AUX HEBREUX
tolat, etait en commerce actif avec les rives d'Egypte, et la .tradition fait de Marc, son cousin et son dis- . ciple, lefondateur de TEglise d'Alexandrie 1 .
Paul marque, a la fin de 1'Epitre, qu'il ecrit entoure de chretiens d'ltalie 2 . A notre gre, Rome n'est pas designee en ces termes 3 , mais quelqu'un des ports, tels que Pouzzoles, ou touchaient les navires allant en Orient. Ces routes de mer etaient les plus commodes, les plus sures pour I'apotre, quand, au sortir de 1'Espagne, il entreprit de visiter une derniere fois ses chretientes de Grece et d'Asie. C'esta Tune de ces relaches, sur.les cotes d'ltalie, quenous nous le repre'sentons, instruit des epreuves de 1'Eglise Mere et lui adressant sa parole de consolation 4 . Rien dans cettelettre n'indique que Paul 1'ait envoyee aux jours de la premiere captivite 5 ; des lors il reste de la reporter au temps et aux lieux oii nous en plagons la composition. Une rencontre de Barnabe dans cette occurrence n'a, d'autre part,
1 Voir S. Pierre, ch. xx.
2 Heb., xm, 24.
3 L'ap6tre Teut nominee, ne fiit-ca qu'a mots couverts, comme S. Pierre le fit dans sa premiere Epitre. i Petr., v, 13.
^ Heb., xin, 22.
5 Deux passages de 1'Epltre aux Hebreux sont allegues comme preuves que I'apOtre 1'aurait ecrite des ce temps-la : x, 34 etxm, 19; le premier notamment, ou, en traduisant ainsi les paroles de I'apotre : Vous avez compati a mes chatnes , on trouve une allusion a sa captivite . L'echec de cette interpretation est de reposer uniquement surla variante : Vinculis meis compassi estis , -coi? SEO-JIOII; s, laquelle est rejeteea bon droit par la Vulgate, la
riend'invraisemblable, car le souvenir est demeure d'un apostolat exerce par lui en Italie, et 1'Eglise de Milan le regarde comme son fondateur ] . Associe aux premiers travaux de Paul, il se retrouvait pres de lui pour achever Toeuvre entreprise vingt annees auparavant, et annoncer d'une commune voix, non plus seulement a la gentilite,' mais a Israel, le triomphe defimtif de la foi sur le mosai'sme .
L'Epitre aux Hebreux est un eloquent tableau de cette superiorite, pris au coeur me'me du christianisme, dans le sacrifice et le sacerdoce de Jesus. Paul ne s'y borne pas toutefois a relever cette seule excellence du Christ. Israel revendiquait trois titres particuliers de gloire : ses patriarchies et ses proplietes, recevant par les anges la visite, la parole de Dieu; sa Loi, remise par 1'Eternel aux mains de Moise ; son temple et ses sacrifices, seuls agrees du Seigneur. L/ap6tre commence son Epitre par rappeler comment les deux premieres prerogatives ne trouvent qu'en Jesus leur plein achevement.
Combien imparfaites en effet demeuraient les re-
plupart des versions et les meilleures editions modernes. La lecon veritable est TOI? Ssajiioic auvE-jraB^ffaTE. Vous avez compati a ceux qui etaient dans les chaines . Quant au second passage, trouver, dans ces termes vagues : . Priez... pour que je vous sois rendu plus t6t , 1'indice que Paul espere sortir bientot de prison, nous parait une conclusion bien hasardeuse.
i Voir Braunsberger, Der Ap. Barnabas, Mainz, 1893, p. 83 et suiv. Cf. Recognitions (i, 7) ou S. Barnabe est represente prSchant a Rome et y convertissant S. Clement.
L'EPITRE AUX HEBREDX 213
velations de 1'Ancien Testament, ne decouvrant la verite que par fragments, a nombreuses reprises, sous formes diverses l , en face de cette lumiere totale, absolue dont le Christ est le foyer ! Dieu a tout dit d'un mot dans le Verbe, son Fils, qui est 1'heritier detoutes choses , parce que, tout ayant ete par lui, tout lui appartient 2 . Ce fils, dans le sein de Dieu, est le resplendissement de sa gloire et 1'empreinte de sa substance ; il soutient tout dans le monde cree par la puissance de sa parole 3 ; il purifie dupecne le monde des ames 4 : a ce triple titre de Redempteur, de Createur, de Fils ayant me"me substance, m6me eclat que Dieu, il est au-dessus de tout, assis a la droite de la majeste, au plus haut des cieux 5 .
Dieu a fait plus que parler aux saints de F Ancien -Testament ; il s'est manifeste aux patriarches et aux prophetes, par 1'intermediaire des anges. Ces purs esprits ont pris a cet effet une figure humaine, mais en telle depen dance et tel depouillement d'euxm^mes, que le geste, la parole de Dieu percaient au travers d'eux comme le rayon lumineux dans le cristal. Sans peine, Abraham, Jacob, tousles voyants
1 IIoXu[j.epw; '-/.al Tco^UTpoTcw;. Hebr., I, 1.
2 3 Ev 6tw isv e'O^xev %XT|pov6|j.ov .Tt^vTuv, Si'oij y.al toJ)? alwva? rotTiffsv. Hebr., i, 2.
3 Hebr., i, 3.
'* Id., i, 3. -
5 Id.
ont reconnu le Seigneur dans ces apparitions. Et cependant, qu'etaient ces preludes de 1'Incarnation aupres de la realite, de Dieu s'unissant personnellement a rhumanite, prenant corps et ame d'homme pour habiter et converser avec nous ? A aucun des auges, le Pere n'a fait entendre les mots qu'il adresse a celui qui s'est incarne pour nous : Vous tes mon Fils, je vous ai engendre aujourd'hui, Taujourd'hui de 1'eteriiite l . A aucun des anges ne sont attribues, comme au Christ, deux pouvoirs proprement divins : 1'immutabilite, la puissance de tout creer 2 . Aux anges, n'est point donnee la royaute sur le monde del'avenir, le monde chretien, mais a Jesus 3 . Si done les Hebreux ont obei a la Loi que ces anges annoncaient, a plus forte raison doivent-ils s'attacher au Christ 4 .
Qu'importe d'ailleurs que, par ses souffrances et sa mort, ce Christ divin ait paru un instant inferieur aux esprits celestes 5 . Nous le voyons couronnede gloire et d'hormeur a cause de la mort qu'il a soufferte , Dieu dans sa bonte ayant voulu qu'il mourut pour tous 6 . A ce dessein, il a du revetir une nature comme la notre, composee de chair et de sang 7 :
1 Hebr., i, 5. Ps., n, 7.
2 Id., i, 7-14.
3 Id., n, 5-9.
4 Id., a, 1-4.
5 Id., n, 7-9.
6 Id., n, 9.
"' Id., H, 14.
a ce dessein, devenu en tout semblable'a ses freres, il demeure dans son ministere, devant Dieu, un pontife compatissant el fidele, qui expie les pe- 'ches du peuple* Car c'est des souffrances memespar lesquelles il a ete eprouve qu'il tire la vertu de secourir ceux qui eux aussi sont tentes l .
Jesus n'est pas seulement 1'ange, 1'envoye divin qui nous apporte la loi de grace; il demeure jamais parmi nous, interpose eritre ciel et terre, mediateur de la nouvelle alliance, comnie Moi'se 1'etait de 1'ancienne, mais en toute autre perfection. Moi'se n'etait qu'unsendteurdanslamaison deDieu; Jesus, comme fils, aautorite surcettemaison 2 . Moisen'a point preserve les Juifs incredules d'errer quarante ans au desert 3 : pour nous, unis au Christ, nous entrons dans le repos, le grand sabbat du peuple de Dieu 4 ; appuyes sur le nouveau Josue qui nous guide, crojant a sa parole, quiest la parole meme de Dieu, vivante et operante, plus penetrante qu'aucune epee a deux tranchants, atteignant jusque dans les replis de Tame et de 1'esprit 5 . . . Et il n'en va pas de notre mediateur comme de Moi'se qui n'a pu introduire Israel dans la terre promise, ni luimeme y entrer. Jesus a penetre au lieu de 1'eternel
1 Hebr., n, 17-18.
2 Id., HI, 1-6.
3 Id., m, 7-11; 15-19.
< Id., iv, 9.
5 Id., iv, liJ.
repos ; il est monte an plus haut des cieux sur un trone de grice l et il y demeure dans la plus sublime de ses fonctions, a la fois pr&tre et victime.
Ce sacerdoce, ce sacrifice de Jesus, est le plus liaut de ses mysteres ; il en forme la partie sublime etl'achevement : Tout est consomme 2 , a dit le Sauveur mourant en croix. Paul, a en juger par les lettres queDous' possedons, n'avait pas eu jusqu'alors a traiter par ecrit cette partie transcendante de nos croyances. Or, il se trouvait en demeure de les exposer aux esprits les moins faits pour les comprendre, a ces Chretiens de Jerusalem, silents a se degager du mosaisme. L'esprit destupeur 3 , qui accablait le reste d'Israel, pesaiteg-alementsureux; courbes centre terre 4 , ils semblaient souvent avoir des yeux pour ne point voir, des oreilles pour nerien entendre 5 . L'ap6tre hesite, a lapensee d'expliquer le sacerdoce eternel de Jesus devant de tels auditeurs, se plaignant en termes vehements de leur pesanteur .d'ame et de foi :
Nous aurions bien des clioses & dire sur ce sujet, mais il nous est difficile de les exposer, a cause de votre paresse a les entendre, car, au lieu que vous soyez des docteurs, comme vous le devriez etre, depuis le temps qu'on vous
1 Hebr., iv. 14-16.
2 Joan., xix, 30.
3 Rom., xi, 8.
4 Tov VWTOV ajTwv 5iaTrav-6? <juy-/.a;j.'|ov. Rom., X'.IO.
5 Rom., xi, 8.
instruit, vous avez encore besoin qu'on vous apprenne les premiers rudiments de la parole de Dieu ' .
Fallait-il, pourcettepartieinfime del'EgliseMere, priver les &mes plus hautes de nobles enseignements? Paulne le pensapas. A quoi bon nepre~cher que pour ces indignes fideles? Chretiens de la premiere heure, combles de toute grace, ayant gotile, plus et mieux que tous, la douceur des dons de Dieu ; ternoins, plus que tous, des miracles du regne evangelique 2 , s j ils s'en detournent, c'est, non par ignorance ou faiblesse, mais par malice : ils savent ce qu'ils font en revenant au judai'sme, ils se rendent comme impossible tout retour au Christ 3 ; car, de propos delibere, ilss'unissentaux ennemis de Jestts, pour le crucifisr de nouveau et faire parade de leur . deicide 4 . Paul n'entrevoit pour ces apostats qu'un jugement terrible et le feu qui les devorera 5 .
Aux invectives de Paul contre Tsrael, obstine on renegat, se melait toujours une tendre sollicitude
1 Hebr.,v, 11-12.
2 Id., -vi, 4, 5.
3 Impossibility, non de la part de Dieu pret a pardonner jusqu'au dernier jour, mais par suite des obstacles, des abimes qu'ils creusent a plaisir entre eux et la misericorde divine. Leur peche est celui de Lucifer se revoltant, blasphemant en pleine lumiere. Quelle parole assez persuasive pour changer des coeurs ainsi endurcis, obstines a la hainedd leur Sauveur? Quelle hostie assez puissante poury faire penetrer la grace et les aniollir?
* Hebr., vi, 6.
5 Id., xi, 23-31.
pour ceux de ses freres gui, sans aller a cet exces, ,cherchaient toujours en gemissant. II s'attache a les ranimer dans salettre, a leur rendre confiance en eux-memes :
Tout en parlant ainsi, chers freres, nous avons meilleure opinion de vous et de votre salut. Dieu n'est pas injuste, il n'oublie point vos bonnes oeuvres et la charite que vous avez montree en son nom, ayant servi les saints et les servant encore. Nous souhaitons que chacun de vous fasse paraltre j usqu'a la fin le mme zele, afln que votre esperance soit remplie l .
Cette esperance , pour !'& me chretienne ballottee aux souffles de la vie presente, est 1'ancre qui lui donne fermete et assurance 2 , car elle est jetee par le croyant, non seulement aux rives de retefnite, mais au plus intime du monde divin, dans le sanctuaire et au-dela du voile ou Jesus est entre comme precurseurpoar nous, etant devenu souverain sacrificateur pour reternite 3 .
Paul en vient ici a 1'idee primordiale de son Epitre, au sacerdocedu Christ selon Fordre deMelchisedech. Rien de plus auguste et de plus mysterieux que ce personnage de 1'Ancien Testament. II surgit tout a coup dans 1'histoire du Pere des
1 Hel)r., vi, 9-11,
2 Id., vi, ly.
3 Id., vi, 19-20.
Croyants, sans attache an peuple elu, sans pere, ni mere, ni genealogie, ni commencement, ni fin de jours 1 . Revetu cTun empire mystique, roi de justice, roi de Salem, c'est-a-dire roi de paix 2 , il vient a Abraham, plus puissant que ce vainqueur des rois , car il le benit et recoit de lui la dime de toutce qu'il avait pris 3 . Sorti des ombres del'eternite, il y rentre pour demeurer ce qu'il a para sur la terre, assimile au Fils de Dieu, prtre pour toujours 4 .
A la ressemblance deMelchisedech, un sacrificateur se leve dans la nouvelle alliance, issu, non de Levi, mais de Juda, tribu a laquelle Moi'sen'attribua jamais de sacerdoce 5 ; etabli dans ce ministere, non en vertu d'une succession charnelle, mais par la puissance de sa vie immortelle 6 . II se leve, suffisant seul et pour jamais a ce rainistere :
Car s'il y a eu autrefois plusieurs pr^treS, parce que la mort les empechait de l'tre toujours, celui-ci, deme.ilrant eternellement, a un sacerdoce eternel. De la vient qu'il peut sauver pour toujours ceux qui s'approchent de
1 Hebr., vn, 3.
2 Id., vn, 2. '''
3 Id., vn, 1, 2. Abraham, chef et pere de tout le peuple elu, payant la dime a Melchisedech et recevant sa benediction, se reconnatt par la, lui et toute sa race, et par consequent la tribu de Levi, inferieur a ce prtre mysterious.
4 Hebr., vn, 3.
s id.,vn, 14.
e Id., vn, 16.
Dieu par lui, etant toujours vivant pour interceder pour nous. Car un tel souverain sacrificateur nous convenait, saint, innocent, sans souillure, separedes pecheurs etplus eleve que les cieux, qui ne fut point oblige, comme les autres pontifes, d'offrir tousles jours des victimes, premierement pour ses propres peches, et ensuite pour ceux du peuple : cela, il 1'a fait, une fois pour toutes, en s'offrant lui-mgme ' .
Jesus en effet demeure victime en mme temps que pretre de son sacrifice. C'est la un profond mystere de notre foi, mais que les Hebreux, mieux que d'autres, etaient a mme de comprendre, car tout dans leur culte allait a les y preparer. Au-dessus des splendeurs du rite mosai'que, de leur temple, une des merveilles du monde, du tabernacle, que voilaient les ailes des cherubms 2 , planait un sombre nuage de sang. II en fallait partout pour purifier, pour effacer le peche : nulle remission, sans effusion sanglante 3 . C'est dans le sang que Moi'se avait inaugure la Loi 4 , c'est le sang aux mains que
1 Hebr., vn, 23-27.
2 Id., ix, 1-5.
3 Id., ix, 22.
4 La premiere alliance n'a pas ele inauguree sans effusion de sang, car Moise, ayant proc'ame devant tout le peuple toutes les ordonnances de la Loi, prit le sang des veaux et des boucs, avec de Teau etde la laine ecarlate et de 1'hysope, et en fit aspersion sur le livre lui-meme et sur tout le peuple en disant : C'est ici le sang de 1'alliance que Dieu a faite en votre faveur . Et de la me'me maniere, il fit aspersion du sang SUP le tabernacle et sur tous les ustensiles du culte . Hebr., ix, 18-21.
L'EPITRE AUX HEBREEX 221
le grand prtre penetrait une seule fois chaque annee dans le Saint des Saints l . Que figuraient ces immolations de boucs et de taureaux'? Jesus, sacrificateur supreme, repanclant pour nous son propre sang, s'offrant lui-m&me a Dieu comme victime sans tache 2 , et nous acquerant ainsi une redemption eternelle 3 . Cette divine oblation a ete le premier acte du Fils de Dieu incarne.
Entrant dans le monde il a dit : Vous n'avez voulu ni de sacrifice, ni d'offrande, mais vous m'avez forme nu corps. Vous n'avez agree ni les holocaustes, ni les sacrifices pour le peche ; alors j'ai dit : voici, je viens; comme il est ecrit de moi clans le livre, pour faire, 6 Dieu, votre volonte. . . Et c'est cette volonte de Dieu qui nous a sanctifies par Toblation du corps de Jesus-Christ, faite une fois pour toutes. Tout autre sanctificateur se tient debout chaque jour, sacrifiant et offrant souyent les mgmes hosties qui ne peuvent jamais 6ter les peches. Celui-ci, ayant offert un seul sacrifice pour les peches, s'est assis a perpetuite a la droite de Dieu, attendant desormais jusqu'a ce que ses ennemis soient reduits a lui servir de marchepied, car, par une seule oblation, il a rendu parfaits pour toujours ceux qu'il a sanctifies 4 .
Que fallait-il a Jerusalem pour reconnaitre et s'approprier dans les ombres de son.culte le
1 Hebr., ix, 7-8.
2 Id., ix/14.
3 Id., ix, 12.
4 Id., x, 5-7, 10-14.
sacrifice, le sacerdoce eternel ? Croire an Christ, qui n'etait sorti d'elle que pour concentrer, incarner en lui-m^me toute religion, aussi bien que toute justice et toute verite, mais il fallait croire, de cette pleine foi qui suppose un coeur sincere, pur de toute mauvaise conscience 1 . Paul savait peu nombreuses les ames de cette trempe en Israel; parmi ceux-la meme qui avaient eu connaissance de la verite 2 , que d'inconstants, jetant les regards en arriere 1 Que de renegats foulant aux pieds le Fils de Dieu, tenant vil et profane le sang de 1'alliance qui les avait sanctifies, outrageant 1'esprit de la grace 3 ! L'apotre n'a qu'une parole pour' ces apostats, mais redoutable entre toutes : C'est chose terrible que de tomber aux mains du Dieu vivant 4 .
Toutefois, -au-dessus de cette foule d'infideles, Paul discernait une elite, venue elle aussi du judai'sme, mais unie au Christ desormais. Que pouvait-il de mieux, pour les aifermir dans cette union, que de leur montrer toute saintete, toute grandeur, ne provenant depuis 1'origine des temps que de la foi au Christ? Cette vertu inspirait par avance aux saints de 1'Aucienne Loi ce qu'elle met dans nos
1 Hebr., x, 22.
2 Id., x, 26.
3 Id., x, 29.
^ Id., x, 31.
coeurs une ferme attente 1 de ce que nous esperons, la pleine conviction de ce que nous ne voyons pas 2 . C'est par cette foi qu'ils demeuraient ici-bas comme en terre etrangere, habitant
sous la tente ; ils attendaient cette cite aux fon-
dements eternels dont Dieu me~me est le createur et
1'architecte Et tous sont morts dans la foi,
n' ay ant pas recu les choses quileur etaient promises, mais les voyant et les saluant de loin, se confessant etrangers et voyageurs sur la terre . Ainsi ont vecu tous ceux qui demeurent grands et saints dans le souvenir d'Israelj Abel, Henoch, Noe, Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, Moise, Rahab mme la prostituee 3 .
Et que dire de plus ? poursuit TapStre. Le temps me manquerait, si je voulais parler encore de Gedeon, de Barac, de Samson, de Jephte, deDavid,deSamueletdesprophetes, qui, par la foi, conquirent des royaumes, exercerent la justice, recurent Teffet des promesses, fermerent la gueule aux lions, eteignirent la violence du feu, ^viterentle tranchant de 1'epee, sortirent forts de la maladie, devinrent puissants dans la bataille, firent ployer les armees etrangeres, ont rendu aux meres leurs enfants .ressuscites ; les
1 Beelen, Maier, Bisping et la plupart des modernes donnent avec raison a OTroaTaan; le sens de ferme attente , car cette signification, que demande ici le contexte, est cslle qu'a le mot grec en d'autres passages de 1'Ecriture. Hebr., in, 14. Jer., xxm, 22. Ezech., xix, 15.
2 Hebr., xi, 1.
3 Josue, n, 1-21;. vi, 17.
uns furent brises sur la roue, ne voulant point racheter leur vie afin d'en trouver une meilleure dans la resurrection ; d'autres ont souflert les moqueries et les fouets, les chaines et les prisons ; ils ont ete lapides, scies, tortures ; ils sont morts par 1'epee; ils marchaient co u verts de peaux de brebis, de peaux de chevres, denues de tout, opprimes, maltraites (eux dont le monde n'etait pas digne), errant dans les deserts et les montagnes, et les cavernes et les antres de laterre. Tous ces saints, dont 1'Ecriture loue la foi, n'ont point vu la realisation des promesses, Dieu ayant voulu par une faveur particuliere a notre egard qu'ils ne rec,ussent qu'avec nous 1'accomplissement de leur bonheur. Bnvironnes d'une telle nuee de temoins, courons avec patience la course qui nous est proposee, les yeux fixes sur Jesus, 1'auteur et le consommateur de la foi 1 .
Paul se sentait d'autant plus fonde a reclamer cette vaillance qu'en general les Chretiens de Jerusalem n'avaient pas eu } commeailleurs, a combattre, a resister jusqu'au sang ~ . Qu'etait leur presente epreuve, comparee aux souffrances de leurs freres ? Tout au plus une correction paternelle, tendre discipline qui ne porte que des fruits de justice et de paix 3 . Et que de motifs, d'autre part, de ne point le ceder en generosite aux saints et aux martyrs de Tantique alliance? Ceux-ci n'avaient yu. Dieu et sa Loi que sur une montagne de feu, au sein de tenebres, de tempe~tes } d'eclairs ; si terrible y etait
1 Hebr., xi, 32; xu, 2.
2 Id., xu, 4.
a Id., xn, 5-11.
la voix du Seigneur qu'ils 1'avaient supplie de ne plus leur parler *. Aulieu de cetappareil effrayant, la foi nouvelle offrait,' en douce lumiere et de facile abord, tous ies biens auxquels depuis si longtemps aspirait Israel : le vrai mont de Sion, la ville du Dieu vivant, la Jerusalem celeste; dans son sein, Ies anges en troupe innombrable, I'assemblee des premiers nes ecrits dans Ies cieux; Dieu juge de tous; Ies ames des justes consommees dans la gloire ; Jesus, le mediateur de la nouvelle alliance, son sang repandu parlant plus eloquemment que celui
d'Abe! 2 . #
% Cette immolation du Sauveur, sa Croix, demeu-
rait desormais la plus soli de gloire de Jerusalem, 1'unique foyer ou se ramassait tout ce qui lui restait de vie et de salut. Paul ne cesse d'y ramener Ies fideles de la ville sainte, leur montrant acte de culte * dans chacune des vertus auxquels ils Ies convie : hostie de louange 4 dans la priere ; hostie de charite dans 1'aumone, 1'hospitalite, 1'amour fraternel 5 ; dans 1'ensemble de la vie chretienne une communion par la grace a 1' oblation du Sauveur, le veritable holocauste ou Dieu est le feu devo-
1 Hebr., xn, 18-21.
2 Id., xii, 22-24.
a Id., xii, 28. .
^ Id., xm, 15.
5 Id., xm, 16.
rant 1 , et qui, a la difference de ceux du mosai'sme, ne s'eteindra jamais, car Tame de ce sacrifice, Jesus-Christ, est l v e meme hier, et aujourd'hui et eternellement 2 .La derniere pensee de Paul est pour ce Pontife eternel.
< Que Dieu, dit-il dans son salut aux Hebreux, le Dieu de paix qui a ramene d'entre les morts notre Seigneur Jesus, le grand pasteur des nrebis, en vertu du sang qui fait son testament eternel ; (que ce Dieu) vous rende disposes a toute bonne oeuvre, lui-mme faisant en vous ce qui lui est agreable, par Jesus-Christ, auquel soit la gloire dans les siecles des siecles. Amen 3 .
Nous sommes portes a croire que 1'Epitre, telle qu'elle sortit des mains de Barnabe, se terminait par ce salut. Ce qui suit nous parait avoir ete dicte par Paul lui-me~me, quand la lettre, qui exprimait ses idees, lui fut soumise et rec.ut de lui son cachet d' authenticate :
Je vous supplie, freres, d'agreer ces paroles de consolation ; je ne vous ecris qu'en peu de mots 4 . Sachez que
1 Hebr., xn, 29.
2 Id., xm, 8.
s Id., xm, 20, 21 .
* Les premiers mots de cette addition, que les interpretes out peine a expliquer, deviennent dans notre hypoth^se clairs et significatifs. L'aoriste sypai^a, eTcefj.^a, eitserTet^a r^pond souvent dans les lettres a notre present. II en est de mSme en latin : Scripsi, misi. Voir Winer, Grammatik. des Neutestcmentlichen Sprachidioms, 40, 5, b 2.
L'EPITRE Atx HEBRETJX 227
notre fr&re Timothee a ete mis en liberte : s'il vient bientOt, je vous Terrai arec lui. Saluez tous ceux qui vous conduisent et tons les saints. Ceux d'ltalie vous saluent. Que la grace soit avec vous tous. Amen * .
Hebr., xm, 22-25.
CHAPITF
REVOLTS