‹ Saint Paul [microform]Chapitre 13 sur 55 · CHAPITRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOND

Paul ne s'eloignait jamais d'une de ses Eglises sans redouter t pour elle quelque epreuve : des dissensions interieures, des ecarts de doctrine ou de morale, Mieux que personne, en effet, 11 sentait que, chez nombre de convertis, le bapte"me n'avait pas entierement efface les stigmates du peche, qu'au fond des coeurs demeurait un secret attachement a des erreurs dangereuses. II trouyait neanmoins un motif de se rassurer dans la facilite avec laquelle ces semences de corruption etaient generalement etouffees; sa parole, urie lettre, le bruit de sa venue y suffisaient. Mais,lui captif^ qu'allait-iladvenirdes, germes impurs auxquels libre champ etait ouvert ? Ce fut la son plus grave souci dans ,la prison de Cesaree. Sans doute, pendant ces deux ans, ilparviht encore par des messages, par les missions de ses disciples, a contenir le desordre sur quelques points, maisT^aiileurs)!' esprit ancien se reveillait au grand peril des ames. Une lettre de Jacques ecrite vers la

fill de cette captivite ne laisse aucun doute sur ce point. Elle nous montre que, dans les Eglises dispersees en terre paieune, les chretiens, Juifs d'origine, relevaient de tons c6tes la te"te et portaient de graves atteintes a la purete de 1'Evangile.

La preoccupation de ces indignes neophytes, n'etaitplus, comme les judaisants a Jerusalem, de, modeler sur le mosaisme la foi uouvelle, ils paraissaient me~me s'etre desinteresses, au contact des gentils, d'observances incommodes, mais loin d'y substituer la perfection du christianisme, ils visaient a relacher du me" me coup toute la morale. Les reproches que Jacques leur adresse dans son Epitre montrent qu'ils descendaient fort loin sur cette pente, jusqu'a la plus impudente des doctrines pharisaiques, laquellereduisait toute justice a croire au Dieu de la circoncision : L'homme qui a cette foi, disaient-ils, peut pecher impunement : Dieu ne le lui impute point a crime 1 . On salt avec quelle

1 C'etait la, au temoignage de S. Justin, 1'enseighement de nombreux Juifs helleniates : Vosmetipsos decipitis, et alii quidam -vobis hac in re similes, qui dicant, etiam si peccatores sint, Deum tamen, modo eum cognoscant, non imputaturum illis peccatum . (Dialog .cum Triph,, 141). Le raisonnement des faux Chretiens vis4 par Saint Jacques etait de m^me sorte, Bntendant Paul proclamer que Thornine est justifie par la foi sans les oeuvres de la Loi, ils en cpncluaient qu'il suffit de croire au Messie et a son ay6nement pour etre sauve, et qu'on peut impundment negliger tout le reste de la Loi, meme ses preceptes de morale : Quouiani ergo heec opinio tune fuerat exorta, alise apostolicse epistolee Petri,

indignation Jesus avait fletri cette hypocrisie, la comparant aux sepulcres blanchis, qui, de bel air an. dehors, ne renferment au dedans qu'infection, pourriture, ossements de morts l .

En depit de ces anathemes, la justice de parade, coutumiere aux Juifs, restait une seduction pour ceux d'entre eux qui ne se donnaient point au Christ de plein cceur. La justification que Paul pre"chait, la justification derivant de la foi, non des ceuvres, devint pierre d'achoppement pour ces chre'tiens de 1 bas aloi; ils y virent autorisee la depravation de moeurs qu'ils souhaitaient ; la facilite, sans qu'il en coutat rien a leurs -vices, de faire etalage d'honneur et de vertu. C'etait la, a les en croire, la revelation propre a I'ap6tre des gentils, FaffrancMssement de la Loi qu'il poursuivait si ardemment : la mort au peche que suppose cette liberte des enfants deDieu 3 , la regeneration totale, les fruits de justice qui en resultent, ils n'en faisaient aucune mention.

Paul avait discerne au fond de Tame juive cette tendance a travestir ses enseignements, et c'est pour cela que ne faisant aucune distinction dans sa

Johannis, Jacobi, Judse contra earn maxime dirigunt intentionem, ut veheinenter as truant fidem sine operibns non prodesse ; sicut etiam ipse Paulus, non qualemlibet fidem, qua in Deum creditup, sed earn salubrem planeque evangelicam, definivit, cujus opera ex dilectione procedunt . S. Augustin, De fid. et oper., 21.

1 Matt., xxm, 27.

2 Rom., vm, 21.

lettre aux Remains, il lancait a toute sa race de si rudes invectives : Vous qui portez le nom de Juif, qui vous reposez sur la Loi, qui vous glorifiez des faveurs de Dieu. . . vous vous flattez d'etre le conducteur des aveugles, la lumiere de ceux qui sont dans les tenebres, le docteur des ignorants, le maitre des simples et des enfants, ayant dans la Loi la regie de la science et de la verite. Et cependant vous qui instruisez les autres, vous ne vous instruisez pas vous-me"me. Vous qui prSchez qu'on ne doit point voler, vous volez ; vous qui dites qu'on ne doit -pas commettre d'adulteres, vous commettez des adulteres ; vous qui avez en horreur les idoles, vous commettez des sacrileges ; vous qui vous glorifiez dans la Loi, vous deshonorez Dieu par le violement de la Loi. Vous tes cause, conime dit 1'Ecriture, que le nom de Dieu est blaspheme parmi les nations l .

On concoit le silence des judai'sants sous une main qui arrachait les masques avec une telle vigueur, mais aussi leur retour d'audace quand ils ne se sentirent plus maitrises. A peine I'apdtre eut-il disparu que I'immoralite pulliila plus vivace quejamaisj dans toutes les chretientes ou'les Juifs faisaient nombre, les croyants a 1'Evangile de Paul eurent la tristesse, d' entendre pre"cher la doctrine ehontee de la foi sans les oeuvres.

i Rom., ii, 17-24.

Gette corruption, infectant particulierement les Eglises de Tapotre des gentils, semble n' avoir guere alarme les Douze disperses en d'autres regions. Le seul d'entre eux qui se trouva a portee d'en soupc. onner le venin fut Jacques de Jerusalem ; car les pelerinages annuels amenaient pres de lui de nombreux judaisants d'Asie-Mineure et de Grece. II vit done quels dangers menacaient 1'Evangile, et s'en emut d'autant plus que la partie des croyants, qui tpurnaient ainsi a perdre foi et moeurs, s'autorisaient de 1'enseignement mdme de Jerusalem 1 . Sentant sa conscience engagee, il resolut, en 1'absence de Paul, de parler, dans une lettre encyclique et au nom de TEglise Mere, en serviteur du Dieu d'Israel, mais aussi du Seigneur Jesus- Christ 2 . Apotre de la circoncision comme Pierre, plus que ce dernier toutefois attache de coeur a 1'Ancienne Loi, ii s'adressa specialement aux chretiens de mSrne sang et de meme esprit que lui : Aux douze tribus qui sont dans la dispersion, ecrivit-il, salut 3 . :

1 On se souvient que, dans 1'assemblee tenue en cette ville, Pierre avait expose et fait agreer 1'enseigaerneat de Paul sur la justification . Bieu... donne le Saint-Esprit aux gentils aussi bien qu'a nous; il ne met aucune difference entre nous et eux, ay ant purifi& leurs casurs par la fpi. ,

2 Jac., i, 1.

3 Cette salutation, hebraique de forme, et d'autres traits semblables 4ans rBpitre amenent MM. Spitta et Massebieau a ne voir dans la lettre.de S. Jacques qu'un ecrit juif d'origine et de caractere. (Spitta,

La premiere parole de Jacques fut de compassion pour les chretientes qu'il voulait redresser dans la foi. On y vivait en bntte a diverses tentations l , dans un malaise si accablant qu'il convenait tout d'abord de relever les limes. L'apotre rappelle cette fin que la souffrance est une joie pour le disciple du Christ, parce qu'il trouve dans la patience 1'epreuve de sa foi 2 ; et en recompense la couronne de vie promise par Lieu a ceux qui 1'aiment 3 . La distinction entre riche et pauvre, plus.marquee chaque jour dans 1'Eglise, parait avoir ete une des principales souffrances que 1'apotre s'efforcait de consoler ; c'est elle en tout cas qui 1'occupait davantage, car il y revient constamment dans cette lettre :

Que le frere d'une condition basse, ecrit-il, s'en giorifie comme d'une elevation 4 , et que le riche ne voie

Der Brief des Jacobus untersucht, Gottingen, 1896. Massebieau, Revue de I'histoire des religions, novembre, d6cembre 1895.) La Revue Biblique (octobre 1896) a donneune bonne refutation de cette etrange hypothese, Les exegetes catholiques ne sont pas seuls a admettre 1'authenticite de TEpitre de S. Jacques; la plupart des protestants opposent une vigoureuse defense aux attaques des rationalistes. Voir dans I'Expositor (1897, May., p. 321 et suiv.) 1'article de Mayer : Authenticity of the Epistle of S. James against Hcvrnack and, Spitta.

1 Jac., i, 2.

2 Id., i, 2-4.

s Id., i, 12.

* Le grand honneur du pauvre est de participer par le denument et les privations aux souffrances du Christ; c'est la pour lui une

(dans sa richesse) qu'un abaissement, parce qu'il passera comme la fleur-de 1'herbe. Au lever du soleil brulant 1'herbe seche, sa fleur tombe, et la grace de ses formes perit, ainsi le riche se fletrira dans ses voies l .

Plus loin m^mes avis :

Mes freres ayant foi a Notre-Seigneur Jesus-Christ (le Seigneur) de gloire, ne faites point acception de personnes 2 . Car s'il entre dans votre synagogue un homme portant anneau d'or 3 et superbes ve'tements, qu'il y entre aussi quelque pauvre en mechant habit, et que regardant celui qui est magnifiquement v6tu, YOUS lui disiez : Assieds-toi ici en belle place ; et quevous disiez aux pauvres : Tiens-toi la debout , ou assieds-toi ici au bas du marchepied , n'est-ce pas la faire en vous-meme difference entre Tun et 1'autre, et devenir des juges a pensees iniques ? Booutez, mes freres bien-aimes : Dieun'a-t-il pas choisi les pauyres dans ce monde pour 6tre riches en foi et heritiers du royaume qu'il a promis a ceux qui 1'aiment? Et vous, vous meprisez le pauvre! Ne sont-ce pas les riches qui vous oppriment; ne sont-ce pas eux qui blasphement le beau nom (de Christ) dont le v6tre est tire '? Que si vous accomplissez la loi royale en

gloire infiniment superieure a toutes celles que le riche tire de son opulence.

1 Jac. '1,9-11.

2 Litteralement : N'ayez point la foi de Notre-Seigneur Jesus- Christ en faisant acception de personnes . .

3 Les femmes riches n'etaient point seules dans 1'antiquite' a charger leu rs doigts de bagues etdepierres precieuses, les hommes sur ce point rivalisaient de luxe avec elles. Senos Charinus omnibus digitis gem, nee noete ponit annulos, nee dum lavatur . Martial, xi, 60. Cf. Lucien, Somn., 12. "

suivant ce precepte de 1'Ecriture : Tu aimeras ton prochain comme toi-mtoie, YOUS faites bien ; mais si vous ayez egard a la condition des personnes, vous commettez: le peehe et vous 3tes condamnes par la loi comme transgresseurs l .

Cette meconnaissance de la grande loi du cl\ristianisme, la charite, venait des maximes corruptrices des judai'sants. Jacques, allant droit aux racines du mal, s'effofca de les arracher; en premier lieu, les theories fatalistes de quelques Pharisiens, qui, imputant a une destinee irresistible la conduite de 1'liomme 2 , le dechargeaient de toute responsabilite; un mot lui suffit a ruiaer cette immoral e preten-

tion :

Que nul quand il est tente ne dise : Je suis tent6 par Dieu, car Dieu, etranger au mal, ne tente personne, mais chacun, dans la tentation, est attire et emporte par Sa propre conYoitise; puis la convoitise ayant coneu enfante le pechd, etle peche consomme engendre la inort 3 .

Une autre aberration de ces faux chretiens etait de ne mettre d' autre condition au salut que 1' acquiescement a la parole de Dieu sans nul regard a la pratique. A qui ressemblez-vous dans cette folle illusion ? leur demande Jacques :

1 Jac., n, 1-9.

2 Josephe, Sell, jud,, II, vin, 14. Antiq. jud., XIII, Y, 9; XVIII, i,5.

3 Jac,, i, 13-15. ' . .;

A un homme qui considere sa face naturelle dans un miroir, et qui, apres y avoir jete les yeux, s'en va et oublie a 1'heure me"me quel il etait. Gelui qui aura regarde de pres la loi parfaite, la loi de liberte, et qui aura persevere, n'ecoutant pas pour oublier aussitSt, mais faisant ce qu'il ecoute, celui-la trouvera son bonheur dans 1'action. Si quelqu'un s'imagine e"tre pieux, et ne refrene . point sa langue, mais s'abuse en son coaur, sa. piete est vaine. La .piete pure et sans tache aux yeux de Dieu le Pere est .celle-ci : visiter les orphelins et les veuves dans leur affliction et se conserver pur du naonde x .

Jacques indiquait nettement par ces exemples les caracteres de la vraie foi, une grace surnaturelle sans doute, un don parfait descendant d'en haut, du Pere des lumieres 2 , regenerant le fidele par la parole de verite 3 , ne le sauvant toutefois qu'a condition que cette parole implantee dans 1'ame en rejette toute la fange et 1'exces du peche 4 pour j porter des fruits de justice 5 , de paix et de misericorde. II ne s'en tint pas la, et attaqua de front 1'imposture capitale des judai'sants.

Mes freres, que sert a quelqu'un de dire qu'il a la foi, s'il n'a pas les ceuvres?La foi le pourra-t-elle sauver? Si un frere ou une soeur se trouvent sans vtement et

1 Jac., i, 23-27.

2 Id., i, 17.

s Id., i, 18.

4 Id., i,21.

s Id., in, 18.

manquent de leur nourriture de chaque jour, et qu'un d'entre vousleur dise : Allez en paix, chauffez-vous et rassassiez-vous, sans leur donner ce quiest iiecessaire & leur corps, a quoi leur serviront vos paroles? Ainsi la foi, si elle n'a point d'oeuvres, est morte en elle-merne 1 .

On a cru voir dans cet enseignement le contrepied de la doctrine de Paul : Vous &tes sauves par la grace, par la foi .... et cela ne vient pas de nos ceuvres 2 . La contradiction n'est qu'apparente; elles'evanouitpour qui se souyient que, d'une part, Paul ne denie la vertu de sauver qu'aux oeuvres legales, aux oeuvres que I'homnae accomplit sans le concours dela grace, etque, d'autrepart,. lorsqu'il attribue ce po avoir a la foi, il a en vue non , une croyance inerte et sterile, mais celle qui opere par la charite. La justification s' accomplit done de m^me sorte pour les deux apStres, dans rintime de 1'ame, 1'epurant, la vivifiant, la rendant feconde en oeuvres de justice et de saintete. S. Paul, tout occupe de convaincre les Juifs de I'impuissance de leurs oeuvres propres, n'avait montre dans Abraham que la justification de ce patriarche par la foi 3 ; S. Jacques, reprenant le mdme exemple, rappelle ce qu'etait cette foi pour avoir pareille vertu, vivante, feconde, jusqu'a enfanter rheroisme :

1 Jac.,i, 14-17.

2 Ephes., n, 8,9.

3 Rom, iv. Gal., in, 6-9

Yeux-tu savoir, 6 nomine vain, que la foi sans les oeuvres est mprte ? Notre pere Abraham ne fut-il pas justifie par les ceuvres lorsqu 1 !! offrit son flls Isaac sur 1'autel? Tu vois que la foi agissait avec ses oeuvres, etpar

les oeuvres sa foi fut rendue parfaite Oomme le corps'

sans ame est mort, ainsi la foi sans les ceuvres est morte l .

Ce dernier mot etait celui du bon sens dans la question embrouillee a plaisir par les judai'sants : il la tranchait pour les esprits sinceres. Restait les coeurs a guerir, et la surtout Tattachement de Jacques au mosaisme lui donnait autorite pour mettre le mal a nu et tailler dans le vif. Etalant sans menagement les vices de ses freres d'Israel, jalousie amere, esprit de querelle , intemperance delalangue, pretention de tout dominer, d'imposer leur. sagesse terrestre, animale, diabolique 2 ; il trouva pour fletrir des sentiments si indignes de 1'Evangile 1'accent des vieux prophetes :

D'oii viennent les guerres, et les batailles parmi vous ? N'est-ce pas de vos passions qui combattent dans vos membres? Vous convoitez, et vous n'avez pas; vous tuez, vous desirez ardemment, et sansrien obtenir ; vous plaidez, vous vous faites' la .guerre, et vous ne gagnez rien, parce que vous ne le demandez pas; vous demandez et vous ne recevez point, parce que vous demandez mal, afih de le depenser pour vos voluptes. Adulteres 3 , ne

1 Jac., ii, 20-26.

2 Id., m, 14-16.

3 Dieu aux yeux des Juifs etait Pepoux de leur race, de 1'huma-

savez-vous pas que 1'amitie du monde est inimitie centre Dieu ? Quieonque veut Stre ami du monde se rend ennemi de Dieu l .

La - rudesse de ces paroles montre a quel point Jacques se sentait maitre des Chretiens de sa race, en puissance de tout leur dire; cependant ce n'est point par cette "vigueur, toute passagere en son Epitre, qu'il s'efforcait de les tirer d'egarement; nous le voyons au contraire epancher dans ce dessein tout ce qu'il avait an coeur d'ardente charite, ce qu'il devait de grace et de mansuetude a la medi- , tation des paroles du Sauveur. I/Evangile revit dans sa lettre : me~me simplicite d'enseignements, m&me charme damages empruntees aux champs, aux eaux, au ciel de Galilee 2 . Le plus souvent Jacques expose sa pensee, comme le faisait Jesus,

nitd. De la rexclamation Adulteres. .. Pensez-vous que 1'Ecriture dise en vain : L'Esprit que Dieu a mis en vous, vous aime d'un amour de jalousie. Ces dernieres paroles ne sont point une citation textuelle, mais 1'expression concise de cette idee, si diversement, si fichement imagee dans 1'Ecriture que Dieu ea mettaut en nous son Esprit est devenu comme notre epoux, et que, Dieu jaloux, il ne souffre pas que les coeurs se partagent Centre le monde et lui.

1 Jac., iv, 1-4.

2 C'est bien son pays d'origine que Jacques depeint dans les images et les comparaisons de sa lettre : au penchant des moats, le figuier, la vignej 1'olivier ; les paturages, frais le matin, se fletrissaut aux feux du jour; les eaux douces pres de fontaines salees; a 1'horizon, la mer; les pluies de printemps et d'automne, seul espoir des moissons (Jac., m, 11, 12; i, 10, 11, 6; v, 7).

avec abandon, sans nul souci d'enchainement ou d'ordre methodique. Qa. et la toutefois, sur le modele des livres sapientiaux d'Israel, il detache en vivante peinture un point particulier de morale : telle cette description des dangers de la langue :

x Si quelqu'un ne fait point de fautes en parlant, celuila est un homme parfait, capable de tenir tout le corps en bride. Voyez le mors des chevaux; nous le leur mettons dans la bouche, et ils nous obeissent, et ainsi nous dirigeons tout leur corps ou nous voulons. Voyez aussi les vaisseaux, qui sont si grands et pousses par des vents impetueux; un tres petit gouvernail les tourne de tous cQtes, a ]a volonte du pilote qui les conduit. Ainsi la langue est un petit membre; et cependant combien peutelle se vanter de grandes choses! Voici un petit feu, q[uelle grande foret il allume! Oui, la langue est un feu, un monde d'iniquites; n'etant qu'un de nos membres, elle souille tout le corps, enflamme tout le cours de notre vie, et est elle-meme enflammee par 1'enfer. Car toute espfice de b^tes sauvages et d'oiseaux, de reptiles et d'animaux marins se dompteut et ont ete domptes par 1'espece bumaine; mais pour la langue, aucun mortel ne la peut dompter ; c'est un mal intraitable, plein d'un venin mortel. Par elle nous benissons Dieu notre Pere, et par elle nous maudissons les hommes faits a la ressemblance de Dieu; de la mfime bouche procedent la benediction et la malediction. Mes freres, il n'en devrait pas 3tre ainsi. Une source jette-t-elle par une meme ouverture le doux et Tamer ? Mes freres, un figuier peut-il produire des olives, ou une vigne des figues? D'une fontaine salee ne peut non plus jaillir 1'eau douce l .

1 Jac., in, 2-12.

Ce tableau si vif nous revele Jacques lui-me'me dans le charme puissant de.son genie, et en mme temps dans la noblesse, la hauteur d'ame quiployait devant lui tout Israel. La loyaute, une droiture inflexible .sent les traits saillants de cette saintete. Qu'on neparle pas au rude ascete, affame de justice et de verite, de croirea demi, de prier 1'hesitation au coeur, le doute sur les levres : Celui qui doute, repond-il, est semblable au not de la mer ballotte ca et la; qu'un tel homme ne s'imagine pas , recevoir quoi que ce soit du Seigneur : c'estun esprit double, inconstant dans toutes ses voies - 1 . Vaciller ainsi, savoir faire le bien et ne pas le faire, c'est pecher 2 , mentir a la verite 3 . Lavez vos mains^ pecheurs, et purifiez vos ames, vous qui etes doubles de cceur 4 . Que votre oui soit oui ; votrenon, non' 5 .

Jacques est tout entier dans cette sincerite, ce serieux de la vie chretienne embrassee sans reserve ni partage. Comme Paul, nous 1'avons vu, il ne se dissimulait pas qu'une semblable perfection est un don parfait, descendant d'en liaut, du Pere des luniieres en qui il n'y a ni variation, ni onibre de

1 Jac., i, 6-8.

2 Id., iv, 17.

3 Id., in, 14.

.< Id., iv, 8.

5 Id., V, 12.

changement l ; qu'il faut done pour 1'obtenir le demander, s'approcher de Dieu si 1'on veut qu'il s'approclie de nous 2 ; aussi avait-il fait de la priere le capital de sa vie et j ramene-t-il, en terminant sa lettre, toute la pratique de la foi :

Quelqu'un parmi vous est-il dans Taffliction? Qu'il prie. Est-il dans la joie? Qu'il chante des cantiques. Quelqu'un parmi vous est-il malade ? Qu'il appelle les anciens 3 de 1'assemblee, et qu'ils prient pour lui en 1'oignant d'huile au nom du Seigneur ; et la priere de la foi sauvera le malade, et le Seigneur le soulagera, et s'il a com-: mis despeches, il lui sera pardonne 4 . Confessez vosfautes I'-un a 1'autre 5 , et priez 1'un pour 1'autre, afin que vous soyez gueris: la fervente priere du juste peut beaucoup .

1 Jac., i, 17.

2 Id., iv, 8.

3 To 6? TtpscrSuTspouq T?^ ey.-/.V/iffiai;. Si quis dixerit presbyteros Ecclesise, quos beatus Jacobus adducendos ease ad infirmum inungendum hortatur, noa esse sacerdotes ab Episcopo ordinatos, sed cetate seniores in quavis communitate, ob idque proprium Extremes Unctionis ministrum non esse solurn sacerdotem : anathema sit . Concilium Tridentinum, sess. xiv. De Extrem. Unct., can . 4.

^ Le .Concile de Trente dans sa xiv e session : DOCTRINA DB SACRA- MENTO EXTREME UNCTIONIS, a longuement commente ces paroles de 1'apotre et en a fixe I'interpre'tation : Instituta est sacra hsec Unctio infirmorum, tanquam vere et proprie sacramentum NoviTestamenti, a Christo Domino nostro apud Marcum quidem insinuatum (vi, 13) per Jacob um autem apostolum, ac Domini fratrem, fidelibus commendatum ac promulgatum. Infirmatur, inquit, quis in vobis, etc. (Session xiv, DOCTRINA DE SACRAMENTO EXTREME UNCTIONIS, cap. i.

5 ISExomologese, la Confession, etait regardee des lors comme la preparation naturelle aux actes principaux de la vie chretienne. La Doctrine des Douse Apotres (xiv, 1) le marque expressement pour TEucharistie. Die dominica convenientes frangite

Nous igaorons de quel effet fut cette lettre. Le langage de Jacques, si chretien d'ame, mais juif de forme, tout divers de celui.auquel Paul avait habitue ses fideles, eut-il prise sur les esprits? Les Israelites me~mes de ces Eglises lointaines ne furent-ils pas plus surpris que charmes de s'entendre appeler les douze tribus de la Dispersion 1 , de voir le mosaisme, fletripar Paulcomme loi depecne et de mort >>, de nouveau proclarne par Jacques la forme

parfaite 2 d|. christianisme, la loi reine 3 absolue, dont tous les commandements doivent etre gardes et en telle rigueur que faillir sur un point, c'est se rendre coupable sur tous? 4 . Jacques d'ailleurs avait-il au loin la me~me autorite qu'a Jerusalem ? Ni 1'Ecriture, ni les traditions ne I'mdiquent-. En retour, ce que marquent expressement ces dernieres, c'est I'influence croissante de Jacques dans la cite sainte. L'ascetisme a grand prestige en Orient. Or, Ton sait jusqu'ou Jacques poussait le

panem et gratias agite, postquam delicta vestra confess! e.stis, ut sit mundum sacrificiuni vestrum .

1 Jac., i, 1.

2 NOJJ.OV Ts'Xstov -c6v T% eXsuOcpia?. Jao., i i, 25. L'Evangile, aux yeux de Jacques, est 1'acb.eveinent, la perfection de la Loi. II ajoute que c'est une loi de liberte ; non certes que 1'Ancienne Loi lui paraisse une servitude, mais 1'Evangile apprenda-accomplir celle-ci en toute perfection, par une obeissance libre, spontanee.

3 NOJJ.OV paat)u%6v, Jac., II, 8.

4 Jac., Ji, 10.

mepris du corps 1 . A voir passer ce saint aux longs cheveux incultes, pieds nus, les membres seches de jeunes, a le voir prier, gendux enterreouprosterne, un respect invincible sai'sissait : Juifs comme chre- x tiens baissaient le front devant rhomme qui rappelait les voyants de leur race, et par la rudesse du dehors et par le feu de la voix. Mais c'etait le peuple surtout, les humbles, les pauvres toujours nombreux a Jerusalem qui 1'ecoutaient avidement, car ilpar tageait leur aversion pour les puissants en Israel, et avec une libre audace jetait 1'anatheme a la corruption des grands, a leur egoi'sme fastueux et dur :

Et niaintenant, riches, pleurez, hurlez sur les mis6res qui vont vous survenir. Vos richesses sont pourries, vos Tenements ronges auxvers; votre or ; et votre argent sont rouilles, etleur rouille sera en temoignage centre vous et devorera votre chair comme le feu ; c'est la le tresor de colere que vous amassez pour les derniers jours. Or, voici que le salaire dont vous frustrez les ouvriers qui ont fait la recolte de vos champs crie centre vous, et la voix des faucheurs est montee jusqu^ux oreilles du Seigneur Sabaoth. Vous avez vecu dans les delices sur la terre, et vous vous 3tes livres aux voluptes; vous vous. 3tes engraisses comme des victimes pour le jour du sacrifice. Vous avez condamne, vous avez tue le juste qui ne vous resistait pas 2 .

L' emotion de la foule etait grande, a entendre de telles invectives, mais non moins vive la colere des

i S. Pierre, chap. xi.

2Jac.,v, 1-6. - '

grands si rudement flagelles. Nous avons fait connaitre ailleurs cette aristocratic, presque entierement sacerdotale 1 . Elle n'avait point change depuis Agrippa; me"mes debordements, meme insolence de luxe, memerapacite. Le pontificat, acheteaprix d'or, devenait en leurs mains un instrument de tyrannic 2 . Les dimes tardaient-elles a rentrer? Les valets se precipitaient sur les granges, pillaient, maltraitaient les refractaires. Aussi le peuple et les prtresinferieurs, reduits au denument' par leurs exactions, s'unissaient-ils dans line haine commune 3 . L' anatheme suivant, conserve dans le Talmud, m'ontre quelles revoltes couvaient au fond des coeurs :

Quelle peste que la famille de Boethos !

Malheur a leurs batons! ! l

Quelle peste que la famille de Hannan!

Malheur a leurs sifflements de viperes!

Quelle peste que la famille de Kataros!

Malheur a leurs plumes!

Quelle peste que la famille d'Ismae'l, fils de Phabi!

Malheur a leurs poings !

Us sont grands pretres, leurs fils sont tr<5soriers, leurs gendres commandants et leurs valets frappent le peuple de leurs batons 4 !

C'etait la sans doute quelque refrain populaire, murmure a bas bruit ; les pontifes n'en avaient cure.

1 S. Pierre, chap. x.

2 Derenboiirg, Histoirede la, Palestine, p. 248.

3 Josephe, Antiq. jud., XV, -vin, 8 ; ix, 2.

' 4 Pesachim, 57 a.

Que leur irnportaient de sourdes coleres au-dessous. d'eux, pourvu'que mil eclat nevint troubler 1'ordre public et les compromettre avec Rome! Bien autrement dangereux leurparaissait Jacques, car sasaintete lui donnait empire sur tout ce que Jerusalem renfermait d'homi&e. Les Pharisiens eux-mmes le veneraient pour son respect de la Loi : or, lesPharisiens, c'etait proprement le corps de la nation ; hors d'eux, les Saduceens ne formaient qu'une minorite immorale et sceptique. Peril politique, froissements d'orgueil, rancunes de vices, tout exigeait qu'on etouffat sa predication : les circonstan'ces s'y prterent.

Festus etant mort en Judee au commencement de 1'an 62, Albinus fut designe par Neron pour lui succeder. Le nouveau procurateur fit route par 1'Egypte, et par suite mit plusieurs mois a prendrele gouvernement de sa province. Dans cet intervalle, le souverain pontificat changeait egalement de mains ; Herode Agrippa, destituant Joseph Gabi, installait a sa place Anne (Hannan) , fils du grand prtre de m^me nom, que le jugement et la mort du Sauveur out rendu tristement fameux. Les violences haineuses etaient liereditaires dans cette famille, mais Anne le jeune se distinguait par sa durete de coeur, sonaudacearrogante. Sentantmieux que tout autre a quel point la saintete de Jacques decreditait lui et ses pareils, il resolut de le perdre. Agrippa se trouvait alors loin de Jerusalem- Albinus, nous

1'avons vu, tardait a y venir ; 1'occasion etait unique de commettre sans controle, partant sans opposition, ' un meurtre legal. Anne la saisit, rassembla en hate le Sanhedrin etfit condamner a la lapidation, comme violateurs dela Loi, Jacques et quelques-uns des freres 1 . II fut aise de frapper ces derniers, pauvres et obscurs apparemment, plus difficile d'atteindre Jacques que toute .la ville venerait. Un recit d'Hegesippe, ou, sous des details apocryphes 2 , se decouvre un fond de verite, indique que les Sanhedrites furent contraints de ruser aved'apotre et d'executer leur sentence par surprise.

On etait au temps de la Paque, dit 1'antique chroniqueur ; ils amenerent Jacques sur les terrasses du temple et le presserent de detourner de Jesus le Crucifie le peuple assemble dans les parvis. Pourquoi m'interrogez-vous sur Jesus , Fils de I'homme, cria-t-il a haute voix ; il est assis au ciel, a la droite de la grande Vertu de Dieu, et il viendra dans les nuees ^du ciel . Hosanna au fils de David ! repondit la foule. Nous avons mal fait, se dirent entre eux les SanhMrites, d'aitirer ce temoignage a Jesus ; montons et jetons-le a bas afin qu'effrayes ils ne croient plus en lui . ! ! le juste lui-m^me

1 Josephe, Antiq. jud., XX, ix, 1. Eusebe, Historia eocles ias~ tica, II, XXIH.

2 A tort, notamment, il attribue aux Pharisiens la mort de Jacques, car les Pharisiens formaient le commun du peuple, la foule, qu'il nous montre toute devouee a 1'apotre.

s'egare , se prirent-ils a crier et montant sur la terrasse ils le precipiterent dans le parvis. Jacques ne mourut point sur le coup, mais se redressant ilfit a genoux cette priere, la priere de son Maitre sur la croix : Seigneur Dieu, notre Pere, je vous en conjure; pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font . Les Scribes ne repondirent que par un cride mort : Lapidons Jacques le Juste , et ils commencerent a lui jeter des pierres; comme ils Ten accablaient, un des prStres de la famille des Recha- "bites l tenta de les arreter : Que faites-vous, dit-il, le juste prie pour vous . Mais un foulon quisetrou-

1 L'origine et 1'histoire des Rechabites sont obscures. Ces ascetes, Ke"nites de race (i Par., n, 55) faisaient-ils partie d'Israel, ne lui e"taient-ils qu'affilies et jusqu'a quel point? II est difficile de le pre"ciser. Au rapport de Jere"mie (xxxv, 7) les regies suivantes leur avaient etc" donnees par Jonadab, fils de R^chab : Vous ne boirez point de vin, ni vous, ni vos fils, a jamais ; vous ne batirez pas de maisons ; vous ne semerez pas de grain 5 vous ne planterez pas de vignes et vous n'en possederez pas; mais vous habiterez tous les jours de votre vie sous la tente . L'ensemble de ces prescriptions donne 1'idee d'une tribu libre, assujettie par voeu aux moeurs patriarcales. L'invasion de Nabuchodonbsor (598 av. J.-C.) les ayant contraints de se reTugier dans Jerusalem, on les logea dans les salles du temple ou les disciples de Hanan, fils de Jigdalia, menaient une vie analogue. (Jer., xxxv, 4). Depuis ce temps, les Rechabites paraissent s'^tre attaches au sanctuaire d'Israel et y etre demeures comme serviteurs des pr&res. Nous les y retrouvons au retour de la captivite (i ParaL, n, 55. Cf. Jerem., xxxv, 19) et le temoignage d'Hegesippe, plausible sur ce point, montre qu'au premier siecle on voyait 'encore quelques-uns de ces ascetes.

vait la prit son maillet a fouler les draps et le frappa a la t&te. Ainsifut martyrise I'ap&tre l .

Ce meurtre indigna les Juifs m&nes de Jerusalem, et ce furent les stricts observateurs de la Loi qui:se montrerent le plus irrites, car Jacques etait leur g-loire. Plusieurs d'entre eux depe"cherent en secret au roi Agrippa lui demandant de refrener latyrannie d'Anne et d'empcher le renouvellementdepareilles violences; d'autres se tournerent vers le nouveau gouverneur qu'ils rejoignirent au moment ou ilpartait -d'Alexandrie pour la Judee. A la nouvelle que, sans son agrement et au mepris de ses droits, on avait reuni- le Sanhedrin en conseil judiciaire, Albinus envoya au pontife une lettre de colere et de menaces, mais Anne n'eut pas le temps d'en ressentir Feffet, Agrippa 1'ayant depose pour lui substituer Jesus, fils de Damnee. Le pontificat d'Anne n'a vait dure que troismois 2 . '

Cette satisfaction donnee a 1'indignation publique ne suffit pas toutefois a bannir de Jerusalem- le trouble et Tin quietude. L'opinion y demeura queDieu vengerait la mort dii saint ; aussi, des que la guerre fondit surle pays, beaucoup y virent 1'approche du chatiment redoute 3 . Tout du reste dans la cite sainte n'appelait-il pas le bras divin ? Au-dessous de 'ina-

1 Eusebe, Historia, ecolesiastica, I, xxm.

2 Josephe, Antiq. jud., XX, ix, 1.

3 Eusebe, Historia ecclesi astica, II, xxm.

gistrats corrompus, des imposteurs de toute provenance eritretenaient dans la'fpule une fievre continue de revolte; les Zelotes yjetaient la terreur. Festus les avait rep rimes sans treve ni merci, mais leurs bandes disseminees, couvraritle pays, ne pouvaient etre saisies et detruites; domptees sur un point, elles reparaissaient ailleurs. Albinus ne continua pas cette lutte ingrate ; moins probe que son p.re decesseur, il ferma les yeux sur les entreprises de ces brigands; bien plus, il leur fit payer sa con-

nivence 1 .

Ainsi desorientee, que pouvaitlatriste Jerusalem., qu'attacher sur 1'abime des regards eperdus et chanceler de vertige ? Vers la fin de cette mme annee (B2), de sinistres clameurs commencerent a retentir dans ses murs. Un paysan, Jesus, fils de Hannan, etait venu a la fete des Tabernacles : nouveau Jeremie, il se prit tout a coup a crier dans le temple : Voix de T Orient! Voix de 1'Occident! Voix des quatre vents ! Voix centre Jerusalem et le temple ! Voix centre les inaries et les mariees ! Voix contre tout le peuple ! II courait jour et nuit dans les rues repetant le me~me anatheme; quelques grands, importunes de ses maledictions, 1'arreterent etle firent battre. Ilnedit rien, ne demanda pas grace, mais se remit a crier comme auparavant. Une telle au-

Josephs, Antiq. jud., XX, ix; Bell, jud., II, xiv, 1.

dacedeconcertales magistrats; craignant que cette voix ne vint de Dieu, ils amenerent ce Jesus au gouverneur remain qui ordonna de le flageller jusqu'a lui decouvrir les os. II ne pria personne, ne pleura point, mais, a chaque coup, ilrepetait d'une voixpitoyable : Ah! Ah.! Jerusalem ! Albinus lui demanda qui il etait, d'ou il venait et la raison de ses cris. Nulle reponse que sa lamentation habituelle. << C'est un fou , dit le gouverneur, et il le relacha. Jesus fils de Hannan continua ainsi jusqu'au siege, sans parler a personne, sans se plaindre de ceux qui le maltraitaient, sans remercier non plus ceux qui lui donnaient a manger. Aux jours de fe"te, ses cris redoublaient, etjamais sa voixn'en devint rauque. Des que la ville'fut bloquee, il se mit a tourner autour des murailles en criant : Malheur a la ville ! Malheur au temple 1 Malheur au peuple ! II ajouta enfin : Malheur a moi ! et s'abattit tue par la pierre d'une machine l .

Laruine annoncee, des 62, par cet etrange voyant, ne devait s'accomplir que huit ans plus tard, mais rien desormais n'en pouvait conjurer 1'approche, car avec Jacques, le dernier rempart qui arrtat la justice divine venait.de tomber. Nul apotre, ,en ( effet, ne reniplaca le frere du Seigneur z a la tte de 1'Eglise Mere ; la communaute chretienne qui y de-

Josephe, Bell, jud., VI, v, 3.

Gal. ,i,19.

meurait, persecutee, tremblante, fut bient6t reduite a s'enfuir. Jerusalem, livree seule an courroux du ciel, allait sentir sur elle et ses fils le sang divin repandu l .

Matt., xxvii, 25.

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