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et y parer de son mieux , mais il n'en connaissait ' qu'unepartie, debeaucoup la moins redoutable. Le plus pressant orage selevait loin de Jerusalem, en Asie, dernier centre du ministere de Paul. En cette region, les questions dogmatiques debattues de chretiens a judaisants, 1'utilite des pratiques et le salut par la foi ne paraissent avoir ete que d'intere't secondaire. Le vif de 1' attention se portait a un spectacle autrement emouvant ; 1'eveil de la philosophic devant la foi nouvelle, ses efforts pour la tirer a soi, se 1'iDcorporer, 1'absorber comme elle avait fait des mythologies paiennes. Pour la premiere fois, la raison froide et sceptique affrontait 1'Evangile et engageait une lutte qui clurera autant que 1'orgueil de 1'homme. ;
La province romaine d'Asie se trouvait propice a de telles querelles, car c'etait 1'antique lonie, mere de Thales et d'Heraclite, toujours curieuse des choses de 1'esprit, ouverte aux nouveautes, prompte a en forger des chimeres. La Phrygie, tres voisine, y maintenait ses grossiers mysteres, le culte de Cybele et de Sabazius qui ravalait toute diviiiite aux
forces vives de la nature. A ces influences natales se
joignait 1'incessante seduction des theories etrangeres, ap'portees par les visiteurs qu'attirait la prosperite du pays et qui venaient des regions les plus diverses, de Grece, d J Alexandrie, de Judee, de 1'extr^me Orient. Les sectes phrygiennes an siecle suivant reyelerent quelles impuretes couvait cette
fermentation ; jarnais peut-6tre la folie lubrique n'en vinta de pareils exces *.
A 1'epoque dont nous parlous, la contagion naissante n'avait pas encore produit tant de ravages. Deja, sans doute, elle souillait les moeurs, mais elle visait surtout a egarer les esprits, Le vent d'erreur qui se levait dans les chretientes de Paul soufflait seulement sur les sommets ; ce qu'il agitait et menacait d'abattre, c'etaient les plus hauts enseignements de 1'apfttre, ceux qui lui tenaient le plus au coeur,parce qu'ils proclamaient Jesus eieve a 1'infini au-dessus de toute creature, Dieu, comme le Pere, dansle sein duquel il vit a jamais.
Sous quelle forme la nouvelle lieresie attaquaitelle ce dogme primordial du cKristianisme ?
Nous ne pouvons le deviner que par quelques allusions, quelques mots significatifs des Epitres de S. Paul, surtout par 1'exposition doctrinale que 1'apotre y opposa. Le fait capital que ces indices mettent hors de doute, c'est que les erreurs elaborees par les Grnostiques des ages suivants se trouvaient
i Omitto Cataphrygas, Ophitas, Borboritas et Manichseos : nota enim jam hsec humanse calamitatis vocabula sunt. Quis unquam Passaloryncitas et Ascodrobos et Astotyritas, et caetera magis portenta quam nomina in aliqiia parte Romani orbis audiyit ? Antiquse stultitise usque hodie manent vestigia . S. Jer6me, Comment, in Epist. ad Galat., 1. II, prooem., cf. S. Epiphane, xLvin, 14; XLIX, 1-2. Philastre, 74-15. Prcedestinatus, lib. I, passim (Patrol, lat. de Migne, t. LIII), p, 588 et sq.
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des lors en germe dans les chretientes d'Ephese et de Colosses.
M&nes preoccupations, mSmes recherches au fond de toutes ces reveries, me" me source d'egarement : D'ou vient le mal 1 ? A cette question, eternel tourment de la raison laissee a ses propres forces, que repoiidre ? Ni la souffrance, ni le peche ne peuvent sortir de 1'Etreinfmi, bon par essence et en plenitude. II reste d'inventer en face de Dieu un principe adverse, eternel, independant, qui limite et altere sa toute-puissance. Les Gnostiques attribuerent ce role nefaste a la matiere, qu'ils representaient tantot comme une force d'inertie et de mort, tant6t commeun ferment corrupteur. Le dualisme persan se retrouve done au coeur de leurs speculations, en moindre relief sans doute que dans les doctrines religieuses de 1'Iran, mais provenant de la selon toute vraisemblance. A la mme source parait ernpruntee une theorie^ d'eg-ale importance dans le gnosticisme, 'les chaines d'intermediaires, multipliees entre Dieu et la creature afin d'expliquer comment l'e~tre essentiellement bon et pur peut communiquer avec le monde souille par le peche. On imaginait, pour resoudre ce probleme, la divinite
i Languens enim (quod et nunc multi, et maxime hseretici) circa mail queestionem. Uade malum?... Tertullien, Adv. Marcionem, i, 2. Cf. de Prescript., 1, Eusebe, Historia ecolesiastica, V, xvn. ,
s'epanchant dans une suite d'emanations, et, a chacune d : elles, s'exhalant, se dissipant de plus en plus. L'abime se comblait ainsi entre 1'infini et le fini, la disproportion diminuait, s'extenuait a ce point qu'im contact entre eux devenant possible, la creation s'operait l .
Nous ne rappelons ici cesidees meres -du gnosticisme qu'afin de rendre plus saisissante par le contraste la theologie que 1'apotre y opposa, car loin de nous la pensee de pr&ter aux heretiques., vises par S. Paul, un tel ensemble de doctrine. Nul chef parmi eux n'etait capable de ramasser en corps les idees flottantes et d'y donner son nom; chacun errait au souffle de ses doutes, et, si un courant se formait entrainant les esprits aux monies abimes, c'est que les memes influences les y poussaient.
Ces influences, nous 1'avons dit, provenaient en grancle partie des dogmes orientaux,, transmis par les philosophes pai'ens qui en etaient imbus et accouraient de toute part en lonie. Une autre source d'erreur etait la frequentation des Israelites, mpiti.e trafiquants, moitie missionnaires, qui debitaient a la fois leurs marchandises et leurs doctrines melangees de faux et de vrai. Comme au temps de Jesus, ceuxci ne couraient terre et mer que pour faire des
i Voir Matter, Histoire critique du gnosticisms. Baur, Christliche Gnosis. Lipsius, 1'article Gnosticismus dans Erscli uncl Gruber. Manse], The Gnostic Heresies.
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proselytes deux fois plus qu'eux-memes dignes de la gehenne J . Les plus actifs parmi eux etaient les fanatiques du mosaisme, les judai'sants dont nous avons decrit les manoeuvres : Paul ne les conn aissait que trop ; mais d'autres propageaient des reveries analogues a celles qui nous occupent ici et qu'ils empruntaient principalement a une secte que nous avons deja fait connaitre 2 , les Esseniens.
Be tout temps 1'autorite de ces ascetes avait ete grande en Israel, et il ne semble pas que le christianisme naissant 1'ait enervee. Des bords de la mer Morte 3 , qu'ils continuaient d'habiter, leurs doctrines se repandaient au loin. II ne saurait ^tre question d'en donner ici le detail^ mais on ne pent douter qu'en plusieurs points elles ne s'accordent avec les tendances du gnosticisme. C'est ainsi que, sans 1'enoncer nulle part expressement, elles supposent des vues semblables sur le role pernicieux de la matiere et sur certains etres intermediaires entre Dieu etrhomme.
L'Essenien, eneffet, ne se contente pas commele
1 Matt., xxin, 15.
2 Voir Vie deNotre-Seigneur-Jdsws-Christ, liv. I, chap. i.
3 Leurs principals communautes se trouvaient sur les rives de cette mer (Pline, Historia naturalis, v, 15. Synesius, Dio, 3), mais on en trouvait egalement dans plusieurs villes de Judee (Josephe, Bell, jud., II, vin, 4. Philon, Fragm., p. 632). Bieii qu'il ne demeure aucun temoignage de leur presence parmi les Juifs de la Dispersion, il n'est; pas douteux que leur influence ne s'y exercat. Voir Lightfoot, Colossians, p. 91 etsuiv.
commun cles Juifs d'etre exact aux observances de la Loi 1 } il encherit sur ses rigueurs jusqu'a repugner an mariage 2 ; non content de distinguer entre mets purs-et impurs,. il s'abstient de vin, d'huile, de la chair des animaux 3 : ce rigorisme n'a evidemment d'autre objet que d'affranchir 1'esprit des sens et de la matiere, reputes source de tout mal 4 .
D'autre part, 1'Esse men se targue, comme le Gnostique, d'une sagesse superieure, partage exclusif de rares privilegies ; il a le meme orgueil de caste, un soinjaloux ; dit 1'historien Josephe, dereserver a ses adeptes les livres de la secte etles noms desanges 5 . Qu' entendre par cette nomenclature angelique, sinon un systeme d' emanations analogues aux Eons du gnosticisme, quelque echelle d'etres superieurs, menageant entre le ciel et la terre d'incessantes communications ?
De telles imaginations germaient spontanement dans 1'esprit des Juifs, habitues par leurs croj r ances a coacevoir dans la divinite nne pluralite de personnes. Leurs livres inspires, en effet, devoilaient
1 Josephe, Bell.jud., II, vm, 5-12.
2 Philon, Fragm., p. 633. Josephe, Bell, jud., II, vm, 2. Pline, Historia naturalis, v, 15.
3 Josephe, Bell, jud., II, vm, 3-5.
4 Pour le meme motif, PEssenien rejette la resurrection cles corps qu'admet le Pharisien (Josephe, Bell, jud., II, vm, 11). L'ame emprisonnee dans la chair n'en est delivree a Ja mort qu'afln de survivre seule, transfiguree pour toujours.
5 Josephe, Bell.jud., II, vm, 7.
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sous le norn de Sagesse un Dieu existant en Dieu des * le principe, assistant a toute la creation et faisant ses delices d'habiter avec les enfants des homines. Cette doctrine garda sa purete dans les ecoles orthodoxes, car les Scribes, qui substituerent an nom de Sagesse celui de Memera, le Verbe, la Parole de Dieu, ne firent que preseater a la foi d'Israel le meme dognie sous une forme plus expressive l . Mais il n'en alia pas -de meme en terre profane; a Alexandrie notamment, Philon altera la verite au point de travestir le Verbe en un second Dieu, simple image du premier, distinct du Tout-Puissant et son inferieur en toute chose 2 .
On comprend quel aliment ces speculations, venant d' ecoles celebres, fournirent aux doutes de certains fideles d'Asie, a denii-chretiens, a demitheosophes. Plus encore que 1' ascendant de 1'Orient et des Esseniens, elles les amenerent insensible ment a confbndre la foi chretienne avec les reveries philosophiques du temps, a releguer 1'Etre supreme dans un mystere inaccessible, a se demander si Jesus, mediateur entre le monde et Dieu, ne remplissait point cet office en rang secondaire, plut6t humain que divin.
Paul avait prevu Tessor prochain de ces erreurs
1 Voir Vie deN.-S. Jdsus-Christ, t. I, Appendice II, LE VERBE DE SAINT JEAN. .
2 Philon, De Confus. Ling., 28. Quod Deus sit immut., 6, etc.
; dans les Eglises d'Asie, car elles couvaient deja au temps 011 1'emeute 1'avait force de quitter Ephese. Si ferventes qu'il laissat alors ses chretientes, il les voyait en butte aux seductions qu'il lui avait fallu vaincre pour les fonder : penchant a la magie, aux vieux mysteres nationaux, infiltration des doctrines juives et alexandrines. Lors de son dernier passage aux cotes de Milet, ces funestes vapeurs lui avaient paru plus epaisses, plus redoutables que jamais, car il ne parla, aux anciens des Eglises presses autour'de lui, que de ravages prochains dans leur troupeau, de docteurs se levant du milieu des fideles pour repandre la contagion l . L' apparition d'une heresie prenant forme et corps n'etait done p'as pour Fetonner.
La nouvelle lui en fut apportee a Rome par Epaphras, 1'apotre de la vallee du Lycus. De Colosses, sa patrie, ce pieux fidele exercait une sorte de patriarcat sur les chretientes voisines 2 , et fut choisi par elles, des qu'on connut remprisonnement de Paul, pour aller le consoler, au besoin pour lui preter secours. Epaphras remplit cette mission avec un tel devouement que S. Paul 1'appelle son compagnon de captivite dans le Christ Jesus 3 . Est-ce la une simple image de son assiduite pres de
1 Act., xx, 29-30.
2 Voir S. Paul, ses Missions, chap. x.
3 Philem, 23. "
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1'apotre, ou merita-t-il, pour quelque exces de zele, 1'honneur de partager reellement sa prison et ses chaines ? Rien de precis a cet egard dans le texte sacre, mais ce qui s'y decouvre clairement, c'est la grande affection de Paul pour ce disciple, la joie de 1'avoir pres de lui comme aide et consolateur.
Epaphras eut tout loisir dans cette commune detention de lui apprendre Petat de ses freres d'Asie, des Colossiens surtout, dont il parait avoir ete le propre pasteur. II lui peignit leur foi dans le Christ Jesus, leur charite pour les saints , charite toute de F esprit l , mais il lui montra en mme temps de quelles erreurs ils etaient menaces. Nous venons d'exposer ce melange pernicieux de reveries alexandrines et de rigorisme judai'que. Dans Colosses 2 , plusieurs le poussaient aux pires exces, ne se bornant pas a distinguer entre mets purs et impurs, mais allant jusqu'a refuser au corps ses droits legitimes 3 ; en outre, exaltant et defigurant le role des anges, il en faisaient des mediateurs entre Dieu et
1 Coloss., i, 4-8.
2 Les principaux fauteurs de 1'heresie paraissent avoir ete des Israelites, car ils me'lent a leurs speculations quelques-uhes des ordonnances legales et les' donnent comme consequence pratique de leur enseignement : ils recommandent a ce titre I'observance de certaines fetes juives, des nouvelles lunes, des jours de sabbat, la circoncision elle-me'me. (Coloss., n, 11-13; 16). Nous avons vu ailleurs que les Juifs etaient nombreux dans la vallee du Lycus. S. Paul, ses Missions, ch. x.
3 Coloss., n, 21-23.
I'homme l au detriment de la gloire unique du Sauveur. C'etait blesser Paul au vif en attaquant ce qu'il avait de plus clier au monde, 1'honneur divin de Jesus. La seduction etait pressante; I'apotre resolut d'ecrire sans retard aux Colossiens. II appela done Timothee 2 etlui dicta une courte epitre, pleine de cette pensee qui de plus en plus I'impregnait. Le Christ est tout: tout est par lui, pour lui, en lui :
II est I'image du Dieu invisible, ne avant toutes les creatures 3 , car tout a ete cree par lui dans le ciel et sur la terre, les choses visibles et les invisibles, meme les tr6nes, les dominations, lesprincipauj.es, les puissances ; tout a ete cree par lui et pour lui. II est, lui, avant toutes choses et toutes choses subsistent en lui 4 . II est la tte du
1 Coloss., n,18.
2 Id., i,l.
3 npu70Toy.o; : proprement le premier ne . C'est la un titre messianique, que les Juifs tiraient du Psaume LXXXVIII, 28. Et ego primogenitum ponam ilium. II indique a la fois que le Christ en tant que Verbe est anterieur a toute creature et qu'il en est le souverain. Engendre avant le temps, il regoit en lui-meme tout ce que le Pere possede, tout ce qu'il est. Mais ce n'est pas seulement a ce titre de fils unique et heritier du Pere qu'il est Seigneur de 1'univers, il Test aussi en vertu de la part active qu'il a prise a la creation. Par luij comme cause egale et conjointe au Pere, principe de toute creation, tout a ete cree au ciel et sur la terre, le monde des esprits comme celui de la matiere. Tout lui est soumis, les Stres celestes eux-memes, tr6nes, dominations, principautes, pouvoirs. II est le premier et il sera le dernier de tous, car si tout sort de lui, tout reviendra a lui comme a sa fin supreme.
4 Tot Trdvtra Iv ai-tw <juvsaTY\v.ev. II donne a la creation si diverse a tant d'egards la coherence qui en fait un tout plein d'ordre et d'harmonie, le Cosmos.
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corps de I'Eglise, le prineipe, le premier ne d'entre les morts, afln qu'en toutes choses il tienne, lui, la premiere place, car il a plu au Pere que toute plenitude residat en lui, et que, paciflant par le sang de sa croix tant ce qui est sur la terre que ce qui est au ciel, il reconciliat toutes choses par lui et en lui-meme 1 . *
L'idee mere de 1'Epitre aux Colossiens se trouve concentres dans ces lignes. Paul, six ans auparavant, ne la presentait qu'en raccourci aux Corinthiens : II y a un seul Seigneur Jesus-Christ, par lequel sent toutes choses et nous par lui 2 . II 1'expose ici telle que, depuis lors, 1'esprit de Dieiil'avait developpee sous ses yeux, telle qu'il la f allait a cette heure critique pour raffermir la foi des chretientes d'Asie. Aux 6tres interrnediairesj independants du Christ, qu'on y revait pour rattacher le ciel a la terre, il oppose 1' unique Redempteur, source de la grace et principe de vie surnaturelle pour les anges et les hommes, Jesus, le fils unique de Dieu, le fils de son amour, engendre avant le monde, en qui s'epanche la plenitude de I'&tre divin. Cette plenitude de la deite, ce plerome 3 , pour parler le langage du gnosticisme , n'est point relegue dans rinconau, par dela un abime creuse entre Dieu et
1 Coloss., i. 15-20.
2 1 Cor., vin, 6.
3 Le icX'/ipwjxa dont parle S.Paul (Coloss., i, 19), estnon seulement la totalite des pouYoirs et desattributs de ladivinite, maislanature, 1'esseace divine elle-mSme en sa plenitude.
rhomme, ilhabite corporellement en Jesus. C'estde cette divinHe du Verbe incarne que provient toute action creatrice, non a la maniere des rayons lumineux qui perdent de -leur puissance en penetrant des couches de plus en plus epaisses, mais jaillissant d'un trait et demeurant egalement divine, quels que soient le trajet parcouru, 1'abime traverse. I/ action du Christ createur est directe, immediate : Seigneur universel, il est tout en tous, aussi grand dans le dernier des tres que dans le plus eleve. Nous touchons done a Dieu par le Christ, car ce Christ est le Dieu supreme en qui reside le plerome divin : entre 1'infini et nous, aucun autre intermediaire.
Auteur de la creation, Jesus Test egalement de la redemption, dela reconciliation de la terre avec le cielj le sang de sa croix ayant efface le peche de rhomme . Lui seul suffit a cet office, on plut6t lui seul en est capable, parce qu'il y faut une personne a la fois divine et humaine l . Que pourraient ici des anges 2 : que vouloir entraver Toeuvre divine, comme 1'ont fait les esprits dechus ? Paul n'a de regards qu'a ces derniers, mais c^st pour les montrer vaincus par.le Christ, depouilles de toute puissance,
1 Coloss., ii, 11-14.
2 Nulle trace dans les Epitres de ce temps des Eons da ghosticisme: 1'heresie ne connait encore que la hierarchie d'anges
par les Juifs et elle les accommode a ses reveries.
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pousses comme un vil troupeau devant son char de triomphe l . "
Cette theologie de 1'Incarnation formait un corps de doctrine assez vaste pour faire sur tous les points face et echec a Terreur. Restait de la faire agreer par des chretientes que Paul n' avait point evangelisees personnellement, ni me" me jamais vues de visage 2 , llcommencaadroitementpar feliciterles Colossiens des fruits que la parole de vie ne cessait de produire parmi eux, ajoutant toutefois que, depuis qu'Epaphras lui avait expose leur etat, il ne cessait de prier et de demander pour eux toute la sagesse, toute l'intelligence spirituelle, afin que leur conduite fut digne de Dieu 3 . C'etait marquer, a mots couverts, que leur foi avait besoin d j etre epuree, tout au moins premunie. II j pourvut, des Tabord, par cette peinture de 1'Incarnation ou nous venons de montrer, resserree en quelques traits, toute la pensee del'apotre sur le Christ, sa divinite, sa souverainete universelle.
Apres leur avoir expose brievement la foi dans laquelle ils ont ete fondes, Paul les conjure d'y demeurer inebranlables 4 et de fermer Toreille aux r^veurs qui tentent de les en detourner. Un de ses
1 Coloss., ii, 15. 'E8ty[xdTiffv ; il etale aux yeux dans une sorte de procession triomphale ces ennemis vaincus et captifs.
2 Id., n, 1.
s Id., i, 9-10.
< Id., i,23.
premiers griefs centre les novateurs est le dedaigneux egoisme de leur doctrine. Comrae tons les Gnostiques, ils pretendaient posseder seuls ime science, ime sagesse superieure ; a 1'encontre de cet esprit de secte, Paul exalte I'umversalite de 1'Evangile. Ce mystere du Christ qu'il avait charge de pitcher, il 1' annoncait a tous indifferemment : exhortant tout homrne, instruisant tout homme dans toute la sagesse, aim que nous rendions tout homme parfait en Jesus-Christ * . Des lors, pourquoi ces orgueilleux reservent-ils leur perfection aux seuls inities? Les tresors de science, qu'ils vantent a tout propos, se trouYent dans le Christ, aux yeux' duquel la philosophic n'a. qu'un prix secondaire, tandis que le coeur illumine par la foi est tout; or, a cette foi, non seulement le Grec et le Juif, mais les plus demies de culture, barbares, Scythes, sont egalement appeles 3 . Rien de plus contraire a 1'Evangile que d'en faire la part de quelques esprits d' elite, car s'il demeure toujours vrai que la plenitude de la science est le secret et comme lemysterieux tresor du Christ 3 , en lui ce mystere de sagesse reste accessible a tous.
1 Coloss., i, 26-28.
2 Id. ,m, 11.
S'OlG-fiuaupot T% co'-pt'ai; v.al yvwasw? dico'v-pu^ot, Colos., n,3, 'Airdicpuwo? estune expression favorite des Gnostiques, comme du reste nombre d'autres termes employes en cette Epitre : uotpia, <pw?, avcdio?' 7:X'/ipu|j.a, yvwcri?, iju-f,, T|>>EIOV, etc. Apocrypha, les Apocryphes,
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Ce que 1'apotre reproche plus vivement encore a 1'heresie, c'estderavalerla doctrine celeste de Jesus aux r&ves philosophiques que la Grece et 1'Orient ne cessaient d'enfanter, a quelqu'une de ces theories mobiles, perissables comme l'homme de qui elles emanent. Paul ne se meprend point sur le caractere nouveau de ces attaques, sur le nom a leur donner . II' u j a plus seulemeni' devant lui la foi seduite ou egaree, mais la philosophic 1 en revolte contre 1'Evangile, et empruntant, pour 1'assaillir, des armes a tous ses ennemis : aux traditions humaines, de vains mensonges 2 ; au judaisme de. grossiers lineaments 3 , 1'ombre de cette verite qui apris corps en Jesus 4 . Devant Israel fanatique du mosaisme, Paul avait expose la redemption et la justification par le Christ, redemption et justification intimes, absolues, que ne pouvaient donner les pratiques legales. Devant Israel philosophe, maisattribuant encore quelque vertu naturelle a la circoncision, aux abstinences, au sabbat, aux fetes reli-
etait le nom donne aux ecrits esoteriques de leur secte, auxquels ils attribuaient une autorite mysterieuse, irresistible. (S. Augustin contr. Faust., xi, 2).
1 Coloss., u, 8. '0 auTvaywywy 8ii 7% cp
2 Id. Ksv% AitdtTTi? uacTa r^v TtapjtSoctv TWV
3 Id. T& ffToix ' a , litteralement les lettres de 1'alphabet , signifie ici une instruction rudimentaire, une sorte de preparation a la verit6. Clement d'Alexandrie, Stromata, vi, 8. . Tertullien, adv. Marcion,, v, 19.
' 4 Coloss., n, 17.
gieuses de sa race, il presents le m^me Jesus devenu. pour nous source unique et immediate de vie : ce qui tarit toute la seve des observances.
L'entiere plenitude de la divinite, leur dit-il, haMte corporellement en lui : en lui vous avez part a cette ple 1 nitude, lui qui est le chef de toute principaute et de toute puissance; en lui vous avez ete circoncis d'unecirconcision qui n'est pas faite de main d'homme, mais qui consists au depouillement de notre corps charnel; (vous avez ete circoncis) de la circoncision du Christ. Ensevelis avec lui dans le bapte~me, dans le mgrne bapt^me vous avez ete ressuscites avec lui, par votre foi a la puissance du Dieu qui 1'a ressuscite d'entre les morts l . Vous etiez morts par vos peches et Tincirconcision de votre chair; il vous a vivifies avec lui, vous remettant tous vos pe'ches ; il a efface par les preceptes (de son Evangile), 1'obligation, la condamnation que laLoi faisait pesersur nous; il 1'a.fait disparaitre en la clouant a la croix; ayant desarmeles principautes et les puissances, il les a menees en triomphe a la face de tout le monde, vaincues par sa croix 2 .
Cette victoire montrait le Christ au-dessus non seulement du monde visible, mais de 1'invisible, et
1 Les eaux baptismales sont aux yeux de Paul un tombeau. Le neophyte, en s'y plongeant, ensevelit ses peches du passe", ses affec- .tions dereglees, tout le vieil homme, pour renaitre a une vie nouvelle. Le baptme est done non seulement une image de la mort et de la resurrection du Christ, mais une communion a ces mysteres : union surnaturelle qui est I'oeuvre de la foi fecondee par la charite : Croyez que Dieu peut ressusciter, dit S. Jean Chrysostome; par cela seul vous ressuscitez. In Epist. ad Coloss., Horail, vi, 2.
2 Coloss., n, 9-15.