ITE DE PAUL A ROME
DE PAUL CAPTIF v
ie a un'e lieure decisive du
t le, temps ou ce prmce^ .
jnec|ue et de Burrhus, se
ifainie. Vicieux jusqu'aux
^e 1'instinct du sang et de la
che grandeur qui rehaus-
ui etait ;frivole : ambition
artiste ridicules,, gouts et
e, assouplie aux roles coii-
lase tragique comme aux
rippine Tavait petri de la
, mais surtout en vue:de
honneur meme d'un fils a cherchait qu'un instrumanier a False, elle ayait s6 tout ressort; - Quelque dssant propre a colorer le ,''- Burrhus >et. Seneque en -'-." 1
eurent le soin. Nul a Rome n' en etait plus digne; mais, quelle que fut la vigueur d'ame chezl'mi, la force de la pensee en 1'autre, ces deiix sto'iques tenterent vainement d'infuser seve de vertu dans un coeur fletri des Tenfance ; tout an plus reussirent-ils '& 1'eprendre d'art et de poesie. Parbonheur, leur ascendant se maintint quelque temps sur le jeune debauclie, devenu a dix-sept ans maitre du mbnde, et ils en userent pour inaugurer un regne equitable et doux.
Les cinq annees dq ce gouverneraent demeurerent celebres, cheres entre toutes aux Romains 1 ,-mais; cetle ere pacifique dans un siecle violent ne dura qu'au prix d'etranges tolerances. Les desordres.de Net-on, pour monstrueux qu'ils fussent, eflfrayaient moins ses precepteurs que la ferocite qui poignait en lu i : Empechons-le de gouter au sang, disait Burrhus ; la bte fauve une fois en eveil serait insatiable 2 . C'est une politique, commune a ceux qui yeulentdominer, de cletourner les esprits des affaires publiques par 1 ? amorce du plaisir. Elle ne porte jamais que de tristes fruits, car plus ou moins la debauche endurcit et pousse au crime. Bient6t Ne- ron ne se borna plus a remplir de ses debordements le palais, les rues me"mes de Romej gagnant a la
1 Uti merito Trajanus ssepius testaretur procul differre cunctos principes Neronis quinquennio. Aurelms Victor, COBS., 15.
2 Scoliaste de Juvenal, Ad Sat., V, 109.
.main ses deux maitres, ilse j eta sur ce qui lui faisait ombrage, et 1'abattit, Britannicus d'abord, puis- Agrippine elle-mdme. Seneque se vit reduit a plaider 1' excuse du parricide; Burrhus a le couvrir de sa bonne renommee. Leur autorite s'usait a ces connivences : moinsrespecteschaquejomyilsdevinrent bientot a charge, murs pour la disgrace.
Burrhus, a qui 1'usage du pouvoir militaire donnait plus de raideur, disparut le premier l . Sa mort, que beaucoup attribuerent au poison, laissait vide un des postes les plus importants de Rome, le commandementdes troupes' pretoriennes. Cette charge;, exercee d'ordinaire par deux prefets egaux en autorite, lui avait ete commise tout entiere. Neron s'empressa de la partager de nouveau, et a deux de ses creatures. L'un, Sofonius Tigellin, etait depuis longtemps le ministre etl'associe de son libertinage : esprit souple, mais tout aux pires depravations et incapable de generosite. L'autre, Fenius Rufus, avait une certaine honne"tete de vie, qui lui valait les suffrages de la foule, mais nul caractere. Neron put sans crainte leur confier le commandement des troupes qui gardaient Rome et le palais.
G'etaient ces cohortes d'elite qui veillaient sur
1 En mars 62, selon les uns, plus t&t m^rne selon d'autres, au
mois de Janvier ou de fevrier de la meme annee. Voir Wieseler,
Chronologie des apostolischen Zeitaliers, p. 83, note 1. Le bruit
que Ne>bn Tavait fait v empoisonner courut aussitot et s'accrediita.
Tacite, Annales, xiv, 51..' Suetone, Nero, 35.
les appelants au tribunal de 1'empereur *. Le premier soin da centurion Julius en arrivant fut de leur remettre ses prisonniers. Traversant la ville, il conduisit 1'apotre au camp pretorien'situe pres de la voie Nomentane. Nous ignorons auquel des deux prefets Paul se presenta, mais il y a lieu de croire " que ce fut a Fenius Rufus, car Tigellm etait trop livre aux intrigues de cour pour s'occuper des soldats. Les affaires du pretoire revenaient done en entier a son collegue. Paul trouva pleine justice devant celui-ci. Le rapport du gouverneur de Palestine, les recits de Julius, temoin depuis sept mois v des vertiis du prisonnier, son attitude rneme, tout attestait en lui une victime du fanatisme juif, Rufus donna ordre de le traiter aussi humainemeht que , le permettait la rudesse des lois. Soumis conime dans Cesaree a une surveillance continuelle, ne sortant qu'enchaine au legionnaire qui ne le quittait ni jour ninuit, ilresta libre neanmoins de demeurer ou bon lui plaisait 2 . Dans -les premiers jours il , accepta 1-hospitalite des Chretiens de Rome
1 Mommsea, Romisches Staatsrecht, t, II, p. 933, *
2 Act., xxvin, 16. II appartenait au prefet du pretoire de deci- ^ der, d'aprte le rang de 1'accuse et les charges qui pesaient- sur lui, si la detention serait plus ou moms etroite. Parfois il laissait.le prevenu en liberte sous caution, mais le plus sou vent il le maintenait sous la garde des pretoriens. V. Daremberg, Diotionnaire des Antiguit&s : CUSTODIA.
' 3 Ek T^V Isvt'av. Act., xxvin, 23. Comp. Act., xxi, 16. Philem., 22.
mais bient6t, profitant des secours qui lui vinrent de Philippes 1 pour reprendre son independance, il se retira dans un logement loue a ses frais 2 . Nous ignorohs ou se trouvait dans Rome cette demeure cle 1'apdtre 3 ; proche du palais imperial selon les uns 4 ; dansTinterieur du camp pretorien, selon d'autres 5 ; plus probablement aux alentours de ce camp., pour faciliter le service de ses gardiens.
Paul attendit deux ans dans cette retraite le jugement de Cesar. De longs delais n'etaient point rares en casd'appel; 1' affluence des causes, la difficulte de recueillir au. loin les temoignages 6 , le simple caprice des juges y exposaient les accuses 7 . Ilfaut conyenir toutefois que, dans la circonstance, un tel ajournement est pour surprendre, car les Juifs acharn^s centre Tap6tre avaient un credit et des moyens d' action plus puissants a Rome qu'a Cesaree. Depuis longtemps, les descendants d'Herode, retenus/par politique et eleves a la cour imperiale 8 .,
i Philip., iv, 15-18. . ' '
z 'Ev ISt'ij)- [McOcifj.a'u. Act., xxvin, 30.
3 D'apres certaihes traditions locales, 1'eglise de S, Maria in Via, Lata siir le Corso marquerait 1'emplacement de cette detneure.
4 "Wieseler, Ghroriologie des aposiolischen Zeitalters, p. 403," note 3.
5 Lightfoot, Philippians, p. 97 et SUIT. '
6 Tacite, Annales, sin, 43, ^^52. ' ,
7 Wieseler, Ghronologie des apostolischen Zeitalters, p. 407 et suiv. - ' ' '
s Josephe, Antig. jud., XVII, i, 3; XVIII, n, 1, 3; vi, 1. ; Sell, jud., I, xxviii, 4, etc.
y etaient en favour : on s'en etait apercu aux privileges octroyes par Caligula et ; Claude aux fils d'Israel. Neron, lui-m&me, bien que declaigneux de to'ute religion, ue se moutrait pas indifferent pour eux : mi de ses derniers regards devait etre pour Jerusalem dont le trone lui avait ete predit l . Mais leur plus puissant instrument pres de lui etait Poppee, sa favorite, affiliee, commebeaucoup de Romanies, a leur religion, 2 . Cette femme qui, a Thonne~tete pres, possedait tons les dons 3 , regnait alors sans rivale. Grace a elle, une deputation du Sanhedrin, envoyee a Rome pourlutter centre les pretentious d'Agrippa, venait de repartir ayant gain de cause 4 . Que d'autres emissaires la sollicitassent centre I'apdtre, p'en etait fait de sa mission et de sa vie. Dieu sauva Paul en detournant de lui, apres son depart, les fanatiques de Jerusalem. Tout entiers a leurs querelles intestines, non seulement ils ne le suivirent point surla route de Rome, mais ils ne songerent m&me pas aprevenir centre lui leurs freres de la capitale.-
1 Suetone, Nero, 40. :
2 Josephe, Antiq. jud., XX, vin, 11. Vita, 3.
3 Huie mulieri cuncta alia fuere prseter honestum animum . Tacite, Annales, xin, 45.
^ Jos^phe, Antiq. jud., XX, vni, 11. L'objet de cette contestation etait une galerie, elevee par Agrippa au sommet de Sion dans le palais des Asmon^ens, d'ou le regard plongeait dans le temple. Les Juifs obtinreat qu'elle serait demolie, tenant pour indiscrete et inde^ cente la surveillance que le prince exercait ainsi au plus in time de leur sanctuaire; - -. /
- PREMIERE CAPTIVITEDE S. PAUL 7
Le fait suivant, raconte par les Actes, temoigne de cette indifference succedant si estrangement aux apres poursuites de Jerusalem et dB Cesaree.
Trois jours apres son arrivee, Paul voulut, selon
la regie qu'il suivait partout, precher d'abo'rd les fils d'Israel. Sa captivitel'empechant d'aller a eux, il fit prier les principaux d'entre les Juifs de venir le trouver l . Notons que par principaux , il ne faut pas entendre ici les chefs d'une communaute embrassant tous les Israelites de la capitale et formant, comme a Alexandrie^ un corps de nation ; Rome, nous 1'avons montre ailleurs 2 , n'eirt poiat tolere^dans ses murs une telle derogation au droit commun. Les Juifs avec lesquels Tapdtre souhaita de coiiferer n'etaient probablement que les premiers membres d'une des synagogues de la ville, de la plus connue ou de la plus voisine du camp pretorien. Ces personnages vinrent a 1'appel du captif, car bien que les fils d'lsrael, depuis leur rentree dans Rome 3 , vecussent a I'ecart des Chretiens 4 , le
nom de Paul, fameux a Jerusalem et dans tout I'Orient, ne pouvait leur etre inconnu :
Mes freres, leur dit 1'apotre, quoique je n'aie
1 Act-., xxvin, 16, 17.
2 S. Pierre, chap. xiv. LES JUIFS DE ROME.
3 Les Juifs, expulses de Rome par un 6dit de Claude, ne tarderem pas a s'y glisser de uouveau et se retrouverent aussi nombreux. qu'auparavant. S. Pierre, chap, xiv, LES JUIFS DE ROME.
4 Act., xxvin, 22. :
rien commis, centre le peuple ni centre les coutumes de nos peres, j'ai ete fait prisonnier a Jerusalem et mis entre les mains des Rornains. Geux-ci, apres m'avoir interroge , voulaientme relaclier, parce qu'ils ne ,me trouvaient coupable d'aucun crime digne de mort. Les Juifs s'y opposant, j'ai ete contraint d'en appeler a Cesar, sans nul desseintoutefois d'accuser en rien ceux de ma nation. Tel est le sujet pour lequel je vous ai appeles, afin de vous voir et de vous parler ; car c j est pour Tesperance d'Israel qu& je suis lie de cette chame .
L'esperance d'Israel , c'etait le Messie Versant au peuple elu gloire, richesse, felicite. En se faisant la -victime de cette esperance, Paul gagnait les cosurs . et j eveillait le desir de 1'entendre. La' reponse des Juifs ' le temoigna en termes bienveiilants. Sans attendre que 1'apotre leur proposat la foi pour la- ' quelle ils le yoyaient charge de fers, d'eux-memes il demaaderent qu'elle leur fut expliqaee.
Nous n'avons point recu de lettre de Judee a ton sujet, 'dirent-ils, etil n'est venu aucun denosfreres qui nous ait dit du mal de toi. Nous .voudrions bien connaitre tes pensees ; car de la secte (que tu pr^ches), tout ce que nous savons, c'est que partout on la combat l .
L'occasion se presentait d'offrir aux Juifs de
Act., xxvni, 17-23.
Rome une large exposition dela Bonne Nouvelle, comme Fapotre le faisait dans toutes les villes ou il paraissait. Iln'eut garde de lalaisser echapper. Ses chaines et son gardien toutefois ne lui permettant pas de paraitre dans une chaire de synagogue, on convint de s' assembler la ouil etait-; la maison etaitassez vastepour qu'aujour dit mi grand nombre de Juifs j put tenir. L'apotre leur precha ' le royaume de Dieu l , revelant qu'il consistait, non en la chair, mais en 1'esprit, et opposant aux : objections d'invincibles temoignages, 1'Ecriture, ou a chaque page il montrait le regue surnaturel du Christ decrit et prophetise. Cette discussion dura tout un jour : depuis le matin jiis'qu'au soir, il tacha de leur persuader lafoi de Jesus par la loi de Moise et par les prophetes. Les uns croyaient ce qu'il disaitj les autresnele croyaient .pas 2 . Toutefois, le tumulte que ce discord causait habituellement dans les synagogues ne se produisit point, car le pretorien qui gardalt Tap6tre leuu en imposait. Pouvaient-ils oublier que, dix ans plus tot, querelles bruyantes de leur assemblee, au sujet mme Christ ^>que Paul annoncait, avaient decide Clause a les bannir. Rentres insensiblement dans Rome et peu soucieux d'un nouvel exil, ils n'avaient garde d'attirer sur eux les regards de la police
1 Act.,xxyui, 23.
2 Id., 23-24.
urbaine, mais, ne s' accordant ni entre eux ni avec I'ap6tre, sans bruit ils conimencerent a seretirer 1 ! Rien ne repugnait a Paul comme les resistances masquees et a mots converts. Voyant a la foule qui s'eclaircissait, qu'il en irait de Rome comme des autres juiveries, que, la vocation de Dieu a son penple serait repoussee., il jeta aux Israelites qui s'eloignaient Tanatheme de leur prophete : A bon droit, 1'Esprit Saint, parlant a nos peres par le prophete Isai'e, a dit : Va vers ce peuple et rlis-lui : Vous- ecouterez, et en ecoutant vous n'entendrez point; vous verrez, et en voyant vous ne verrez point. Car le cosur de ce peuple s'est epaissi, et leurs oreilles sont devenues sourdes, et ils ant ferme leurs yeux, de peur que leurs yeux ne voient, qiie leurs
oreilles n'en'tendent, que leur coeur ne comprenne, et que, s'etant convertis, je ne les guerisse. Sachez done que ce salut de Dieu 7 est envoy e aux gentils, et qu'ils le recevront 2 . Ce trait, lance vigoureusement, acheva dedissiper les Juifs. Ils^s'eloignerent et, une fois dehors, contesterent vivement entre eux 3 , mais le bruit de ces querelles s'eteignit
/ promptement dans les ghettos de la capitale, sans au ire fruit que de rares con versions au sein d'Israel 4 .
i.Act., xxvui, 25.
2 Id.,. 25-28.
3 Id., 29. ,
4 M. Sabatier (L'Apotre Paul, p. 102), voit dans la comfnunaut6 de Iersatenr une Eglise judeo-chretienae. L'opinion contraire,
o" PREMIERE CAPTIVITEDE S. PAUL 11
Lafmoisson futautremeut feconde dans la genti- : lite,: Pendant ses deux anuees de detention, Paul, majtre de recevoir, to.us ceux qui venaient a Itii, precha le royaume de Dieu, et enseigna ce qui touche le Seigneur Jesus-Christ en .toute liberte,, sans que personne Ten empechat, 1 . Et quelle force donnaient a, reloquence de 1'apotrel'appareil de s,a captivite, le soldat auquel il etait attache, ses mains enchaiuees, dont Faction montrait au vi-f qu'on ne
lie pas la parole de Dieu ! Un des premiers effets de cette intrepidi^ fut d'animer lecouragedesfreres
qiri frequentaient au logis de Paul. La foi de la chretiente romaine etait deja celebre dans le.monde 2 , mais pour sa purete sans doute plus qu'a d'autres titres, car 1'arjleur fecpnde liji manquait. C'etait ce defaut que I'ap6tre att^quait en eux, quaud, deux ansmiparavant, ilecrivait de.Gorinthe a ces fidetes :' Ne soyetpoint laches dans le devoir j maintenez-" vo.us dans la.ferve.ur de 1'esprit, vous souvenant qu:e c'est le" Seigneur que vous ser-vez. Faites,lebien,~non seulement devant Dieu, mais aussi.devant tousles hommes 3 . Ses exhortations deyinrent plus pressantes, plus efficabes, quand ihput journellement^^
d'apres laquelle les paiens convertis s'y trouvaient en majorite, nous paraitbeaucoup plusvraisemblable. Voir les nombreuses raisons alleguees par le P. Comely (Introductio, 145) etHort (Prolegomena to the Romans), ,
1 Act., xxvm, 30-31.
2 Rom., i, 8.
3 Id., xn; 11, 17. ->
converser avec eux etleur montrer, parson exemple,
avec quelle fiere audace un chretien doit confesser sa foi et la propager. Les< pusillanimes se releverent~a sa voix et obtinrent bient6t de lui ce temoignage : La plupart des freres, se rassuranta lavue de mes chaines, ont beaucoup plus de " hardiesse
annoncer , sans crainte la parole daDieu- 1 . a, L''elan . communique alors a 1'Eglise de Rome
entraina d'autant plus les ames que Paul n'etait point seul a le donner. Les plus anciens, les plus ; fideles de ses 'aides rentouraient : Timothee, clieri entre tous 2 ; Luc, son compagnon.de route et de naufrage 3 ; TycMque d'Asie 4 ; Aristarque de Thessalonique 5 ; d'autres encore que Tapotre nomme avec reconnaissance : Demas, qui devait bient6t 1'abanbandouner pour le monde, mais encore fidele ^ cette heure 6 ; Jean -Marc^ rejete a Antioche comme peu digne de 1'apostolat, et que nous retrouvons alors rentre dans Festime et la compagnie de Paul 7 . A . ces disciples plus en vue, se joignaient bon nombre des amis qu'il saluait dans sa lettre aux Romains, car la plupart, sinon tous, se trouvaient encore dans
. i Philip., i, 14.
s Philip., i, 1 ; n, 19-23. Coloss., i, 1. Philem., 1. 3 Coloss., iv, 14. Philem ,24.
* Bphes., vi, 21. Coloss., iv, 7.
5 Coloss., iv, 10. Philem., 24.
6 Colons/, iv, 14. Philem., 24..
1 Coloss., iv, 10. Philem., 24
PREMIERE CAPTIVITE DBS. PAUL 13
la 'yille : Aquila et Priscille notamment, Epenete, Amplias et Stachys ses bien-aimes, Marie qui avait tant travaille pour 1'Eglise, sa chere Persis, Tryphene et Tryphose, egalement zelees l . Cette troupe de fideles, enflammee par 1'apotre, repandit 1'Evangile si activement que, deux ans plus tard, quand sevit la persecution de Neron, les Chretiens de Rome forrnaient un corps de fideles plus considerable que les Juifs : une grande multitude 2 , dit Tacite. . ,
Tout n'etait pas' de m&me choix dans cette riche moisson : autraversdupurfroment,des semences de moindre prix germaient ; car 1'Eglise romaine, bien que sortie en majorite du paganisme., renfermait des judaisants obstines a leurs observances. Ceux-ci, ranimes comme les autfes au souffle de Paul, ne furent point des moins ar dents a precher TEvangile tel qu'ils le forgeaient. L'apotre tenta vainemerit d'epurer,, d'affranchir leur foi. Sa vigueur 4 les tirer d'egarernent ne fit que les entdter de leurs idees, et les irriter centre lui ; 1'aigreur,, nulle part plus contagieuse que dans ,les querelles de religion, tourna en sourde animosite. Us en vinrent a ne plus pr^cher le Christ avec sincerite, niais par esprit de contention et de jalousie, en vue de contrecarrer leur adversaire etde le blesser au vif de son oauvre. Ils
1 Rom., xvi, 3-12.
2 Taeite, Annales, xv, 44.
comptaient par la, dit I'ap6tre, rendre mes chaines plus pesantes. 1 ; ils oubliaient qu'a Fencontre de leurs vues etroites ] a veritable Eglise de Rome avail
reconnu le pur Evangile dans I'enseignement du captif, etque, dans un elan d'amour 2 irresistible, elle le publiait par toute la ville ; ils meconnaissaient surtout le coeur de Paul trop genereux, trop superieur aux mesquines rancunespour en e~tre atteint . L'apoire, en effet, ne vit dans lenrs mano3uvres que Jesus connu et aime des ames qu'ils tiraient a eux : Et que m'importo, s j ecria-t-il, que la predication se fasse de bonne foi ou ne soit qi^un pretexte. Pourvu que le Christ soit pre"che, je me Tejoms et merejouirai toujours 3 .
Gette allegresse jaillissait de toutes parts an coeur dePaul. CTetait lajoie silongtemps souhaitee de se voir a Rome; I'heureuse fortune de s'y trouver dans les fers, respecte, plus libre que jamais d'annoncer le Christ ; c'etait surtout le spectacle des rapides progres que faisait 1'Evangile. L'ap6tre eut la maitresse part a cette extension par le nombre de ses visiteurs qu'il convertissait,, par les pretoriens aussi, qui, a tour de role, venaientle garder. Ses enseignements, la saintete de sa vie emurent plus d'une fois ces soldats et rendirent le prisonnier celebre
i Philip., i, 15-17.
' ajdr^. Id., I, 16.
3 Philip., 1,18.
dans tout le camp pretorien l . La foi triompha, plushaut encore, car il nous la montre penetrant des lors dans la demeure imperiale. Quels etaient ceux qui 1'y apporterent? Des esclaves probablementj tout au plus des affranchis dii palais. Avaientils embrasse le christianisme avant I'arrivee de Paul
ou le recurent-ils de lui? Nous I'ignorons; mais leur presence a la cour ne peut etre contestee, luimeme enfaitime mention expresse dans sa lettre atix Philippiens : Tons les freres vous saluent, mais principalement ceux qui s.ont de la maison de Cesar 2 .
Quoi qu'il en soitde ces Chretiens et de leur condition pres des maitres de 1'empire, ce groupe de fideles fut certainement peu nombreux ; a Rome, comme partout, la masse des convertis sortit du bas peuple, me~me de la foule servile. Ge monde etait non seulement le plus actif de la cite, mais le plus eveille aux choses de 1'esprit; nombre de professions liberales, la medecine, 1'enseignement des lettres et des arts se trouvaient exerces par des affranchis. Rien d'etonnant-si la foi et les esperances chretiennes y firent plus de conqu^tes. Nous avons un indice serieux a cet egard dans la predominance du grec au debut de 1'Eglise romaine, car c' etait la langue commune des classes inferieures, ou domi-
Philip., i, 13.
Id., iv, 22.
nait.l'element etranger. Tout est grec dans 1'Eglise durant pres de deux siecles : noms des evques et de leurs fideles, version des ecritures, ecrits apologetiques, inscriptions hyb rides ou lettres et mots grecs sont meles aux latins, laliturgie elle-mSme., qui a conserve jusqu'a nous cette premiere empreinte.
L'Evangile n'eut pas la me" me prise sur les Romains de sang et de noble race. Aucune autorite de valeur ne permet, comme on 1'a fait, de ranger, parmi ceux que toucha la parole de I'ap&tre, les favorites de Neron, Acte et Poppee 1 , ses affrancMs, Narcisse 2 et Epaphrodite 3 , Seneque, et les membres de sa famille 4 . Paul, a la verite,. eut .quelques
relations a vec Tun de ces derniers. On se souvient qu'il comparut a Corinthe devant Gallion, frere du phildsophe ; mais de ces rapports purement officiels, de quelques pages de Seneque, evangeliques de pensee, parfois meme d^expressiori, on aconclutrop yite, a notre gre, que Tapotre, 1'ayant instruit, en avait fait son disciple. Une correspondance entre eux fut forgee al'appui de cette hypothese : ilsuffit-
1 Voir Greppo, Trois mdmoires relatifs A Vhistoire eccldsiastique, p. 41 et suiv^ Wolf, De prescript. Tertulliani Comment., p. 582. Baronius, Ad ann. 59, ix. ' '
2 Berkelius, Prasf. in, Enchiridion Epictet. Selden, Otiatheo- ... logica, exercit. m, 10. '
3 Greppo, Trois memoires, p. 61 et suiy.
; 4 Amedee Fleury, S. Paul et Sendgue. Aubertin, Seneque et S.Paul Lightfoot, Philippians, S. PAUL AND SENECA, p. 268-326.
PREMIERE CAPTIVITEDE S. PAUL . 1?
de parcourir ces lettres pour en reconnaitre la faussete l . D'autre part, nous avons montre a quel point les Stoi'ciens de Rome s'ecartaient des enseignements Chretiens par le fond de leurs doctrines et par les consequences morales qu'ils en tiraient 2 . Seneque, resteleur jusqu'a la fin, est mort commeil a vecu, en sage, mais en sage pai'en j son dernier acte, au rapport de Tacite, fut une libation a Jupiter liberateur 3 .
A defaut de nobles proselytes gagnes par lui au christianisme, Paul trouva les conqu^tes faitesayant sa venue dans 1'aristocratie romaine. Nos lecteurs connaissent la plus illustre, la seule dont le nom appaftienne a 1'histoire, Pomponia Grsecina 4 . Depuis 1'an 42, cette patricienne continuait la vie austere et retiree dont le mystere importunait la haute societe de Rome. On etait habitue sans doute avoir des,femmes d'un rang eleve s j eprendre des cultes etraogers et s'adonner aux rites superstitieux de FOrient, mais ce n'etait la que des eca-rts de devotion; 1'acces passe, on les retrouvait, dans le commerce de la vie et aux autels domestiques, telles qu'auparavant, ne s"e distinguant en rien de leurs cohtemporaines. II en etait tout autrement chez
1 PJeury, S. Paul et Sdneque, t. II, p. 255-347. Lightfoot, Philippians, p. 327-331.
2 S. Pierre, ch. xvn : LES STOICIENS BE L'EMPIRE.
3 Tacite, Ann-ales, xv, 64.
4 S. Pierre, chap. xyin.
Pomponia Grsecina; elle s'obstinait a fair le commerce des pai'ens, ne se montrait au dehors qu'en habits de deuil, et, bien qu'accusee par la rumeur publique de superstitions etrangeres , c'est-adire d'etre chretienne, elle demeurait libre de mener . cette vie singuliere. Sa vertu, mise hors de doute par un jugement de famille, la protection de son niari, 1'isolement mme ou elle se plaisait, avaient fini par en imposer a tons; selon le mot de Tacite : Sa constance lui tournait a gloire l .
II n'est guere vraisemblable que Pomponia Grcecina, ait ainsi pratique la foi au milieu de Taristocratie romaine, sans que son exeniple et sa parole j fissent aucun proselyte. Et cependant nul ecrit contemporain ne donne corps a cette presomption j les monuments restent seuls a garder le souvenir d'autres patriciens venus au Christ en ces premiers jours. Une des plus yieilles eglises de Rome porte et consacre le nom de sainte Praxede. Or, ce sanctuaire, d'apres des recits apocryphes mais fort aaciens 2 , fut edifie sur un domaine du pere de cette chretienne, de Pudens, personnage que nous ,verrons bientot aux c6tes de Paul, dans sa seconde captivite 3 . D'autres temoignages ( Actes de martyrs,
1 Tacite, AnnaL, xin, 32.
2 Lettres de Pastor a Timothee (Ada Sanct., MAII, t. IV, p. 299). . Lettre de Pie I a Juste de Vienne (Bai-onius, AnnaL, 166, i), et une note ajoutee dans quelques manuscrits du Liber PontificaUs a la vie de Pie I (Duchesae, Liber PontificaUs, i. I, p. 132 et 133).
3 II Tim., iv, 21. '
antiques biographies des papes, itineraires des vi e et vn e siecles), nous montrent les tombes deces nobles fideles dans un cimetiere des temps apostoliques, celui auquel une matrone chretienne, appelee Prisciile, a donne son nom. La, nous disent 1 ces documents- 1 , reposaient Pudentienne et Pr accede, filles de Pudens , et pres d'elles Aquila et Prisciile " 9 les artisans juifs dont la demeure sur 1'Aventin servait aux assemblies des Chretiens 2 . Deux faits non moins importants que ceux-ci sont mis hors de doute par les fouilles faites dans le sol de Rome : Tun, que le cimetiere de Prisciile etait primitivement une sepulture commune aux Cornetii et a leurs parents, les Acilii, et que ces demiers y eurent des tombes chretiennes 3 ^ Tautre, que 1'emplacement ou s'elevait sur 1'Aventin la rnaison d'Aquila et de Prisciile etait un domaine des Cornelii. Une inscription trouvee en ce lieu porte en eifet le nom d'un Pudens Cornelianus 4 . De ces divers indices habilement rapproch.es, M. de Rossi a conclii avec grande vraisemblance : d' une part, que
1 Marucchi, le Memorie del SS. Apostoli Pietro e Paolo; Roma 1894, p. 85. "
2 Rom.!, xvi. 3, 5. Voir sur cette demeure, devenuela basilique de Sainte Prisque, de Rossi, Bullettino di Aroheolog. Christ., 1867, 5, 43-58; 1868, 35. Cf. S. Pierre, chap. xvm.
3 De Rossi, liullettino, 1367, p. 44 et suiv.; 1883-1889, p. 15-66; 103-133.
* Marucchi, le Memorie deiSS. Apostoli Pietro e Paolo; p. 84.
des membres Asia, gens Cornelia, Pudenset ses deux filles Pudentienne et Praxede, s'etaient donnees au Christ des le temps des apotres ; d'autre part, que si Aquila et Priscille avaient eleve leur demeure de 1'Aventin sur un domaine des Cornelii, et trouve place dans leur sepulture, c'est qu'ils dependaient de ces patriciens - a titre d'affranchis ou de clients,. liens que leur commune foi n'avait pu que resserrer. . Nous savons quelle etait 1'affection reconnaissantede Paul pour Aquila et Priscille l ; par eux il se trouva naturellement en relation avec les patriciensconvertis dont les monuments, de Rome nous ont transinis et conservent le nom 2 .
Quoi qu'il en soit de ces rapprochements 3 , aucune mention de Pudens et de sa famille ne se rencontre dans les lettres ecrites par 1'apotre au temps qui
1 Voir S. Paul, ses Missions, ch. vn, i et ch.. ix.
2 Bien qu'il ne soit pas parle de ces deux artisans dans les lettres de la premiere captivite, il y a lieu de croire qu'ils ne s'etaient pa& eloignes de la capitale depuis le .jour ou S. Paul, ecrivant son Epitre aux Romains, Jes y saluait (Rom., xvi, 3, 4); leurs affaires a Rome etaient plus prosperes qu'a Corinthe et a Ephese, puisqu'ils y possedaieut uue maison assez vaste pour recevoir toute une frate/nite.
3 Nous ne pouvions passer sous silence ces pieuses traditions de la Rome cnretienne, d'autant que les savantes recherches de M. de Rossi et de son ecole y font entrevoir un fond.de verite. Les traits que nous degageons ici, de temoignages engrande partie legendaires ,et apocryphes, nous paraissent plus que de simples conjectures ; sans leur attribuer la me"me certitude qu'aux faits historiques, 11 cqnvient; de les tecueillir respectueusement.' On trouvera une ample et judicieuse critique de ces divers points d'archeologie chretienne dansr Marucchi, le Memorie del SS. Apostoli Pietroe Paolo, p; 79-103.
nousoccupe. Les disciples qu'il.nomme. de preference sout d'anciens compagrions de ses travaux, Timothee, Luc, Aristarque, Tychique, Epaphras, N Marc, cousin de Barnabe. D'eux seuls probablementil recut assistance lors de son arrivee, sans rien vouloir de 1'Eglise de Rome, qui n'etait point son domaine, sans accepter des riches de cette chretiente les largesses qui lui eussent paru asservir la parole sainte.
Dieu ne permit pas qu'une sujetion si lourde au noble cceur de Tapotre pesat longtemps sur lui. Les nouvelles couraient promptement sur les grandes voies de 1' empire. Apeine eut-il quitte Cesaree, sous la garde du centurion Julius, que le bruit s'en repandit au long dela Mediterranee. Antioche, Tarse, Ephese,. Troas, Philippes tressaillirent, celle-ci surtout a qui la confiance singuliere de Paul imposait de pressantes obligations. Seule de toutes les chretientes, on s'en souvient, elle avait le privilege delui offrir des secoiirs et de n'etre pas refusee. Or ; plus que jamais cette aide devenait necessaire, car I'ap6tre allait se trouver en pays etranger ; et qui savait ce que durerait sa captivite? La riche Lydie, ses soeurs, sesfreres danslafoi, eurentvite fait leur collecte et chargerent un disciple, nomme 'Epaphrodite, de la porter a Rome. C'etait Fun des menibres les plus aimes de toute la communaute %
i Philip., ii, 25-29.
1'un'de ceux qui, avec Clement, y avaient travaille au saint des ames l . La joie de Paul fut grande a la venue de ce messager, a une preuve si touch ante que ses chers Philippiens ne Poubliaient point . Leur offrande etait surabondante, a la mesure de leu'r cceur. L'apotre 1'accepta, car il y trpuvait non settlement le vivre assure pour longtemps, mais 1'e moyen de louer et d' avoir en propre un logement, par la de recouvrer sapleine independance 2 .