‹ Saint Paul [microform]Chapitre 27 sur 100 · Authenticité {et intégrité · texte numérisé non relu

Authenticité {et intégrité

Quiconque est capable de pratiquer judicieusement la critique interne jugera l'authenticité de II Cor. incontestable. Ah iingue leonem. Pour elle en particulier, il est juste de dire avec Goguel (« Intr. » iv, 2, p. 142), qu'un faussaire aurait imaginé quelque chose de plus net et de plus facile à se représenter que la situation si complexe qu'elle présuppose.

D'ailleurs les attestations, sans égaler pour le nombre et la valeur unique celles qui se réfèrent à I Cor., sont encore abondantes et d'une belle antiquité.

Dès le II" siècle, on possède, en premier lieu, le témoignage implicite de s. Polycarpe, (« Aux Philippiens », ii, 2), qui doit s'inspirer de II Cor. iv, 14, quand il écrit : 'O de êyslQaç aùxov Ix vsxpGiv y.a\ ')]f.iviç, sS,sysQsï (1). — L'auteur de la « Lettre à Diognète » s'en inspire très certainement v, 8 (èv oagxl... àXX' ov ^azd oâçHa, cfr II Cor. x, 3) et v, 13 (titmxevovoi, aai nXovriÇovOL noXXovç, cfr II Cor.\i, 10); Diogn. vi, 8 pourrait aussi s'inspirer de II Cor. v, 1-ss., mais c'est beaucoup moins sûr. Notre épître est mentionnée parmi celles de Paul au canon de Muratori, elle entrait dans r« Apostolicon » de Marcion^ et Basilide la connaissait. Nul doute par conséquent qu'elle ne fût répandue et tenue pour œuvre de Paul et inspirée dans le ii° siècle. Dans Théophile d'Antioche le passage de « Ad Autolycum » i, 2 = II Cor. vu, 1; dans Athénagore « De resurr. », xviir, 1 = II Cor. v, 10; dans Hippolyte « Philosoph. » v, 8 = II Cor. xii, 2-4. L'authenticité est incontestée chez {renée, qui, « Adv. Haer. » ni, 7, 1, dit en citant II Cor. iv, 4 : « Quod autem dicunt aperte Paulum in secunda ad Corinthios dixisse : in quibus deus » , etc. , et la cite encore ailleurs nominativement; chez Clément d'Alexandrie, qui la cite une quarantaine de fois (« Strom. », iv, 16, etc.); chez TertuUien, qui en fait aussi grand usage

(1) Ce texte se rapproche plus, pour le mode des verbes, le choix et l'ordre des mots, de Il Cor. que des textes voisins I Cor. vr, 14 et Rom. viii, 11. Cependant c'est I Cor. qui passe aussi du verbe ÈYïtpîtv au verbe èÇïys'p^'v. Les mots toi; ouXotç xr\:, oaaiocrûvyi; de Polijc. IV, 1, l'ont penser à II Cor. vi, 7, au moins autant qu'à Rom. vi, 13. — On doit aussi signaler quelques réminiscences de notre cpître dans Ignace « ad Philad. » vr, 3 (cfr n Cor. I, 12, al.) et aussi dans « ad Eph. » et «ad Trall. » — On a même vu dans le mot svonTpîÇoiieOa de Clem. Rom. xxxvi, 2 un rapport à II Cor. m, 18.

SECONDE É PITRE AUX COIUNTIIIENS. il

INTRODUCTION

(« De Pudic. », xiii, etc.) ; enfin, chez tous les écrivains ecclésiastiques qui suivent. Elle est présente dans toutes les vieilles versions, et la récente découverte des papyrus Chester BeatUj nous en a fourni un manuscrit qui date du iii° siècle (v. infra).

Il est vrai que cette authenticité a été repoussée au xix" siècle par Bruno Bauer, S teck et des critiques del'» école hollandaise», pour des raisons qu'on va pouvoir apprécier (voir A. Schweitzer, « Geschichte der paulinischen Forschung », 1911, pp. 91-ss.).

Selon Bauer, c'est l'œuvre d'un auteur médiocre s'inspirant de I Cor. qu'il ne comprend pas bien, et ayant d'ailleurs sa christologie et son eschatologie à lui. — Pour Pierson et Naber, une compilation de fragments recueillis partout, surtout en des lettres pastorales d'évôques des premiers siècles, entre autres, aux ch. x-xiii, de leur « Paulus episcopus » (v. comm. de I Cor., p. Lxxviii). — Pour van Manen, un tout fait vaille que vaille de morceaux de lettres et d'autres écrits, qu'on a laissé rempli de contradictions flagrantes. Etc., etc. Windisch remarque (comm., p. 23), — et c'est joliment dit, malheureusement il manque un mot français pour traduire — que ces radicaux ont atteint le point « wo der Scharfsinn in Borniertheit uberscklàgt » (« où la pénétration tombe tête première dans la « bornerie » d'esprit »).

D'autres critiques, sans nier l'authenticité substantielle, ont cru découvrir des interpolations plus ou moins considérables.

On a élagué surtout vi, 14-vn, 1 (v. infra), soit qu'on ait trouvé à ce morceau trop d'esprit « catholique », soit qu'on y vît trop de ressemblance avec Clément ou Barnabe. Ainsi Schrader, H. Ewald (comme probable), Holsten, Renan, Meyer-Heinrici, les Hollandais Straatman, Michelsen, Baijon; Krenkel, à cause de Clément, est hésitant.

Halmel ajoute d'autres interpolations à celle-là; m, 12-18; iv, 3, 4, 6. — Volter coupe plus cruellement, et supprime (en plus de vi, 14-vii, 1) ii, lô'*- IV, 6; IV, 16-v, 11; v, 16. — Notre « Delafosse », retranchement fait du « marcionite » et du « catholique », ne laisse à Paul que i, 1-2, 8-11; 15-20; 23; II, 1-13; VI, 11-13; vu, 2-ix, 14; x, 1-2 (mêlé de marcioaite); 9-11; xi, 6M2''; XII, 13-21; xiii, 1-2; 10*; 12. — Loisy en est presque arrivé à l'égaler, depuis 1933 (v. infra).

Il y a eu des discussions sur l'authenticité de xi, 32-33 (l'incident de Damas), et de XII, ll''-12 (v. ad loc.).

Nous critiquerons dans le commentaire celles au moins de ces opinions qui auraient quelque semblant de fondement.

JI. Unité.

Cette question de l'unité est bien plus ardue que la précédente. Des controverses portent sur vi, 14-vii, 1, sur les chapitres viii et ix, sur les chapitres x-xiii. Commençons par le problème relatif aux derniers, qui est le plus grave.

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