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CHAPITRE QUATORZIEME

Onimagine sanspeine, aux recits que nous venons de faire, ce qu'avaient ete pour les chretiens les quatre annees qui suiyirent Fincendie de Rome : une suite incessante d'alarmes. Alors me"me que leur sangne coulait pas, les convulsions qui secouaient le monde, 1'Orient se jetaut en armes sur 1'Occident, Feffroyable confusion ou 1'empire paraissait crouler, tout rappelait aux fideles les catastrophes annoncees par le Maitre comme le prelude de son retour l . Beaucoup avaient cru toucher a ce commencement des grandes douleurs 2 , a un effondrement de toutes choses, d'ou s'eleveraient des cieux nouveaux, une terre nouvelle que la justice habiterait 3 .

L'avenement des Flaviens dissip'a 1'illusion, en

1 Matt., xxiv, 1-51. Marc, xm. 1-37. Luc, xxi, 5-33.

2 Marc., xm, 8.

3 n Petr., in, 13.

montrant que Rome n' etait pas pres de disparaitre. Cette reine du monde gardait an contraire assez de vitalite pour etendre ses vues, elargir ses formes de gouvernement et faire place aux Chretiens sous certaines conditions, dures, mais generalement supportables. On le comprit a mesure que la tolerance des nouveaux chefs de 1'Etat devenait plus sensible : les esprits, las d'attendre un retour soudain et triomphant de Jesus, se tournerent au seul royaume que le Sauveur etait venu fonder, a son Eglise dont la mission etait de regenerer le monde, obscurement, a la longue, par des siecles de labeur et de souffrances.

Pierre et Paul avaient consacre leurs derniers moments a fprtifier cette divine societe des ames, a lui donner une discipline plus etroite, unehierarchie reguliere, par suite un gouvernement plus ferme. Les fideles, rassures et eclaires par le retablissement de 1'ordre dans tout 1'empire, saisirent ce que leurs chefs avaient voulu leur faire entendre avant de les quitter. Sans oublier que le jour du Seigneur viendra 1'improviste, ils cesserent d'en faire leur unique pensee et s'appliquerent a 1'attendre, comme il convient, en donnant large part aux devoirs et aux soucis de la viepresente. Tls chercherent Jesus, non plus a 1'horizon comme un fantome, mais dans TEglise, son corps visible ici-bas. Des lors, tous leurs soins allerent, comme ceux des ap6tres, a fortifier la cite sainte ou il leur fallait demeurer jusqu'a

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