‹ Saint PaulChapitre 5 sur 31 · Le Docteur angélique enseigne avec toute l'autorité · texte numérisé non relu

Le Docteur angélique enseigne avec toute l'autorité

1 Ephes. II, 20.

de son génie et de sa science, que les apôtres confirmés en grâce étaient impeccaljles, tributaires seulement de ces défaillances de la nature qui, sans blesser l'âme, la maintiennent dans la vigilance et l'humilité. Paul est assailli de ces impérissables adversaires surgis de sa propre nature : il lutte, il prie : peut-il périr ? non ; une voix divine proclame sa victoire à jamais assurée... // m'a été donné V aiguillon de ma chair, ange de Satan, pour me souffleter ; j'ai trois fois prié le Seigneur de l'éloigner de moi, et le Seigneur m'a répondu ; ma grâce te suffit. Le combat continuait, l'Apôtre, confirmé dans la grâce, était invincible. Mais l'exemption du péché n'est qu'un premier élément de la sainteté ; les vertus pratiquées jusqu'à l'héroïsme construisirent l'édifice sur le terrain que l'impeccabilité avait déblayé. Le même saint Thomas affirme que les Apôtres sont supérieurs en sainteté à tous les autres saints par la plénitude et l'intensité de leurs vertus ^. Dans ces âmes bienheureuses, comme dans un océan immense, sont tombés à la fois tous les fleuves delà sainteté; toutes les vertus qui devaient orner la famille entière des saints, s'y trouvaient réunies 2. Cette suréminence de sainteté chez les apôtres surgissait de la plénitude toute extraordinaire degrâces et de charité versée dans leur âme, et la raison de cette plénitude ressort elle-même de la grande loi providentielle d'après laquelle l'effusion de la grâce est toujours proportionnée à la sublimité et à l'importance de la mission confiée à un être 3. Or quelle plus sublime mission se peut concevoir

1 Quant à saint Joseph, il rentre comme la très-sainte Vierge, quoique à un titre bien différent, dans un ordre tout spécial de grâces. — -D. Thom. in Epist. ad Gai. lect. III, cap. 11. — ' D. Thom. in Epist. ad Rom. lect. V, cap. vui.

LES APOTRES FONDATEURS DR l/Ér,LrSE 103

que celle de fonder et de soutenir pour les .siècles l'Église de Dieu ? A les contempler, ils apparaissent les plus complètes et les plus vivantes images de l'IIomme-Dicu ; ils mènent sa vie, font son œuvre, pratiquent ses vertus, boivent son calice, et partagent après les douleurs du martyre, les gloires do son sépulcre. De leur cendre, comme de l'humanité du Christ, « s'échappent des vertus ', »ct des dons gratuits qui ornent leurs tombes, ils les possédaient durant leur vie, dans une entière plénitude. Les puissances miraculeuses partagées entre les autres saints, sont en eux rassemblées. Les Apôtres furent à la fois prophètes et thaumaturges, réunissant en eux tous les dons des miracles. Écoutons saint Chrysostome commenter ce texte de l'Apôtre : Dieu a institué dans l'Eglise en premier lieu les Apôtres, puis les prophètes, puis au troisième rang les docteurs et les pasteurs, puis le don de guérir. « Voyez-vous comme l'apostolat est le faîte des dignités ? Voyez-vous les Apôtres occuper les plus élevés des trônes, et personne au-dessus d'eux ? personne plus grand qu'eux ? Le premier rang est assigné aux Apôtres, le second au prophètes, le troisième' aux docteurs et aux pasteurs ; puis viennent le don de guérir, le don de secourir, de régir, de parler les langues. Or l'apostolat n'est pas simplement la tête des autres dignités, il en est encore la racine et le fondement. Et de même que la tête, au lieu élevé qu'elle occupe, n'a pas seulement le rang suprême et la royauté du corps, mais est le principe vital universel, de même l'apostolat ne domine pas seulement les autres dons, mais en retient en soi les puissances diverses. Le prophète n'est pas apôtre, mais l'apôtre est le plus éminent prophète ;

» Luc. VI, 19,

il a le don de guérir, le don de parler toutes les langues, le don de les comprendre et de les traduire. En lui sont résumées et comme enracinées toutes les grâces à la fois^. »

2. A l'éminence des vertus et des dons gratuits, se joint l'éminence des lumières, versées aux Apôtres dans une mesure incomparablement plus large qu'aux autres saints. Le Docteur angélique nous en donne ces trois raisons : 1° Ils conversèrent avec le Verbe de vie, et reçurent l'efiFusion de l'Esprit-Saint. Quels torrents de lumière ne durent pas jaillir de ces deux divins foyers ! Et n'avaient-ils pas comme Jéhovah « placé dans le soleil même leurs pavillons ^ ! » 2° Dieu n'employa pas pour les instruire les symboles et les voiles qui ne laissaient s'échapper sur les autres intelligences que des demiclartés. Eux furent plongés dans la lumière divine: CoJitemplant face à face la gloire du Seigneur, ils étaient transformés en la même lumière, de lumière en lumière, par l'illumination de l'Esprit du Seigneur '.-S» La troisième raison trouve dans la sagesse divine un inébranlable fondement. La sagesse de Dieu devait aux Apôtres d'extraordinaires clartés parce que' les Apôtres, placés au firmament de l'Église comme des astres, étaient des. tinés à verser au monde pour toute la durée des siècles ces lumières chrétiennes, dont une nuit de quatre mille ans devait être illuminée, dont toutes les âmes devaient être éclairées et échauffées, clartés si vives, si puissantes, si invincibles que pas une nation ne pourrait, s'y soustraire, pas une incrédulité les vaincre, pas une erreur

1 Sanct. Chrys. in princip. Actor. hom. III, 3. — ^ l'sal, XVIII. 6. - 8 II Cor. m, 18.

Page 1