LES APOTRES FPNDATEURS DE L'ÉGLISE
en triompher, pas un seul point des temps ou de l'espace être privé de leur vivifiant éclata Quel foyer fallait-il pour un semblable rayonnement? Quelle base au vaste et impérissable édifice de la vérité sur la terre ? Aussi l'Esprit-Saint vint-il « enseigner aux Apôtres toute vérité 2. » Toute vérité ! Quelles magnificences et quels abîmes dans ce simple mot ! Saint Paul nous les découvre ou plutôt nous les fait pressentir. Nous parlons sagesse parmi les parfaits^. Quelle sagesse? La plus profonde, la plus élevée : sagesse surhumaine *, sagesse divine ; nous parlons la sagesse de Dieu^l Dieu nous a mis en face d'un abîme infini qui est Lui-même ; et illuminant cet abîme, il nous en a révélé les profondeurs. A nous tous Dieu Va révélé par son Esprit : l'Esprit scrute tout jusqu'aux
derniers abîmes Les secrets de Dieu, nul ne les pénètre
que l'Esprit de Dieu, et nous,.... c'est V Esprit de Dieu que nous avons reçu pour apprendre de lui tout ce que Dieu a fait pour nous''. Ah ! on peut «nous trouver, nous autres qui laissons là les artifices des rhéteurs, inhabiles à la parole, mais non pas certes à la science "^ ! Ce que la philosophie humaine, ce que les sages, ces « rois du monde s, » n'ont jamais connu, ni même pu concevoir, nous en répandons sur le monde les splendides manifestations. Me voici établi ministre (de l'Église) selon la charge que Dieu m'impose, et que je dois accomplir près de vous, charge d'annoncer la parole de Dieu, le secret caché à tous lés siècles, à toutes les générations, découvert maintenant aux saints de Dieu à qui Dieu a voulu en manifester les glorieux trésors *. — Et voilà pourquoi^ moi Paul, prison-
1 Psal. XVm, 7. — 2 Joan. xvi, 13. - s I Cor. ii, 6. — * I Cor. 11^ 6. — 5 l'Cor. II. tl. — G I Cor. ii, G-13. — ' II Cor. xi, G. — 8 I Cor. Il, 8, — 9 Goloss. i, 25-28.
nîerde Jésus-Christ, je porte ces fers pour vous. Car vous aurez appris la grâce que Dieu m'a communiquée, et que je dois vous rendre. Par révéialionj'ai appris le secret, je vous en ai plus haut dit quelque chose, de sorte que vous pourrez à cette lecture comprendre toute l'intelligence que j'ai du mystère du Christ ; mystère qui dans aucun temps rCa été connu des enfants des hommes, comme il est révélé maintenant par r Esprit-Saint aux saints Apôtres et aux prophc»
tes A moi le dernier des saints a été accordée cette grâce
de découvrir aux Gentils les inscrutables trésors de Jésus- Christ, et dHlluminer tous les hommes \.. Illuminer le mondç, quelle mission ! Quelles clartés pourront être refusées à ces hommes dans le cœur desquels Dieu lui-même a élincelé ^ ? Mais quoi ! le rayonnement de ces astres apostoliques ne s'arrête pas à la terre ; il se projette jusque dans le ciel même ; et les anges n'ont connu les dernières sublimités des plans divins, qu'à la prédication des Apôtres, à la formation de l'Église, à l'entier accomplissement des merveilles dont ils n'avaient jusque-là que; d'incomplètes notions : de telle sorte que par les Apôtres, les Principautés et les Puissances qui sont dans les deux ont connu par l'Église la multiforme sagesse de Dieu K
3. Enfin la plénitude de sainteté et de science se couronne par la plénitude des pouvoirs ; et ces pouvoirs uniques au monde se résument, d'après saint Thomas, dans une fécondité merveilleuse et une autorité sans égale.
Certes, il "^est déjà grand ce patriarche des anciens
1 Ephes. m. — « Il Cor. iv, 6. — » Ephes. m, 10 ; — Vid. Estius in hune toc.
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dges, que Dieu fait sortir dans la campagne, sous le ciel étoile de la nuit. « Lève les yeux au ciel, compte les étoiles, si tu le peux; ainsi sera ta postérité'!» Réunissons toutes les splendeurs de la loi nouvelle : ces Écritures sacrées, bien plus profondes, plus lumineuses, plus sublimes que les anciennes; ces grands sièges, ces patriarcats, ces métropoles, ces évêchés, ces innombrables prélatures, la famille plus innombrable encore des simples prêtres; derrière eux le peuple chrétien qui depuis dix-huit siècles remplit le monde ; cette parole divine qui retentit, ces flots de grâce qui coulent, ces sacrements qui sauvent et divinisent les. âmes, cette migration incessante des élus vers les cieux, trésors communs du ciel et de la terre ; accumulons nos merveilles chrétiennes : eh bien ! en face * de ces insondables richesses 2, « l'Apôtre peut dire : vous sortez de moi ! c'est moi qui vous ai engendrés * ! Véritables pères ^ de la famille chrétienne, c'est en eux que sont renfermés, c'est d'eux que sortent et sortiront jusqu'à la consommation des siècles tous ceux qu'enfante l'eau baptismale, que sacre l'onction royale de la grâce, et que la gloire reçoit dans ses splendeurs. A cette fécondité toute divine joignez d'immenses pouvoirs.
Pouvoirs, dit saint Thomas», absolus, universels^ divins.
Voyez ces nouveaux rois du monde, plus exigeants, plus absolus, plus envahisseurs que ne furent jamais empereurs et conquérants. Quel programme et quelles prétentions ! Les armes de noire milice ne sont pas de la chair; elles ont en Dieu la puissance de renverser les rem-
1 Gen. XV, 5. — - Ephes. m, 8. — 3 I Cor. iv, 15. — '-> I Cor; IV, 15. —«Comment, in Paul.
parts, de détruire les conseils, et toute hauteur qui se dresse contre la science de Dieu ; de réduire en servitude toute intelligence pour en faire l'esclave du Christ; de châtier toute rébeUion^ . Qui régna jamais comme régnèrent les Apôtres? Et quel pouvoir enserra jamais l'homme entier dans d'aussi formidables liens ? Tout est subjugué, tout est dans les chaînes; l'âme, le corps, l'intelligence, la volonté, le cœur. Ces conquérants d'un nouveau genre forcent l'entrée des plus inviolables sanctuaires, pénètrent au plus intime, et posent là le siège d'une domination inouïe. Et ce que pas un César, dans la folie de l'omnipotence, n'eût osé même rêver, les douze le réclamaient impérieusement, et l'obtenaient ! Ils l'obtinrent du monde entier ; car leur domination ne fut pas seulement absolue, elle fut encore universelle.
Qui réalisa jamais ce rêve si beau, mais si chimérique de la domination universelle? Qui des sages? qui des philosophes? qui des savants? qui des rois? qui des conquérants ? Socrate fonde à peine une école; Alexandre, un empire qui disparaît avec lui ; Napoléon, une domination qui n'atteint pas la longueur de ses jours. Mais l'empire universel ! la domination embrassant à la fois tous les peuples, toutes les classes, tous les âges, toutes les intelligences, toutes les volontés, toutes les âmes; une domination traversant tous les siècles et fondant sur les ruines de tous les empires écroulés, un trône toujours jeune, une autorité toujours forte? Qui a fait cette œuvre, la plus merveilleuse des œuvres ? Les -Apôtres, et eux seuls. Et si la raison demeure stupéfaite devant ces quelques pauvres, à l'apparence chétive^ au langage
1 H Cor. X, 3-7.
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sans distinction^ qm soulèvent lemonde, le bouleversent, le détruisent, le refont à leur gré, l'explication du prodige est facile. Cette puissance des Apôtres n'est absolue et universelle que parce qu'elle est divine.
Au monde stupéfait de ses premiers miracles, Pierre disait tranquillement : « Pourquoi donc vous étonner? pourquoi ces regards tournés sur nous, comme si c'était par notre vertu ou notre puissance que nous eussions fait marcher ce boiteux? Dieu... a glorifié son fils Jésus... dont nous sommes les témoins 2. » Paul ne cesse de donner aux peuples la même idée de son apostolat etdeses pouYoivs.Qu est-ce qu'Apollon et qu'est-ce que Paul ? Les ministres du Dieu aiUfluel vous avez cru ; et ils n'ont que ce que Dieu donne à chacun... Nous sommes les auxiliaires de Dieu^. — Voici ce que lemonde doit voir en nous : des ministres du Christ, des dispensateurs des mystères de Dieu''. L'Apôtre est V or ga.ne de Dieu; il est le léger nuage au travers duquel Dieu darde ses rayons sur le monde ; ï)ieu étincelle en Vâme^ de l'Apôtre. Si l'Apôtre lève sur une création coupable et condamnée la main qui absout et bénit, c'est que Dieu a mis en lui le mot de la rcconciliation^. S'il traite avec la terre les grandes affaires de l'éternité, c'est qu'if est ambassadeur représentant le Christ'. Si sa bouche, la seule bouche au monde, laisse tomber sur le monde une vérité toujours pure, efficace, invincible, c'est que Dieu exhorte par lui^; s'il pardonne, c'est en la personne duChrist^ ; s'il frappe, c'est par la puissance que Dieu lui a donnée*'^, c'est avec la force du C/irwî^' ; s'il triomphe, s'il accomplit la plus
1 II Cor. X, 10. - 2 Act. m, l^, 13, 15. - s I Cor. m, 4, 9. — » I Cor. IV, 1. — ■i 11 Cor. iv, G. — '-Il Cor. v, 10. — - II Cor. v, 20. — '^ II Cor. V, -20. — -^ H Cor. 11, 10. — 'o II Cor. xiii, 10.— " I Cor. v.. 4.
prodigieuse des œuvres ; s'il jette au monde une paroleque toutes les forces du monde ne parviennent pas à enchaîner * ; si dans ■ une immense carrière ^, de l'Orient à l'Occident^, il remplit tout de l'Évangile de Jésus- Christ ; s'il est partout un triomphateur '', c'est dans le Christ Jésus^, c'est par une force qui lui vient de Dieu 6; et quand il entonne, comme un autre Moïse', ses chants de victoire, ce sont les grandes œuvres du Très-Haut qu'il raconte, et il se garderait de parler de conquêtes que n'aurait pas par lui faites le Christ lui-même 8.
Le dernier mot de l'Apostolat reste donc ce mot de saint Paul cité plus haut : Que le monde voie en nous des ministres du Christ, et des dispensateurs des mystères de Dieu^. Successeurs des Apôtres, les évêques sont compris dans cette définition glorieuse ; après eux, mais sans la même plénitude, les simples prêtres, le sacerdoce catholique tout entier, dont TApôtre va nous retracer à la fois les grandeurs, les fonctions augustes, les vertus et les droits sacrés.
» II Tim. II, 9. — 2 I Cor. xvi, 9. — s Rom. xv, 19. — ^ II Cor*. II. 14. - 3 II Cor, II, 14. — 6 II Cor. x, 8. — ^ Exod, xv, 21 — 8 Rom. XV, 18. — 9 I Cor. iv, 1.