabilité et la variété.
5. La fécondité fait sa dernière gloire. Où le soleil ne jette pas son regard, tout languit et meurt ; un sol glacé garde sans les vivifier les semences qu'une main imprudente lui confie. Tel est infailliblement l'état des âmes qui ne sont pas filles de la lumière 2, et où, Dieu ne resplendit fas^. Une stérilité désolante y règne, et la vertu n'y est plus même connue de nom. Certes, si nous regardions en arrière les brillantes civilisations du paganisme, ces sociétés qui marchaient dans la vanité de leurs sens, dont l'intelligence était tout obscurcie de ténèbres ^^ avec quelle vérité sanglante nous apparaîtrait ce que nous venons d'avancer ! Mais non, plaçons-nous en plein dixneuvième siècle, dans ce milieu où la vérité catholique est niée et poursuivie, et où le Dieu de ce siècle aveugle les intelligences, pour que l'éclat de l'Évangile de la gloire du Christ, image de Dieu, ne les illumine pas ^. Ah ! il y a là sans doute de puissants esprits ; et quelles ressources sont les leurs ! Ils occupent tous les postes, concentrent les influences, font seuls retentir les chaires de l'État, sont les rois des académies, dirigent la presse, commandent en souverains à l'opinion publique, et plus encore que tout cela, se font les éducateurs officiels de la plus grande partie des jeunes gens. Eh bien ! leurs
« Ephes. IV, 13. — 2 1 Thessal. v, 5. — 3 n Goi-. iv, G. — '- Eplies. — 5 II Cor. IV, 4.
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œuvres, où sout-elles? Uù apparaissent les traces vives de leurs vertus? Quels rois ont-ils abattus aux pieds des pauvres? Dans quels h(*)pitaux leurs rcliffjcux et leurs religieuses vont-ils baiser les plaies saignantes, et vouer la fraîcheur de leur jeunesse à l'eflroyable étreinte de la douleur ? Qu'ils citent une institution, une seule, dont un héroïsme quelconque fasse le fond, et qui ne soit pas née au souffle de la vérité catholique ? Ah ! ils sont grands parleurs de devoir et de vertu ! Volontiers, comme ce philosophe qui écrivait le panégyrique de la pauvreté sur une table d'or, ils composent d'élégants traités, sur le beau, le bon, le vrai, l'honnête. Mais saint Paul, de son impitoyable main, lève le voile, et montre, la nuit, prostituées dans la chair, ces intelligences que l'on croyait filles de la vérité et de la vertu. Ce qu'ils font dans l'ombre est honteux même à dire * ! Seule la vérité catholique sait faire éclore les véritables et fécondes vertus : vous voilà maintenant lumière dans le Seigneur, conduisez-vous en fils de la lumière ; le fruit de la lumière, c'est toute sorte de bonté^ de justice, de vérité 2. L'Église dit : « heureux les miséricordieux 3, » « les doux*, » les charitables ; et par milliers les fils de la vérité catholique s'en vont sur la route des douleurs humaines, recueillir toutes les misères, les presser sur leur cœur, et leur verser tous les baumes de la charité. L'Église dit : « Bienheureux les pauvres^, » et partout la pauvreté volontaire fait voir au monde stupéfait des prodiges de force et d'abnégation. L'Église dit: « Bienheureux les hommes au cœur pur «, » et de cette seule parole jaillit ce que la terre n'a jamais vu, des vierges vouées à un célibat perpétuel, un clergé
1 Ephes. V. 12. — 2 Ephes. v, 8, 9. — s Math. — * Math. — 6 Math. — 6 Math.
vierge, une jeunesse c||^aste, un foyer domestique chaste^ une humanité entière, ou gardant sans tache la chasteté, ou lui rendant dans les larmes puissantes son éclat premier. L'Église dit : « Bienheureux les humbles ! »et les plus furieuses des passions, l'amljition et l'orgueil, se trouvent tout à coup domptées. L'Eglise dit : « Bienheureux ceux qui pardonnent! » et au cœur de l'homme, la haine, la vengeance, les amères rancunes, les sanglantes indignations font place à la bonté qui pardonne et à la magnanimité qui oublie.
Ainsi s'est faite par l'Eglise l'éducation divine d'un monde que l'orgueilleuse impuissance des sages avait achevé de pervertir. C'est elle qui est notre mère ^ ; mère bénie, mère céleste, qui nous enfante, nous allaite, nous fait grandir, nous apprend à bégayer de divines choses, nous illumine de ses clartés, nous façonne à l'héroïsme de ses vertus, et nous mène, après le pèlerinage du temps, dans son royaume de l'éternité.