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CHAPITRE IV. LI

Problème des « Quatre Chapitres », x-xiii. — Il a été posé dès la dernière moitié du xvni" siècle, par Semler, qui, ayant bien noté le changement d'allures de l'auteur à partir du ch. x, pensa que x-xin, 10 devaient constituer une lettre d'une autre inspiration que les précédents chapitres ; elle aurait été expédiée, sur la réception de mauvaises nouvelles venant de Gorinlhe, après le départ de Tite pour la levée de la collecte, mentionné au ch. viir.

Au xix*^ siècle, la constatation de ce contraste, qui est bien réel, a donné lieu à la confection de plusieurs théories.

Théorie de Hausrath. — Ad. Hausrath (1870), après plusieurs précurseurs, lança la thèse qu'on a aujourd'hui l'habitude de désigner par son nom. Il y a, selon lui, incompatibilité sur plusieurs points essentiels entre les parties i-ix et x-xiii; elles n'ont donc pu être unies dans une même missive, et la simple réception de nouvelles inattendues (cfr Semlei-j ci-dessus) n'expliquerait pas le changement de situation et de ton. x-xiii seraient donc plutôt un important fragment de la « lettre en larmes » dont il est parlé aux ch. ii et vu, et par conséquent antérieurs à ceux-ci. Le reste de celte lettre antérieure, qui se rapportait toujours au crime d'inceste de I Cor. (v. supra, au ch. i), eût été formé par une lettre de chrétiens d'Ephèse à la communauté corinthienne, et celle-ci ne l'a pas conservé.

Beaucoup de savants qui écrivirent sur saint Paul adoptèrent cette thèse avec des nuances, et surtout en éliminant le rapport à l'a incestueux » : Lipsius, Brûckner, Pfleiderer, Hermann von Soden, Clemen, Vôlter, d'autres de langue allemande, parmi lesquels le commentateur Schmiedel, et Joh. Weiss, les Hollandais Cramer et Mîchelsen, les écrivains de langue anglaise Davidson, Mac Giffert, Kennedy, W. Bacon, Moffatt, Rendall, Kirsopp Lake, D. Smith (1919), etc., en France Goguel et d'autres. Kennedy surtout a donné beaucoup de force à la théorie; Plammer, sans oser se prononcer trop catégoriquement, a bien mis en lumière toutes les probabilités de cette opinion.

Mais en faveur de la position traditionnelle, s'élevèrent contre elle ou les ébauches qui en avaient précédé : Beyschlag, Bleek, Reuss, Holsten, Hilgenfeld., J. Holtzmann, Godet, Jâlicher, Zahn, Heinrici, Ramsay, Weizsdcker, Klôpper, Liietzmann, Bousset,Bachmann, Me Neile [i^'10),Menzies, II. D. Wendland^ l'ensemble des catholiques, Cornely, Beher, Sickenberger, Gutjahr, d'autres encore, bref toute une armée.

On se rappela que liug, dès 1826, avait expliqué l'ordre traditionnel des parties en le comparant à celui du discours « sur la Couronne » de Démosthène, et Heinrici étendit l'analogie au type consacré des discours antiques de défense judiciaire. — Jâlicher explique la différence de ton par une longue pause de dictée, pendant laquelle, Titus étant parti, la colère de Paul, que le disciple avait apaisée, aurait repris; pour Boasset, Paul n'aurait voulu ajouter d'abord à la matière des premiers chapitres qu'un petit mot écrit de sa propre main, mais il se serait laissé entraîner à la diatribe par le réveil de mauvais souvenirs ; Riickert, Ewald, Heinrici, Deissmann, attribuent aussi le changement à ce que Paul se serait mis à écrire lui-môme; Lielzmann, à des impressions sub-

LTI INTRODUCTION.

jectives désagréables qui seraient survenues (ce qui est faire l'Apôtre un peu trop nerveux).

Weizsâcker a eu le mérite de fournir des arguments pour montrer que i-ix étaient une vraie préparatioji à x-xiii; c'est la bonne voie, à cela près que les deux chapitres viii-ix, sur la collecte, ne sont pas proprement une préparation à quelque communication ultérieure, mais un des deux sujets délicats auxquels i-vii devaient préparer les Corinthiens.

Théorie de Krenkel. — Dans les temps reculés, en 1804, Greeçe avait .reconnu en i-suiv. et x-xiii deux parties d'une même lettre écrites en des temps divers; avant lui, M. Weber (1798) identifiait x-xm, 10 à une toute dernière lettre de Paul à Corinthe, qui serait donc la « cinquième » et il fut suivi de Paiilus (1812) et de Weise (1855) (v. Windisch, p. 12). Krenkel, en 1890, dressa avec beaucoup de détails la thèse que voici :

Il faut respecter l'ordre chronologique des parties de II Cor., mais, en revenant à la ligne de Semler, considérer les « Quatre Chapitres » comme une missive nouvelle. Ce n'est donc pas la « lettre en larmes » de ii et vu. Elle aurait été motivée par l'attaque des Judaïsants de Corinthe contre la levée de la collecte dont il s'agit au cli. viii, dont les deux « frères », compagnons de Titus, auraient instruit Paul, avec beaucoup plus de charges contre les Corinthiens que Titus ne lui en avait fait connaître d'abord; une lettre des Macédoniens l'accompagnait, contenant des plaintes contre le traitement peu respectueux qu'aurait subi leur envoyé (le premier des deux « frères »). — Schnedermann accepta cette reconstruction comme une possibilité à côté de la position traditionnelle.

Drescher, mettant la « visite » que nous appelons « intermédiaire » après l'envoi à Corinthe de i-suiv. (v. supra, au ch. i), attribue le ton de cette « dernière lettre » x-xiii à l'impression fâcheuse que cette visite aurait laissée à l'Apôtre ; il la place à l'époque du séjour de trois mois que Paul fit en Grèce à la fin du troisième voyage apostolique [Act. xx, 2), lorsqu'il avait quitté Corinthe pour d'autres villes du pays. — Bruston (1917) met à peu près de même la composition des derniers chapitres après l'expédition de i-viii, qu'aurait suivie la « visite » pénible, mais il y rattache le chapitre ix (v. infra). — Windisch enfin tient pour cette solution d'une « dernière lettre », et croit soutenablela dernière opinion exposée sur le temps de la « visite ».

Ces deux groupes d'opinions, l'identification de x-xiii soit à la « lettre en larmes » soit à une « cinquième lettre », seront critiquées au long et au large dans le commentaire et TExcursus xiv. Nous maintenons l'unité de rÉpître, avec l'ordre traditionnel de ses parties, pour des raisons nombreuses dont l'essentiel peut se résumer ainsi : 1° l'unanimité de la tradition textuelle la soutient; 2° aucun rapport n'est visible entre x-xiii et le délit dont il est parlé aux chapp. ii et vu; 3° les difficultés psychologiques à l'admettre ne sont pas très réelles, car a] il y a, de m à x-xiii, progression d'une « apologie » sûrement dirigée toujours contre les mêmes adversaires, et dont le ton monte à mesure qu'on avance dans les premiers chapitres; h) le dernier verset de la première partie, vu, 16, n'est pas du tout la fin d'une lettre, mais cette

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