‹ Saint Paul [microform]Chapitre 43 sur 55 · V SAINT PAUL · texte numérisé non relu

V SAINT PAUL

lui-m^me, il assembla ses principaux officiers et delibera avec eux s'il fallait bruler le temple ou 1'emporter de vive force. Titus, selon Josephe, penchait a ce dernier parti l ; selon Tacite, il voulait tout detruire 2 . Quoi qu'il en soit, la resolution de conserver le sanctuaire d'Israel au prix d'un sanglant effort prevalut, et on reprit 1'assaut.

Les Juifs le previnrent : au matin du 10 aout, ils tenterent une sortie en masse. Arr&tes par les legionnaires qui soutinrent energiquement le choc, ils se battirent tout le jour, et ne cederent qu'ecrases par la cavalerie, qui, amenee sur resplanade,parvint a la balayer. Au soir, Titus etait rentre dans sa tente, estimant la lutte finie; mais le desespoir rendait les Zelotes infatigables. Apres quelques instants de relache, de nouveaux flots d J assieges se jeterent sur les Romains ; cette fois, ils furent repousses, avec une telle vigueur que I'enuemi enitra ple-mMe,avec

1 Josephe, Bell, jud., VI, iv, 3.

2 Nonnulis videbatur gedem sacratam ultra omnia mortalia illustrem non oportere deleri... At contra alii, et Titus ipse, evertendum in primio templum censebant, quo plenius Judseorum et Christianorum religio tolleretur ; quippe has religiones, licet contraries sibi, iisdem tamen ab auctoribus profectas ; Christianos ex Judseis extiT tisse : radice sublata, stirpem facile perituram . Sulpice Severe, Chronicon, n, 30. M. Bernays a mis a peu pres hors de doute que, la cdmme ailleurs, Sulpice Severe suit Tacite et que nous pouvons regarder ce passage comme un emprunt fait a la partie perdue des Histoires. (Ueber die Chronik des Sulpicius Severus, p. 48-61). Cf . Schiller, Gescliichte der romischen Kaiserzeit, i, 399.

eux dans le parvis des Israelites et les poursuivit jusqu'auxportes me"mes du sanctuaire. La, un soldat, sans mil ordre, mais comme inspire de Dieu 1 , saisit une poutre qui brulait encore dans les portiques incendies I'avant-veille, et, souleve par un de ses camarades, il la jeta dans les chambres qui entou raient le Saint ; en quelques instants, ces salles boisees s'embraserent et le temple briila . Les Juifs pousserent un cri d'horreur a cette vue : Titus etait accouru; de la parole, du geste, il commandait d'eteindre 1'incendie, mais sa voix se perdait dans le tumulte. Les soldats, aux premiers pas faits dans le sanctuaire, avaient secoue leur effroi ; eblouis par Tor qui etincelait de tous c6tes, ils se ruaient au pillage. Titus fut emportepar cette foule trop apre a la curee pour le voir et 1' entendre, et il parvint avec quelques officiers dans le sanctuaire encore intact ; il le contempla un instant, puis entra dans le Saint des Saints. La majeste du lieu surpassait son attente, elle Femut si vivement qu'il^se precipita dehors, resolu de sauver a tout prix une telle merveille. Mais pendant qu'il repoussait les pillards et s'epuisait a crier qu'on eteignit, un soldat, reste derriere lui, mitle feu a 1'interieur. La fumee et la flamme jaillissant gagnerent de toute part. Titus vit le temple perdu : il se retira 2 .

1 Aai[xoviii) (5)piJ.Ti TIVI ^pdi(Xvo?. Jos^phe, Sell, jut}., VI, iv, 5.

2 Jos^phe, Bell.jud., VI, iv, 3-7.

L'incendie, s'etendant des lors sans obstacle, ne fit bientSt de la cime du Moriali qu'un effroyable brasier : il semblait que la montagne briilat jusque dans ses fondements. De Sion et.des hauteurs voisines les Juifs regardaient, la rage au coeur, 1'aneantissement de leur derniere esperance. Des cris d'angoisse, d' execration, partaient de cette foule, et se me'laient aux voix retentissantes des legionnaires, aux hurlernents des egorges. Telle fut 1'immense clameur, a cette heure funeste, qu'on 1'entendit par dela le Jourdain l . Cependant les flarnmes n'interrompaient pas le carnage. Les Romains, ivres de sang, ne marchant plus que sur des cadavres, tuaient tout ce qu'ils trouvaient debout devant eux. La plupart des Juifs du reste affoles, desesperes, cherchaient la mort, les uris se jetant sur les epees des legionnaires, d'autres se precipitant dans les flammes ou s'egorgeant entr'eux. Quelques prdtres, ayant gagne le faite du temple^ en arrachaient les pointes dorees avec leurs scellements de plomb, et les lancaient sur les assaillants ; mais bientot eux aussi

disparurent dans les flammes. Seul un petit groupe de Zelotes, rallies par Jean de Giscala, parvint & percer les Romains et a rejoindre Simon par le pont qui reliait Sion au temple. Le reste des fils d'Israel, que 1'attente du grand miracle avait rarnasses sur le

Josephe, Bell, jud., VI, v, 1 .

Moriah, etait perdu sans ressource. Six mille de ces infortuneSj en majorite vieillards, femmes,.enfants 5 s'etaient refugies sous un portique ; le feu y fat mis et tons perirent l . Quand les flammes tomberent, II ne restait sur la montagne sainte que deux portes calcinees et im debris de 1' enceinte reservee aux femmes. Les legions reunirent leurs aigles, au milieu des decombres fumants, et offrirent un sacrifice a ces embldmes idolatriques 8 . .A ce dernier coup les Juifs ne pouvaient plus se meprendre. L' abomination de la desolation 3 >>, commenceepar les Zelotes, s'aclievait sous leurs yeux. LeDieuqu'ils avaient meconnu abaadonnait le lieu saint, ou si longtemps i-1 avait voulu qu'on Tadorat, il les rejetait eux et leur culte.

Tout cependant n'etait pas encore fini pour les vainqueurs; il leur restait a emporter la vraie citadelle de Jerusalem, Tantique Sion. Les remparts de cette ville haute demeuraient intacts ; les plus fanatiques des insurges y etaient reunis et, a leur te~te, Jean et Simon, unis pour la lutte supreme. Toutefois, au moment de 1' engager, les deux chefs hesitereut ; sentant leurs homines epuises, ils demanderent au general romainune entrevue. Ils offraient d'evacuer la place, pourvu qu'onles laissat se retirer au desert,

1 Josephe, Bell, jud., VI, v, 1-2.

2 Id., VI, vi, 1.

3 Matt., xxiv, 15.

eux, leurs femmes et leurs enfants. Titus entendait seulement faire grace; froiss qu'on luLpos&t des conditions, il rompit 1'entretien en declarant qu'il ne restait plus qu'a mourir 1 .

II fallut recommencer un nouveau siege, non moins rude que les precedents, car dans Sion, deja formidable par elle-mme, les Juifs tenaient un poste capable de tout braver, le palais d'Herode, flanque des trois enormes tours, Hippicus, Phasae'l, Mariamne. Pendant dix-huit jours, les quatre legions edifierent des chaussees contre le mur occidental qui toucbait a ce palais, Le 7 septembre, ces travaux etant acbeves, les machines battirent les remparts et firent breche. A leur grande surprise, les legions entrerent sans resistance. La famine et la fievre avaient acheve d'extenuer les defenseurs-, a demi-morts, ils ne retrouverent un reste de souffle que pour fuir de tous cotes, et s'enfoncer dans les cavites souterraines sur lesquelles Jerusalem est batie. Les Romains coururent tout le jour a travers les etroites rues de Sion, pillant, egorgeant, brulant tout, mais en nombre de maisons d'ou ils auguraient riche butin, ils reculerent, suffoques par la puanteur des cadavres dont elles etaient remplies. La nuit termina le carnage et permit au feu d'acneyer la destruction. Quand Titus arriva sur la mon-

Jos^phe, Bell, jud., VI, vi, 2, 3.

tagne fumante et qu'il vit intactes ces tours Herodiennes qu'aucune machine n'aurait entamees, sa derniere victoire si facile lui parut un prodige, et il en rendit graces au Dieu qui avait combattu pour lui 1 .

Les jours suivants furent employes a fouiller les egouts et les souterrains de la ville, on en tira des milliers de captifs et de grandes richesses, lesquelles, jointes au butin recueilli dans le reste de Jerusalem, formerent un tel amas d'or, que le prix de ce metal baissa de moitie en Syrie. La part de Titus dans ces depouilles comprenait les objets sacres sauves de 1'incendie du Temple : le voile du Saint des Saints, le livre de la Loi, la table des pains de proposition, le chandelier a sept branches ; il les mit en reserve pour son triomphe. Outre ces trophees, un nombre enorme de prisonniers restait entre ses mains. Josephe 1'evalue a quatre-vingt-dix-sept mille. Cette foule, pouss6e vers le Temple, fut entassee dans une partie d'enceinte encore debo'ut : on la tria. Tout ce qui avait porte les armes fut egorge ; il n'y eut d'epargne que sept cents jeunes hommes des mieux faits et des plus beaux, destines au triomphe du vainqueur. Parmi les autres, ceux qui avaient moins de dix-sept ans furent vendus, le reste garde pour les mines ou Tamphitheatre. Tel etait 1'epuisement de ces captifs

1 Josephe, Sell, jud., VI, vm, 1, 4, 5; ix, 1.

que, pendant lesquelques jours que dura le part-age, il en mourut des milliers, les uns d'inanition, les autres de desespoir .*.,

Les deux chefs de la revolte n'etaient point au nombre de ces malheureux et on les cherchait vai-

nement. Jean de Giscala fut le premier que la faim contraiguit de se clecouvrir ; il selivraa Titus, qui, epargnant sa vie, se. contenta de 1'emprisonner 2 . Simon avait plus de vivres; vers la fin d'octobre seulement, les soldats qui gardaient le Temple went softir de terre un ^tre decharne, couvert d'une tunique blanche et d'un manteau de pourpre. C'etait Simon qui, a bout deressources, tentait de passer an milieu d'eux comme un fantome. Arre~te, bientot reconna, il fut envoye a Cesaree pour qae Titus en disposat 3 .

A cette epoque, en ejGfet, le prince avait quitte Jerusalem et parcourait la Syrie., celebrant sa victoire. Les prisonniers qu'il trainait apres lui fournissaient amplementauxjeux cruels des cirques. Dans 1' amphitheatre de Cesaree de Philippe, deux mille cinq cents, furent brules vifs, livres aux b^tes ou contraints de s'egorger entr'eux. A Beyrouth, m^me massacre. Le vainqueur poussa ainsi jusqu'a Antioche et 1'Euphrate, partout acclame 4 . Reve-

1 Josephs, Belltjud., VI, ix, 2-4.

2 Id., VI, ix, 4.

3 Id., VII, n, 1.

4 Id., VII, ii ; m, 1; -v, 1,2.

nant yers 1'Egypte, ii s'arre~ta sur la route et voulut revoir Jerusalem. La destruction qu'il avait ordonnee etait accomplie. De cette ville, qu'il avait trouvee six mois auparavant eblouissante dans sa fiere beaute, assez forte d'hommes et de biens pour defier Rome, il ne restait que decombres. La dixieme legion campait sur les ruines du temple. Ausommetde Sion, les trois tours Herodiennes, respectees par son ordre, attestaient de quels obstacles il avait triompke : quelques masures subsistaient egalement a 1'extremite de cette colline, et, parmi elles, le Cenacle 1 , ou Jesus substitua au rituel mosai'que le culte en esprit et en verite, le sacrifice eternel, 1'Eucliaristie. Les autres quartiers de Jerusalem, Bezetha, Acra, Ophel, avaient disparu, et pareille devastation s'etendaita cinq lieues de distance. Les abords de Jerusalem, naguere verdoyants, n'oflfraient plus au regard qu'un desert de pierres, celui qu'on voit aujourd'hui. Titus, profondement emu, pleura sur la malheureuse ville, et maudit les iiisenses qui 1'avaient contraint de saccager ainsi leur patrie. La gloire de cette guerre semblait lui peser; a ceux qui Ten felicitaient : Ce n'est pas moi qui ai vaincu, repondait-il ; Dieu irrite centre les Juifs s'est servi de mon bras 2 .

Ces sentiments, que pai'ens et Juifs present egale-

1 S. Epiphane, De mensuris, 14.

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